23 janv. 2008
22 janv. 2008
16 janv. 2008
Ressourcement désertique au Sahara
Que vous cherchiez l'aventure, le dépaysement ou un temps d'arrêt dans votre vie, un tour guidé dans le désert constitue une expérience en soi.
La Québécoise Lina Audy est partie suivre une formation dans le désert du Sahara en février dernier. Elle a été conquise par la beauté et l'âme des lieux. L'été dernier, elle a tout quitté pour s'installer à Zagora, petite v
ille marocaine située aux portes du désert saharien. Elle s'est associée avec un chamelier d'expérience, Mohamed Ben, pour fonder la compagnie Solstis Sahara offrant des tours guidés dans le désert.Lina Audy a mis sur pied cette compagnie pour partager l'expérience du désert avec les Occidentaux. Son collègue Mohamed souhaitait de son côté créer de l'emploi pour sa communauté. Le travail des chameliers auprès des touristes permet de faire vivre une bonne partie de la population locale. Il faut savoir que, depuis environ six ans, une grande sécheresse a presque anéanti l'agriculture de la vallée du Draa, la plus grande vallée du Maroc.«Quand les gens pensent au désert, ils imaginent les dunes. Ils ne savent pas toujours qu'il y a des montagnes, des plaines et plusieurs sortes d'oasis, explique Lina Audy. Le désert offre des paysages propices au recueillement, à la contemplation et à la photographie.»«Ce que les gens apprécient le plus lors des tours, poursuit-elle, c'est non seulement la rencontre qu'ils peuvent avoir avec eux-mêmes, mais aussi la rencontre humaine avec les Berbères. Mohamed a appris le français en parlant avec des touristes, comme la plupart des chameliers. Les gens l'apprécient parce qu'il est bien organisé et qu'il se préoccupe de leur bien-être.»L'arrivée en avion se fait à Ouarzazate, après une escale à Casablanca. Chacun reçoit sa gandoura (tunique ample avec manches) et son chèche (turban). Le groupe part ensuite en direction de Zagora, où une famille marocaine accueille habituellement les voyageurs pour un repas.Dépendant de l'heure d'arrivée, la première nuit se fait soit à Ouarzazate, à Zagora ou à M'Hamid. La marche, à pas lents, peut commencer le jour suivant à travers la palmeraie de la vallée du Draa. L'expédition comprend la découverte de casbahs, des grandes dunes, de villages berbères et la visite d'une fabrique de poterie. Pour l'heure du dodo, un bivouac est installé. Cette grande tente berbère peut accueillir 15 personnes, mais ceux qui désirent plus d'intimit
é peuvent également apporter leur tente. Plusieurs choisissent toutefois de dormir à la belle étoile.Chaque trajet est conçu avec l'objectif de faire découvrir le plus grand nombre possible de paysages. Différents circuits sont offerts en fonction de la capacité physique de chacun. On peut compter en moyenne trois heures de marche par jour, entrecoupées de plusieurs pauses. Cependant, une personne fatiguée peut toujours compter sur l'appui d'un sympathique dromadaire.Une vingtaine de dromadaires accompagnent habituellement les groupes. Ces vaillants compagnons de route sont toujours laissés en liberté, et les chameliers doivent parfois parcourir cinq, six kilomètres pour les retracer avant la tombée de la nuit. Au matin, ils sont de nouveau relâchés, puis récupérés pour le chargement. Grâce aux traces qu'ils laissent et l'intuition des chameliers, ils sont heureusement toujours retrouvés.Solstis Sahara offre des tours guidés flexibles dont la durée peut varier de quelques jours à un mois. La compagnie accepte les demandes individuelles ou celles de groupes pouvant aller jusqu'à 30 personnes. Les prix varient donc en fonction de tous ces éléments, mais on peut compter environ 850 $ par personne pour un tour guidé d'une semaine, tout inclus.Les chameliers s'occupent de tout le côté matériel et pratique de l'expédition, soit monter le bivouac, charger et décharger les dromadaires. Toutefois, bien des touristes offrent volontairement de donner un coup de main.
Un seau d'eau sur la tête
Pour étancher leur soif, les voyageurs peuvent compter sur de l'eau embouteillée transportée par les dromadaires. Pour la cuisine, l'hygiène corporelle et le reste, l'eau est puisée dans les puits dispersés à travers le désert. Prendre une douche dans le désert permet de renouer avec les charmes d'antan : au moment d'un arrêt au puits, il suffit de prendre un seau d'eau et de se le verser sur la tête.En ce qui concerne les repas, ils sont à la charge du chef cuisinier qui accompagne le groupe : pain, fromage, soupe, omelettes, crêpes berbères le matin, salades, lentilles ou sardines le midi et tajine de mouton ou brochettes pour le repas du soir. Le pain de sable mérite également sa mention. Après avoir fait un feu sur le sable, les braises sont enlevées et le pain est placé au centre d'un trou, puis recouvert de sable brûlant. Vingt minutes plus tard, le petit régal peut être partagé entre les convives.«Le désert, c'est aussi les soirées autour du feu, avec la musique et les chants berbères, le thé sur la dune, le silence, les magnifiques couchers de soleil et parfois même les couchers de lune, raconte Lina Audy. Tout ça fait partie de l'exploration, et les souvenirs mémorables sont garantis.»
Anne-Marie LabbéLe Soleil/ Collaboration spéciale
Que vous cherchiez l'aventure, le dépaysement ou un temps d'arrêt dans votre vie, un tour guidé dans le désert constitue une expérience en soi.
La Québécoise Lina Audy est partie suivre une formation dans le désert du Sahara en février dernier. Elle a été conquise par la beauté et l'âme des lieux. L'été dernier, elle a tout quitté pour s'installer à Zagora, petite v
ille marocaine située aux portes du désert saharien. Elle s'est associée avec un chamelier d'expérience, Mohamed Ben, pour fonder la compagnie Solstis Sahara offrant des tours guidés dans le désert.Lina Audy a mis sur pied cette compagnie pour partager l'expérience du désert avec les Occidentaux. Son collègue Mohamed souhaitait de son côté créer de l'emploi pour sa communauté. Le travail des chameliers auprès des touristes permet de faire vivre une bonne partie de la population locale. Il faut savoir que, depuis environ six ans, une grande sécheresse a presque anéanti l'agriculture de la vallée du Draa, la plus grande vallée du Maroc.«Quand les gens pensent au désert, ils imaginent les dunes. Ils ne savent pas toujours qu'il y a des montagnes, des plaines et plusieurs sortes d'oasis, explique Lina Audy. Le désert offre des paysages propices au recueillement, à la contemplation et à la photographie.»«Ce que les gens apprécient le plus lors des tours, poursuit-elle, c'est non seulement la rencontre qu'ils peuvent avoir avec eux-mêmes, mais aussi la rencontre humaine avec les Berbères. Mohamed a appris le français en parlant avec des touristes, comme la plupart des chameliers. Les gens l'apprécient parce qu'il est bien organisé et qu'il se préoccupe de leur bien-être.»L'arrivée en avion se fait à Ouarzazate, après une escale à Casablanca. Chacun reçoit sa gandoura (tunique ample avec manches) et son chèche (turban). Le groupe part ensuite en direction de Zagora, où une famille marocaine accueille habituellement les voyageurs pour un repas.Dépendant de l'heure d'arrivée, la première nuit se fait soit à Ouarzazate, à Zagora ou à M'Hamid. La marche, à pas lents, peut commencer le jour suivant à travers la palmeraie de la vallée du Draa. L'expédition comprend la découverte de casbahs, des grandes dunes, de villages berbères et la visite d'une fabrique de poterie. Pour l'heure du dodo, un bivouac est installé. Cette grande tente berbère peut accueillir 15 personnes, mais ceux qui désirent plus d'intimit
é peuvent également apporter leur tente. Plusieurs choisissent toutefois de dormir à la belle étoile.Chaque trajet est conçu avec l'objectif de faire découvrir le plus grand nombre possible de paysages. Différents circuits sont offerts en fonction de la capacité physique de chacun. On peut compter en moyenne trois heures de marche par jour, entrecoupées de plusieurs pauses. Cependant, une personne fatiguée peut toujours compter sur l'appui d'un sympathique dromadaire.Une vingtaine de dromadaires accompagnent habituellement les groupes. Ces vaillants compagnons de route sont toujours laissés en liberté, et les chameliers doivent parfois parcourir cinq, six kilomètres pour les retracer avant la tombée de la nuit. Au matin, ils sont de nouveau relâchés, puis récupérés pour le chargement. Grâce aux traces qu'ils laissent et l'intuition des chameliers, ils sont heureusement toujours retrouvés.Solstis Sahara offre des tours guidés flexibles dont la durée peut varier de quelques jours à un mois. La compagnie accepte les demandes individuelles ou celles de groupes pouvant aller jusqu'à 30 personnes. Les prix varient donc en fonction de tous ces éléments, mais on peut compter environ 850 $ par personne pour un tour guidé d'une semaine, tout inclus.Les chameliers s'occupent de tout le côté matériel et pratique de l'expédition, soit monter le bivouac, charger et décharger les dromadaires. Toutefois, bien des touristes offrent volontairement de donner un coup de main.Un seau d'eau sur la tête
Pour étancher leur soif, les voyageurs peuvent compter sur de l'eau embouteillée transportée par les dromadaires. Pour la cuisine, l'hygiène corporelle et le reste, l'eau est puisée dans les puits dispersés à travers le désert. Prendre une douche dans le désert permet de renouer avec les charmes d'antan : au moment d'un arrêt au puits, il suffit de prendre un seau d'eau et de se le verser sur la tête.En ce qui concerne les repas, ils sont à la charge du chef cuisinier qui accompagne le groupe : pain, fromage, soupe, omelettes, crêpes berbères le matin, salades, lentilles ou sardines le midi et tajine de mouton ou brochettes pour le repas du soir. Le pain de sable mérite également sa mention. Après avoir fait un feu sur le sable, les braises sont enlevées et le pain est placé au centre d'un trou, puis recouvert de sable brûlant. Vingt minutes plus tard, le petit régal peut être partagé entre les convives.«Le désert, c'est aussi les soirées autour du feu, avec la musique et les chants berbères, le thé sur la dune, le silence, les magnifiques couchers de soleil et parfois même les couchers de lune, raconte Lina Audy. Tout ça fait partie de l'exploration, et les souvenirs mémorables sont garantis.»
Anne-Marie LabbéLe Soleil/ Collaboration spéciale
8 janv. 2008

SAHARA, LA TENTATION DES DUNES
Point-Afrique met le grand sud algérien à portée de Marseille, là où le sable rouge des grands oueds raconte le souvenir des méharées de Charles de Foucault.
Au cœur du Sahara, dans l’avancée du désert du Niger et de l’Akakus libyen, la paisible oasis de Djanet fondée par les Touaregs ignore tout de l’agitation de la capitale algérienne si lointaine. 2300 km et une forte identité nomade les séparent.
Plus petite que Tamanrasset (400 km plus au sud), Djanet est une douce palmeraie. La capitale du Tassili est peuplée de 16.000 habitants et de 30.000 palmiers. L’Unesco finance la réhabilitation de la belle casbah un peu dégringolante. On y parle le Tamachèque, la langue des Touaregs qui roule désormais en 4x4 mais qui gardent leurs chèches multicolores. Djanet est le point de départ vers trois plateaux légendaires, le Tassili des Ajjer, le Tassili du Hoggar et le Tadrart rouge vers lequel Mustapha, un guide hors pair de l’agence Tissoukaï nous dirige.
Le désert à 2h20 de la CanebièreUn premier bivouac dans l’Oued Innoire avant de découvrir les gravures néolithiques de Tisetka. Et au soleil couchant, comme une récompense, les dunes orangées de Moulenaga déroulent le ruban spectaculaire de leur crête. Le désert n’est plus un imaginaire. Il est à la portée de tout le monde.
Animé par son fondateur Maurice Freund de la volonté de rééquilibrer les rapports nord-sud, le voyagiste Point-Afrique est un des grands développeurs de circuits subsahariens et même sahélien. Une coopérative éthique. Un Airbus A320 d’Air Méditerranée vous dépose sur une piste au milieu du sable à 40 km de Djanet. Nous sommes à 2h20 de la Canebière.
Douze circuits originaux sont proposés sur le catalogue en ligne, de la découverte initiatique à dos de chameaux aux itinéraires pour marcheurs audacieux. Que dire pour débuter d’une méharée de huit jours le long des vertigineuses falaises en grès du Tassili. Il faudra franchir des barrières de sable, traverser le déploiement féerique de regs caillouteux, des ergs de sable. Le Sahara est une somme de surprises. A l’image de la guelta d’Essendilène au sortir d’un étroit canyon. Ce grand classique est proposé à 550 euros, vol compris.
Des vaches qui pleurentUne colonne de marcheurs et d’ânes gris progresse dans le grand canyon de Tamrit. C’est le circuit des érudits. Cinq mille fresques rupestres sont recensées dans ce musée à ciel ouvert. Ces singulières représentations pariétales du néolithique subsaharien racontent un paradis perdu. Des bandes dessinées murales de chasseurs Peuls au teint cuivré coursant, lances en main, des bœufs. Le bestiaire est singulier : des girafes, des gazelles, des éléphants, des chevaux au galop et même ces vaches de Tegharghart qui pleurent entre 6000 et 10.000 avant JC. Des larmes pour faire venir l’eau, disent certains. Voilà trois ans qu’il n’a pas plu. Mina, la Manon des sables, mène une cinquantaine de chèvres vers un point d’eau... vide. Un camion de Djanet devrait venir remplir la citerne en béton.
Le ciel saharien vire au topaze quand le soleil s’incline. Moment intense. Pour beaucoup de marcheurs c’est le point d’orgue d’un réveil intérieur. Un ciel, un arbre, un caillou, du sable. Une image épurée, zen qu’aurait si bien décrite Carson Mc Cullers. Car à cet instant la majesté déjà saisissante du panorama explose dans toute sa beauté minérale. Qui ne songe, dans la descente du plateau de l’Akba Aghoum, quand le croissant de lune s’élève dans le bleu cosmique à l’épopée des pères blancs guidés par Charles de Foucault, aux déambulations à dos de chameau ou en 2CV de Roger Frison-Roche sur sa “piste oubliée”. Et cette silhouette voûtée au loin, ne serait-elle pas celle de Théodore Monod nous disant que “parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui ?”
C’est bivouac. Ne cherchez pas de quatre étoiles. Il n’y a que la grande Ourse. Le luxe hôtelier n’est pas dans la philosophie de Point-Afrique. Une tente ou un matelas de mousse sur le sable. Les guides touaregs creusent dans le sable pour y poser leur duvet indispensable pour les frileux de l’aube. Au réveil, on pourra être surpris par le nombre et l’étrangeté des traces autour du bivouac. Des noctambules sont passés : gerboises, fennecs, chiens sauvages parfois, scarabées et crickets. Pour sa toilette, pas d’eau mais des lingettes hygiéniques qu’on prend soin de brûler.
Les 4x4 sont équipés en Jerrycans pour rester autonomes aussi bien en essence qu’en eau pour une à deux semaines. Les nomades, fort discrets sur le sujet, connaissent toujours des points d’eau dans des canyons ou au fond d’oueds, là où le gibier vient la nuit s’abreuver.
Théodore Monod : “parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui ?”
A chaque campement, le cuisinier s’affaire pour composer un repas traditionnel simple et nutritif. Des crudités le midi à partir des légumes cultivés dans l’oasis de Djanet. Le soir, souper de chorba de blé, galette cuite sous la braise et émiettée avec de la viande. Mustafa le guide, c’est un peu l’aménokal (seigneur touareg) du thé servi mousseux, trois fois de suite, dans la tradition touarègue. Point Afrique a à cœur d’associer les populations locales à l’essor touristique. Et ce n’est pas une feinte de marketing que de prendre parmi les Touaregs ses guides, ses chauffeurs, ses piroguiers, ses cuisiniers, ses chameliers. Ses guides, en particulier ceux de l’agence Tissoukaï, possèdent une parfaite connaissance de leur pays. C’est d’ailleurs parfaitement insolite de les observer s’orienter dans l’immensité et l’incomplétude du désert. Les nuits étoilées valent le dernier GPS. On réalise bien vite que c’est en toute sécurité que l’on voyage. Les 4x4 sont tous équipés de téléphone satellite et de trousses de première urgence. La décennie de guerre civile n’a pas atteint Djanet ni sa voisine Tamanrasset. Le désert a imposé son rythme.
Parvenu aux dunes vertigineuses de Tin Merzouga à 300 km au sud de Djanet, c’est un panorama unique, point de vue sur les dunes libyennes et le Niger. L’ascension d’une de ces pyramides de sable rouge haute de 300 mètres est essoufflante. Le sable pénètre jusque dans les chaussettes. Pour les inquiets, c’est garanti sans sable mouvant. Et si l’on a le souffle coupé, c’est aussi par ce que le spectacle en haut des crêtes est unique au tomber du soleil. On n’est jamais au bout de ses surprises et s’il est une leçon du désert, c’est bien celle là, tant il est protéiforme, multiple et toujours fantastique. La plaine blanche de l’erg Admer vous donnera l’impression d'être un Neil Amstrong sans l’apesanteur. On n’est pas très loin non plus du décor de la Guerre des Etoiles face à ces immenses pitons de grès de Tinamali comme surgis du sable dans la nuit. Et puis cette plaine de sable qui s’étend à l’infini, tel un océan calme, tourmenté par ces gigantesques tas de pierres, comme si le bon dieu venait de passer un coup de balai. “Vous avez l’heure, nous avons le temps” semblent dire les pierres aux hommes qui marchent, perdus dans leur rêverie, sous le soleil exactement. La Marseillaise Reportage David Coquille Photos: D.C
Point-Afrique met le grand sud algérien à portée de Marseille, là où le sable rouge des grands oueds raconte le souvenir des méharées de Charles de Foucault.
Au cœur du Sahara, dans l’avancée du désert du Niger et de l’Akakus libyen, la paisible oasis de Djanet fondée par les Touaregs ignore tout de l’agitation de la capitale algérienne si lointaine. 2300 km et une forte identité nomade les séparent.
Plus petite que Tamanrasset (400 km plus au sud), Djanet est une douce palmeraie. La capitale du Tassili est peuplée de 16.000 habitants et de 30.000 palmiers. L’Unesco finance la réhabilitation de la belle casbah un peu dégringolante. On y parle le Tamachèque, la langue des Touaregs qui roule désormais en 4x4 mais qui gardent leurs chèches multicolores. Djanet est le point de départ vers trois plateaux légendaires, le Tassili des Ajjer, le Tassili du Hoggar et le Tadrart rouge vers lequel Mustapha, un guide hors pair de l’agence Tissoukaï nous dirige.
Le désert à 2h20 de la CanebièreUn premier bivouac dans l’Oued Innoire avant de découvrir les gravures néolithiques de Tisetka. Et au soleil couchant, comme une récompense, les dunes orangées de Moulenaga déroulent le ruban spectaculaire de leur crête. Le désert n’est plus un imaginaire. Il est à la portée de tout le monde.
Animé par son fondateur Maurice Freund de la volonté de rééquilibrer les rapports nord-sud, le voyagiste Point-Afrique est un des grands développeurs de circuits subsahariens et même sahélien. Une coopérative éthique. Un Airbus A320 d’Air Méditerranée vous dépose sur une piste au milieu du sable à 40 km de Djanet. Nous sommes à 2h20 de la Canebière.
Douze circuits originaux sont proposés sur le catalogue en ligne, de la découverte initiatique à dos de chameaux aux itinéraires pour marcheurs audacieux. Que dire pour débuter d’une méharée de huit jours le long des vertigineuses falaises en grès du Tassili. Il faudra franchir des barrières de sable, traverser le déploiement féerique de regs caillouteux, des ergs de sable. Le Sahara est une somme de surprises. A l’image de la guelta d’Essendilène au sortir d’un étroit canyon. Ce grand classique est proposé à 550 euros, vol compris.
Des vaches qui pleurentUne colonne de marcheurs et d’ânes gris progresse dans le grand canyon de Tamrit. C’est le circuit des érudits. Cinq mille fresques rupestres sont recensées dans ce musée à ciel ouvert. Ces singulières représentations pariétales du néolithique subsaharien racontent un paradis perdu. Des bandes dessinées murales de chasseurs Peuls au teint cuivré coursant, lances en main, des bœufs. Le bestiaire est singulier : des girafes, des gazelles, des éléphants, des chevaux au galop et même ces vaches de Tegharghart qui pleurent entre 6000 et 10.000 avant JC. Des larmes pour faire venir l’eau, disent certains. Voilà trois ans qu’il n’a pas plu. Mina, la Manon des sables, mène une cinquantaine de chèvres vers un point d’eau... vide. Un camion de Djanet devrait venir remplir la citerne en béton.
Le ciel saharien vire au topaze quand le soleil s’incline. Moment intense. Pour beaucoup de marcheurs c’est le point d’orgue d’un réveil intérieur. Un ciel, un arbre, un caillou, du sable. Une image épurée, zen qu’aurait si bien décrite Carson Mc Cullers. Car à cet instant la majesté déjà saisissante du panorama explose dans toute sa beauté minérale. Qui ne songe, dans la descente du plateau de l’Akba Aghoum, quand le croissant de lune s’élève dans le bleu cosmique à l’épopée des pères blancs guidés par Charles de Foucault, aux déambulations à dos de chameau ou en 2CV de Roger Frison-Roche sur sa “piste oubliée”. Et cette silhouette voûtée au loin, ne serait-elle pas celle de Théodore Monod nous disant que “parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui ?”
C’est bivouac. Ne cherchez pas de quatre étoiles. Il n’y a que la grande Ourse. Le luxe hôtelier n’est pas dans la philosophie de Point-Afrique. Une tente ou un matelas de mousse sur le sable. Les guides touaregs creusent dans le sable pour y poser leur duvet indispensable pour les frileux de l’aube. Au réveil, on pourra être surpris par le nombre et l’étrangeté des traces autour du bivouac. Des noctambules sont passés : gerboises, fennecs, chiens sauvages parfois, scarabées et crickets. Pour sa toilette, pas d’eau mais des lingettes hygiéniques qu’on prend soin de brûler.
Les 4x4 sont équipés en Jerrycans pour rester autonomes aussi bien en essence qu’en eau pour une à deux semaines. Les nomades, fort discrets sur le sujet, connaissent toujours des points d’eau dans des canyons ou au fond d’oueds, là où le gibier vient la nuit s’abreuver.
Théodore Monod : “parler du désert, ne serait-ce pas, d’abord, se taire, comme lui ?”
A chaque campement, le cuisinier s’affaire pour composer un repas traditionnel simple et nutritif. Des crudités le midi à partir des légumes cultivés dans l’oasis de Djanet. Le soir, souper de chorba de blé, galette cuite sous la braise et émiettée avec de la viande. Mustafa le guide, c’est un peu l’aménokal (seigneur touareg) du thé servi mousseux, trois fois de suite, dans la tradition touarègue. Point Afrique a à cœur d’associer les populations locales à l’essor touristique. Et ce n’est pas une feinte de marketing que de prendre parmi les Touaregs ses guides, ses chauffeurs, ses piroguiers, ses cuisiniers, ses chameliers. Ses guides, en particulier ceux de l’agence Tissoukaï, possèdent une parfaite connaissance de leur pays. C’est d’ailleurs parfaitement insolite de les observer s’orienter dans l’immensité et l’incomplétude du désert. Les nuits étoilées valent le dernier GPS. On réalise bien vite que c’est en toute sécurité que l’on voyage. Les 4x4 sont tous équipés de téléphone satellite et de trousses de première urgence. La décennie de guerre civile n’a pas atteint Djanet ni sa voisine Tamanrasset. Le désert a imposé son rythme.
Parvenu aux dunes vertigineuses de Tin Merzouga à 300 km au sud de Djanet, c’est un panorama unique, point de vue sur les dunes libyennes et le Niger. L’ascension d’une de ces pyramides de sable rouge haute de 300 mètres est essoufflante. Le sable pénètre jusque dans les chaussettes. Pour les inquiets, c’est garanti sans sable mouvant. Et si l’on a le souffle coupé, c’est aussi par ce que le spectacle en haut des crêtes est unique au tomber du soleil. On n’est jamais au bout de ses surprises et s’il est une leçon du désert, c’est bien celle là, tant il est protéiforme, multiple et toujours fantastique. La plaine blanche de l’erg Admer vous donnera l’impression d'être un Neil Amstrong sans l’apesanteur. On n’est pas très loin non plus du décor de la Guerre des Etoiles face à ces immenses pitons de grès de Tinamali comme surgis du sable dans la nuit. Et puis cette plaine de sable qui s’étend à l’infini, tel un océan calme, tourmenté par ces gigantesques tas de pierres, comme si le bon dieu venait de passer un coup de balai. “Vous avez l’heure, nous avons le temps” semblent dire les pierres aux hommes qui marchent, perdus dans leur rêverie, sous le soleil exactement. La Marseillaise Reportage David Coquille Photos: D.C
23 nov. 2007
Les peintres de la pluie
Entre 12 000 et 3 000 ans avant aujourd'hui, le Sahara était un éden verdoyant où les inventeurs de l'élevage ont peint et gravé leurs mythes et leur quotidien. Reportage au Tassili«Je m'appelle Debbaghi. Moi, j'aime Dider. Et je suis là ! » Martelée sur une dalle de roche, noircie par l'oxydation, cette profession de foi en tifinagh, écriture apparue quelques siècles avant Jésus-Christ et encore utilisée par les Touareg, pourrait avoir environ 2 000 ans. En tout cas ce vénérable tag est largement postérieur aux quelque 150 fabuleuses gravures rupestres, aux traits nets et soigneusement polis, qui couvrent 40 mètres carrés de la roche mollement arrondie de Dider. Un « paradis » situé dans la dépression de Tin Teghert, un maâder, vallée recueillant les improbables eaux de plusieurs oueds, situé au coeur du Tassili des Ajjer, dans l'extrême sud-est du Sahara algérien.Girafes, antilopes oryx, rhinocéros et son petit, lièvre et, surprise, boeufs aux dimensions démesurées décorés de dessins spiralés, vache aux onze pis... Une faune à laquelle se mêlent des hommes, des femmes et des chiens, qui n'a pu prospérer à Tin Teghert que sous un climat humide. Aux antipodes du désert des déserts qui régnait en maître aux temps du chamelier poète Debbaghi.Effectivement, « lorsque les hommes ont gravé la roche de Dider, le climat du Tassili des Ajjer était radicalement différent de ce qu'il est aujourd'hui » , explique la préhistorienne Malika Hachid. Vingt ans durant directrice du parc national du Tassili, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, elle connaît parfaitement ce musée à ciel ouvert qu'elle raconte dans son livre « Le Tassili des Ajjer » (1). Un « paradis perdu », pour reprendre l'un des thèmes de la superbe exposition que le Muséum national d'histoire naturelle de Paris consacre aux « Saharas d'Algérie » à l'occasion de Djazaïr, Une année de l'Algérie en France (2).Au désert froid et sec, imposé à sa périphérie par la glaciation de Würm dans l'hémisphère Nord, qui avait tari les fleuves Sénégal, Niger et Nil, se substitue, voici 15 000 ans, une période chaude et arrosée : le « grand humide ». Les pluies reviennent par la bordure occidentale du Sahara puis gagnent vers l'est. Elles touchent les hautes terres, puis les vallées et les plaines. Tant et si bien que, il y a 10 000 ans, « la surface du Sahara actuel était jalonnée de vastes marécages ou de lacs poissonneux, alimentés par des précipitations aux valeurs bien loin des actuelles : 400 mm au lieu de 60 mm dans la région d'Arouane au Mali, 250 mm au lieu de 5 mm dans celle de Taoudenni » , ainsi qu'a pu le reconstituer la géologue française du CNRS Nicole Petit-Maire (3) à partir de milliers de dépôts lacustres et de témoins biologiques : pollen, restes osseux, pièces archéologiques...Les oueds sahariens, devenus rivières plus ou moins permanentes bordées de forêts-galeries, entretiennent alors un méga-lac Tchad, véritable mer intérieure. Les crues du Nil atteignent de tels niveaux qu'aucune occupation humaine n'est possible sur ses rives. La civilisation égyptienne devra patienter encore quelque 50 siècles avant de pouvoir s'implanter le long du fleuve pharaonique.La grande faune, croquée par les artistes de Dider, investit le nouvel éden saharien. Les hommes suivent le mouvement. Les populations très clairsemées de chasseurs-cueilleurs, refoulées au paléolithique par le grand désert froid, sont remplacées, au milieu du « grand humide », par des hommes qui inventent un mode de vie révolutionnaire : la civilisation néolithique, version pasteurs suivant leurs troupeaux de bovins domestiqués de pâturage en pâturage.A nouveau mode de vie et nouvelle technologie, nouvelle structure sociale, nouvelle croyance, nouvelle représentation du monde, nouvelle expression artistique. On ne sait pas si les hommes qui ont gravé la roche de Dider étaient encore des chasseurs ou déjà des éleveurs. Mais leurs plus anciennes oeuvres, qui remontent au moins à 8 000 ans, mettent souvent en vedette le fameux bubale (Bubalus antiquus), énorme bovidé sauvage, disparu il y a 6 000 ans. D'où le nom de « bubaline » donné à cette période de l'art pariétal du Tassili des Ajjer.Un art qui, sur 30 kilomètres le long de l'oued Djerat, non loin de la bourgade d'Illizi, dont le nom est devenu tristement familier, avec l'enlèvement dans cette région de touristes européens par un groupe armé, s'en donne à coeur joie en une profusion de scènes. Dans ces ensembles, « l'homme apparaît peu souvent, généralement représenté en dimensions réduites à proximité d'animaux dont il touche le contour. Il semble porter des masques de chasse. Un autre grand thème est à caractère sexuel. Des figures féminines et surtout masculines sont représentées avec un sexe hypertrophié. Dans de nombreuses scènes d'amour, les hommes portent aussi des masques » , explique Sid Ahmed Kerzabi, archéologue algérien spécialiste du Tassili des Ajjer.Autre style, autre technique artistique, autre peuple, autre croyance. S'il est difficile de dire d'où venaient et qui étaient les artistes graveurs de la période bubaline, en revanche, les hommes qui les avaient précédés, et qui ont réalisé les peintures pariétales dites des « têtes rondes » ( voir schéma chronologique ), étaient négroïdes, puisqu'ils se sont représentés comme tels. Installés dans la région, peut-être avant les débuts du grand humide, les peintres des Têtes rondes s'étaient consacrés à l'art « religieux ». Ils ont ainsi transformé la forêt de pierre de Sefar ( voir l'article de Marie Audran ), sur le plateau qui surplombe Djanet, en véritable « temple » , pour reprendre l'expression de Malika Hachid. Un « temple » peuplé de dieux étranges et gigantesques qu'Henri Lhote explora, grâce au Touareg Machar Jebrine ag-Mohamed (1890-1981) qui le guida. Le musée de l'Homme consacre aux relevés que l'expédition, conduite de façon encore très coloniale, fit de ces peintures une exposition intitulée « Mémoires de pierre » (4).Amoureux de leur troupeauxOn ne sait pas avec certitude si ces têtes rondes, adeptes des peintures corporelles qui, lors des cérémonies, portaient des masques ressemblant à ceux de nombreuses sociétés traditionnelles d'Afrique noire, étaient des chasseurs-cueilleurs purs. Peut-être avaient-ils déjà entrepris de domestiquer le mouflon et pratiquaient-ils une agriculture rudimentaire. En revanche, ce qui est certain, c'est que, à partir de 5 500 ans avant le présent, les « bovidiens » furent des pasteurs amoureux de leurs troupeaux. Ils se sont représentés, ainsi que leurs troupeaux, avec un luxe de détails ahurissants. Scènes de chasse, de campements, d'activités familières, mais aussi de rituels et d'amour. L'essentiel de l'oeuvre de ces peintres de la pluie est consacré à leurs chers troupeaux de bovins et d'ovins, qu'ils suivent, de pâturage en pâturage, avec femmes, enfants juchés sur le dos de boeufs qui transportent l'armature des cases avec, arrimés aux cornes, calebasses et baluchons.Leur chef-d'oeuvre est, incontestablement, la scène dite de « la vache qui pleure », gravée à Djerat, non loin de Djanet. On y voit des bovins à larges cornes en lyre, descendant la berge d'un point d'eau, une grosse larme - sans doute de sel - à l'oeil. Ces animaux n'ont pas une robe uniforme comme le buffle et le bubale sauvage, ils sont bicolores, la marque indubitable de la domestication.Dans une scène peinte, relevée à Tin-Tazarift par l'équipe Lhote, l'écrivain malien Amadou Hampaté Bâ pensa reconnaître la cérémonie du Lootoori, au cours de laquelle les pasteurs peuls procèdent au lustrage de leurs troupeaux. Les Peuls seraient-ils les descendants des pasteurs bovidiens chassés de l'éden saharien par le retour définitif de l'aridité entre 3000 et 1000 avant le présent ? Sa thèse est discutée. Mais, à en juger par les types humains représentés, il est certain que plusieurs ethnies, du mélanoderme sombre au Berbère blanc, y cohabitèrent, ou s'y succédèrent, durant les quarante siècles de la civilisation bovidienne.Vers la fin de cette période, aussi appelée pastorale, alors qu'un intermède plus humide modère la tendance lourde à l'aridification, un nouvel animal fait son apparition dans les fresques : le cheval. Cette époque caballine met en scène des chars de guerre tirés par des attelages de deux à quatre chevaux qui semblent voler. Ils sont menés par des guerriers à la silhouette caractéristique, dite bitriangulaire, et dont la tête est figurée par un simple trait vertical. Les chèvres ont remplacé les bovins. C'est alors qu'apparaissent les premières inscriptions en tifinagh, « classée parmi les langues libyques » , précise Sid Ahmed Kerzabi. Ces guerriers aux chevaux « volants » seraient-ils les fameux Garamantes cités par Hérodote, un peuple libyen lancé, au travers du Sahara, à la poursuite des Troglodytes ? A moins qu'il ne s'agisse de guerriers appartenant aux Peuples de la Mer, débarqués de Crète pour s'attaquer à l'Egypte ?Quoi qu'il en soit, lorsque les artistes de la période caballine s'expriment au Tassili des Ajjer, l'avenir des verts pâturages sahariens est scellé. Les hautes pressions anticycloniques viennent s'échouer à la latitude du tropique du Cancer. L'air, surchauffé au niveau du sol, ne parvient plus, en s'élevant, à percer ce couvercle de plomb. Les vents chauds et secs comme l'harmattan, le khamsin, le sirocco, qu'engendre cette situation, repoussent l'air gorgé d'eau des deux réservoirs inépuisables que sont l'Atlantique, à l'ouest, et les forêts tropicales et équatoriales, au sud, comme l'explique le géographe Pierre Rognon dans son livre « Biographie d'un désert » (5).Les frontières du Sahara ainsi bien défendues contre l'humidité, le superdésert va, désormais, s'autoentretenir. Tant et si bien qu'aux derniers siècles de la préhistoire les fresques du Tassili des Ajjer accueillent un ultime animal : le dromadaire, Camelus dromedarius pour les biologistes. Cette période cameline dure encore, même si celle des 4 X 4 japonais, du pétrole et du tourisme est en passe de la supplanter... Qu'importe car, depuis le néolithique, qu'on l'aborde en transhumant derrière un troupeau de bovins, juché sur un char « volant », au pas lent du dromadaire ou en 4 X 4, le désert déclenche toujours chez l'humain la même émotion animiste d'appartenance à l'Univers. Gageons que c'est ce « sentiment océanique » , comme l'appelait Sigmund Freud, qui a guidé la main des artistes du Tassili des Ajjer et inspiré la déclaration d'amour de Debbaghi à Dider.
1.Editions Edif 2000 Paris-Méditerranée.
2. Muséum, galerie de Botanique, 10, rue Buffon, Paris 5e, jusqu'au 12 octobre 2003.
3. « Sahara, sous le sable... des lacs », CNRS Ed., 2002.
4. Palais de Chaillot, jusqu'au 5 janvier 2004.
5. Plon, 1989.
Chef-d'oeuvre en péril« Lorsque tu verras Jabarren, tu seras médusé ! » avait dit le lieutenant Brenans, des troupes sahariennes, à l'explorateur Henri Lhote avant son départ pour le Tassili en 1956. Mais aujourd'hui, lorsque, venant de Djanet et après trois heures de rude montée, on arrive au col d'Aroum dans cette incroyable cité pétrifiée aux colonnes de grès sombre, on est effectivement médusé devant la... décrépitude des quelque 5 000 figures multimillénaires qui ornent les parois de la forêt de pierre. Les « géants », peints par les « Têtes rondes »,que l'explorateur français comparait à des « Martiens » tombés du ciel, sont dans un état lamentable. Dégradation naturelle, certes, due au ruissellement des eaux, aussi rare que violent dans ce lit d'oued, mais surtout vandalisme signé de la main de l'homme.Après les années noires du terrorisme, les touristes, qui fuyaient le Sahara algérien, reviennent depuis la fin de 1999. Allemands, Autrichiens, Italiens, Français sont de plus en plus nombreux à venir admirer les fresques du Tassili. Environ 3 000 visiteurs en l'an 2000, près du double en 2002. Alors qu'il était fait obligation d'être accompagné d'un guide local pour monter sur Jabarren, aucun gardien ne semble plus contrôler le flux des touristes. Seuls 130 fonctionnaires surveillent aujourd'hui ce musée d'art préhistorique à ciel ouvert grand comme deux fois la Suisse !Outre les nids de frelons et les champignons microscopiques qui « mangent » les parois, les touristes mouillent la roche avec du soda pour révéler les couleurs. Les peintures s'effacent, la pierre s'effrite. De certaines fresques, qui s'étalaient sur plusieurs mètres, il ne reste que de vagues traits, une tête de boeuf par-là, une croupe par-ci. Il faut scruter longtemps pour deviner les motifs, parfois recouverts de graffitis. Les enclos de cailloux placés devant les oeuvres semblent peu dissuasifs. On trouve aussi des boîtes de sardines, de la ferraille...Le mauvais exemple vient de loin. Les photos prises lors de l'expédition d'Henri Lhote en 1956 montrent les artistes de son équipe en train de « lessiver » les ocres à l'éponge ! Un « bon nettoyage des parois » destiné à raviver les couleurs pour mieux relever les figures, qui fut répété durant trois mois... Marie Audran27/06/2003 - © Le Point - N°1606
Entre 12 000 et 3 000 ans avant aujourd'hui, le Sahara était un éden verdoyant où les inventeurs de l'élevage ont peint et gravé leurs mythes et leur quotidien. Reportage au Tassili«Je m'appelle Debbaghi. Moi, j'aime Dider. Et je suis là ! » Martelée sur une dalle de roche, noircie par l'oxydation, cette profession de foi en tifinagh, écriture apparue quelques siècles avant Jésus-Christ et encore utilisée par les Touareg, pourrait avoir environ 2 000 ans. En tout cas ce vénérable tag est largement postérieur aux quelque 150 fabuleuses gravures rupestres, aux traits nets et soigneusement polis, qui couvrent 40 mètres carrés de la roche mollement arrondie de Dider. Un « paradis » situé dans la dépression de Tin Teghert, un maâder, vallée recueillant les improbables eaux de plusieurs oueds, situé au coeur du Tassili des Ajjer, dans l'extrême sud-est du Sahara algérien.Girafes, antilopes oryx, rhinocéros et son petit, lièvre et, surprise, boeufs aux dimensions démesurées décorés de dessins spiralés, vache aux onze pis... Une faune à laquelle se mêlent des hommes, des femmes et des chiens, qui n'a pu prospérer à Tin Teghert que sous un climat humide. Aux antipodes du désert des déserts qui régnait en maître aux temps du chamelier poète Debbaghi.Effectivement, « lorsque les hommes ont gravé la roche de Dider, le climat du Tassili des Ajjer était radicalement différent de ce qu'il est aujourd'hui » , explique la préhistorienne Malika Hachid. Vingt ans durant directrice du parc national du Tassili, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, elle connaît parfaitement ce musée à ciel ouvert qu'elle raconte dans son livre « Le Tassili des Ajjer » (1). Un « paradis perdu », pour reprendre l'un des thèmes de la superbe exposition que le Muséum national d'histoire naturelle de Paris consacre aux « Saharas d'Algérie » à l'occasion de Djazaïr, Une année de l'Algérie en France (2).Au désert froid et sec, imposé à sa périphérie par la glaciation de Würm dans l'hémisphère Nord, qui avait tari les fleuves Sénégal, Niger et Nil, se substitue, voici 15 000 ans, une période chaude et arrosée : le « grand humide ». Les pluies reviennent par la bordure occidentale du Sahara puis gagnent vers l'est. Elles touchent les hautes terres, puis les vallées et les plaines. Tant et si bien que, il y a 10 000 ans, « la surface du Sahara actuel était jalonnée de vastes marécages ou de lacs poissonneux, alimentés par des précipitations aux valeurs bien loin des actuelles : 400 mm au lieu de 60 mm dans la région d'Arouane au Mali, 250 mm au lieu de 5 mm dans celle de Taoudenni » , ainsi qu'a pu le reconstituer la géologue française du CNRS Nicole Petit-Maire (3) à partir de milliers de dépôts lacustres et de témoins biologiques : pollen, restes osseux, pièces archéologiques...Les oueds sahariens, devenus rivières plus ou moins permanentes bordées de forêts-galeries, entretiennent alors un méga-lac Tchad, véritable mer intérieure. Les crues du Nil atteignent de tels niveaux qu'aucune occupation humaine n'est possible sur ses rives. La civilisation égyptienne devra patienter encore quelque 50 siècles avant de pouvoir s'implanter le long du fleuve pharaonique.La grande faune, croquée par les artistes de Dider, investit le nouvel éden saharien. Les hommes suivent le mouvement. Les populations très clairsemées de chasseurs-cueilleurs, refoulées au paléolithique par le grand désert froid, sont remplacées, au milieu du « grand humide », par des hommes qui inventent un mode de vie révolutionnaire : la civilisation néolithique, version pasteurs suivant leurs troupeaux de bovins domestiqués de pâturage en pâturage.A nouveau mode de vie et nouvelle technologie, nouvelle structure sociale, nouvelle croyance, nouvelle représentation du monde, nouvelle expression artistique. On ne sait pas si les hommes qui ont gravé la roche de Dider étaient encore des chasseurs ou déjà des éleveurs. Mais leurs plus anciennes oeuvres, qui remontent au moins à 8 000 ans, mettent souvent en vedette le fameux bubale (Bubalus antiquus), énorme bovidé sauvage, disparu il y a 6 000 ans. D'où le nom de « bubaline » donné à cette période de l'art pariétal du Tassili des Ajjer.Un art qui, sur 30 kilomètres le long de l'oued Djerat, non loin de la bourgade d'Illizi, dont le nom est devenu tristement familier, avec l'enlèvement dans cette région de touristes européens par un groupe armé, s'en donne à coeur joie en une profusion de scènes. Dans ces ensembles, « l'homme apparaît peu souvent, généralement représenté en dimensions réduites à proximité d'animaux dont il touche le contour. Il semble porter des masques de chasse. Un autre grand thème est à caractère sexuel. Des figures féminines et surtout masculines sont représentées avec un sexe hypertrophié. Dans de nombreuses scènes d'amour, les hommes portent aussi des masques » , explique Sid Ahmed Kerzabi, archéologue algérien spécialiste du Tassili des Ajjer.Autre style, autre technique artistique, autre peuple, autre croyance. S'il est difficile de dire d'où venaient et qui étaient les artistes graveurs de la période bubaline, en revanche, les hommes qui les avaient précédés, et qui ont réalisé les peintures pariétales dites des « têtes rondes » ( voir schéma chronologique ), étaient négroïdes, puisqu'ils se sont représentés comme tels. Installés dans la région, peut-être avant les débuts du grand humide, les peintres des Têtes rondes s'étaient consacrés à l'art « religieux ». Ils ont ainsi transformé la forêt de pierre de Sefar ( voir l'article de Marie Audran ), sur le plateau qui surplombe Djanet, en véritable « temple » , pour reprendre l'expression de Malika Hachid. Un « temple » peuplé de dieux étranges et gigantesques qu'Henri Lhote explora, grâce au Touareg Machar Jebrine ag-Mohamed (1890-1981) qui le guida. Le musée de l'Homme consacre aux relevés que l'expédition, conduite de façon encore très coloniale, fit de ces peintures une exposition intitulée « Mémoires de pierre » (4).Amoureux de leur troupeauxOn ne sait pas avec certitude si ces têtes rondes, adeptes des peintures corporelles qui, lors des cérémonies, portaient des masques ressemblant à ceux de nombreuses sociétés traditionnelles d'Afrique noire, étaient des chasseurs-cueilleurs purs. Peut-être avaient-ils déjà entrepris de domestiquer le mouflon et pratiquaient-ils une agriculture rudimentaire. En revanche, ce qui est certain, c'est que, à partir de 5 500 ans avant le présent, les « bovidiens » furent des pasteurs amoureux de leurs troupeaux. Ils se sont représentés, ainsi que leurs troupeaux, avec un luxe de détails ahurissants. Scènes de chasse, de campements, d'activités familières, mais aussi de rituels et d'amour. L'essentiel de l'oeuvre de ces peintres de la pluie est consacré à leurs chers troupeaux de bovins et d'ovins, qu'ils suivent, de pâturage en pâturage, avec femmes, enfants juchés sur le dos de boeufs qui transportent l'armature des cases avec, arrimés aux cornes, calebasses et baluchons.Leur chef-d'oeuvre est, incontestablement, la scène dite de « la vache qui pleure », gravée à Djerat, non loin de Djanet. On y voit des bovins à larges cornes en lyre, descendant la berge d'un point d'eau, une grosse larme - sans doute de sel - à l'oeil. Ces animaux n'ont pas une robe uniforme comme le buffle et le bubale sauvage, ils sont bicolores, la marque indubitable de la domestication.Dans une scène peinte, relevée à Tin-Tazarift par l'équipe Lhote, l'écrivain malien Amadou Hampaté Bâ pensa reconnaître la cérémonie du Lootoori, au cours de laquelle les pasteurs peuls procèdent au lustrage de leurs troupeaux. Les Peuls seraient-ils les descendants des pasteurs bovidiens chassés de l'éden saharien par le retour définitif de l'aridité entre 3000 et 1000 avant le présent ? Sa thèse est discutée. Mais, à en juger par les types humains représentés, il est certain que plusieurs ethnies, du mélanoderme sombre au Berbère blanc, y cohabitèrent, ou s'y succédèrent, durant les quarante siècles de la civilisation bovidienne.Vers la fin de cette période, aussi appelée pastorale, alors qu'un intermède plus humide modère la tendance lourde à l'aridification, un nouvel animal fait son apparition dans les fresques : le cheval. Cette époque caballine met en scène des chars de guerre tirés par des attelages de deux à quatre chevaux qui semblent voler. Ils sont menés par des guerriers à la silhouette caractéristique, dite bitriangulaire, et dont la tête est figurée par un simple trait vertical. Les chèvres ont remplacé les bovins. C'est alors qu'apparaissent les premières inscriptions en tifinagh, « classée parmi les langues libyques » , précise Sid Ahmed Kerzabi. Ces guerriers aux chevaux « volants » seraient-ils les fameux Garamantes cités par Hérodote, un peuple libyen lancé, au travers du Sahara, à la poursuite des Troglodytes ? A moins qu'il ne s'agisse de guerriers appartenant aux Peuples de la Mer, débarqués de Crète pour s'attaquer à l'Egypte ?Quoi qu'il en soit, lorsque les artistes de la période caballine s'expriment au Tassili des Ajjer, l'avenir des verts pâturages sahariens est scellé. Les hautes pressions anticycloniques viennent s'échouer à la latitude du tropique du Cancer. L'air, surchauffé au niveau du sol, ne parvient plus, en s'élevant, à percer ce couvercle de plomb. Les vents chauds et secs comme l'harmattan, le khamsin, le sirocco, qu'engendre cette situation, repoussent l'air gorgé d'eau des deux réservoirs inépuisables que sont l'Atlantique, à l'ouest, et les forêts tropicales et équatoriales, au sud, comme l'explique le géographe Pierre Rognon dans son livre « Biographie d'un désert » (5).Les frontières du Sahara ainsi bien défendues contre l'humidité, le superdésert va, désormais, s'autoentretenir. Tant et si bien qu'aux derniers siècles de la préhistoire les fresques du Tassili des Ajjer accueillent un ultime animal : le dromadaire, Camelus dromedarius pour les biologistes. Cette période cameline dure encore, même si celle des 4 X 4 japonais, du pétrole et du tourisme est en passe de la supplanter... Qu'importe car, depuis le néolithique, qu'on l'aborde en transhumant derrière un troupeau de bovins, juché sur un char « volant », au pas lent du dromadaire ou en 4 X 4, le désert déclenche toujours chez l'humain la même émotion animiste d'appartenance à l'Univers. Gageons que c'est ce « sentiment océanique » , comme l'appelait Sigmund Freud, qui a guidé la main des artistes du Tassili des Ajjer et inspiré la déclaration d'amour de Debbaghi à Dider.
1.Editions Edif 2000 Paris-Méditerranée.
2. Muséum, galerie de Botanique, 10, rue Buffon, Paris 5e, jusqu'au 12 octobre 2003.
3. « Sahara, sous le sable... des lacs », CNRS Ed., 2002.
4. Palais de Chaillot, jusqu'au 5 janvier 2004.
5. Plon, 1989.
Chef-d'oeuvre en péril« Lorsque tu verras Jabarren, tu seras médusé ! » avait dit le lieutenant Brenans, des troupes sahariennes, à l'explorateur Henri Lhote avant son départ pour le Tassili en 1956. Mais aujourd'hui, lorsque, venant de Djanet et après trois heures de rude montée, on arrive au col d'Aroum dans cette incroyable cité pétrifiée aux colonnes de grès sombre, on est effectivement médusé devant la... décrépitude des quelque 5 000 figures multimillénaires qui ornent les parois de la forêt de pierre. Les « géants », peints par les « Têtes rondes »,que l'explorateur français comparait à des « Martiens » tombés du ciel, sont dans un état lamentable. Dégradation naturelle, certes, due au ruissellement des eaux, aussi rare que violent dans ce lit d'oued, mais surtout vandalisme signé de la main de l'homme.Après les années noires du terrorisme, les touristes, qui fuyaient le Sahara algérien, reviennent depuis la fin de 1999. Allemands, Autrichiens, Italiens, Français sont de plus en plus nombreux à venir admirer les fresques du Tassili. Environ 3 000 visiteurs en l'an 2000, près du double en 2002. Alors qu'il était fait obligation d'être accompagné d'un guide local pour monter sur Jabarren, aucun gardien ne semble plus contrôler le flux des touristes. Seuls 130 fonctionnaires surveillent aujourd'hui ce musée d'art préhistorique à ciel ouvert grand comme deux fois la Suisse !Outre les nids de frelons et les champignons microscopiques qui « mangent » les parois, les touristes mouillent la roche avec du soda pour révéler les couleurs. Les peintures s'effacent, la pierre s'effrite. De certaines fresques, qui s'étalaient sur plusieurs mètres, il ne reste que de vagues traits, une tête de boeuf par-là, une croupe par-ci. Il faut scruter longtemps pour deviner les motifs, parfois recouverts de graffitis. Les enclos de cailloux placés devant les oeuvres semblent peu dissuasifs. On trouve aussi des boîtes de sardines, de la ferraille...Le mauvais exemple vient de loin. Les photos prises lors de l'expédition d'Henri Lhote en 1956 montrent les artistes de son équipe en train de « lessiver » les ocres à l'éponge ! Un « bon nettoyage des parois » destiné à raviver les couleurs pour mieux relever les figures, qui fut répété durant trois mois... Marie Audran27/06/2003 - © Le Point - N°1606
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