La baraka et l’essuf : Paroles et pratiques magico religieuses et thérapeutiques chez les populations touarègues et sahariennes du Hoggar(Sahara algérien) par Faiza SEDDIK ARKAM
Résumé de la thèse
Cette étude concerne le rapport de l'homme touareg, saharien à l'espace invisible de l'essuf se déroule dans un contexte de modernité, offert par un nouvel espace qui est celui de la ville saharienne de Tamanrasset (ville du Hoggar) et sa périphérie. Le type d’environnement d’une ville moyenne, pluriculturelle et multiethnique comme Tamanrasset conjugue des caractéristiques urbaines et rurales.Les Touaregs de l’Ahaggar loin de constituer un isolat ont adopté et intégré d'anciennes croyances dont certaines sont d'origine néolithique comme en témoignent les gravures rupestres (G.Camps- 1986, S. Hachi- 1998), ils ont subi plusieurs influences en provenance des cultures d'Afrique subsahariennes, des cultures méditerranéennes et celle du monde musulman arabo-berbère.L’islam mystique a profondément incorporé la culture locale touarègue, il ne sut pas, ou ne chercha pas, à enrayer complètement les usages séculaires. Il chercha à les niveler, et parfois à les assimiler et à les incorporer. Il est tentent de parler d’une sorte de bricolage religieux, mais cette notion de bricolage me semble insuffisante ici car l'on n'observe pas de nette rupture dans les symboles religieux, la plupart des symboles liés à ces diverses croyances se trouvent réappropriés et absorbés par l'Islam, il y a une cohésion avec l’ensemble des symboles. Elles ne coexistent pas, elles cherchent toujours à trouver une légitimité par rapport à la religion dominante qu’est l'islam. Lorsque différents groupes «ethniques», culturels partagent un territoire commun, ou bien lorsqu’ils y sont installés dans un voisinage proche, les divers recours thérapeutiques qui leur sont propres deviennent avec le temps un patrimoine commun .Ce patrimoine commun est réinvesti dans de nouvelles pratiques individualisées.La société touarègue quant à elle est en pleine mutation. Les bouleversements vécus par ces nomades ont affecté leur équilibre tant physique que psychologique. La société nomade ayant perdu ses repères spatio-temporels, son rapport à l’espace et à l’univers tout entier se transforme. Elle essaye d’intégrer bon gré mal gré la modernité et tout ce qu’elle implique comme bouleversements, comme changements, et l’on parle même de la quasi disparition du mode de vie traditionnel lié au pastoralisme nomade. Cette société touarègue tente de trouver sa place au sein de la société globale, en intégrant un nouveau système d’échanges, de nouvelles règles, tout en tentant de préserver ce qui représente son ethos culturel. Dans cette recherche dynamique d’équilibre face à la déstructuration progressive de la société, un ensemble de rites se met en place. La société Kel Ahaggar tente de s’adapter aux nouvelles données sociales, pour cela elle a créé de nouveaux mécanismes de défense qu'offre un paysage magico religieux et thérapeutique riche et varié. Ce paysage est lui-même en pleine recomposition car il affronte la modernité. Cette dernière est intégrée à ses rituels, étendant ainsi le champ symbolique qui correspond le mieux aux nouveaux besoins de la société. Privilégiant une démarche empiriste, j’avançais progressivement dans mes enquêtes ethnographiques en réalisant un tour d’horizon des principales activités et pratiques religieuses et thérapeutiques locales. Ces dernières, constituant le « paysage » local traditionnel, structurent la vie sociale des populations du Hoggar. Ce paysage, formé et dessiné autour de pratiques rituelles collectives et individuelles, est organisé autour des principaux rites de passages, le tout encadré par des acteurs spécifiques (acteurs de la maladie et du sacré) que sont les « tradipraticiens » locaux et autres personnages religieux. Après avoir réalisé une sorte de monographie de l’état d’ensemble de ces rituels collectifs et autres rites de passage, monographie indispensable à la compréhension du fonctionnement de cette société et de ses représentations, je suis partie des récits de vie de certains individus charismatiques pour approcher de plus près cet univers et cerner le sens donné à ces pratiques. Ayant des rôles de médiateurs au sein de la population locale, ces acteurs de l’invisible sont les intermédiaires incontournables dans les situations les plus difficiles. Chacun d’eux se prévaut d’avoir à son service des entités invisibles spirituelles, nommées différemment selon leur nature. En choisissant des personnes singulières qui ont poussé à bout leur initiation, en maîtrisant leur propre maladie liée aux génies, jusqu’à devenir à leur tour tradipraticiens et spécialistes de l’invisible, un des objectifs de ce travail, est de faire ressortir la problématique de la transmission de ce pouvoir «spirituel», incontestablement lié au nœud « maladie- initiation». La possession traverse diverses catégories, les rituels qui concernent toute cette gestion du rapport aux forces invisibles mettent en jeu les corps des possédés dans des contextes totalement différents. La richesse du vocabulaire témoigne de la diversité états et des pratiques observées.Nous verrons comment l’opposition masculin / féminin se construit d’un point de vue symbolique et comment ces catégories tradition / modernité, sacré traditionnel / institution religieuse sont remis en cause par des trajectoires complexes, par des pratiques qui brouillent les espaces genrés, les catégories sexuées. Nous constaterons par ailleurs que le chamanisme est autant le fait des femmes que des hommes même si le rapport aux choses du sacré paraît à première vue différent.
11 oct. 2008
22 sept. 2008
Le monde caravanier du Sahara
Le monde caravanier du Sahara... Transboreal
Le monde caravanier du Sahara par Jean-Pierre ValentinLe 10 octobre 2007 à 20 heures 30En partenariat avec le magazine Animan
Depuis la nuit des temps, des caravanes sillonnent le Sahara et accompagnent les pèlerins, les commerçants et les trafiquants au cœur de ses immensités inhospitalières… Que deviennent, à l’aube du XXIe siècle, ces files de dromadaires, ces expéditions hauturières qui arpentent inlassablement le désert ?Les Touaregs des monts de l’Aïr s’élancent dès l’automne pour de longs mois. À la suite d’un madugu, le maître de la caravane, qui connaît l’itinéraire, les chameliers kel ewey traversent le Ténéré en direction des salines et des palmeraies du Kaouar. Chargés de ballots de foin, les dromadaires chenillent dans les larges vallées avant d’affronter l’aveuglante lumière lors d’étapes interminables. À l’ouest de l’Adrar Madet, le puisard d’Ajioua signale le dernier repère, au pied du massif. Les provisions d’eau et de bois effectuées, les hommes – un pour dix bêtes – piquent plein est, via la falaise et le puits d’Achegour. Avant les premières lueurs et jusqu’à la nuit avancée, les files progressent, sans jamais s’arrêter. Il faut marcher, mener trois cents chameaux bâtés et atteindre l’autre rive avant que les provisions ne s’épuisent. Dans l’oasis d’Achenouma, les denrées transportées – blé, mil, oignons, tomates, piments rouges et fromages déshydratés – sont échangées contre des monceaux de dattes. Le troc domine, où deux types de mesure permettent les transactions entre éleveurs touaregs et sédentaires kanouris ou toubous. Pendant que sont confectionnés les contenants en fibres de palme, certains hommes dirigent une centaine de dromadaires vers Kalala, l’aire salifère qui jouxte le bourg de Bilma. Là, ils achètent les cônes et les galettes de sel gemme prisés des nomades du Sahel. Cette caravane, comme toutes celles qui persistent au Sahara, est une aventure commerciale d’envergure nécessaire à la survie de groupes humains importants. La taghlamt des Touaregs du Ténéré représente la première tranche, la plus fascinante, d’un itinéraire qui conduit ensuite les caravaniers vers les marchés et les champs du Soudan, en bordure de la frontière nigériane.Les Toubous du massif du Djado, aux confins du Sahara nigérien, pratiquent également l’échange caravanier au long cours. À certaines saisons, ce sont même leurs femmes qui conduisent les « vaisseaux du désert » au cœur du Ténéré méridional. Les épouses touboues, fines, tout en os, poignard de bras bien visible, fréquentent crânement l’âpreté des sables, l’erg de Bilma. Leurs files chamelières sont moins rodées peut-être que celles menées par les Kel Ewey, plus hétéroclites, mais évoluent dans un univers tout en volume, en courbe, en cols à franchir. Il faut dans ce chaos dunaire éviter la bascule des faix au fond des ravins sablonneux, redoubler de vigilance quand souffle le vent qui masque les reliefs… Ces équipées bien souvent familiales atteignent les marchés de Ngourti, Nguigmi, Tasker, les rives du lac Tchad.Aux limites sud du désert, cernés par une steppe rabougrie, les nomades wodaabe marchent devant leurs zébus et, dès la fin de l’hivernage, célèbrent la beauté lors de rassemblements festifs imposants. Ils mènent inlassablement leurs majestueux troupeaux aux limites des terres arables. Riche de tabous vieux comme le monde, ce peuple, dit « de l’interdit », perpétue un mode de vie d’une extrême mobilité, toujours à la recherche du bien-être de son bétail, aux aguets, à la poursuite des nuages… Ses campements sont invisibles, évanouis dans l’univers steppique des terres subsahariennes. Si la saison les y oblige, les éleveurs peuvent parcourir des distances énormes, changer de pays pour sauver leurs animaux. Comme tous les pasteurs, ils utilisent le sel fossile du désert pour accroître la vitalité de leurs bêtes.
Après avoir vécu auprès des éleveurs ouest-africains, nomades wodaabe, transhumants touaregs, chameliers maures, bergers aït atta du Haut-Atlas central marocain, Jean-Pierre Valentin a désiré arpenter d’autres horizons, pourtant voisins, en vue de suivre le transport et le commerce des dattes et du sel gemme.Il voulait vivre ces caravanes contemporaines de l’intérieur et, comme pour ses séjours au cœur des campements, s’y sentir en immersion.Si le désert lui a d’abord permis de s’éloigner de notre société matérielle aux repères flous, son immensité est vite devenue un lieu de quête, de recherche d’expériences constructives. Passé les premiers séjours par trop contemplatifs ou manichéens, le voyageur est devenu un « rat » de bibliothèque, un chineur toujours en appétit de découvertes inattendues. Comme souvent, si l’idéalisation est aisée – dans un monde de pasteurs simples où la vie est belle –, la réalité est douloureuse dès que s’estompe le voile – surtout quand l’univers abordé est en proie aux rébellions !Régulièrement, au cours de ses voyages, Jean-Pierre Valentin a croisé le chemin de files commerciales d’ânes ou de dromadaires. C’est en Mauritanie orientale que le contact s’opère plus directement. Là, il se souvient d’un crépuscule où, avec deux amis maures dans l’attente d’une caravane depuis des jours, il est tombé nez à nez avec une escouade du clan El-Taleb à la tête de trente-deux chameaux chargés d’amersâl, de la croûte de sel… Ces Sahariens, parfaitement à l’aise, évidemment à leur place dans leur milieu, étaient tout surpris de son excitation communicative ! C’est au Niger surtout qu’il a eu la chance d’accompagner des caravanes hauturières, au cœur de régions imposantes. Les itinéraires principaux sont connus, reste à rencontrer son madugu, son guide, à fixer un rendez-vous et à prendre la piste… Le défi en ce qui le concernait était de vivre la caravane touarègue, d’y prendre pleinement part, mais aussi de la filmer ! Quand on sait que la traversée est menée tambour battant, sans répit, de l’aurore à la nuit avancée, il faut alors l’imaginer, toujours préoccupé par le matériel, suer sang et eau pour devancer puis rattraper la colonne… de la haute voltige exténuante, atténuée par la participation de ses hôtes qui s’amusaient de cette suractivité chronique.Plus tard, avec les caravanes menées par les femmes touboues, dans les vallons de l’erg de Bilma, l’épreuve sera moins pénible, du fait principalement de journées de marche réduites. Les Toubous ne transportent pas de fourrage pour leurs bêtes, aussi chaque minuscule pâturage est-il l’occasion d’une halte, toujours pour le bien-être des chameaux.Jean-Pierre Valentin a pleinement vécu ces caravanes, cette expérience d’exception du désert, malgré la difficulté liée en particulier aux tournages, comme la récompense ultime de ses pérégrinations sahariennes.
Livre de l’intervenant en rapport avec cette conférence :Ténéré, Avec les caravaniers du Niger
En savoir davantage sur :Jean-Pierre Valentin
Le monde caravanier du Sahara par Jean-Pierre ValentinLe 10 octobre 2007 à 20 heures 30En partenariat avec le magazine Animan
Depuis la nuit des temps, des caravanes sillonnent le Sahara et accompagnent les pèlerins, les commerçants et les trafiquants au cœur de ses immensités inhospitalières… Que deviennent, à l’aube du XXIe siècle, ces files de dromadaires, ces expéditions hauturières qui arpentent inlassablement le désert ?Les Touaregs des monts de l’Aïr s’élancent dès l’automne pour de longs mois. À la suite d’un madugu, le maître de la caravane, qui connaît l’itinéraire, les chameliers kel ewey traversent le Ténéré en direction des salines et des palmeraies du Kaouar. Chargés de ballots de foin, les dromadaires chenillent dans les larges vallées avant d’affronter l’aveuglante lumière lors d’étapes interminables. À l’ouest de l’Adrar Madet, le puisard d’Ajioua signale le dernier repère, au pied du massif. Les provisions d’eau et de bois effectuées, les hommes – un pour dix bêtes – piquent plein est, via la falaise et le puits d’Achegour. Avant les premières lueurs et jusqu’à la nuit avancée, les files progressent, sans jamais s’arrêter. Il faut marcher, mener trois cents chameaux bâtés et atteindre l’autre rive avant que les provisions ne s’épuisent. Dans l’oasis d’Achenouma, les denrées transportées – blé, mil, oignons, tomates, piments rouges et fromages déshydratés – sont échangées contre des monceaux de dattes. Le troc domine, où deux types de mesure permettent les transactions entre éleveurs touaregs et sédentaires kanouris ou toubous. Pendant que sont confectionnés les contenants en fibres de palme, certains hommes dirigent une centaine de dromadaires vers Kalala, l’aire salifère qui jouxte le bourg de Bilma. Là, ils achètent les cônes et les galettes de sel gemme prisés des nomades du Sahel. Cette caravane, comme toutes celles qui persistent au Sahara, est une aventure commerciale d’envergure nécessaire à la survie de groupes humains importants. La taghlamt des Touaregs du Ténéré représente la première tranche, la plus fascinante, d’un itinéraire qui conduit ensuite les caravaniers vers les marchés et les champs du Soudan, en bordure de la frontière nigériane.Les Toubous du massif du Djado, aux confins du Sahara nigérien, pratiquent également l’échange caravanier au long cours. À certaines saisons, ce sont même leurs femmes qui conduisent les « vaisseaux du désert » au cœur du Ténéré méridional. Les épouses touboues, fines, tout en os, poignard de bras bien visible, fréquentent crânement l’âpreté des sables, l’erg de Bilma. Leurs files chamelières sont moins rodées peut-être que celles menées par les Kel Ewey, plus hétéroclites, mais évoluent dans un univers tout en volume, en courbe, en cols à franchir. Il faut dans ce chaos dunaire éviter la bascule des faix au fond des ravins sablonneux, redoubler de vigilance quand souffle le vent qui masque les reliefs… Ces équipées bien souvent familiales atteignent les marchés de Ngourti, Nguigmi, Tasker, les rives du lac Tchad.Aux limites sud du désert, cernés par une steppe rabougrie, les nomades wodaabe marchent devant leurs zébus et, dès la fin de l’hivernage, célèbrent la beauté lors de rassemblements festifs imposants. Ils mènent inlassablement leurs majestueux troupeaux aux limites des terres arables. Riche de tabous vieux comme le monde, ce peuple, dit « de l’interdit », perpétue un mode de vie d’une extrême mobilité, toujours à la recherche du bien-être de son bétail, aux aguets, à la poursuite des nuages… Ses campements sont invisibles, évanouis dans l’univers steppique des terres subsahariennes. Si la saison les y oblige, les éleveurs peuvent parcourir des distances énormes, changer de pays pour sauver leurs animaux. Comme tous les pasteurs, ils utilisent le sel fossile du désert pour accroître la vitalité de leurs bêtes.
Après avoir vécu auprès des éleveurs ouest-africains, nomades wodaabe, transhumants touaregs, chameliers maures, bergers aït atta du Haut-Atlas central marocain, Jean-Pierre Valentin a désiré arpenter d’autres horizons, pourtant voisins, en vue de suivre le transport et le commerce des dattes et du sel gemme.Il voulait vivre ces caravanes contemporaines de l’intérieur et, comme pour ses séjours au cœur des campements, s’y sentir en immersion.Si le désert lui a d’abord permis de s’éloigner de notre société matérielle aux repères flous, son immensité est vite devenue un lieu de quête, de recherche d’expériences constructives. Passé les premiers séjours par trop contemplatifs ou manichéens, le voyageur est devenu un « rat » de bibliothèque, un chineur toujours en appétit de découvertes inattendues. Comme souvent, si l’idéalisation est aisée – dans un monde de pasteurs simples où la vie est belle –, la réalité est douloureuse dès que s’estompe le voile – surtout quand l’univers abordé est en proie aux rébellions !Régulièrement, au cours de ses voyages, Jean-Pierre Valentin a croisé le chemin de files commerciales d’ânes ou de dromadaires. C’est en Mauritanie orientale que le contact s’opère plus directement. Là, il se souvient d’un crépuscule où, avec deux amis maures dans l’attente d’une caravane depuis des jours, il est tombé nez à nez avec une escouade du clan El-Taleb à la tête de trente-deux chameaux chargés d’amersâl, de la croûte de sel… Ces Sahariens, parfaitement à l’aise, évidemment à leur place dans leur milieu, étaient tout surpris de son excitation communicative ! C’est au Niger surtout qu’il a eu la chance d’accompagner des caravanes hauturières, au cœur de régions imposantes. Les itinéraires principaux sont connus, reste à rencontrer son madugu, son guide, à fixer un rendez-vous et à prendre la piste… Le défi en ce qui le concernait était de vivre la caravane touarègue, d’y prendre pleinement part, mais aussi de la filmer ! Quand on sait que la traversée est menée tambour battant, sans répit, de l’aurore à la nuit avancée, il faut alors l’imaginer, toujours préoccupé par le matériel, suer sang et eau pour devancer puis rattraper la colonne… de la haute voltige exténuante, atténuée par la participation de ses hôtes qui s’amusaient de cette suractivité chronique.Plus tard, avec les caravanes menées par les femmes touboues, dans les vallons de l’erg de Bilma, l’épreuve sera moins pénible, du fait principalement de journées de marche réduites. Les Toubous ne transportent pas de fourrage pour leurs bêtes, aussi chaque minuscule pâturage est-il l’occasion d’une halte, toujours pour le bien-être des chameaux.Jean-Pierre Valentin a pleinement vécu ces caravanes, cette expérience d’exception du désert, malgré la difficulté liée en particulier aux tournages, comme la récompense ultime de ses pérégrinations sahariennes.
Livre de l’intervenant en rapport avec cette conférence :Ténéré, Avec les caravaniers du Niger
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“Sahara - Sur la route des caravanes...
ICRA International - Actualités
Les 20 ans d’ICRA : “Sahara - Sur la route des caravanes...
Dans le cadre du festival des peuples premiers, Jean-Pierre Valentin présentera ses deux derniers documentaires : “Sahara - Sur la route des Caravanes..." le vendredi 19 septembre à 18 H 30.
Les 20 ans d’ICRA : “Sahara - Sur la route des caravanes...
Dans le cadre du festival des peuples premiers, Jean-Pierre Valentin présentera ses deux derniers documentaires : “Sahara - Sur la route des Caravanes..." le vendredi 19 septembre à 18 H 30.
10 sept. 2008
LE LAC TCHAD MENACÉ DE DISPARITION
LE LAC TCHAD MENACÉ DE DISPARITION
En 40 ans, cette réserve d’eau douce a perdu 80% de sa superficie. Les scientifiques tentent d’expliquer les causes de cet assèchement.Pour un grand nombre de personnes, l'assèchement du Lac Tchad est dû aux changements climatiques. Les tenants de cette thèse, relèvent qu’au cours des trois dernières décennies, les précipitations ont été très déficitaires dans la zone sahélienne. Dans le même temps, des chercheurs croient savoir qu’il s’agit d’un problème de surexploitation du lac. Le Pr Maurice Tsalefac de l’université de Yaoundé I, « la péjoration pluviométrique entraîne une raréfaction des ressources. Les populations sont alors obligées de migrer vers les zones humides où elles peuvent trouver de quoi vivre. »Pour lui, les deux facteurs (changement climatique en amont, et action de l’homme en aval) agissent ensemble. « Les changements climatiques dit-il, déclenchent des processus que l’homme accélère. » Le Pr Tsalefac appuie son argumentation sur les actions entreprises par les Etats et les populations qui multiplient des projets qui captent une bonne partie de l’eau qui alimente habituellement le lac. C’est ainsi que de 25 000 Km2 en 1963 le lac Tchad n’a plus que 2000 Km2 aujourd’hui.Luc Descroix, hydrologue et chercheur attribue la régression du lac Tchad à la baisse du débit de ses affluents. Il explique que les rivières provenant des régions tropicales humides (le Chari et le Logone) ou secondairement soudano-sahéliennes (Komadougou) ont connu une baisse des débits de leur cours. Cette baisse est liée à deux causes : d'une part la baisse de la pluviométrie entre 1968 et 1997 qui a entraîné des conséquences diverses: dans les zones de climats "soudanien" et "guinéen", cette baisse des débits a été accentuée à cause de la baisse des pluies. Une baisse de l'ordre de 10 à 20%, celle des débits de 20 à 75%. Luc Descroix fait aussi savoir que la diminution du Lac Tchad est due au fait que le débit des cours d'eau dans cette région est constitué par l'eau qui est en surplus dans les sols et les bassins versants. Les sols peuvent contenir une certaine quantité d'eau, ensuite elles débordent. Comme la quantité d'eau nécessaire à leur saturation varie peu dans le temps, une baisse de la pluviométrie ne modifie pas ou peu (sauf sur une longue durée) la quantité d'eau qui va se stocker dans le sol, par contre, elle va affecter la partie supplémentaire de celle qui aurait du ruisseler, donc des eaux de surface. Il y a donc eu dans cette région, presque 30 ans de sécheresse, qui a eu un impact négatif sur les réserves en eau du sol. Là où elles existaient (eau résiduelle, nappes perchées, etc), ces réserves ont été épuisées.La relative augmentation des débits depuis 1998 avec l’augmentation des pluies ne permet pas à la pluviométrie moyenne de rattraper son niveau d'avant 1963, et elle s'accompagne d'une augmentation de l'irrégularité interannuelle. Il y a donc en fait, une succession de bonnes et de mauvaises années.L'action de l’hommeDans le cas du bassin du Tchad, les périmètres irrigués de la basse vallée du Chari et du Logone , spécialisés la culture du coton, ont pu ponctionner, surtout en années déficitaires, de gros volumes d'eau de ces cours d'eau, mais cela n'a jamais atteint la démesure constatée, en Asie centrale ex-soviétique,par la catastrophe d e la mer d'Aral; une étudiante de Guillaume Favreau a fourni un croquis des débits du Chari avec et sans la ponction due à l'irrigation et il apparaît que cette ponction semble tout a fait raisonnable.Un recul dramatiqueLe lac Tchad est un grand lac peu profond d'Afrique (7mètres de profondeur) et dont les eaux sont douces. Son rôle économique est très important, car il fournit de l'eau à plus de 20 millions de personnes des quatre pays limitrophes : le Tchad,le Cameroun, le Niger et le Nigeria.Le principal apport en eau du lac Tchad vient du fleuve Chari et de son affluent Logone, tous deux issus des montagnes de la République centrafricaine. L’autre cours d’eau qui aurait constitué un apport important pour le lac est le Komadugu-Yobé, venant du Nigeria, mais le cours d’eau est aujourd’hui affaibli par la présence de deux barrages en amont.Le recul du lac dans les années 1970-80 n'a pas eu que des inconvénients. Les nouvelles terres émergées, encore humides, ont permis d'entreprendre des cultures très productives au sud du Tchad. Ces rives sont devenues un véritable potager pour Ndjamena car des agriculteurs y ont trouvé un terrain fertile pour la culture des fruits, légumes mais aussi céréales (riz, maïs...). L'agriculture de décrue fit vivre confortablement aujourd’hui près d’un demi-millier de Tchadiens.Mais il est important de signaler que ces cultures accentuent la réduction du lac, car plus l’agriculture est pratiquée sur ces berges, plus il y a des besoins en irrigation. Une étude sur le lac Tchad financée par la Nasa dans le cadre de son système d’observation de la Terre montre des variations importantes sur le lac et rend les spécialistes très pessimistes quant à l’avenir du lac. La seule issue reste aujourd’hui, la solution préconisée par le Commission du bassin du Lac Tchad qui regroupe les chefs d’Etat des pays limitrophes du Lac. Le projet d’envergure vise à transférer les eaux du fleuve Oubangui par un ‘’pipe line’’ pour renflouer le lac en eau. Un projet ambitieux qui tarde à démarrer alors le processus de disparition du lac s’accélère.Christophe Mvondo(Nouvelle Expression,Cameroun)
En 40 ans, cette réserve d’eau douce a perdu 80% de sa superficie. Les scientifiques tentent d’expliquer les causes de cet assèchement.Pour un grand nombre de personnes, l'assèchement du Lac Tchad est dû aux changements climatiques. Les tenants de cette thèse, relèvent qu’au cours des trois dernières décennies, les précipitations ont été très déficitaires dans la zone sahélienne. Dans le même temps, des chercheurs croient savoir qu’il s’agit d’un problème de surexploitation du lac. Le Pr Maurice Tsalefac de l’université de Yaoundé I, « la péjoration pluviométrique entraîne une raréfaction des ressources. Les populations sont alors obligées de migrer vers les zones humides où elles peuvent trouver de quoi vivre. »Pour lui, les deux facteurs (changement climatique en amont, et action de l’homme en aval) agissent ensemble. « Les changements climatiques dit-il, déclenchent des processus que l’homme accélère. » Le Pr Tsalefac appuie son argumentation sur les actions entreprises par les Etats et les populations qui multiplient des projets qui captent une bonne partie de l’eau qui alimente habituellement le lac. C’est ainsi que de 25 000 Km2 en 1963 le lac Tchad n’a plus que 2000 Km2 aujourd’hui.Luc Descroix, hydrologue et chercheur attribue la régression du lac Tchad à la baisse du débit de ses affluents. Il explique que les rivières provenant des régions tropicales humides (le Chari et le Logone) ou secondairement soudano-sahéliennes (Komadougou) ont connu une baisse des débits de leur cours. Cette baisse est liée à deux causes : d'une part la baisse de la pluviométrie entre 1968 et 1997 qui a entraîné des conséquences diverses: dans les zones de climats "soudanien" et "guinéen", cette baisse des débits a été accentuée à cause de la baisse des pluies. Une baisse de l'ordre de 10 à 20%, celle des débits de 20 à 75%. Luc Descroix fait aussi savoir que la diminution du Lac Tchad est due au fait que le débit des cours d'eau dans cette région est constitué par l'eau qui est en surplus dans les sols et les bassins versants. Les sols peuvent contenir une certaine quantité d'eau, ensuite elles débordent. Comme la quantité d'eau nécessaire à leur saturation varie peu dans le temps, une baisse de la pluviométrie ne modifie pas ou peu (sauf sur une longue durée) la quantité d'eau qui va se stocker dans le sol, par contre, elle va affecter la partie supplémentaire de celle qui aurait du ruisseler, donc des eaux de surface. Il y a donc eu dans cette région, presque 30 ans de sécheresse, qui a eu un impact négatif sur les réserves en eau du sol. Là où elles existaient (eau résiduelle, nappes perchées, etc), ces réserves ont été épuisées.La relative augmentation des débits depuis 1998 avec l’augmentation des pluies ne permet pas à la pluviométrie moyenne de rattraper son niveau d'avant 1963, et elle s'accompagne d'une augmentation de l'irrégularité interannuelle. Il y a donc en fait, une succession de bonnes et de mauvaises années.L'action de l’hommeDans le cas du bassin du Tchad, les périmètres irrigués de la basse vallée du Chari et du Logone , spécialisés la culture du coton, ont pu ponctionner, surtout en années déficitaires, de gros volumes d'eau de ces cours d'eau, mais cela n'a jamais atteint la démesure constatée, en Asie centrale ex-soviétique,par la catastrophe d e la mer d'Aral; une étudiante de Guillaume Favreau a fourni un croquis des débits du Chari avec et sans la ponction due à l'irrigation et il apparaît que cette ponction semble tout a fait raisonnable.Un recul dramatiqueLe lac Tchad est un grand lac peu profond d'Afrique (7mètres de profondeur) et dont les eaux sont douces. Son rôle économique est très important, car il fournit de l'eau à plus de 20 millions de personnes des quatre pays limitrophes : le Tchad,le Cameroun, le Niger et le Nigeria.Le principal apport en eau du lac Tchad vient du fleuve Chari et de son affluent Logone, tous deux issus des montagnes de la République centrafricaine. L’autre cours d’eau qui aurait constitué un apport important pour le lac est le Komadugu-Yobé, venant du Nigeria, mais le cours d’eau est aujourd’hui affaibli par la présence de deux barrages en amont.Le recul du lac dans les années 1970-80 n'a pas eu que des inconvénients. Les nouvelles terres émergées, encore humides, ont permis d'entreprendre des cultures très productives au sud du Tchad. Ces rives sont devenues un véritable potager pour Ndjamena car des agriculteurs y ont trouvé un terrain fertile pour la culture des fruits, légumes mais aussi céréales (riz, maïs...). L'agriculture de décrue fit vivre confortablement aujourd’hui près d’un demi-millier de Tchadiens.Mais il est important de signaler que ces cultures accentuent la réduction du lac, car plus l’agriculture est pratiquée sur ces berges, plus il y a des besoins en irrigation. Une étude sur le lac Tchad financée par la Nasa dans le cadre de son système d’observation de la Terre montre des variations importantes sur le lac et rend les spécialistes très pessimistes quant à l’avenir du lac. La seule issue reste aujourd’hui, la solution préconisée par le Commission du bassin du Lac Tchad qui regroupe les chefs d’Etat des pays limitrophes du Lac. Le projet d’envergure vise à transférer les eaux du fleuve Oubangui par un ‘’pipe line’’ pour renflouer le lac en eau. Un projet ambitieux qui tarde à démarrer alors le processus de disparition du lac s’accélère.Christophe Mvondo(Nouvelle Expression,Cameroun)
27 août 2008
21 août 2008
TENERE MUSEE
Directeur de l’Institut de recherches en sciences humaines (IRSH) de l’université de Niamey au Niger
Pour l'archéologue, que nous sommes, il y a un sentiment de bonheur d'aller vers la découverte d'un passé assez lointain [...], cette richesse du patrimoine culturel qui est cachée quelque part et que l'on va découvrir.
21/08/2008 par Donaig Le Du
écouter 05 min 37 sec
Pour l'archéologue, que nous sommes, il y a un sentiment de bonheur d'aller vers la découverte d'un passé assez lointain [...], cette richesse du patrimoine culturel qui est cachée quelque part et que l'on va découvrir.
21/08/2008 par Donaig Le Du
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30 juil. 2008
Fouilles archéologiques à Gao
Fouilles archéologiques à Gao (2) : DANS LES TRÉFONDS DE L’HISTOIRE DE LA CITE
l'Essor n°16229 du - 2008-06-30 08:00:00
Certaines découvertes des archéologues indiquent qu’au moins 7 générations d’habitants ont vécu à cet endroit
La grande butte de Sanèye située à 7 km de
l’actuelle ville de Gao a été habitée par les Sorkho venus de Koukia. Ceux-ci y ont développé une intense activité d’agriculture, de pêche, de commerce et surtout d’artisanat. Les traces de l’ensemble de ces activités sont encore perceptibles dans le dépôt archéologique. C’est d’ailleurs ce qui a attiré pendant un bon moment des pilleurs clandestins à la recherche de pièce de grande valeur monétaire. Cette exploitation à des fins lucratives a fait perdre pas mal d’indices pour les chercheurs qui tentent de rétablir l’histoire de notre pays. Le fléau, qui rappelle celui des togué du Delta intérieur et des tumulus du sud, est heureusement en voie d’être endigué grâce aux efforts conjugués du ministère de la Culture et de la municipalité de Gao qui ont engagé un gardien pour veiller constamment sur le site. “La présente campagne de fouille s’inscrit dans le cadre de la protection et de la sauvegarde du site”, explique le chercheur Mamadou Cissé.Malgré son importance, Sanèye n’a fait l’objet que de recherches sporadiques. Ces recherches commencèrent dans les années 1930 avec les administrateurs coloniaux et se poursuivirent dans les années 1970 avec Colin Flight du Centre d’étude ouest africaine de Birmingham (un archéologue anglais). Les fouilles ont été pratiquées sur le cimetière royal et la crête et ont montré la présence de nombreuses stèles avec épitaphes en arabe gravées en relief. Au milieu du site, il existe deux caveaux en briques cuites.Les premières fouilles remontent en 1931 avec «la mission saharienne des cargos du désert» de Bernard le Pontois sur la nécropole de Sanèye (Mauny, 1952). Les seules trouvailles sont : les perles de calcédoine, une perle de faïence, une torque de cuivre. Une découverte plus intéressante fut faite en août 1939 par M. Chambon, commandant de cercle, qui, remarquant un affleurement de brique cuite et un morceau de marbre blanc, s’aperçut qu’il y avait là une stèle funéraire avec inscription (une épitaphe coufique).Puis en février 1952, Raymond Mauny a effectué quelques sondages sur la butte de Gao Sanèye. Ces sondages livrèrent plusieurs poteries, dont un fragment émaillé qui, selon lui, est le plus important de l’âge médiéval ancien, retrouvé en Afrique occidentale française.
Du marbre originaire d’Andalousie. De nouvelles recherches furent entreprises par Colin Flight du Centre d’étude ouest africaine de Birmingham (Angleterre) avec des nationaux en 1972, 1974 et 1978 sur le cimetière royal. Colin Flight a relevé toutes les stèles affleurant au cimetière. La plupart ont été déchiffrées par J. Sauvaget, Viré et P. Farias. Certaines de ces stèles étudiées sont encore à Gao, deux stèles scellées au sommet de la mosquée, quelques unes à l’IFAN à Dakar, et d’autres à Bamako. La plupart de ces stèles sont en marbre originaire d’Andalousie. Les autres sont en schiste de facture locale. Plusieurs d’entre elles ont été transcrites. Elles nomment de simples personnes (hommes ou femmes), mais aussi des titres de rois, de reines et mentionnent des personnes appartenant à leur ascendance ( Mauny, 1961, Flight, 1978 et Paolo Farias, 1993). Elles constituent une précieuse source d’information sur la vie politique et culturelle de Gao entre les XIIè et XVè siècles. Contrairement à la nécropole, le stell a très peu attiré les archéologues. Ces fouilles initiales ont permis aussi de se rendre compte de l’importance du site. La butte couvre près de 30 hectares avec un dépôt archéologique de 7 mètres. Cela signifie qu’au moins 7 générations d’habitants ont vécu à cet endroit.C’est en 2001 que les premières fouilles archéologiques initiées par des archéologues maliens ont démarré dans cette partie de notre pays. Avec des moyens assez limités, les équipes envoyées sur place par la direction nationale du patrimoine culturel, ont implanté deux sondages sur le site. Le premier sondage d’une dimension de 3 m x 3, se situe sur le flanc nord-est de la butte et le second de 2 m x 3 se trouve implanté au centre du site. “Au total, 15 niveaux d’occupation ont été repérés dans le sondage”, explique Mamadou Cissé, chercheur à la DNPC. Pour ce qui est de la datation, l’échantillon de charbon prélevé est encore en train d’être analysé en laboratoire. Avant l’obtention de ces résultats, il y a eu des analyses sur la céramique, les ossements, les perles, les pierres travaillées (lithique), les pattes de verre, les fusaoïlles et les petites trouvailles comme les métaux, le fer, le cuivre.Les céramiques constituent le premier mobilier archéologique. Répandues en surface, elles indiquent la présence d’un dépôt archéologique. L’analyse rapide de ces poteries donne une datation relative, c’est-à-dire une fourchette d’âge.Le statut économique des habitants, les types d’animaux élevés, la religion pratiquée, les différents types de climat, les activités de production, sont autant de révélations faites par les trouvailles.
GAO, MÉTROPOLE DU COMMERCE TRANSSAHARIEN
l'Essor n°16249 du - 2008-07-28 08:00:00
En 2003-2004, une campagne de fouilles a révélé une série de murs colossaux construits en divers matériaux
Les recherches ont mis en évidence une ville commerciale et artisanale où prospérait la production, la transformation et la commercialisation du fer, du cuivre
Depuis la période coloniale, la ville de Gao a attiré l'attention de nombreux administrateurs comme Raymond Mauny. Des stèles épigraphiées en caractères arabes, trouvées sur le site du Tombeau des Askia auraient même été emportées par des voyageurs français au début du siècle dernier. Un peu plus loin de là de nombreux tessons ont fini par convaincre les archéologues maliens sur l'existence d'un site d'importance. Situé pratiquement en plein milieu de la ville, le site d'une maison construite par Kankou Moussa en 1324 de retour de son pèlerinage, fut identifié. Suite à de nombreux recoupements de documents. Des fouilles effectuées en 1993 par T. Insoll de l'Université de Cambridge sur le même site ont révélé la présence de structures de briques cuites associées à de nombreux objets exotiques importés, de nombreuses perles (en verre, en coralline ou en terre cuite), céramiques émaillées, objets en cuivre et attestant de la richesse de Gao, de son rôle de métropole du commerce transsaharien. En 2003-2004, une campagne de fouilles menée par la Direction nationale du patrimoine culturelle, l'Institut des sciences humaines et le Musée national d'ethnologie d'Osaka (Japon) sur le même site a révélé une série de murs colossaux construits en divers matériaux.Les résultats obtenus par suite de l’analyse de la culture matérielle des différents horizons des deux sondages et les dates obtenues lors de l’analyse à partir du Radiocarbone nous permettent de faire des interprétations suivantes de bas en haut sur les horizons stratigraphiques des deux sondages, explique Mamadou Cissé, actuellement thésard à Rice University des USA.L’évolution du matériel se caractérise avant tout par son homogénéité, indique-t-il. Des mêmes types de céramique et de décors se définissent du début jusqu’à la fin de la phase d’occupation. Le dynamisme urbain attesté par une diversité du matériel, qu’il soit de production locale (les formes de céramique et des perles en terre cuite, en os et en verre monochrome), ou d’importation (apparition des perles en verre polychromes, des fragments de récipients en verre).
Centre de prédilection du commerce. Les datations radiocarbones que nous avons obtenues, montrent que le site a été occupé du VIIè au XIè siècle. Gao était un grand centre urbain, point névralgique entre l’Afrique de l’ouest et le bassin méditerranéen. Cette position géographique se reflète vivement dans l’architecture ou on note une influence étrangère dans les modes de construction et les matériaux utilisés (présence de briques rectangulaires en terre crue ou cuite avec une dimension de 40cm x 20cm). L’aliment de base de ses habitants était le riz africain (oryza glaberrima) attesté par la présence d’une quantité considérable de grain de riz dans le Feature 5 associé au niveau 10 du sondage. Gao Sanèye était une ville commerciale et artisanale où on notait la coexistence de différentes cultures pour la production, la transformation et la commercialisation du fer, du cuivre d’une part et des perles de différentes sortes (os, terre cuite et verre). L’artisanat était très développé dans la cité de Gao Sanèye. Les artisans travaillaient beaucoup avec le fer et le cuivre et fabriquaient des objets divers (lame de houes ou haches, clous, pointes, etc.) Les éléments de parure comme les perles de toutes natures et de toutes les couleurs sont fabriquées sur place ou importés du Maghreb ou même d’Europe.Bien qu’on n’ait pas trouvé d’or au cours de la fouille, la présence des creusets dans le sondage GS1 prouve que l’or était façonné par les artisans de la zone. Ces creusets pouvaient servir aussi à la fabrication de perles en verre et des objets en cuivre. Gao Sanèye à l’époque était un centre de prédilection du commerce transsaharien. Ibn Sa’id’s a dressé une carte de la circulation des réservoirs de l’or vers la fin du premier millénaire. L’or était transporté des réservoirs de mine du Bourré et du Bamkouk situés entre la Falémé au nord sur le Sénégal et le Bagoe à l’est et Tinkisso au sud sur le fleuve Niger, à la Méditerranée en passant par Gao. Vers la fin du premier millénaire, la route principale partait de Taher à Gao en passant par Wargla et Tadmekka (Adrar des Iforas). A cette époque, on peut dire que Gao Sanèye est la Sarna d’Al-Mouhallabi (996) et la résidence du Kanda signalée par El-Bekri (1068).Pour une meilleure compréhension du site, il serait important d’approfondir les recherches sur le site et ses alentours afin de voir les relations réelles existantes entre la butte et le cimetière royal. Ce nécropole, situé à environ 500 m au nord-est de la butte, présente des stèles royales qui datent du XIIè siècle. Selon la tradition orale, la ville fut la résidence royale pendant tout le XIIè siècle, comme le prouve la découverte de la nécropole, et le reste probablement (sans qu’on puisse l’affirmer) jusqu'à la soumission du Songhaï au Mali.
Y. DOUMBIA
l'Essor n°16229 du - 2008-06-30 08:00:00
Certaines découvertes des archéologues indiquent qu’au moins 7 générations d’habitants ont vécu à cet endroit
La grande butte de Sanèye située à 7 km de
l’actuelle ville de Gao a été habitée par les Sorkho venus de Koukia. Ceux-ci y ont développé une intense activité d’agriculture, de pêche, de commerce et surtout d’artisanat. Les traces de l’ensemble de ces activités sont encore perceptibles dans le dépôt archéologique. C’est d’ailleurs ce qui a attiré pendant un bon moment des pilleurs clandestins à la recherche de pièce de grande valeur monétaire. Cette exploitation à des fins lucratives a fait perdre pas mal d’indices pour les chercheurs qui tentent de rétablir l’histoire de notre pays. Le fléau, qui rappelle celui des togué du Delta intérieur et des tumulus du sud, est heureusement en voie d’être endigué grâce aux efforts conjugués du ministère de la Culture et de la municipalité de Gao qui ont engagé un gardien pour veiller constamment sur le site. “La présente campagne de fouille s’inscrit dans le cadre de la protection et de la sauvegarde du site”, explique le chercheur Mamadou Cissé.Malgré son importance, Sanèye n’a fait l’objet que de recherches sporadiques. Ces recherches commencèrent dans les années 1930 avec les administrateurs coloniaux et se poursuivirent dans les années 1970 avec Colin Flight du Centre d’étude ouest africaine de Birmingham (un archéologue anglais). Les fouilles ont été pratiquées sur le cimetière royal et la crête et ont montré la présence de nombreuses stèles avec épitaphes en arabe gravées en relief. Au milieu du site, il existe deux caveaux en briques cuites.Les premières fouilles remontent en 1931 avec «la mission saharienne des cargos du désert» de Bernard le Pontois sur la nécropole de Sanèye (Mauny, 1952). Les seules trouvailles sont : les perles de calcédoine, une perle de faïence, une torque de cuivre. Une découverte plus intéressante fut faite en août 1939 par M. Chambon, commandant de cercle, qui, remarquant un affleurement de brique cuite et un morceau de marbre blanc, s’aperçut qu’il y avait là une stèle funéraire avec inscription (une épitaphe coufique).Puis en février 1952, Raymond Mauny a effectué quelques sondages sur la butte de Gao Sanèye. Ces sondages livrèrent plusieurs poteries, dont un fragment émaillé qui, selon lui, est le plus important de l’âge médiéval ancien, retrouvé en Afrique occidentale française.Du marbre originaire d’Andalousie. De nouvelles recherches furent entreprises par Colin Flight du Centre d’étude ouest africaine de Birmingham (Angleterre) avec des nationaux en 1972, 1974 et 1978 sur le cimetière royal. Colin Flight a relevé toutes les stèles affleurant au cimetière. La plupart ont été déchiffrées par J. Sauvaget, Viré et P. Farias. Certaines de ces stèles étudiées sont encore à Gao, deux stèles scellées au sommet de la mosquée, quelques unes à l’IFAN à Dakar, et d’autres à Bamako. La plupart de ces stèles sont en marbre originaire d’Andalousie. Les autres sont en schiste de facture locale. Plusieurs d’entre elles ont été transcrites. Elles nomment de simples personnes (hommes ou femmes), mais aussi des titres de rois, de reines et mentionnent des personnes appartenant à leur ascendance ( Mauny, 1961, Flight, 1978 et Paolo Farias, 1993). Elles constituent une précieuse source d’information sur la vie politique et culturelle de Gao entre les XIIè et XVè siècles. Contrairement à la nécropole, le stell a très peu attiré les archéologues. Ces fouilles initiales ont permis aussi de se rendre compte de l’importance du site. La butte couvre près de 30 hectares avec un dépôt archéologique de 7 mètres. Cela signifie qu’au moins 7 générations d’habitants ont vécu à cet endroit.C’est en 2001 que les premières fouilles archéologiques initiées par des archéologues maliens ont démarré dans cette partie de notre pays. Avec des moyens assez limités, les équipes envoyées sur place par la direction nationale du patrimoine culturel, ont implanté deux sondages sur le site. Le premier sondage d’une dimension de 3 m x 3, se situe sur le flanc nord-est de la butte et le second de 2 m x 3 se trouve implanté au centre du site. “Au total, 15 niveaux d’occupation ont été repérés dans le sondage”, explique Mamadou Cissé, chercheur à la DNPC. Pour ce qui est de la datation, l’échantillon de charbon prélevé est encore en train d’être analysé en laboratoire. Avant l’obtention de ces résultats, il y a eu des analyses sur la céramique, les ossements, les perles, les pierres travaillées (lithique), les pattes de verre, les fusaoïlles et les petites trouvailles comme les métaux, le fer, le cuivre.Les céramiques constituent le premier mobilier archéologique. Répandues en surface, elles indiquent la présence d’un dépôt archéologique. L’analyse rapide de ces poteries donne une datation relative, c’est-à-dire une fourchette d’âge.Le statut économique des habitants, les types d’animaux élevés, la religion pratiquée, les différents types de climat, les activités de production, sont autant de révélations faites par les trouvailles.
GAO, MÉTROPOLE DU COMMERCE TRANSSAHARIEN
l'Essor n°16249 du - 2008-07-28 08:00:00
En 2003-2004, une campagne de fouilles a révélé une série de murs colossaux construits en divers matériaux
Les recherches ont mis en évidence une ville commerciale et artisanale où prospérait la production, la transformation et la commercialisation du fer, du cuivre
Depuis la période coloniale, la ville de Gao a attiré l'attention de nombreux administrateurs comme Raymond Mauny. Des stèles épigraphiées en caractères arabes, trouvées sur le site du Tombeau des Askia auraient même été emportées par des voyageurs français au début du siècle dernier. Un peu plus loin de là de nombreux tessons ont fini par convaincre les archéologues maliens sur l'existence d'un site d'importance. Situé pratiquement en plein milieu de la ville, le site d'une maison construite par Kankou Moussa en 1324 de retour de son pèlerinage, fut identifié. Suite à de nombreux recoupements de documents. Des fouilles effectuées en 1993 par T. Insoll de l'Université de Cambridge sur le même site ont révélé la présence de structures de briques cuites associées à de nombreux objets exotiques importés, de nombreuses perles (en verre, en coralline ou en terre cuite), céramiques émaillées, objets en cuivre et attestant de la richesse de Gao, de son rôle de métropole du commerce transsaharien. En 2003-2004, une campagne de fouilles menée par la Direction nationale du patrimoine culturelle, l'Institut des sciences humaines et le Musée national d'ethnologie d'Osaka (Japon) sur le même site a révélé une série de murs colossaux construits en divers matériaux.Les résultats obtenus par suite de l’analyse de la culture matérielle des différents horizons des deux sondages et les dates obtenues lors de l’analyse à partir du Radiocarbone nous permettent de faire des interprétations suivantes de bas en haut sur les horizons stratigraphiques des deux sondages, explique Mamadou Cissé, actuellement thésard à Rice University des USA.L’évolution du matériel se caractérise avant tout par son homogénéité, indique-t-il. Des mêmes types de céramique et de décors se définissent du début jusqu’à la fin de la phase d’occupation. Le dynamisme urbain attesté par une diversité du matériel, qu’il soit de production locale (les formes de céramique et des perles en terre cuite, en os et en verre monochrome), ou d’importation (apparition des perles en verre polychromes, des fragments de récipients en verre).
Centre de prédilection du commerce. Les datations radiocarbones que nous avons obtenues, montrent que le site a été occupé du VIIè au XIè siècle. Gao était un grand centre urbain, point névralgique entre l’Afrique de l’ouest et le bassin méditerranéen. Cette position géographique se reflète vivement dans l’architecture ou on note une influence étrangère dans les modes de construction et les matériaux utilisés (présence de briques rectangulaires en terre crue ou cuite avec une dimension de 40cm x 20cm). L’aliment de base de ses habitants était le riz africain (oryza glaberrima) attesté par la présence d’une quantité considérable de grain de riz dans le Feature 5 associé au niveau 10 du sondage. Gao Sanèye était une ville commerciale et artisanale où on notait la coexistence de différentes cultures pour la production, la transformation et la commercialisation du fer, du cuivre d’une part et des perles de différentes sortes (os, terre cuite et verre). L’artisanat était très développé dans la cité de Gao Sanèye. Les artisans travaillaient beaucoup avec le fer et le cuivre et fabriquaient des objets divers (lame de houes ou haches, clous, pointes, etc.) Les éléments de parure comme les perles de toutes natures et de toutes les couleurs sont fabriquées sur place ou importés du Maghreb ou même d’Europe.Bien qu’on n’ait pas trouvé d’or au cours de la fouille, la présence des creusets dans le sondage GS1 prouve que l’or était façonné par les artisans de la zone. Ces creusets pouvaient servir aussi à la fabrication de perles en verre et des objets en cuivre. Gao Sanèye à l’époque était un centre de prédilection du commerce transsaharien. Ibn Sa’id’s a dressé une carte de la circulation des réservoirs de l’or vers la fin du premier millénaire. L’or était transporté des réservoirs de mine du Bourré et du Bamkouk situés entre la Falémé au nord sur le Sénégal et le Bagoe à l’est et Tinkisso au sud sur le fleuve Niger, à la Méditerranée en passant par Gao. Vers la fin du premier millénaire, la route principale partait de Taher à Gao en passant par Wargla et Tadmekka (Adrar des Iforas). A cette époque, on peut dire que Gao Sanèye est la Sarna d’Al-Mouhallabi (996) et la résidence du Kanda signalée par El-Bekri (1068).Pour une meilleure compréhension du site, il serait important d’approfondir les recherches sur le site et ses alentours afin de voir les relations réelles existantes entre la butte et le cimetière royal. Ce nécropole, situé à environ 500 m au nord-est de la butte, présente des stèles royales qui datent du XIIè siècle. Selon la tradition orale, la ville fut la résidence royale pendant tout le XIIè siècle, comme le prouve la découverte de la nécropole, et le reste probablement (sans qu’on puisse l’affirmer) jusqu'à la soumission du Songhaï au Mali.
Y. DOUMBIA
16 juil. 2008
MALI: L’esclavage, toujours d’actualité dans le nord
MALI: L’esclavage, toujours d’actualité dans le nord
GAO, 15 juillet 2008 (IRIN) - Si bon nombre de personnes pensent que l’esclavage n’existe plus au Mali, cette pratique est pourtant toujours observée dans le nord du pays, selon l’association malienne de défense des droits humains Temedt. « Le gouvernement pense que l’esclavage a été aboli avec l’indépendance : à l’époque, un grand nombre de gens, qui vivaient comme des esclaves sous le régime colonial, avaient été libérés », a déclaré Mohammed Ag Akeratane, le président de Temedt. « Mais je dirais que
plusieurs milliers de personnes sont encore tenues en esclavage ou vivent dans des conditions proches de l’esclavage dans le Mali d’aujourd’hui ». Selon Temedt (« solidarité », en Tamasheq, la langue des Touaregs), l’esclavage est encore pratiqué dans le nord, dans la région de Gao, à 1 200 kilomètres au nord de Bamako, la capitale, et aux alentours de Menaka, une ville située à 1 500 kilomètres au nord de Bamako. La plupart des cas d’esclavage concernent des Touaregs d’origine berbère et des Bellas, un peuple indigène qui vit dans cette région, bien que les communautés peules et songhaï soient connues pour avoir elles aussi pratiqué l’esclavage dans le passé, selon Temedt. Iddar Ag Ogazide, un Bella, a raconté qu’il avait été tenu en esclavage pendant 35 ans par les Ag Baye, une famille touareg pour laquelle il travaillait sans percevoir de salaire ni recevoir d’éducation, à Ansongo, à 80 kilomètres au sud de Gao. Les Ag Baye avaient acheté son arrière-grand-mère et hérité des membres de sa famille, une génération après l’autre. Finalement, en mars 2008, Iddar, qui ne pouvait plus supporter cette situation, a imaginé un plan d’évasion, qu’il a exécuté avec succès ; aujourd’hui, il vit à Gao. « La vie était dure, là-bas. Tout ce que je faisais, je le faisais contre mon gré. Je faisais toute la cuisine, je pilais [le millet], j’allais chercher l’eau, le bois et je balayais la maison. Je ne recevais jamais d’argent ; on ne me donnait même pas d’habits », a confié à IRIN Takwalet, la femme d’Iddar, qui s’est échappée avec lui. Des définitions obscures Mais les débats sur l’esclavage sont complexes au Mali, où bon nombre de personnes affirment que cette pratique n’a plus cours. Selon plusieurs habitants de Gao, certaines personnes restent en effet avec leurs « maîtres » pour des raisons avant tout économiques. Aujourd’hui, les Bellas sont largement intégrés à la culture touareg : ils ont des traditions culturelles semblables et parlent la même langue (le Tamasheq), et un grand nombre d’entre eux sont connus sous le nom de
Tamasheqs noirs. Les maîtres touaregs et le peuple bella vivent dans un système de castes complexe depuis de nombreuses décennies et d’aucuns disent que cette relation de pouvoir n’a guère changé : les biens et le bétail des populations du nord restent, en bonne partie, aux mains des Touaregs. À Menaka et Ansongo, deux villes isolées, la vie est dure et les opportunités d’emploi et autres possibilités économiques sont rares. « Les conditions sont difficiles dans le nord, mais les Bellas sont libres de quitter leurs maîtres s’ils le souhaitent », selon une source anonyme du département de l’Administration territoriale, un organe du gouvernement malien. « Il n’y a pas d’obligation, pas d’esclavage officiel ». Cela signifierait donc que certains Bellas ne se sentent pas capables de voler de leurs propres ailes et de renoncer à la protection de leur riche maître, qui les nourrit mais ne les rémunère pas : « si des gens déclaraient ouvertement qu’ils étaient esclaves, bien sûr, l’Etat ferait quelque chose », a affirmé la source. Mais pour Anti-Slavery International, une association londonienne de défense des droits humains qui soutient les efforts de Temedt, la situation est plus claire que cela.
« Comme ses parents avant lui, Iddar est né esclave, un statut qui lui a été attribué à la naissance, et [il] a grandi sous le contrôle absolu d’un maître qui le faisait travailler sans rémunération », a indiqué Romana Cacchioli, responsable de programmes Afrique à Anti-Slavery International. « D’après moi, l’histoire d’Iddar est un cas d’esclavage manifeste ». Un cadre juridique flou On ne sait pas précisément ce que pourrait faire l’Etat dans des cas comme celui d’Iddar, le Mali n’ayant pas officiellement adopté de loi contre l’esclavage. Bien que la Constitution malienne stipule que les hommes sont tous égaux, et même si le pays a signé les principales conventions internationales contre l’esclavage, dont la Déclaration universelle des droits de l’Homme, officiellement la pratique n’a jamais été interdite par la loi au Mali ; il est donc difficile de chercher à obtenir réparation auprès des tribunaux dans des cas comme celui d’Iddar Ag Ogazide. Temedt a néanmoins demandé à un avocat de travailler avec Iddar et une autre esclave évadée de Gao. « Nous voudrions voir s’ils peuvent engager des procédures devant les tribunaux pour obtenir des indemnités », a expliqué M. Akeratane de Temedt. Temedt envisage également la possibilité d’engager des poursuites pour enlèvement d’enfant, au nom du fils d’Iddar. « Il est difficile de monter un dossier pour Iddar ; cela montre bien qu’il est nécessaire d’adopter une loi contre l’esclavage au Mali », a estimé Romana Cacchioli d’Anti-Slavery International. Interrogé en avril par le journal malien La Nouvelle République, M. Akeratane a toutefois déclaré qu’à l’heure actuelle, un grand nombre d’affaires en instance n’allaient nulle part, une situation qui crée un précédent peu prometteur pour les futurs anciens esclaves qui souhaiteront faire appel à la justice. Évolution des attitudes L’un des principaux objectifs de Temedt est d’instiller aux anciens esclaves une certaine fierté de leur identité ethnique et culturelle, ce qui les aidera à revendiquer l’égalité de droits, espère M. Akeratane. L’organisation dirige des séances de sensibilisation aux droits humains pour les groupes vulnérables à l’esclavage, afin de leur expliquer qu’ils ne sont pas tenus d’accepter la tradition. L’organisation bénéficie d’un soutien croissant. Lancée il y a à peine plus de deux ans, elle compte aujourd’hui 18 000 membres dans huit régions du pays. Elle a également commencé à travailler avec différents organismes de lutte contre l’esclavage au-delà des frontières nigérienne et mauritanienne. D’après M. Akeratane, la question délicate de l’esclavage, qui continue d’être pratiqué, est ainsi abordée de front pour la première fois dans le pays. Le président de Temedt a bon espoir que les attitudes évolueront et que l’esclavage sera un jour éradiqué au Mali. Gamer Dicko, journaliste à Bamako, issu d’une famille tamasheq noire, abonde dans ce sens. « Aujourd’hui, les choses changent, mais très lentement », a-t-il indiqué. « Certains Tamasheqs noirs disent OK, nos pères étaient esclaves, mais pas nous. Ils sont fiers de leur habit et de parler leur propre langue ». IRIN Service Français Afrique de l'ouest Mali
ch/aj/cb/nh/ail
Thèmes: (IRIN) Economy, (IRIN) Governance, (IRIN) Human Rights
GAO, 15 juillet 2008 (IRIN) - Si bon nombre de personnes pensent que l’esclavage n’existe plus au Mali, cette pratique est pourtant toujours observée dans le nord du pays, selon l’association malienne de défense des droits humains Temedt. « Le gouvernement pense que l’esclavage a été aboli avec l’indépendance : à l’époque, un grand nombre de gens, qui vivaient comme des esclaves sous le régime colonial, avaient été libérés », a déclaré Mohammed Ag Akeratane, le président de Temedt. « Mais je dirais que
plusieurs milliers de personnes sont encore tenues en esclavage ou vivent dans des conditions proches de l’esclavage dans le Mali d’aujourd’hui ». Selon Temedt (« solidarité », en Tamasheq, la langue des Touaregs), l’esclavage est encore pratiqué dans le nord, dans la région de Gao, à 1 200 kilomètres au nord de Bamako, la capitale, et aux alentours de Menaka, une ville située à 1 500 kilomètres au nord de Bamako. La plupart des cas d’esclavage concernent des Touaregs d’origine berbère et des Bellas, un peuple indigène qui vit dans cette région, bien que les communautés peules et songhaï soient connues pour avoir elles aussi pratiqué l’esclavage dans le passé, selon Temedt. Iddar Ag Ogazide, un Bella, a raconté qu’il avait été tenu en esclavage pendant 35 ans par les Ag Baye, une famille touareg pour laquelle il travaillait sans percevoir de salaire ni recevoir d’éducation, à Ansongo, à 80 kilomètres au sud de Gao. Les Ag Baye avaient acheté son arrière-grand-mère et hérité des membres de sa famille, une génération après l’autre. Finalement, en mars 2008, Iddar, qui ne pouvait plus supporter cette situation, a imaginé un plan d’évasion, qu’il a exécuté avec succès ; aujourd’hui, il vit à Gao. « La vie était dure, là-bas. Tout ce que je faisais, je le faisais contre mon gré. Je faisais toute la cuisine, je pilais [le millet], j’allais chercher l’eau, le bois et je balayais la maison. Je ne recevais jamais d’argent ; on ne me donnait même pas d’habits », a confié à IRIN Takwalet, la femme d’Iddar, qui s’est échappée avec lui. Des définitions obscures Mais les débats sur l’esclavage sont complexes au Mali, où bon nombre de personnes affirment que cette pratique n’a plus cours. Selon plusieurs habitants de Gao, certaines personnes restent en effet avec leurs « maîtres » pour des raisons avant tout économiques. Aujourd’hui, les Bellas sont largement intégrés à la culture touareg : ils ont des traditions culturelles semblables et parlent la même langue (le Tamasheq), et un grand nombre d’entre eux sont connus sous le nom de
Tamasheqs noirs. Les maîtres touaregs et le peuple bella vivent dans un système de castes complexe depuis de nombreuses décennies et d’aucuns disent que cette relation de pouvoir n’a guère changé : les biens et le bétail des populations du nord restent, en bonne partie, aux mains des Touaregs. À Menaka et Ansongo, deux villes isolées, la vie est dure et les opportunités d’emploi et autres possibilités économiques sont rares. « Les conditions sont difficiles dans le nord, mais les Bellas sont libres de quitter leurs maîtres s’ils le souhaitent », selon une source anonyme du département de l’Administration territoriale, un organe du gouvernement malien. « Il n’y a pas d’obligation, pas d’esclavage officiel ». Cela signifierait donc que certains Bellas ne se sentent pas capables de voler de leurs propres ailes et de renoncer à la protection de leur riche maître, qui les nourrit mais ne les rémunère pas : « si des gens déclaraient ouvertement qu’ils étaient esclaves, bien sûr, l’Etat ferait quelque chose », a affirmé la source. Mais pour Anti-Slavery International, une association londonienne de défense des droits humains qui soutient les efforts de Temedt, la situation est plus claire que cela.« Comme ses parents avant lui, Iddar est né esclave, un statut qui lui a été attribué à la naissance, et [il] a grandi sous le contrôle absolu d’un maître qui le faisait travailler sans rémunération », a indiqué Romana Cacchioli, responsable de programmes Afrique à Anti-Slavery International. « D’après moi, l’histoire d’Iddar est un cas d’esclavage manifeste ». Un cadre juridique flou On ne sait pas précisément ce que pourrait faire l’Etat dans des cas comme celui d’Iddar, le Mali n’ayant pas officiellement adopté de loi contre l’esclavage. Bien que la Constitution malienne stipule que les hommes sont tous égaux, et même si le pays a signé les principales conventions internationales contre l’esclavage, dont la Déclaration universelle des droits de l’Homme, officiellement la pratique n’a jamais été interdite par la loi au Mali ; il est donc difficile de chercher à obtenir réparation auprès des tribunaux dans des cas comme celui d’Iddar Ag Ogazide. Temedt a néanmoins demandé à un avocat de travailler avec Iddar et une autre esclave évadée de Gao. « Nous voudrions voir s’ils peuvent engager des procédures devant les tribunaux pour obtenir des indemnités », a expliqué M. Akeratane de Temedt. Temedt envisage également la possibilité d’engager des poursuites pour enlèvement d’enfant, au nom du fils d’Iddar. « Il est difficile de monter un dossier pour Iddar ; cela montre bien qu’il est nécessaire d’adopter une loi contre l’esclavage au Mali », a estimé Romana Cacchioli d’Anti-Slavery International. Interrogé en avril par le journal malien La Nouvelle République, M. Akeratane a toutefois déclaré qu’à l’heure actuelle, un grand nombre d’affaires en instance n’allaient nulle part, une situation qui crée un précédent peu prometteur pour les futurs anciens esclaves qui souhaiteront faire appel à la justice. Évolution des attitudes L’un des principaux objectifs de Temedt est d’instiller aux anciens esclaves une certaine fierté de leur identité ethnique et culturelle, ce qui les aidera à revendiquer l’égalité de droits, espère M. Akeratane. L’organisation dirige des séances de sensibilisation aux droits humains pour les groupes vulnérables à l’esclavage, afin de leur expliquer qu’ils ne sont pas tenus d’accepter la tradition. L’organisation bénéficie d’un soutien croissant. Lancée il y a à peine plus de deux ans, elle compte aujourd’hui 18 000 membres dans huit régions du pays. Elle a également commencé à travailler avec différents organismes de lutte contre l’esclavage au-delà des frontières nigérienne et mauritanienne. D’après M. Akeratane, la question délicate de l’esclavage, qui continue d’être pratiqué, est ainsi abordée de front pour la première fois dans le pays. Le président de Temedt a bon espoir que les attitudes évolueront et que l’esclavage sera un jour éradiqué au Mali. Gamer Dicko, journaliste à Bamako, issu d’une famille tamasheq noire, abonde dans ce sens. « Aujourd’hui, les choses changent, mais très lentement », a-t-il indiqué. « Certains Tamasheqs noirs disent OK, nos pères étaient esclaves, mais pas nous. Ils sont fiers de leur habit et de parler leur propre langue ». IRIN Service Français Afrique de l'ouest Mali
ch/aj/cb/nh/ail
Thèmes: (IRIN) Economy, (IRIN) Governance, (IRIN) Human Rights
27 juin 2008
La passion du désert.
Grands Reporters - La passion du désert.
Mauritanie-Niger-Egypte... La traversée de l’Atlantique à la Mer Rouge
La passion du désert.
Il est le dernier refuge de l’absolu silence. Depuis des millénaires, le vent y efface les pas des caravanes qui le traversent. Même ceux qui y vivent ne peuvent se vanter de l’avoir tout à fait apprivoisé. Aujourd’hui, il a de plus en plus d’amoureux qui vont y chercher une beauté inconnue et une part d’eux-mêmes que la civilisation avait occultée. « Le désert ponce les âmes », écrivait Théodore Monod. Des vagues de l’Atlantique à celles de la mer Rouge, des dunes blanches en roches noires, Jean-Paul Mari a traversé, en sept étapes, le plus grande immensité désertique du monde
1. Banc d’Arguin : quand la vague devient dune Mauritanie Elles arrivent du grand large, venues d’un autre continent, lourdes, puissantes mais harassées, leurs lèvres ourlées d’écume salée, après le prodigieux effort de cette course à travers l’océan. Quand les vagues de l’Atlantique se posent enfin sur la plage, elles pétillent de plaisir en déversant leur eau profonde, bleue, glaciale, et le sable du désert de Mauritanie en frémit. Un instant, tout paraît s’arrêter là avec ces vagues qui viennent mourir au flanc brûlant de l’Afrique. On file à toute allure le long de la plage à marée basse, sur l’axe qui relie Nouakchott à Nouadhibou en évitant l’intérieur des terres aux pistes molles et voraces. Surtout ne pas tomber dans le piège de la sebkha, une croûte de terre apparemment dure qui cache la fange des marais salés, d’où l’eau visqueuse jaillit au passage des roues avant de vous engluer comme un insecte. Autant rouler vite et léger au bord de la plage, en évitant l’avancée des vagues, le bras tendu à la portière, le nez au vent, saoulé d’iode, d’air et de lumière. Le 4x4 fait lever des nuages de centaines de cormorans qui décollent sous les roues et auréolent la cabine du blanc du dessous de leurs ailes. Ici, dans les vasiers gris-vert qui entourent les îles du Banc d’Arguin, viennent se reposer les grands migrateurs, les colonies de flamants roses, le héron cendré, le pélican blanc, l’aigrette dimorphe, la spatule blanche, le sterne royal et le goéland railleur. Ici, la mer est riche et les Bédouins de la tribu des Imraguen ont fait alliance avec les grands dauphins pour mieux piéger les immenses bancs de mulets. Quand les hommes s’avancent dans l’eau en frappant les vagues avec leurs bâtons, les cétacés rabattent aussitôt le poisson vers la côte. Les Imraguen tendent leurs filets, les dauphins fouillent dans les vagues, engloutissent les mulets qui cherchent à s’enfuir et la pêche est toujours miraculeuse. On roule de plus en plus vite pour échapper à la marée haute, en croisant les dizaines d’épaves de cargos échoués qui ponctuent la côte, coque rouillée, crevée, plantée dans le sable, la proue tournée vers le désert, momifiées dans un ultime essai d’abordage. Devenus malgré eux phares, balises ou sentinelles éternelles, leurs bras décharnés de ferraille rongés par le sel, les grands navires fantômes ont toujours l’air de vouloir appareiller. Comme cette frégate qui a cherché à doubler le cap Blanc en marchant trop longtemps vers le sud, là où les fonds remontent, avant de talonner un banc de sable. C’était il y a cent quatre-vingt-cinq ans, la mer en juillet était mauvaise et le radeau surchargé. A bord, il y avait 147 rescapés, des vagues jusqu’à mi-cuisse, peu d’eau et pas mal de vin. Les survivants se sont battus, ont jeté les plus faibles à la mer, mélangé leur urine à l’alcool et fait sécher de la chair humaine sur les cordages. Treize jours plus tard, quand le brick l’« Argus » venu du Sénégal a retrouvé le radeau de la « Méduse », ils n’étaient plus qu’une quinzaine d’hallucinés accrochés à une épave maudite, dont Géricault le scandaleux fera un tableau magnifique. Eux aussi avaient confondu l’eau et le sable. Je regarde la grève aussi sombre qu’un fond marin, la plage qui se ramasse et monte en pente douce, ce début de dune arrondie comme une nouvelle contraction de l’onde, la masse de sable venue de la mer qui s’éclaircit, enfle, se gonfle pour reprendre sa forme originelle. A observer la mer derrière et la cavalcade des dunes devant soi, on comprend que les vagues ne font que continuer leur chemin. Tout roule, avance, ondule, se transmet dans le même mouvement. Simplement, la goutte d’eau est devenue grain, l’eau s’est transformée en sable, l’écume blanche en poussière de coquillages, la vague en dune, la mer en désert. On grimpe au sommet de la plus grande butte, là où commence l’erg de l’Akchâr, son sable si fin, crémeux, ocre rose poudré d’or. Il suffit de plonger la main au creux de la dune et de l’élever. On ouvre les doigts et il pleut du sable, de l’eau, du temps. Devant, le désert déroule ses dunes une à une, comme une invitation. Jusqu’où vont-elles ? Pour le savoir, il suffit de les suivre. Plein est.
2. Un érudit sous la tente, l’addax et les Nemadis Mauritanie Ensablé, bien sûr, la pelle à la main. La piste est rouge tendre, le sable si mou et on se laisse facilement prendre par ce corps-à-corps langoureux avec les dunes. Mohamed Ould Mouloud vit tout près, à une quinzaine de kilomètres de la route qui mène à Tijikja, abritée par une volée de dunes. Le voilà, droit à 75 ans, mèche blanche sur un grand front, le cristallin brûlé par trop de soleil, en chèche noir et gallabiah blanche, les pieds nus mais un pull de laine malgré une température de 30 degrés. Autrefois préfet de Néma, il a préféré se retirer sous cette tente où il offre une calebasse de srig frais, le lait de chamelle, aussi doux que du lait de coco. Il écrit ici des livres à l’imparfait du subjonctif sur « l’Arabie avant l’islam » ou « la Mauritanie avant la colonisation française », déchiffre les manuscrits anciens, étudie la littérature iranienne, parle le persan et s’excuse de ces « simples curiosités d’amateur ». Au fond de sa tente, un trésor, de grosses malles en acier, empilées et cadenassées, bourrées d’une tonne et demie de livres : « Ma petite bibliothèque du désert. » On se prend à rêver de fouiller ces malles où repose une partie de l’histoire de ces dunes, de leurs animaux mythiques et de leurs tribus perdues. Comme l’addax et les Nemadis qui hantent toujours les conversations des Maures. L’addax, la grande antilope du désert, haut de 1,50 mètre au garrot, avec de longues cornes effilées en forme de lyre, farouche, quasiment invisible, doté de larges sabots qui lui permettent de galoper au sommet des dunes les plus molles. Doté d’un métabolisme unique, il peut ne boire qu’une seule fois par an, se contente d’herbes sèches, trouve ses pâturages en suivant les éclairs lointains des orages, laisse sa température corporelle grimper sans dommage jusqu’à 42 degrés et rejette une urine si concentrée qu’elle solidifie le sable. On le recherche pour sa viande et parce qu’on croit que sa peau éloigne les reptiles depuis que des chasseurs ont retrouvé des serpents dans son estomac. Les chasseurs, ce sont les Nemadis, une espèce d’humains à part, une secte, une tribu, une caste, mi-parias, mi-gitans des sables, qui s’habillent d’une courte tunique bleue et dorment dans des anfractuosités de rocher. On ne naît pas nemadi, on le devient, on les rejoint comme on quitte le monde des humains. Ils sont respectés, craints, méprisés. Et leurs seuls compagnons sont les chiens de leur meute, les sloughis, qui les aident à traquer l’addax, à le pousser au fond des vallées où sont tendus des filets. Entre le Nemadi et ses chiens, la relation est mystique. Chaque meute est hiérarchisée, chaque chien a un nom, chacun a un rôle. Et le combat entre le Nemadi et l’addax se termine toujours la lance à la main face à l’antilope aux longues cornes qui défend chèrement sa vie. Face à face. La rébellion armée en quête de nourriture, l’arrivée des véhicules tout-terrain et des kalachnikovs ont brisé les règles et réduit l’addax à quelques centaines d’individus qui courent encore sur la frontière mauritanienne, dans le Ténéré et le désert du Tchad. L’addax, menacé de disparition, est plus invisible que jamais. Et les Nemadis, qui ne vivent qu’en courant vers leur antilope sacrée, risquent de disparaître avec elle.
3. Aoudaghost, sur la route des grandes caravanes Mauritanie C’est une muraille en plein désert, haute de plusieurs dizaines de mètres, une barre de lave noire, de blocs grumeleux taillés par le vent de sable. Infranchissable. Il a fallu laisser la côte à un bon millier de kilomètres derrière nous, rouler en bordure des épineux du Sahel et avaler un interminable plateau de cailloux coupants, pour buter là, au bord du désert des Aouker, sur ce rempart mystérieux. On glisse sur le sable amassé à ses pieds en suivant l’enceinte d’un immense château fort naturel. Où est le pont-levis ? Ici, dans cet oued à sec qui ouvre sur une dune plus molle que les autres. Un chèche noir goudronné accroché à une clôture, quelques chameaux effrayés, l’ombre rouge du voile d’une femme qui s’enfuit, une tente blanche... Nous sommes à Aoudaghost, ancienne capitale de l’empire du Ghana, forteresse du désert autrefois puissante et sûre où les caravanes d’un Islam doré se réfugiaient au terme d’une très longue marche, où les entrepôts regorgeaient d’une extraordinaire richesse. Au début était la « soif du sel ». C’est elle qui, pendant dix siècles, a imprimé la route des grandes caravanes. Du nord au sud, deux grands axes étaient tracés. Le premier, le plus ancien, partait du Mzab et descendait plein sud vers les salines de Taoudéni au nord du Mali ; le deuxième obliquait à l’ouest, de Goulimine au Maroc vers Ijil, la mine de sel de Zoueirat, puis visitait tous les grands havres du désert, villes caravanières de Ouadane, Chinguetti, Tichit, Aoudaghost, Oualata aux portes du Mali. Un lettré de Chinguetti du XVIIIe siècle parle du passage d’une caravane de 32 000 chameaux ! Et le grand Ibn Battuta a raconté ces marathons de trois mois, émaillés de tronçons désespérement secs où les hommes et les bêtes devaient franchir 700 kilomètres - vingt jours de marche ! -, sans un seul point d’eau. Attachés aux bâts des chameaux, les pains de sel étaient riches en sulfates, introuvables au Sahel dans ces pays du Soudan, Bilad As-Sudani, « pays des Noirs » - une médecine indispensable aux éleveurs africains pour administrer la « purge salée » qui soignait leur bétail et le débarrassait des parasites. Du sud, en échange, on rapportait l’or du Mali, le mil et le sorgho pour nourrir les Sahariens, l’ivoire des éléphants de la forêt, la résine de l’acacia du Sénégal, cette gomme arabique qui teint les tissus ou soigne la toux, les plumes d’autruche qui ornaient les chapeaux de la cour à Versailles et, toujours, solidement encordés, des colonnes de centaines d’esclaves noirs. Ebène précieux à expédier vers l’Amérique, les Antilles et, bien après l’abolition de l’esclavage, vers le Maghreb, la Libye et les oasis d’Egypte. A l’aller ou au retour, la caravane était riche et l’aventure périlleuse. On partait, au risque de mourir de soif, de se perdre dans l’immensité des sables ou de subir les rezzous des Rgueibat qui descendaient du nord attaquer jusqu’à Tombouctou. On n’oublie jamais une razzia dans le désert. Quitte à poursuivre l’assaillant et à frapper sa tribu chez elle, à 1 000 kilomètres de l’embuscade, six mois ou un an après, s’il le faut ! Pour se protéger, les chefs de caravane louaient des escortes armées, payaient une taxe au passage, s’alliaient avec les tribus sahariennes locales ou brandissaient le saint Coran, en promettant l’enfer aux pillards ignorants. Derrière les chameaux chargés de sel, marchaient aussi des hommes et des idées, commerçants lettrés du Mzab, géographes du Caire, philosophes d’Andalousie, porteurs de culture et de religion. Comme Iman Al Hadrami, grande figure almoravide, né à Kairouan, recruté à Marrakech, étudiant à Grenade et qui a voyagé dans tout le Proche-Orient avant de mourir en l’an 1096 à Atar. C’était l’époque de « l’or musulman », de l’islam voyageur et éclairé au temps où Gênes et Venise émergeaient du Moyen Age. C’était l’époque où Aoudaghost était la capitale prospère de l’empire du Ghana, entre le fleuve Niger et le fleuve Sénégal, avec un souverain, une cour, des tribus soumises, une armée qui défendait les caravanes et une forteresse pour accueillir leurs trésors. A l’abri de ses remparts, on pouvait troquer, prier dans la plus ancienne mosquée du désert, fabriquer des clous en fer, des bracelets en laiton, des perles de terre et des bijoux de verre. Aujourd’hui, ne restent de cette splendeur passée qu’une vaste cité en pierre noire, en ruines, blottie contre la montagne au pied des Aouker, et l’énigme de ses habitants disparus dont les squelettes tombent en poussière au moindre coup de pinceau. Certains disent que la grande Aoudaghost a disparu, mise à sac par une invasion venue du nord en 1054. D’autres affirment que la cité métallurgique est tombée quand ses esclaves se sont révoltés contre leurs maîtres. La vérité est sans doute plus simple. Aoudaghost vivait sur la route des caravanes, cette route a changé et la belle capitale a périclité jusqu’à l’abandon. Avec la colonisation, les nouvelles villes, les grands ports, le chemin des marchandises ne cessera de dévier vers l’ouest jusqu’à longer frileusement la côte. La guerre du Polisario a coupé le reste du cordon ombilical. Et le désert a gardé pour lui la mémoire des grandes cités caravanières comme Aoudaghost, fabuleux port d’antan ensablé en plein Sahara.
4. Entre Aïr et Ténéré, un combat de titans Niger D’emblée, le silence, nouveau, palpable, comme un cinquième élément. Il y avait la terre, l’eau, le feu, l’air. Il y a maintenant le silence. Ici, en arrivant, on mange toujours trop, on boit trop, on parle trop. Il faut s’asseoir, sentir d’où vient le vent, se recaler, prendre sa place. Devenir un grain de sable qui fait son chemin, un grain d’humanité, un grain de ciel. Etre nu. « Le désert ponce les âmes », écrivait Théodore Monod. Au matin, quand la dune blanchit, la lentille dorée qui affleure la crête annonce un nouveau jour brûlant. Les chameaux blatèrent, se plaignent comme si on les égorgeait parce qu’on serre les sangles du bât. Un thé bouillant et très fort vous ramène à la vie et l’on est déjà parti. En laissant derrière soi un filet de fumée bleue d’un feu bientôt éteint. Un combat de titans nous attend. La piste s’élève dans les dunes. A l’est, le Ténéré, désert des déserts, entre les massifs de l’Aïr et du Tibesti, 1 200 kilomètres de sable, un océan de paix minérale, lisse et absolument plat, sans repère, sans horizon, où l’oeil peut suivre la courbure de la terre, où l’homme est pris de vertige. On aimerait traverser à la voile cette mer de sable liquide que le vent pousse vers les falaises noires de l’Aïr, plateau volcanique qui a basculé il y a deux cents millions d’années. D’abord, au sud, l’Arakaou, croissant de montagne dans lequel s’engouffre une énorme vague de sable multicolore, magique ; puis le Takolokouzet, l’Adrar Chiriet, les monts Agalak, Taghmeurt et Baghzane. Et, tout au nord, l’immense falaise du mont Gréboun, haut de 2 310 mètres, le front en avant, tourné vers le Ténéré. Le conflit est inévitable entre le sable aérien qui veut avancer et cette barrière de lave volcanique, rempart de l’Aïr. Alors, l’océan du Ténéré perd sa sérénité. Il se gonfle et jette ses premières vagues, sans effets. Il redouble de force et de violence et ses vagues de dunes montent à l’assaut vers le ciel jusqu’à 150 mètres de hauteur. Le sable frappe la montagne avec la violence d’une grande marée, d’une tempête d’Ouessant, d’un tsunami sur le delta du Bengale. Il vole, accroche enfin les crêtes noires, les submerge d’une écume dorée qui sourd sur l’autre versant du Gréboun, ruisselle sur ses pentes et comble ses creux de roche. Nouvelle vague. Celle-là va briser la montagne ? Non. L’Aïr ne fléchit pas. Ses volcans noirs, éboulés mais debout depuis la nuit des temps, opposent un front ridé, craquelé et antédiluvien à la tempête du Ténéré. Combat sans fin et perdu d’avance. On se plante dans un creux de sable, dans le ressac, au milieu de cette tempête immobile. Noires, les montagnes de l’Aïr, pitons, caps et promontoires ; blondes, les vagues de dunes qui roulent vers l’assaut ; bleu cru, la trouée du ciel entre les deux, parcouru de flammèches dentelées, cirrus du monde d’en haut qui ne sont ici que des gerbes blanches d’écume de mer. Le sable, l’air, le feu du soleil qui regarde implacable ce combat de titans, guerre sans fin et sans victimes, tous les éléments se mêlent en une furie tranquille, un mouvement immobile et permanent qui vous allège le corps et vous berce l’âme.
5. Iférouane, mirages et hommes bleus Niger Je me rappelle un mirage dans un désert terne et sale. C’était en Arabie saoudite après de longues heures de piste. Soudain, des dizaines de voiles blanches, triangulaires et bien dessinées, sont apparues à l’horizon. Une régate en plein désert ? J’avançais en me frottant les yeux vers ces voiliers de plus en plus distincts. Une heure plus tard, je tombai nez à nez avec une série de tranchées régulières, creusées en pente pour abriter les tanks, canon vers le haut. Et le blanc de la terre remuée, contrastant avec le sable terreux, m’avait offert une course de voiliers qui cinglaient entre les dunes ! Ici la route est belle sur la crête des dunes, entre les éboulis noirs rocheux des montagnes qui se désagrègent en blocs de quelques centaines de kilos ou de dizaines de tonnes, comme des tas de graviers posés là en attendant la construction d’une chaussée de géants. Belle mais dangereuse. D’abord, ne pas se perdre. Un fût vide, un piquet planté ou trois cailloux en pyramide marquent un redjem, un repère, tous les 20 kilomètres pour seul balisage. A ne pas manquer. Ne pas s’ensabler trop souvent non plus, surveiller le déboulé d’un chameau distrait ou apeuré et les plaques sombres du fech-fech, mélange de sable et d’argile, cauchemar des pistes, où l’on s’épuise à creuser sous les roues, à tôler le passage, à pousser, s’ensabler, recommencer. Parfois il suffit seulement d’endurer. Quand les vagues de la route, courtes et brutales - l’éprouvante « tôle ondulée » -, cassent les lames de suspension, les écrous des roues, les galeries, les tuyaux d’échappement et toutes les vertèbres de votre corps torturé. Ne pas se tromper et ne jamais croire qu’on est plus fort que le désert. En 4x4, il faut de l’essence, de l’eau, des dattes et de la chance. A pied, il faut de l’eau, des dattes et du courage. Ici, dans ce creux de dune, la carcasse bouffie d’un chameau démontre qu’il peut faire soif à en mourir. Même pour un homme d’expérience. Comme ce conducteur de 4x4 pris dans les sables boueux du col de Temet, qui aurait dû attendre un vaisseau de passage, accroché à son épave en pleine mer. Il a préféré partir, à pied, un jerrycan d’eau sur l’épaule. L’homme, solide, a marché 80 kilomètres dans la fournaise de septembre. Quand le jerrycan fut vide, le marcheur déshydraté et ses reins bloqués, le poison des toxines du sang a fait son effet. A 12 kilomètres d’Iférouane - du salut -, il s’est mis à délirer, a fait demi-tour et a marché quatre heures dans ses propres traces. On l’a retrouvé mort, appuyé sur l’oreiller brûlant d’une dune. Quand les Touareg se sentent perdus, ils préfèrent ôter leur chèche, relever leurs cheveux et poser leur front sur une pierre, nuque face au poignard du soleil, pour mourir plus vite. Pour se protéger des scorpions et du serpent cracheur, de son venin qui tue en quelques minutes, les hommes bleus emportent aussi des racines pilées de tekaraï et d’annakargis. Personne ici n’oublie - plus sûr encore - de se munir de colliers de gris-gris préparés par les marabouts, bourses de cuir contenant des sourates du Coran, une pour chaque danger. Ce matin avant l’aube, un Italien, africain chevronné, s’est réveillé en sursaut parce qu’il avait oublié ses gris-gris hier à l’étape. Trois heures après, il était de retour, son collier à la main. Quand je lui ai demandé pourquoi il avait délaissé les médailles de la vierge Marie pour ces bouts de cuir maraboutés, il m’a répondu : « C’est plus efficace. » Les hommes d’ici sont rudes et chaleureux, capables d’être debout dès 4 heures du matin, de charger un véhicule à 5 heures, d’allumer leur première pipe à 6 heures et de rouler toute la journée sans ciller sur les cailloux pour vous déposer à l’heure prévue là où on vous attend. Ils sont parfois durs à en mourir mais ont les mains douces et la peau claire des Touareg blancs qui parlent le tamachek et mettent un point d’honneur à ne jamais travailler la terre. Ceux-là parlent peu, sans jamais élever la voix. Avec ce sentiment de suprématie sur les Noirs, leurs anciens esclaves, une arrogance tranquille, que les colons européens ont renforcée en avouant leur fascination pour les « hommes bleus ». Après les Berbères qui nous ont laissé leurs gravures rupestres dans les grottes, les tribus touareg ont investi l’Aïr, porte du fabuleux Soudan pour des pillards avides d’or, d’esclaves et d’ébène. Ils ont bousculé les populations noires haoussa, pris la forteresse noire de la montagne et lancé des raids dévastateurs dès le VIIIe siècle. En 1513, Léon l’Africain, pour la première fois, cite Agadez, fondée par cinq tribus. Agadez, entrepôt commercial et grenier fortifié ; Agadez, comme Agadir, qui signifie « le magasin ». Agadez, attaqué pendant l’hiver 1917 et assiégé pendant deux mois par Kaossen le guérillero, le Touareg aux grosses moustaches noires qui ne portait pas de voile. C’était au temps où les Touareg se ralliaient en masse à la secte de la Senoussia qui voulait - déjà - retrouver la pureté originaire de l’islam et se débarrasser des influences étrangères. Agadez, sauvé par une colonne française venue de Zinder, qui défait Kaossen et, en représailles, décapite les marabouts de la ville. Ce désert-là s’est toujours montré rebelle et les militaires noirs au pouvoir à Niamey, la capitale, ne l’ont pas oublié. Reste le souvenir bleu de Mano Dayak, « l’homme qui est né avec du sable dans les yeux », et sa tombe, au creux d’une piste de montagne, rocailleuse et trop courte, d’où il avait voulu une nouvelle fois décoller au-dessus de l’Aïr. Aujourd’hui, deux ministres touareg participent au gouvernement et les anciens insurgés guident les chameaux des touristes vers le Ténéré. La rébellion des hommes bleus semble apaisée. Ou peut-être simplement assoupie.
6. Le désert Blanc et l’oasis de Bahariya Egypte Il a neigé sur la lune. Ou plutôt dans le désert. Tout est blanc au réveil. Tout est toujours blanc ici. Le sable est poussière de talc, les pitons sont des pains de sucre, les pierres de gros morceaux de craie qui dessinent de grandes lignes sur l’ardoise du désert. Je marche en soulevant de petites volutes de lumineuse poussière, escalade un rocher en assurant mes prises et détache un morceau de montagne à la main. Le désert est d’un calcaire si blanc, si tendre, si friable qu’il poudre le décor sur des dizaines de kilomètres alentour. Et le vent sculpteur, charriant avec lui les pointes de silice de dunes lointaines, frappe les montagnes crayeuses, leurs pitons fragiles, offerts à tous les caprices de l’air et de l’artiste. Il dessine un champignon, un corps, une canine, un rocher à visage humain, regard tourmenté ou bouche frondeuse. Sculptures éphémères, vite réalisées en quelques dizaines d’années, vite disparues quand les angles s’émoussent, quand les socles se minent et s’effondrent dans un énorme nuage de talc, une tempête de neige, le souffle blanc du Sahara Al-Beïdane. Plus loin est Aïn-Khadra, la « source magique », un oglat caché sous plusieurs mètres d’épaisseur de palme, qui ne coule que si un homme s’en approche. Plantez un bâton au fond de l’eau, éloignez-vous et le niveau ne change pas. Revenez, attendez un peu et voilà l’eau qui afflue. D’ici à la Libye les Romains avaient trouvé cinq sources, toutes magiques, eau dans le désert au service des hommes. Le soir, au crépuscule, le désert Blanc devient d’abord onctueux, puis rose et aussi pourpre que le soleil qui s’abîme à l’horizon soudain ourlé de bleu, de mauve et d’un gris perle d’une douceur infinie. Je connaissais déjà l’épaisseur de la dune, moelleuse comme une couette ; il y a maintenant cette blancheur de drap frais dans lequel il fait bon s’enrouler pour dormir. Cette nuit, j’ai fait une rencontre avec un renard des sables. Près du feu de bois, un verre de thé brûlant à la main, j’ai vu une ombre sous la lune. Il a tourné un peu puis s’est approché vers le reste de la gamelle de pâtes, à moins de deux mètres. Il avait faim. Il est resté là, presque aussi grand qu’un chacal du désert, des oreilles démesurées, le nez fin, des yeux très noirs, brillants, malins, une volumineuse queue en panache, une grâce superbe. Il a hésité longuement, le nez vers la gamelle, mais une patte levée, prêt à se sauver, entre la faim qui lui tenaillait le ventre et la tentation de la fuite dans le désert. J’ai posé une gourmandise sur le sol, une tomate fraîche. Il l’a croquée pendant notre sommeil et emporté, au passage, une paire de sandales qui traînait près du feu. On est reparti pieds nus vers l’oasis de Bahariya. Après tant de désert blond, roux, brûlé, planté de pierres, de pics, doigts de géants dressés vers le ciel, vagues d’un majestueux océan à sec, après tant de sel, de soif, d’économie de soi, voici l’oasis. C’est une débauche de vert, de luxe, de jardins humides où courent des rigoles fraîches. Et puis les hommes. Pas le Touareg aperçu au loin qui s’approche au rythme de son chameau, donne le temps de le découvrir, de l’observer, de l’apprivoiser, avant les longs « Salam aleikum ! », la poignée de main du bout des doigts, rapide, fugitive comme un souffle d’air. Non. Les hommes. Serrés dans les rues encombrées, bordées de murets de pierres basses. Une promiscuité oubliée. Dieu, que ton désert était doux ! Et puis il y a le monde d’en bas, celui des momies gréco-romaines retrouvées il y a deux ans à peine dans les tombes enfouies autour de l’oasis. On descend par un trou profond de 12 mètres, par un escalier pentu comme une échelle. Au fond, il faut se baisser pour un premier passage vers la salle des piliers. On se relève face à Osiris, Isis, Anubis et Horus peints sur le mur d’en face. Se baisser encore pour pénétrer dans une niche de quelques mètres carrés avec deux énormes pierres tombales, rebondies et grossières, les fosses où dormaient les momies vieilles de cinq cents ans avant Jésus-Christ. Les archéologues en ont exhumé une centaine, il en resterait 10 000 à Bahariya. Cinq d’entre elles sont là, dans leur cercueil de verre, immobiles depuis plus de deux mille ans, momifiées, chair et bandelettes coagulées en un seul bloc noirâtre, flanqué de hiéroglyphes qui disent le nom de Jit-Amon, un bout d’histoire de leur vie. Sur le visage recouvert d’un masque d’or, l’artiste a dessiné de grands yeux ouverts, l’air très étonné. Imaginez leur surprise, on avait dit aux futures momies qu’elles se réveilleraient pour la résurrection dans le monde des dieux d’Egypte et elles se retrouvent étiquetées dans un cercueil de verre face au visage pâle d’un voyageur tout à fait commun.
7. Quseir : le dernier port de la mer Rouge Egypte A première vue, Quseir n’est qu’une ville bazar qui se meurt au bord de la mer Rouge depuis que le canal de Suez, en 1869, lui a ôté la vie. Il ne reste plus rien de Tjau, la Quseir des pharaons, grand port stratégiquement situé au débouché de la vallée du Nil d’où la grande Hatshepsout envoyait des expéditions vers le pays de Pnout - la Somalie -, qui revenaient avec des bateaux chargés d’encens, d’ivoire, d’ébène et d’animaux inconnus. Quseir - en arabe, le « raccourci » - était le chemin ouvert entre la civilisation du Nil et les marchandises d’Arabie, d’Afrique de l’Est et de l’Inde fabuleuse. Aujourd’hui, le port est devenu inutile, envasé, encombré des restes de ferraille de téléphérique qui courait sur la mer pour transporter le phosphate de la mine italienne vers les cales des bateaux. On entre dans une ville sale, déliquescente, aux murs de boue démolis par les dernières pluies, des étals de légumes entre deux terrains vagues, et une population qui erre, indolente, démarche lente comme un dernier élan du passé. Puis, lentement, la magie opère. D’abord, cette petite rue minuscule qui offre une arcade de pierre, une maison ocre rouge, un mur jaune paille doré et une fenêtre au grillage délicat. La suivante, plus étroite encore, vous fait passer sous un pont de bois entre deux maisons, histoire de protéger la circulation des femmes du regard de l’étranger. On se laisse prendre à ce labyrinthe, entre des portes ouvragées, des moucharabiehs anciens, à ces jeux d’ombre et de lumière, à cette architecture délicate au charme puissant. Et on commence à découvrir Quseir et sa beauté forte de reine en guenilles. Ici, le fort ottoman du XVIe siècle, ses murailles et ses canons, remodelé par Napoléon en 1799 quand les Français ont disputé pendant deux ans ce verrou de la mer Rouge à l’ennemi anglais. Là, l’écurie capable d’accueillir des centaines de chameaux chargés de trésors, la sellerie où tout était parfaitement rangé, la citerne souterraine reliée à la ville, la mosquée des origines, sans minaret, l’église construite par les Italiens en forme d’arche de Noé, le bâtiment des douanes du sultan ottoman, le bâtiment de la quarantaine, fenêtres scellées par des madriers mais porte d’entrée à trois arches, élégante, comme pour s’excuser de retenir le voyageur malade. On marche entre des murs décorés avec les images d’un homme en prière, de la Kaba - qui renferme la Pierre noire de La Mecque - et d’un gros bateau ou d’un avion à réaction, selon le moyen utilisé par l’habitant pour aller faire son pèlerinage. Quseir est toujours le plus court chemin pour aller à Djedda, puis gagner La Mecque et le paradis. Ici, tout le monde est hadj, on compte 25 mosquées pour 25 000 habitants, mais l’islam est tranquille, paisible, souriant au coin des ruelles qui offrent karkadé, thé et café au voyageur, en souvenir du temps où la ville prospérait en s’ouvrant au monde entier. Et on se prend d’amour pour cette belle pieuse et cultivée, Quseir, cité forte où l’on marche, pieds nus, sur une quarantaine de siècles de mémoire. Où tout vous conduit à nouveau vers la mer Rouge. Derrière, revoilà les dunes. Oh ! un peu vieillies, certes, montagneuses, un peu racornies, fatiguées par cette traversée de tout le désert d’Afrique. Mais toujours aussi belles, crémeuses à l’aube, brunes au soleil de midi, ocre rouge et mauves à la fin du jour et du voyage. Arrivées enfin au bord de l’eau salée, les dunes du désert s’adoucissent, plongent et redeviennent vagues de la mer. Comme une renaissance.
Jean-Paul Mari
1er février 2001
Par Jean-Paul Mari
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Mauritanie-Niger-Egypte... La traversée de l’Atlantique à la Mer Rouge
La passion du désert.
Il est le dernier refuge de l’absolu silence. Depuis des millénaires, le vent y efface les pas des caravanes qui le traversent. Même ceux qui y vivent ne peuvent se vanter de l’avoir tout à fait apprivoisé. Aujourd’hui, il a de plus en plus d’amoureux qui vont y chercher une beauté inconnue et une part d’eux-mêmes que la civilisation avait occultée. « Le désert ponce les âmes », écrivait Théodore Monod. Des vagues de l’Atlantique à celles de la mer Rouge, des dunes blanches en roches noires, Jean-Paul Mari a traversé, en sept étapes, le plus grande immensité désertique du monde
1. Banc d’Arguin : quand la vague devient dune Mauritanie Elles arrivent du grand large, venues d’un autre continent, lourdes, puissantes mais harassées, leurs lèvres ourlées d’écume salée, après le prodigieux effort de cette course à travers l’océan. Quand les vagues de l’Atlantique se posent enfin sur la plage, elles pétillent de plaisir en déversant leur eau profonde, bleue, glaciale, et le sable du désert de Mauritanie en frémit. Un instant, tout paraît s’arrêter là avec ces vagues qui viennent mourir au flanc brûlant de l’Afrique. On file à toute allure le long de la plage à marée basse, sur l’axe qui relie Nouakchott à Nouadhibou en évitant l’intérieur des terres aux pistes molles et voraces. Surtout ne pas tomber dans le piège de la sebkha, une croûte de terre apparemment dure qui cache la fange des marais salés, d’où l’eau visqueuse jaillit au passage des roues avant de vous engluer comme un insecte. Autant rouler vite et léger au bord de la plage, en évitant l’avancée des vagues, le bras tendu à la portière, le nez au vent, saoulé d’iode, d’air et de lumière. Le 4x4 fait lever des nuages de centaines de cormorans qui décollent sous les roues et auréolent la cabine du blanc du dessous de leurs ailes. Ici, dans les vasiers gris-vert qui entourent les îles du Banc d’Arguin, viennent se reposer les grands migrateurs, les colonies de flamants roses, le héron cendré, le pélican blanc, l’aigrette dimorphe, la spatule blanche, le sterne royal et le goéland railleur. Ici, la mer est riche et les Bédouins de la tribu des Imraguen ont fait alliance avec les grands dauphins pour mieux piéger les immenses bancs de mulets. Quand les hommes s’avancent dans l’eau en frappant les vagues avec leurs bâtons, les cétacés rabattent aussitôt le poisson vers la côte. Les Imraguen tendent leurs filets, les dauphins fouillent dans les vagues, engloutissent les mulets qui cherchent à s’enfuir et la pêche est toujours miraculeuse. On roule de plus en plus vite pour échapper à la marée haute, en croisant les dizaines d’épaves de cargos échoués qui ponctuent la côte, coque rouillée, crevée, plantée dans le sable, la proue tournée vers le désert, momifiées dans un ultime essai d’abordage. Devenus malgré eux phares, balises ou sentinelles éternelles, leurs bras décharnés de ferraille rongés par le sel, les grands navires fantômes ont toujours l’air de vouloir appareiller. Comme cette frégate qui a cherché à doubler le cap Blanc en marchant trop longtemps vers le sud, là où les fonds remontent, avant de talonner un banc de sable. C’était il y a cent quatre-vingt-cinq ans, la mer en juillet était mauvaise et le radeau surchargé. A bord, il y avait 147 rescapés, des vagues jusqu’à mi-cuisse, peu d’eau et pas mal de vin. Les survivants se sont battus, ont jeté les plus faibles à la mer, mélangé leur urine à l’alcool et fait sécher de la chair humaine sur les cordages. Treize jours plus tard, quand le brick l’« Argus » venu du Sénégal a retrouvé le radeau de la « Méduse », ils n’étaient plus qu’une quinzaine d’hallucinés accrochés à une épave maudite, dont Géricault le scandaleux fera un tableau magnifique. Eux aussi avaient confondu l’eau et le sable. Je regarde la grève aussi sombre qu’un fond marin, la plage qui se ramasse et monte en pente douce, ce début de dune arrondie comme une nouvelle contraction de l’onde, la masse de sable venue de la mer qui s’éclaircit, enfle, se gonfle pour reprendre sa forme originelle. A observer la mer derrière et la cavalcade des dunes devant soi, on comprend que les vagues ne font que continuer leur chemin. Tout roule, avance, ondule, se transmet dans le même mouvement. Simplement, la goutte d’eau est devenue grain, l’eau s’est transformée en sable, l’écume blanche en poussière de coquillages, la vague en dune, la mer en désert. On grimpe au sommet de la plus grande butte, là où commence l’erg de l’Akchâr, son sable si fin, crémeux, ocre rose poudré d’or. Il suffit de plonger la main au creux de la dune et de l’élever. On ouvre les doigts et il pleut du sable, de l’eau, du temps. Devant, le désert déroule ses dunes une à une, comme une invitation. Jusqu’où vont-elles ? Pour le savoir, il suffit de les suivre. Plein est.
2. Un érudit sous la tente, l’addax et les Nemadis Mauritanie Ensablé, bien sûr, la pelle à la main. La piste est rouge tendre, le sable si mou et on se laisse facilement prendre par ce corps-à-corps langoureux avec les dunes. Mohamed Ould Mouloud vit tout près, à une quinzaine de kilomètres de la route qui mène à Tijikja, abritée par une volée de dunes. Le voilà, droit à 75 ans, mèche blanche sur un grand front, le cristallin brûlé par trop de soleil, en chèche noir et gallabiah blanche, les pieds nus mais un pull de laine malgré une température de 30 degrés. Autrefois préfet de Néma, il a préféré se retirer sous cette tente où il offre une calebasse de srig frais, le lait de chamelle, aussi doux que du lait de coco. Il écrit ici des livres à l’imparfait du subjonctif sur « l’Arabie avant l’islam » ou « la Mauritanie avant la colonisation française », déchiffre les manuscrits anciens, étudie la littérature iranienne, parle le persan et s’excuse de ces « simples curiosités d’amateur ». Au fond de sa tente, un trésor, de grosses malles en acier, empilées et cadenassées, bourrées d’une tonne et demie de livres : « Ma petite bibliothèque du désert. » On se prend à rêver de fouiller ces malles où repose une partie de l’histoire de ces dunes, de leurs animaux mythiques et de leurs tribus perdues. Comme l’addax et les Nemadis qui hantent toujours les conversations des Maures. L’addax, la grande antilope du désert, haut de 1,50 mètre au garrot, avec de longues cornes effilées en forme de lyre, farouche, quasiment invisible, doté de larges sabots qui lui permettent de galoper au sommet des dunes les plus molles. Doté d’un métabolisme unique, il peut ne boire qu’une seule fois par an, se contente d’herbes sèches, trouve ses pâturages en suivant les éclairs lointains des orages, laisse sa température corporelle grimper sans dommage jusqu’à 42 degrés et rejette une urine si concentrée qu’elle solidifie le sable. On le recherche pour sa viande et parce qu’on croit que sa peau éloigne les reptiles depuis que des chasseurs ont retrouvé des serpents dans son estomac. Les chasseurs, ce sont les Nemadis, une espèce d’humains à part, une secte, une tribu, une caste, mi-parias, mi-gitans des sables, qui s’habillent d’une courte tunique bleue et dorment dans des anfractuosités de rocher. On ne naît pas nemadi, on le devient, on les rejoint comme on quitte le monde des humains. Ils sont respectés, craints, méprisés. Et leurs seuls compagnons sont les chiens de leur meute, les sloughis, qui les aident à traquer l’addax, à le pousser au fond des vallées où sont tendus des filets. Entre le Nemadi et ses chiens, la relation est mystique. Chaque meute est hiérarchisée, chaque chien a un nom, chacun a un rôle. Et le combat entre le Nemadi et l’addax se termine toujours la lance à la main face à l’antilope aux longues cornes qui défend chèrement sa vie. Face à face. La rébellion armée en quête de nourriture, l’arrivée des véhicules tout-terrain et des kalachnikovs ont brisé les règles et réduit l’addax à quelques centaines d’individus qui courent encore sur la frontière mauritanienne, dans le Ténéré et le désert du Tchad. L’addax, menacé de disparition, est plus invisible que jamais. Et les Nemadis, qui ne vivent qu’en courant vers leur antilope sacrée, risquent de disparaître avec elle.
3. Aoudaghost, sur la route des grandes caravanes Mauritanie C’est une muraille en plein désert, haute de plusieurs dizaines de mètres, une barre de lave noire, de blocs grumeleux taillés par le vent de sable. Infranchissable. Il a fallu laisser la côte à un bon millier de kilomètres derrière nous, rouler en bordure des épineux du Sahel et avaler un interminable plateau de cailloux coupants, pour buter là, au bord du désert des Aouker, sur ce rempart mystérieux. On glisse sur le sable amassé à ses pieds en suivant l’enceinte d’un immense château fort naturel. Où est le pont-levis ? Ici, dans cet oued à sec qui ouvre sur une dune plus molle que les autres. Un chèche noir goudronné accroché à une clôture, quelques chameaux effrayés, l’ombre rouge du voile d’une femme qui s’enfuit, une tente blanche... Nous sommes à Aoudaghost, ancienne capitale de l’empire du Ghana, forteresse du désert autrefois puissante et sûre où les caravanes d’un Islam doré se réfugiaient au terme d’une très longue marche, où les entrepôts regorgeaient d’une extraordinaire richesse. Au début était la « soif du sel ». C’est elle qui, pendant dix siècles, a imprimé la route des grandes caravanes. Du nord au sud, deux grands axes étaient tracés. Le premier, le plus ancien, partait du Mzab et descendait plein sud vers les salines de Taoudéni au nord du Mali ; le deuxième obliquait à l’ouest, de Goulimine au Maroc vers Ijil, la mine de sel de Zoueirat, puis visitait tous les grands havres du désert, villes caravanières de Ouadane, Chinguetti, Tichit, Aoudaghost, Oualata aux portes du Mali. Un lettré de Chinguetti du XVIIIe siècle parle du passage d’une caravane de 32 000 chameaux ! Et le grand Ibn Battuta a raconté ces marathons de trois mois, émaillés de tronçons désespérement secs où les hommes et les bêtes devaient franchir 700 kilomètres - vingt jours de marche ! -, sans un seul point d’eau. Attachés aux bâts des chameaux, les pains de sel étaient riches en sulfates, introuvables au Sahel dans ces pays du Soudan, Bilad As-Sudani, « pays des Noirs » - une médecine indispensable aux éleveurs africains pour administrer la « purge salée » qui soignait leur bétail et le débarrassait des parasites. Du sud, en échange, on rapportait l’or du Mali, le mil et le sorgho pour nourrir les Sahariens, l’ivoire des éléphants de la forêt, la résine de l’acacia du Sénégal, cette gomme arabique qui teint les tissus ou soigne la toux, les plumes d’autruche qui ornaient les chapeaux de la cour à Versailles et, toujours, solidement encordés, des colonnes de centaines d’esclaves noirs. Ebène précieux à expédier vers l’Amérique, les Antilles et, bien après l’abolition de l’esclavage, vers le Maghreb, la Libye et les oasis d’Egypte. A l’aller ou au retour, la caravane était riche et l’aventure périlleuse. On partait, au risque de mourir de soif, de se perdre dans l’immensité des sables ou de subir les rezzous des Rgueibat qui descendaient du nord attaquer jusqu’à Tombouctou. On n’oublie jamais une razzia dans le désert. Quitte à poursuivre l’assaillant et à frapper sa tribu chez elle, à 1 000 kilomètres de l’embuscade, six mois ou un an après, s’il le faut ! Pour se protéger, les chefs de caravane louaient des escortes armées, payaient une taxe au passage, s’alliaient avec les tribus sahariennes locales ou brandissaient le saint Coran, en promettant l’enfer aux pillards ignorants. Derrière les chameaux chargés de sel, marchaient aussi des hommes et des idées, commerçants lettrés du Mzab, géographes du Caire, philosophes d’Andalousie, porteurs de culture et de religion. Comme Iman Al Hadrami, grande figure almoravide, né à Kairouan, recruté à Marrakech, étudiant à Grenade et qui a voyagé dans tout le Proche-Orient avant de mourir en l’an 1096 à Atar. C’était l’époque de « l’or musulman », de l’islam voyageur et éclairé au temps où Gênes et Venise émergeaient du Moyen Age. C’était l’époque où Aoudaghost était la capitale prospère de l’empire du Ghana, entre le fleuve Niger et le fleuve Sénégal, avec un souverain, une cour, des tribus soumises, une armée qui défendait les caravanes et une forteresse pour accueillir leurs trésors. A l’abri de ses remparts, on pouvait troquer, prier dans la plus ancienne mosquée du désert, fabriquer des clous en fer, des bracelets en laiton, des perles de terre et des bijoux de verre. Aujourd’hui, ne restent de cette splendeur passée qu’une vaste cité en pierre noire, en ruines, blottie contre la montagne au pied des Aouker, et l’énigme de ses habitants disparus dont les squelettes tombent en poussière au moindre coup de pinceau. Certains disent que la grande Aoudaghost a disparu, mise à sac par une invasion venue du nord en 1054. D’autres affirment que la cité métallurgique est tombée quand ses esclaves se sont révoltés contre leurs maîtres. La vérité est sans doute plus simple. Aoudaghost vivait sur la route des caravanes, cette route a changé et la belle capitale a périclité jusqu’à l’abandon. Avec la colonisation, les nouvelles villes, les grands ports, le chemin des marchandises ne cessera de dévier vers l’ouest jusqu’à longer frileusement la côte. La guerre du Polisario a coupé le reste du cordon ombilical. Et le désert a gardé pour lui la mémoire des grandes cités caravanières comme Aoudaghost, fabuleux port d’antan ensablé en plein Sahara.
4. Entre Aïr et Ténéré, un combat de titans Niger D’emblée, le silence, nouveau, palpable, comme un cinquième élément. Il y avait la terre, l’eau, le feu, l’air. Il y a maintenant le silence. Ici, en arrivant, on mange toujours trop, on boit trop, on parle trop. Il faut s’asseoir, sentir d’où vient le vent, se recaler, prendre sa place. Devenir un grain de sable qui fait son chemin, un grain d’humanité, un grain de ciel. Etre nu. « Le désert ponce les âmes », écrivait Théodore Monod. Au matin, quand la dune blanchit, la lentille dorée qui affleure la crête annonce un nouveau jour brûlant. Les chameaux blatèrent, se plaignent comme si on les égorgeait parce qu’on serre les sangles du bât. Un thé bouillant et très fort vous ramène à la vie et l’on est déjà parti. En laissant derrière soi un filet de fumée bleue d’un feu bientôt éteint. Un combat de titans nous attend. La piste s’élève dans les dunes. A l’est, le Ténéré, désert des déserts, entre les massifs de l’Aïr et du Tibesti, 1 200 kilomètres de sable, un océan de paix minérale, lisse et absolument plat, sans repère, sans horizon, où l’oeil peut suivre la courbure de la terre, où l’homme est pris de vertige. On aimerait traverser à la voile cette mer de sable liquide que le vent pousse vers les falaises noires de l’Aïr, plateau volcanique qui a basculé il y a deux cents millions d’années. D’abord, au sud, l’Arakaou, croissant de montagne dans lequel s’engouffre une énorme vague de sable multicolore, magique ; puis le Takolokouzet, l’Adrar Chiriet, les monts Agalak, Taghmeurt et Baghzane. Et, tout au nord, l’immense falaise du mont Gréboun, haut de 2 310 mètres, le front en avant, tourné vers le Ténéré. Le conflit est inévitable entre le sable aérien qui veut avancer et cette barrière de lave volcanique, rempart de l’Aïr. Alors, l’océan du Ténéré perd sa sérénité. Il se gonfle et jette ses premières vagues, sans effets. Il redouble de force et de violence et ses vagues de dunes montent à l’assaut vers le ciel jusqu’à 150 mètres de hauteur. Le sable frappe la montagne avec la violence d’une grande marée, d’une tempête d’Ouessant, d’un tsunami sur le delta du Bengale. Il vole, accroche enfin les crêtes noires, les submerge d’une écume dorée qui sourd sur l’autre versant du Gréboun, ruisselle sur ses pentes et comble ses creux de roche. Nouvelle vague. Celle-là va briser la montagne ? Non. L’Aïr ne fléchit pas. Ses volcans noirs, éboulés mais debout depuis la nuit des temps, opposent un front ridé, craquelé et antédiluvien à la tempête du Ténéré. Combat sans fin et perdu d’avance. On se plante dans un creux de sable, dans le ressac, au milieu de cette tempête immobile. Noires, les montagnes de l’Aïr, pitons, caps et promontoires ; blondes, les vagues de dunes qui roulent vers l’assaut ; bleu cru, la trouée du ciel entre les deux, parcouru de flammèches dentelées, cirrus du monde d’en haut qui ne sont ici que des gerbes blanches d’écume de mer. Le sable, l’air, le feu du soleil qui regarde implacable ce combat de titans, guerre sans fin et sans victimes, tous les éléments se mêlent en une furie tranquille, un mouvement immobile et permanent qui vous allège le corps et vous berce l’âme.
5. Iférouane, mirages et hommes bleus Niger Je me rappelle un mirage dans un désert terne et sale. C’était en Arabie saoudite après de longues heures de piste. Soudain, des dizaines de voiles blanches, triangulaires et bien dessinées, sont apparues à l’horizon. Une régate en plein désert ? J’avançais en me frottant les yeux vers ces voiliers de plus en plus distincts. Une heure plus tard, je tombai nez à nez avec une série de tranchées régulières, creusées en pente pour abriter les tanks, canon vers le haut. Et le blanc de la terre remuée, contrastant avec le sable terreux, m’avait offert une course de voiliers qui cinglaient entre les dunes ! Ici la route est belle sur la crête des dunes, entre les éboulis noirs rocheux des montagnes qui se désagrègent en blocs de quelques centaines de kilos ou de dizaines de tonnes, comme des tas de graviers posés là en attendant la construction d’une chaussée de géants. Belle mais dangereuse. D’abord, ne pas se perdre. Un fût vide, un piquet planté ou trois cailloux en pyramide marquent un redjem, un repère, tous les 20 kilomètres pour seul balisage. A ne pas manquer. Ne pas s’ensabler trop souvent non plus, surveiller le déboulé d’un chameau distrait ou apeuré et les plaques sombres du fech-fech, mélange de sable et d’argile, cauchemar des pistes, où l’on s’épuise à creuser sous les roues, à tôler le passage, à pousser, s’ensabler, recommencer. Parfois il suffit seulement d’endurer. Quand les vagues de la route, courtes et brutales - l’éprouvante « tôle ondulée » -, cassent les lames de suspension, les écrous des roues, les galeries, les tuyaux d’échappement et toutes les vertèbres de votre corps torturé. Ne pas se tromper et ne jamais croire qu’on est plus fort que le désert. En 4x4, il faut de l’essence, de l’eau, des dattes et de la chance. A pied, il faut de l’eau, des dattes et du courage. Ici, dans ce creux de dune, la carcasse bouffie d’un chameau démontre qu’il peut faire soif à en mourir. Même pour un homme d’expérience. Comme ce conducteur de 4x4 pris dans les sables boueux du col de Temet, qui aurait dû attendre un vaisseau de passage, accroché à son épave en pleine mer. Il a préféré partir, à pied, un jerrycan d’eau sur l’épaule. L’homme, solide, a marché 80 kilomètres dans la fournaise de septembre. Quand le jerrycan fut vide, le marcheur déshydraté et ses reins bloqués, le poison des toxines du sang a fait son effet. A 12 kilomètres d’Iférouane - du salut -, il s’est mis à délirer, a fait demi-tour et a marché quatre heures dans ses propres traces. On l’a retrouvé mort, appuyé sur l’oreiller brûlant d’une dune. Quand les Touareg se sentent perdus, ils préfèrent ôter leur chèche, relever leurs cheveux et poser leur front sur une pierre, nuque face au poignard du soleil, pour mourir plus vite. Pour se protéger des scorpions et du serpent cracheur, de son venin qui tue en quelques minutes, les hommes bleus emportent aussi des racines pilées de tekaraï et d’annakargis. Personne ici n’oublie - plus sûr encore - de se munir de colliers de gris-gris préparés par les marabouts, bourses de cuir contenant des sourates du Coran, une pour chaque danger. Ce matin avant l’aube, un Italien, africain chevronné, s’est réveillé en sursaut parce qu’il avait oublié ses gris-gris hier à l’étape. Trois heures après, il était de retour, son collier à la main. Quand je lui ai demandé pourquoi il avait délaissé les médailles de la vierge Marie pour ces bouts de cuir maraboutés, il m’a répondu : « C’est plus efficace. » Les hommes d’ici sont rudes et chaleureux, capables d’être debout dès 4 heures du matin, de charger un véhicule à 5 heures, d’allumer leur première pipe à 6 heures et de rouler toute la journée sans ciller sur les cailloux pour vous déposer à l’heure prévue là où on vous attend. Ils sont parfois durs à en mourir mais ont les mains douces et la peau claire des Touareg blancs qui parlent le tamachek et mettent un point d’honneur à ne jamais travailler la terre. Ceux-là parlent peu, sans jamais élever la voix. Avec ce sentiment de suprématie sur les Noirs, leurs anciens esclaves, une arrogance tranquille, que les colons européens ont renforcée en avouant leur fascination pour les « hommes bleus ». Après les Berbères qui nous ont laissé leurs gravures rupestres dans les grottes, les tribus touareg ont investi l’Aïr, porte du fabuleux Soudan pour des pillards avides d’or, d’esclaves et d’ébène. Ils ont bousculé les populations noires haoussa, pris la forteresse noire de la montagne et lancé des raids dévastateurs dès le VIIIe siècle. En 1513, Léon l’Africain, pour la première fois, cite Agadez, fondée par cinq tribus. Agadez, entrepôt commercial et grenier fortifié ; Agadez, comme Agadir, qui signifie « le magasin ». Agadez, attaqué pendant l’hiver 1917 et assiégé pendant deux mois par Kaossen le guérillero, le Touareg aux grosses moustaches noires qui ne portait pas de voile. C’était au temps où les Touareg se ralliaient en masse à la secte de la Senoussia qui voulait - déjà - retrouver la pureté originaire de l’islam et se débarrasser des influences étrangères. Agadez, sauvé par une colonne française venue de Zinder, qui défait Kaossen et, en représailles, décapite les marabouts de la ville. Ce désert-là s’est toujours montré rebelle et les militaires noirs au pouvoir à Niamey, la capitale, ne l’ont pas oublié. Reste le souvenir bleu de Mano Dayak, « l’homme qui est né avec du sable dans les yeux », et sa tombe, au creux d’une piste de montagne, rocailleuse et trop courte, d’où il avait voulu une nouvelle fois décoller au-dessus de l’Aïr. Aujourd’hui, deux ministres touareg participent au gouvernement et les anciens insurgés guident les chameaux des touristes vers le Ténéré. La rébellion des hommes bleus semble apaisée. Ou peut-être simplement assoupie.
6. Le désert Blanc et l’oasis de Bahariya Egypte Il a neigé sur la lune. Ou plutôt dans le désert. Tout est blanc au réveil. Tout est toujours blanc ici. Le sable est poussière de talc, les pitons sont des pains de sucre, les pierres de gros morceaux de craie qui dessinent de grandes lignes sur l’ardoise du désert. Je marche en soulevant de petites volutes de lumineuse poussière, escalade un rocher en assurant mes prises et détache un morceau de montagne à la main. Le désert est d’un calcaire si blanc, si tendre, si friable qu’il poudre le décor sur des dizaines de kilomètres alentour. Et le vent sculpteur, charriant avec lui les pointes de silice de dunes lointaines, frappe les montagnes crayeuses, leurs pitons fragiles, offerts à tous les caprices de l’air et de l’artiste. Il dessine un champignon, un corps, une canine, un rocher à visage humain, regard tourmenté ou bouche frondeuse. Sculptures éphémères, vite réalisées en quelques dizaines d’années, vite disparues quand les angles s’émoussent, quand les socles se minent et s’effondrent dans un énorme nuage de talc, une tempête de neige, le souffle blanc du Sahara Al-Beïdane. Plus loin est Aïn-Khadra, la « source magique », un oglat caché sous plusieurs mètres d’épaisseur de palme, qui ne coule que si un homme s’en approche. Plantez un bâton au fond de l’eau, éloignez-vous et le niveau ne change pas. Revenez, attendez un peu et voilà l’eau qui afflue. D’ici à la Libye les Romains avaient trouvé cinq sources, toutes magiques, eau dans le désert au service des hommes. Le soir, au crépuscule, le désert Blanc devient d’abord onctueux, puis rose et aussi pourpre que le soleil qui s’abîme à l’horizon soudain ourlé de bleu, de mauve et d’un gris perle d’une douceur infinie. Je connaissais déjà l’épaisseur de la dune, moelleuse comme une couette ; il y a maintenant cette blancheur de drap frais dans lequel il fait bon s’enrouler pour dormir. Cette nuit, j’ai fait une rencontre avec un renard des sables. Près du feu de bois, un verre de thé brûlant à la main, j’ai vu une ombre sous la lune. Il a tourné un peu puis s’est approché vers le reste de la gamelle de pâtes, à moins de deux mètres. Il avait faim. Il est resté là, presque aussi grand qu’un chacal du désert, des oreilles démesurées, le nez fin, des yeux très noirs, brillants, malins, une volumineuse queue en panache, une grâce superbe. Il a hésité longuement, le nez vers la gamelle, mais une patte levée, prêt à se sauver, entre la faim qui lui tenaillait le ventre et la tentation de la fuite dans le désert. J’ai posé une gourmandise sur le sol, une tomate fraîche. Il l’a croquée pendant notre sommeil et emporté, au passage, une paire de sandales qui traînait près du feu. On est reparti pieds nus vers l’oasis de Bahariya. Après tant de désert blond, roux, brûlé, planté de pierres, de pics, doigts de géants dressés vers le ciel, vagues d’un majestueux océan à sec, après tant de sel, de soif, d’économie de soi, voici l’oasis. C’est une débauche de vert, de luxe, de jardins humides où courent des rigoles fraîches. Et puis les hommes. Pas le Touareg aperçu au loin qui s’approche au rythme de son chameau, donne le temps de le découvrir, de l’observer, de l’apprivoiser, avant les longs « Salam aleikum ! », la poignée de main du bout des doigts, rapide, fugitive comme un souffle d’air. Non. Les hommes. Serrés dans les rues encombrées, bordées de murets de pierres basses. Une promiscuité oubliée. Dieu, que ton désert était doux ! Et puis il y a le monde d’en bas, celui des momies gréco-romaines retrouvées il y a deux ans à peine dans les tombes enfouies autour de l’oasis. On descend par un trou profond de 12 mètres, par un escalier pentu comme une échelle. Au fond, il faut se baisser pour un premier passage vers la salle des piliers. On se relève face à Osiris, Isis, Anubis et Horus peints sur le mur d’en face. Se baisser encore pour pénétrer dans une niche de quelques mètres carrés avec deux énormes pierres tombales, rebondies et grossières, les fosses où dormaient les momies vieilles de cinq cents ans avant Jésus-Christ. Les archéologues en ont exhumé une centaine, il en resterait 10 000 à Bahariya. Cinq d’entre elles sont là, dans leur cercueil de verre, immobiles depuis plus de deux mille ans, momifiées, chair et bandelettes coagulées en un seul bloc noirâtre, flanqué de hiéroglyphes qui disent le nom de Jit-Amon, un bout d’histoire de leur vie. Sur le visage recouvert d’un masque d’or, l’artiste a dessiné de grands yeux ouverts, l’air très étonné. Imaginez leur surprise, on avait dit aux futures momies qu’elles se réveilleraient pour la résurrection dans le monde des dieux d’Egypte et elles se retrouvent étiquetées dans un cercueil de verre face au visage pâle d’un voyageur tout à fait commun.
7. Quseir : le dernier port de la mer Rouge Egypte A première vue, Quseir n’est qu’une ville bazar qui se meurt au bord de la mer Rouge depuis que le canal de Suez, en 1869, lui a ôté la vie. Il ne reste plus rien de Tjau, la Quseir des pharaons, grand port stratégiquement situé au débouché de la vallée du Nil d’où la grande Hatshepsout envoyait des expéditions vers le pays de Pnout - la Somalie -, qui revenaient avec des bateaux chargés d’encens, d’ivoire, d’ébène et d’animaux inconnus. Quseir - en arabe, le « raccourci » - était le chemin ouvert entre la civilisation du Nil et les marchandises d’Arabie, d’Afrique de l’Est et de l’Inde fabuleuse. Aujourd’hui, le port est devenu inutile, envasé, encombré des restes de ferraille de téléphérique qui courait sur la mer pour transporter le phosphate de la mine italienne vers les cales des bateaux. On entre dans une ville sale, déliquescente, aux murs de boue démolis par les dernières pluies, des étals de légumes entre deux terrains vagues, et une population qui erre, indolente, démarche lente comme un dernier élan du passé. Puis, lentement, la magie opère. D’abord, cette petite rue minuscule qui offre une arcade de pierre, une maison ocre rouge, un mur jaune paille doré et une fenêtre au grillage délicat. La suivante, plus étroite encore, vous fait passer sous un pont de bois entre deux maisons, histoire de protéger la circulation des femmes du regard de l’étranger. On se laisse prendre à ce labyrinthe, entre des portes ouvragées, des moucharabiehs anciens, à ces jeux d’ombre et de lumière, à cette architecture délicate au charme puissant. Et on commence à découvrir Quseir et sa beauté forte de reine en guenilles. Ici, le fort ottoman du XVIe siècle, ses murailles et ses canons, remodelé par Napoléon en 1799 quand les Français ont disputé pendant deux ans ce verrou de la mer Rouge à l’ennemi anglais. Là, l’écurie capable d’accueillir des centaines de chameaux chargés de trésors, la sellerie où tout était parfaitement rangé, la citerne souterraine reliée à la ville, la mosquée des origines, sans minaret, l’église construite par les Italiens en forme d’arche de Noé, le bâtiment des douanes du sultan ottoman, le bâtiment de la quarantaine, fenêtres scellées par des madriers mais porte d’entrée à trois arches, élégante, comme pour s’excuser de retenir le voyageur malade. On marche entre des murs décorés avec les images d’un homme en prière, de la Kaba - qui renferme la Pierre noire de La Mecque - et d’un gros bateau ou d’un avion à réaction, selon le moyen utilisé par l’habitant pour aller faire son pèlerinage. Quseir est toujours le plus court chemin pour aller à Djedda, puis gagner La Mecque et le paradis. Ici, tout le monde est hadj, on compte 25 mosquées pour 25 000 habitants, mais l’islam est tranquille, paisible, souriant au coin des ruelles qui offrent karkadé, thé et café au voyageur, en souvenir du temps où la ville prospérait en s’ouvrant au monde entier. Et on se prend d’amour pour cette belle pieuse et cultivée, Quseir, cité forte où l’on marche, pieds nus, sur une quarantaine de siècles de mémoire. Où tout vous conduit à nouveau vers la mer Rouge. Derrière, revoilà les dunes. Oh ! un peu vieillies, certes, montagneuses, un peu racornies, fatiguées par cette traversée de tout le désert d’Afrique. Mais toujours aussi belles, crémeuses à l’aube, brunes au soleil de midi, ocre rouge et mauves à la fin du jour et du voyage. Arrivées enfin au bord de l’eau salée, les dunes du désert s’adoucissent, plongent et redeviennent vagues de la mer. Comme une renaissance.
Jean-Paul Mari
1er février 2001
Par Jean-Paul Mari
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DESERTS
Grands Reporters - Chroniques Sahariennes
NIGER
Déserts
" Habité par une nostalgie sans doute irréparable, je chercherai toujours à capter la beauté, ou plutôt le souvenir de la beauté du Sahara, de ce paradis d’enfance désormais interdit. Ce monde est le mien depuis toujours... " Jean-Luc Manaud est enfant du désert. Né dans le Sud tunisien où il a vécu jusqu’à l’âge de quatorze ans, le Sahara est pour lui une sorte de langue maternelle. Photoreporter depuis 1977, il a parcouru le monde, mais sa terre de prédilection est toujours restée le désert qu’il photographie depuis avec un amour et un talent reconnu et couronné par de nombreuses expositions, publications et ouvrages. De la Mauritanie en passant par le Niger, le Mali, le Sud algérien, le Tchad et le Sahara occidental, il nous livre à travers ses photos, ses polaroïds, ses carnets de voyages et ses souvenirs mis en musique par Pierre Guicheney, trente ans de regard, de rencontres et de passion pour cette terre.
Jean-Luc Manaud est photo reporter depuis 1977, il a couvert de nombreux conflits à travers le monde. Il parcourt depuis vingt ans tous les paysages du Sahara, du Ténéré à la Mauritanie. Ses photos sont régulièrement exposées et publiées dans les plus grands magazines en France et à l’étranger (Géo, Figaro Magazine, VSD, etc.). Il a déjà publié Le Désert nu, un marcheur au Sahara (2000), Lumières de désert (2002), Instants du désert (2002), et Isabelle Eberhardt et le rêve du désert (2004) aux Editions du Chêne ainsi que La Caravane de sel (Hoëbeke, 2002), Mali : magie d’un fleuve aux confins du désert (Olizane, 2005) et Tombouctou : réalité d’un mythe (Arthaud, 2006). Jean-Luc Manaud fait partie de l’agence Rapho. Pierre Guicheney est grand reporter pour le magazine Géo depuis 1995. Il a déjà publié plusieurs ouvrages dont A la folie, avec la photographe Marie-Paule Nègre (Siloë, 2002), La Caravane de sel, avec le photographe Jean-Luc Manaud (Hoëbeke, 2002), Paris : la balade des clochers avec le photographe Michel Setboun (Hermé, 2004) et Hier, nos campagnes (Aubanel, 2005). Il est également réalisateur de documentaires.
" Habité par une nostalgie sans doute irréparable, je chercherai toujours à capter la beauté, ou plutôt le souvenir de la beauté du Sahara, de ce paradis d’enfance désormais interdit. Ce monde est le mien depuis toujours... " Jean-Luc Manaud est enfant du désert. Né dans le Sud tunisien où il a vécu jusqu’à l’âge de quatorze ans, le Sahara est pour lui une sorte de langue maternelle. Photoreporter depuis 1977, il a parcouru le monde, mais sa terre de prédilection est toujours restée le désert qu’il photographie depuis avec un amour et un talent reconnu et couronné par de nombreuses expositions, publications et ouvrages. De la Mauritanie en passant par le Niger, le Mali, le Sud algérien, le Tchad et le Sahara occidental, il nous livre à travers ses photos, ses polaroïds, ses carnets de voyages et ses souvenirs mis en musique par Pierre Guicheney, trente ans de regard, de rencontres et de passion pour cette terre.
Voir le livre sur Amazon.fr
Par Jean-Luc Manaud
© Jean-Luc Manaud- Tous droits réservés
NIGER
Déserts
" Habité par une nostalgie sans doute irréparable, je chercherai toujours à capter la beauté, ou plutôt le souvenir de la beauté du Sahara, de ce paradis d’enfance désormais interdit. Ce monde est le mien depuis toujours... " Jean-Luc Manaud est enfant du désert. Né dans le Sud tunisien où il a vécu jusqu’à l’âge de quatorze ans, le Sahara est pour lui une sorte de langue maternelle. Photoreporter depuis 1977, il a parcouru le monde, mais sa terre de prédilection est toujours restée le désert qu’il photographie depuis avec un amour et un talent reconnu et couronné par de nombreuses expositions, publications et ouvrages. De la Mauritanie en passant par le Niger, le Mali, le Sud algérien, le Tchad et le Sahara occidental, il nous livre à travers ses photos, ses polaroïds, ses carnets de voyages et ses souvenirs mis en musique par Pierre Guicheney, trente ans de regard, de rencontres et de passion pour cette terre.
Jean-Luc Manaud est photo reporter depuis 1977, il a couvert de nombreux conflits à travers le monde. Il parcourt depuis vingt ans tous les paysages du Sahara, du Ténéré à la Mauritanie. Ses photos sont régulièrement exposées et publiées dans les plus grands magazines en France et à l’étranger (Géo, Figaro Magazine, VSD, etc.). Il a déjà publié Le Désert nu, un marcheur au Sahara (2000), Lumières de désert (2002), Instants du désert (2002), et Isabelle Eberhardt et le rêve du désert (2004) aux Editions du Chêne ainsi que La Caravane de sel (Hoëbeke, 2002), Mali : magie d’un fleuve aux confins du désert (Olizane, 2005) et Tombouctou : réalité d’un mythe (Arthaud, 2006). Jean-Luc Manaud fait partie de l’agence Rapho. Pierre Guicheney est grand reporter pour le magazine Géo depuis 1995. Il a déjà publié plusieurs ouvrages dont A la folie, avec la photographe Marie-Paule Nègre (Siloë, 2002), La Caravane de sel, avec le photographe Jean-Luc Manaud (Hoëbeke, 2002), Paris : la balade des clochers avec le photographe Michel Setboun (Hermé, 2004) et Hier, nos campagnes (Aubanel, 2005). Il est également réalisateur de documentaires.
" Habité par une nostalgie sans doute irréparable, je chercherai toujours à capter la beauté, ou plutôt le souvenir de la beauté du Sahara, de ce paradis d’enfance désormais interdit. Ce monde est le mien depuis toujours... " Jean-Luc Manaud est enfant du désert. Né dans le Sud tunisien où il a vécu jusqu’à l’âge de quatorze ans, le Sahara est pour lui une sorte de langue maternelle. Photoreporter depuis 1977, il a parcouru le monde, mais sa terre de prédilection est toujours restée le désert qu’il photographie depuis avec un amour et un talent reconnu et couronné par de nombreuses expositions, publications et ouvrages. De la Mauritanie en passant par le Niger, le Mali, le Sud algérien, le Tchad et le Sahara occidental, il nous livre à travers ses photos, ses polaroïds, ses carnets de voyages et ses souvenirs mis en musique par Pierre Guicheney, trente ans de regard, de rencontres et de passion pour cette terre.
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Par Jean-Luc Manaud
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La face sombre des maîtresdu désert
La face sombre des maîtres du désert
Traditionnellement, les Tamasheqs noirs du Mali sont soumis aux «peaux claires».
De notre correspondant à Bamako Célian Macé
QUOTIDIEN : vendredi 27 juin 2008
Il y a le mythe du Touareg façonné par le tourisme. Ce grand homme bleu enturbanné, au teint clair, au regard perçant, solitaire. Et puis il y a l’envers de la carte postale. Le Touareg dont on ne parle pas : le Tamasheq noir. Dans le nord du Mali, on emploie plus volontiers le terme historique de «Tamasheq» que celui, touristique, de «Touareg». L’ethnie voisine Songhaï utilise le mot «bella» - qui signifie «esclave» - pour désigner les Tamasheqs noirs. Ils constituent la grande majorité de la population touareg. Mais au sein de cette société fortement hiérarchisée, ils ont longtemps été soumis aux «peaux claires».
Système hérité des razzias
Aujourd’hui encore au Mali, au Niger ou en Mauritanie, certaines fractions maintiennent un système d’esclavage traditionnel, héréditaire. Acquis au cours des razzias ou des échanges entre tribus, les esclaves transmettent leur condition à leurs descendants. Un enfant naît esclave et appartient à la famille du maître de sa mère. «Ma propre mère a été achetée» , déclare Idar Ag Ogazid, qui a fui à pied la famille des ses maîtres, à 150 kilomètres de Gao, dans le nord-est du Mali, en mars dernier. «Depuis toujours, on m’a répété que je devais servir. Je n’ai rien connu d’autre.» Idar pense avoir plus de 32 ans. Il n’a aucun état civil et n’a jamais été recensé. Il n’existe pas pour l’Etat malien. «Là-bas, je faisais paître les troupeaux, j’allais tirer l’eau, je coupais le bois, je faisais le ménage… Comme tous mes frères. On me dit quelque chose, j’exécute.» Ce sont les coups qui l’ont décidé à partir. «On me battait, même les enfants du maître me battaient, et ils battaient mes enfants sous mes yeux.» Son maître l’a marié à une esclave de son propre frère «sur son dos», sans l’avis d’Idar ni celui de ses parents. Son fils lui a été retiré très tôt pour être donné à une autre branche de la famille du maître. «Je l’ai appelé Ahmed, mais c’était trop noble pour un esclave, mes maîtres ont rebaptisé mon fils d’un nom sans valeur. Le monde des maîtres est entièrement séparé de celui des esclaves, on ne mange pas la même chose, on ne dort pas au même endroit. » La force qui attache un esclave à son maître est autant physique que psychologique. Surtout dans les fractions maraboutiques, dotées d’un immense crédit religieux - et réputées pour la dureté de leur esclavage -, où l’on décrit la soumission comme une volonté divine. «On nous apprend que quitter son maître, c’est aller à l’encontre d’Allah, c’est-à-dire être maudit.»
Ce système est toutefois en régression. L’esclavage est aboli au Mali et des liens maître-esclave persistent aujourd’hui pour des «raisons pratiques». Le maire de Gao lui-même, Ali Alassane Touré, un Songhaï, confie que les anciens esclaves de sa famille sont aujourd’hui ses bergers. «Ils s’occupent de mon troupeau de 300 têtes. En échange, je leur amène chaque mois 100 kilos de mil et 100 kilos de riz, j’habille leur famille pour les fêtes et je leur donne une génisse chaque année. Ils disposent du lait de mes bêtes et s’en servent pour vendre du beurre.» Pas de salaire mais un échange libre et donc «très satisfaisant» , selon les Tamasheqs noirs libres du quartier Septième, à Gao.
En pleine ville, beaucoup vivent dans des huttes circulaires faites de nattes de paille. La plupart ont des frères ou des cousins en brousse qui subissent encore un esclavage dur. Autour du thé, les anecdotes sur les questions de mariage et d’héritage fusent. «Depuis que j’ai l’âge de porter le turban, je suis libre», explique In Doungou Ag Aalassane, 66 ans, en traçant des dessins dans le sable. «Mais quand mon fils est décédé en Côte-d’Ivoire, le maître de ma femme est venu récupérer tout son cheptel : ses chèvres, ses vaches, ses moutons, ses chameaux. Et il y a six mois, ma fille a été mariée sans mon avis par le même maître. » Hochements de tête tout autour de lui. Les biens des esclaves appartiennent d’abord à leurs maîtres. Aucune protestation ? «On en parle devant vous ou entre nous, mais s’il y avait un Tamasheq blanc ici, nos bouches ne pourraient pas s’ouvrir car ils possèdent des gris-gris très puissants», confie l’un deux.
Une fierté pour les maîtres
Les maîtres eux-mêmes ne nient pas la persistance de l’esclavage. Un riche imam arabe de Gao, Sidi Ahmed Ould El Moktar, raconte en riant derrière ses Ray-Ban que c’est même une question de fierté pour de nombreuses fractions, notamment dans les régions de Menaka et Ansongo. «Un esclave qui demande sa liberté, c’est une humiliation pour le maître. Les Tamasheqs noirs ne peuvent pas être indépendants, ils ont économiquement besoin de nous. Je connais des fractions où les maîtres ont tout pouvoir sur les femmes esclaves. Ils peuvent coucher avec elles s’ils en ont envie.» Depuis 2006, une association de 17 000 membres, Temedt, lutte contre ce système. « Contre les discriminations en général, précise Al Meimoun Ag Al Moustaf, directeur de l’urbanisme à Gao et responsable du mouvement. Dans la vie sociale ou politique, être Tamasheq noir, même libre, constitue une difficulté majeure.» Les autorités semblent fermer les yeux sur le sujet. «L’esclavage n’existe plus au Mali, ou peut-être au niveau des pratiques coutumières. Mais ça ne nous regarde pas», répète le chef de cabinet du gouverneur de Gao, Hamidou Traoré. Temedt n’a jamais vu ses actions en justice aboutir.
http://www.liberation.fr/culture/musique/335200.FR.php
Traditionnellement, les Tamasheqs noirs du Mali sont soumis aux «peaux claires».
De notre correspondant à Bamako Célian Macé
QUOTIDIEN : vendredi 27 juin 2008
Il y a le mythe du Touareg façonné par le tourisme. Ce grand homme bleu enturbanné, au teint clair, au regard perçant, solitaire. Et puis il y a l’envers de la carte postale. Le Touareg dont on ne parle pas : le Tamasheq noir. Dans le nord du Mali, on emploie plus volontiers le terme historique de «Tamasheq» que celui, touristique, de «Touareg». L’ethnie voisine Songhaï utilise le mot «bella» - qui signifie «esclave» - pour désigner les Tamasheqs noirs. Ils constituent la grande majorité de la population touareg. Mais au sein de cette société fortement hiérarchisée, ils ont longtemps été soumis aux «peaux claires».
Système hérité des razzias
Aujourd’hui encore au Mali, au Niger ou en Mauritanie, certaines fractions maintiennent un système d’esclavage traditionnel, héréditaire. Acquis au cours des razzias ou des échanges entre tribus, les esclaves transmettent leur condition à leurs descendants. Un enfant naît esclave et appartient à la famille du maître de sa mère. «Ma propre mère a été achetée» , déclare Idar Ag Ogazid, qui a fui à pied la famille des ses maîtres, à 150 kilomètres de Gao, dans le nord-est du Mali, en mars dernier. «Depuis toujours, on m’a répété que je devais servir. Je n’ai rien connu d’autre.» Idar pense avoir plus de 32 ans. Il n’a aucun état civil et n’a jamais été recensé. Il n’existe pas pour l’Etat malien. «Là-bas, je faisais paître les troupeaux, j’allais tirer l’eau, je coupais le bois, je faisais le ménage… Comme tous mes frères. On me dit quelque chose, j’exécute.» Ce sont les coups qui l’ont décidé à partir. «On me battait, même les enfants du maître me battaient, et ils battaient mes enfants sous mes yeux.» Son maître l’a marié à une esclave de son propre frère «sur son dos», sans l’avis d’Idar ni celui de ses parents. Son fils lui a été retiré très tôt pour être donné à une autre branche de la famille du maître. «Je l’ai appelé Ahmed, mais c’était trop noble pour un esclave, mes maîtres ont rebaptisé mon fils d’un nom sans valeur. Le monde des maîtres est entièrement séparé de celui des esclaves, on ne mange pas la même chose, on ne dort pas au même endroit. » La force qui attache un esclave à son maître est autant physique que psychologique. Surtout dans les fractions maraboutiques, dotées d’un immense crédit religieux - et réputées pour la dureté de leur esclavage -, où l’on décrit la soumission comme une volonté divine. «On nous apprend que quitter son maître, c’est aller à l’encontre d’Allah, c’est-à-dire être maudit.»
Ce système est toutefois en régression. L’esclavage est aboli au Mali et des liens maître-esclave persistent aujourd’hui pour des «raisons pratiques». Le maire de Gao lui-même, Ali Alassane Touré, un Songhaï, confie que les anciens esclaves de sa famille sont aujourd’hui ses bergers. «Ils s’occupent de mon troupeau de 300 têtes. En échange, je leur amène chaque mois 100 kilos de mil et 100 kilos de riz, j’habille leur famille pour les fêtes et je leur donne une génisse chaque année. Ils disposent du lait de mes bêtes et s’en servent pour vendre du beurre.» Pas de salaire mais un échange libre et donc «très satisfaisant» , selon les Tamasheqs noirs libres du quartier Septième, à Gao.
En pleine ville, beaucoup vivent dans des huttes circulaires faites de nattes de paille. La plupart ont des frères ou des cousins en brousse qui subissent encore un esclavage dur. Autour du thé, les anecdotes sur les questions de mariage et d’héritage fusent. «Depuis que j’ai l’âge de porter le turban, je suis libre», explique In Doungou Ag Aalassane, 66 ans, en traçant des dessins dans le sable. «Mais quand mon fils est décédé en Côte-d’Ivoire, le maître de ma femme est venu récupérer tout son cheptel : ses chèvres, ses vaches, ses moutons, ses chameaux. Et il y a six mois, ma fille a été mariée sans mon avis par le même maître. » Hochements de tête tout autour de lui. Les biens des esclaves appartiennent d’abord à leurs maîtres. Aucune protestation ? «On en parle devant vous ou entre nous, mais s’il y avait un Tamasheq blanc ici, nos bouches ne pourraient pas s’ouvrir car ils possèdent des gris-gris très puissants», confie l’un deux.
Une fierté pour les maîtres
Les maîtres eux-mêmes ne nient pas la persistance de l’esclavage. Un riche imam arabe de Gao, Sidi Ahmed Ould El Moktar, raconte en riant derrière ses Ray-Ban que c’est même une question de fierté pour de nombreuses fractions, notamment dans les régions de Menaka et Ansongo. «Un esclave qui demande sa liberté, c’est une humiliation pour le maître. Les Tamasheqs noirs ne peuvent pas être indépendants, ils ont économiquement besoin de nous. Je connais des fractions où les maîtres ont tout pouvoir sur les femmes esclaves. Ils peuvent coucher avec elles s’ils en ont envie.» Depuis 2006, une association de 17 000 membres, Temedt, lutte contre ce système. « Contre les discriminations en général, précise Al Meimoun Ag Al Moustaf, directeur de l’urbanisme à Gao et responsable du mouvement. Dans la vie sociale ou politique, être Tamasheq noir, même libre, constitue une difficulté majeure.» Les autorités semblent fermer les yeux sur le sujet. «L’esclavage n’existe plus au Mali, ou peut-être au niveau des pratiques coutumières. Mais ça ne nous regarde pas», répète le chef de cabinet du gouverneur de Gao, Hamidou Traoré. Temedt n’a jamais vu ses actions en justice aboutir.
http://www.liberation.fr/culture/musique/335200.FR.php
France Info - Chroniques
Terrorisme : le Sahel, un nouvel Afghanistan ? France Info - Chroniques
Poussés hors du Maghreb par le succès de la coopération étroite entre les services de
renseignements, les groupuscules terroristes semblent trouver refuge plus au Sud, au Sahel. Une zone que les services secrets n’ont pas encore réussi à mailler...
L’enquête de Franck Cognard (4'33")
Ils ne sont pas encore vraiment sur les dents, mais les services français de renseignement portent une attention de plus en plus soutenue à l’arc sub-saharien, qui va de la Mauritanie à la Somalie ( voir la carte ci-contre ). C’est en effet au Sahel, en particulier au Niger et au Mali, que le berceau du terrorisme islamiste semble trouver refuge.
Que ce soit au Maroc, en Algérie ou même en Libye, la collaboration très étroite entre les différents services de renseignement permet d’avoir à présent une connaissance très fine des réseaux terroristes implantés dans ces zones. Que l’un de ses membres bouge le petit doigt et tous les services sont mis au parfum, même si cela ne met pas à l’abri d’un acte isolé. Poussés hors du Maghreb, les mouvements djihadistes sont donc contraints d’émigrer plus au Sud. Et ils trouvent au Sahel une terre d’accueil idéale pour leurs bases arrière, à partir de laquelle ils peuvent mener des actions de terreur et se replier sans être inquiétés. Des zones de repli et d’approvisionnement "non contrôlées et incontrôlables", selon Anne Giudicelli, directrice du centre de renseignement Terrorisc, et qui pourraient devenir un jour des bases opérationnelles.
Anne Giudicelli, directrice du cabinet d’analyse Terrorisc (5'21")
Terrorisme et crime organisé
Cette zone n’est en effet pas à la pointe de la lutte contre la délinquance, les trafics en tous genres et, à fortiori, le terrorisme. Au Mali par exemple, les services travaillent sur des cartes de France datant de… 1952. Plus à l’Est, les succès récents enregistrés par les milices islamistes de Mogadiscio font de la Somalie une destination alternative pour les candidats à la guerre sainte, même si l’Afghanistan et le Pakistan ne sont pas tout à fait passés de mode.
Enfin, les organisations terroristes telles que le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat, transformé en branche d’Al Qaïda au Maghreb) profitent également sur place du développement récent du trafic de drogue et du crime organisé. Les mouvements de rébellion touaregs, animés par des populations particulièrement pauvres, ne rechignent pas à faire un peu de business avec les djihadistes. Trafic de cocaïne, d’êtres humains, d’arme… tout est bon pour faire de l’argent.
Jean Louis Bruguière, ancien magistrat antiterroriste, actuel représentant de l’Union Européenne auprès des USA (6'31")
Ce déplacement vers le Sahel de la menace terroriste est d’autant plus inquiétant que la France est une destination assez courue par les candidats à l’émigration des populations sub-sahariennes, en particulier maliennes. Un sommet sur la sécurité réunit dans quelques jours à Bamako (Mali) sept chefs d’Etats de la région.
Enquête et reportage : Franck Cognard Page web : Gilles Halais
Rapport du Département d'Etat américain
ONU, Comité contre le terrorisme
Programme anti-terroriste d'Interpol
Action de l'ONU contre le terrorisme
Poussés hors du Maghreb par le succès de la coopération étroite entre les services de
renseignements, les groupuscules terroristes semblent trouver refuge plus au Sud, au Sahel. Une zone que les services secrets n’ont pas encore réussi à mailler...L’enquête de Franck Cognard (4'33")
Ils ne sont pas encore vraiment sur les dents, mais les services français de renseignement portent une attention de plus en plus soutenue à l’arc sub-saharien, qui va de la Mauritanie à la Somalie ( voir la carte ci-contre ). C’est en effet au Sahel, en particulier au Niger et au Mali, que le berceau du terrorisme islamiste semble trouver refuge.
Que ce soit au Maroc, en Algérie ou même en Libye, la collaboration très étroite entre les différents services de renseignement permet d’avoir à présent une connaissance très fine des réseaux terroristes implantés dans ces zones. Que l’un de ses membres bouge le petit doigt et tous les services sont mis au parfum, même si cela ne met pas à l’abri d’un acte isolé. Poussés hors du Maghreb, les mouvements djihadistes sont donc contraints d’émigrer plus au Sud. Et ils trouvent au Sahel une terre d’accueil idéale pour leurs bases arrière, à partir de laquelle ils peuvent mener des actions de terreur et se replier sans être inquiétés. Des zones de repli et d’approvisionnement "non contrôlées et incontrôlables", selon Anne Giudicelli, directrice du centre de renseignement Terrorisc, et qui pourraient devenir un jour des bases opérationnelles.
Anne Giudicelli, directrice du cabinet d’analyse Terrorisc (5'21")
Terrorisme et crime organisé
Cette zone n’est en effet pas à la pointe de la lutte contre la délinquance, les trafics en tous genres et, à fortiori, le terrorisme. Au Mali par exemple, les services travaillent sur des cartes de France datant de… 1952. Plus à l’Est, les succès récents enregistrés par les milices islamistes de Mogadiscio font de la Somalie une destination alternative pour les candidats à la guerre sainte, même si l’Afghanistan et le Pakistan ne sont pas tout à fait passés de mode.
Enfin, les organisations terroristes telles que le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat, transformé en branche d’Al Qaïda au Maghreb) profitent également sur place du développement récent du trafic de drogue et du crime organisé. Les mouvements de rébellion touaregs, animés par des populations particulièrement pauvres, ne rechignent pas à faire un peu de business avec les djihadistes. Trafic de cocaïne, d’êtres humains, d’arme… tout est bon pour faire de l’argent.
Jean Louis Bruguière, ancien magistrat antiterroriste, actuel représentant de l’Union Européenne auprès des USA (6'31")
Ce déplacement vers le Sahel de la menace terroriste est d’autant plus inquiétant que la France est une destination assez courue par les candidats à l’émigration des populations sub-sahariennes, en particulier maliennes. Un sommet sur la sécurité réunit dans quelques jours à Bamako (Mali) sept chefs d’Etats de la région.
Enquête et reportage : Franck Cognard Page web : Gilles Halais
Rapport du Département d'Etat américain
ONU, Comité contre le terrorisme
Programme anti-terroriste d'Interpol
Action de l'ONU contre le terrorisme
25 juin 2008
Festival au Desert 2008 | Music | guardian.co.uk
Video: Festival au Desert 2008 Music guardian.co.uk
Festival au Desert 2008
Guardian music journalist Rosie Swash travelled to one of the remotest festivals in the world to report on three days of Malian music and Touareg culture in the Sahara.
Festival au Desert 2008
Guardian music journalist Rosie Swash travelled to one of the remotest festivals in the world to report on three days of Malian music and Touareg culture in the Sahara.
Tamikrest
Video: Desert Sessions: Tamikrest News guardian.co.uk
Desert Sessions: Tamikrest
Tamikrest is a group of young Touaregs based in Kidal, who are keen to make Tamasheq poetry and culture accessible to the rest of the world. They are often compared to the award-winning Tinariwen - judge for yourself
Desert Sessions: Tamikrest
Tamikrest is a group of young Touaregs based in Kidal, who are keen to make Tamasheq poetry and culture accessible to the rest of the world. They are often compared to the award-winning Tinariwen - judge for yourself
17 juin 2008
«La lutte contre la désertification ne concerne pas que les Africains»
«La lutte contre la désertification ne concerne pas que les Africains»
Luc Gnacadja, responsable auprès des Nations unies .
Le 17 juin a été décrétée journée mondiale de la désertification. A cette occasion, Luc Gnacadja, secrétaire exécutif de la convention de la désertification de l’ONU, explique comment il veut remédier à la sous-médiatisation dont souffre la question de la dégradation des sols.
La lutte contre le réchauffement a su faire parler d’elle. Pas celle contre la désertification. Pourquoi ?
Déjà parce que la convention de l’ONU consacrée à la lutte contre la désertification est née au forceps à Rio, en 1992. Voilà son mal originel : elle a toujours été l’objet d’un bras de fer entre les pays du Nord, qui poussaient les questions de changement climatique et de biodiversité, et ceux du Sud, qui tentaient d’axer les conférences internationales sur la désertification, comme si le sujet leur appartenait, comme si la désertification ne concernait qu’eux seuls.
Ça semble paradoxal : il a été plus facile pour l’atmosphère que pour le sol d’être considérée comme un bien public mondial ! La terre a une dimension patrimoniale, nationale et culturelle : la relation qu’on a avec elle n’est pas la même d’un pays à l’autre… d’où la difficulté à en faire un bien public mondial. Il faut voir le mal qu’ont eu les pays membres de l’Union européenne à se mettre d’accord sur leur directive sols (1) !
A la fin des années 90, on parlait beaucoup du problème de la biodiversité. Aujourd’hui, a lieu une énorme prise de conscience sur le réchauffement. L’agenda des terres, lui, n’a pas tant progressé depuis quinze ans. Dans les négociations internationales, la désertification est souvent prise comme une partie de l’aide au développement, comme si c’était le seul problème du Sud. Un exemple parlant : à Bruxelles, la lutte contre la désertification relève de l’Aide au développement, alors que le réchauffement et la biodiversité relèvent, eux, de l’Environnement.
Est-ce que ça peut changer ?
Oui, car les pays du Nord ont désormais compris qu’il n’était pas besoin d’avoir sur son territoire des déserts de dunes pour être victime de la désertification ! L’Espagne, l’Australie, les Etats-Unis, etc. sont désormais très touchés par la dégradation de leurs sols et l’épuisement des ressources. Lors de la conférence des parties de Madrid, une étape essentielle a été franchie : pour la première fois, les 192 pays membres de l’ONU ont adopté à l’unanimité une stratégie décennale.
Que prévoit cette stratégie ?
Nous devons montrer que la lutte contre ce fléau ne concerne pas seulement les Africains, elle peut avoir des bénéfices pour l’ensemble du globe : assurer la sécurité alimentaire par exemple. C’est une évidence quand on voit qu’au Darfour ou au Tchad des conflits éclatent notamment pour les ressources naturelles. La polémique autour des agrocarburants prouve aussi que la lutte contre les émissions de gaz à effets de serre ne peut être pensée indépendamment de l’appauvrissement des terres. Enfin lutter contre la dégradation des sols, c’est aussi lutter contre le réchauffement climatique. Les connaissances scientifiques actuelles - les conclusions du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, ndlr] sont claires à ce sujet - ont montré que la désertification exacerbe le réchauffement et que celui-ci exacerbe à son tour la désertification. C’est d’ailleurs ce qui a favorisé la prise de conscience des pays du Nord…
Qu’est ce qui vous manque pour provoquer une réelle prise de conscience ?
Déjà, des indicateurs : il faut savoir mieux mesurer ce problème pour lutter contre. Nous voulons monter un «GIEC des sols» d’ici à 2009, c’est-à-dire obtenir un accord des communautés scientifiques sur un même bilan.
Est-ce qu’il ne vous manquerait pas aussi un Nicolas Hulot ?
Je cherche en effet des personnalités de ce genre qui pourraient porter ce combat. Et si Nicolas Hulot veut embrasser totalement le combat pour l’environnement, il devrait plaider davantage en faveur de l’agenda des terres.
Et les financements ?
C’est le problème. Lors de la conférence de Madrid, la convention n’a pas réussi à accoucher d’un budget. Il a fallu organiser une conférence extraordinaire à New York, en novembre, pour obtenir un accord sur le budget qui ne comporte pas une ligne sur le financement de la stratégie. Il nous faut donc décrocher des fonds, des partenariats pour pouvoir faire vivre la Convention contre la désertification. Nous avons commencé à plaider auprès des parties, à Bruxelles, à Paris, où j’ai rencontré Jean-Louis Borloo. Jusqu’à présent j’ai rencontré des personnes attentives. J’attends désormais qu’elles nous aident à obtenir des financements.
(1) qui vise à lutter contre la dégradation des sols, à l’échelle européenne.
Recueilli par SONYA FAURE LIBERATION QUOTIDIEN : mardi 17 juin 2008
Luc Gnacadja, responsable auprès des Nations unies .
Le 17 juin a été décrétée journée mondiale de la désertification. A cette occasion, Luc Gnacadja, secrétaire exécutif de la convention de la désertification de l’ONU, explique comment il veut remédier à la sous-médiatisation dont souffre la question de la dégradation des sols.
La lutte contre le réchauffement a su faire parler d’elle. Pas celle contre la désertification. Pourquoi ?
Déjà parce que la convention de l’ONU consacrée à la lutte contre la désertification est née au forceps à Rio, en 1992. Voilà son mal originel : elle a toujours été l’objet d’un bras de fer entre les pays du Nord, qui poussaient les questions de changement climatique et de biodiversité, et ceux du Sud, qui tentaient d’axer les conférences internationales sur la désertification, comme si le sujet leur appartenait, comme si la désertification ne concernait qu’eux seuls.
Ça semble paradoxal : il a été plus facile pour l’atmosphère que pour le sol d’être considérée comme un bien public mondial ! La terre a une dimension patrimoniale, nationale et culturelle : la relation qu’on a avec elle n’est pas la même d’un pays à l’autre… d’où la difficulté à en faire un bien public mondial. Il faut voir le mal qu’ont eu les pays membres de l’Union européenne à se mettre d’accord sur leur directive sols (1) !
A la fin des années 90, on parlait beaucoup du problème de la biodiversité. Aujourd’hui, a lieu une énorme prise de conscience sur le réchauffement. L’agenda des terres, lui, n’a pas tant progressé depuis quinze ans. Dans les négociations internationales, la désertification est souvent prise comme une partie de l’aide au développement, comme si c’était le seul problème du Sud. Un exemple parlant : à Bruxelles, la lutte contre la désertification relève de l’Aide au développement, alors que le réchauffement et la biodiversité relèvent, eux, de l’Environnement.
Est-ce que ça peut changer ?
Oui, car les pays du Nord ont désormais compris qu’il n’était pas besoin d’avoir sur son territoire des déserts de dunes pour être victime de la désertification ! L’Espagne, l’Australie, les Etats-Unis, etc. sont désormais très touchés par la dégradation de leurs sols et l’épuisement des ressources. Lors de la conférence des parties de Madrid, une étape essentielle a été franchie : pour la première fois, les 192 pays membres de l’ONU ont adopté à l’unanimité une stratégie décennale.
Que prévoit cette stratégie ?
Nous devons montrer que la lutte contre ce fléau ne concerne pas seulement les Africains, elle peut avoir des bénéfices pour l’ensemble du globe : assurer la sécurité alimentaire par exemple. C’est une évidence quand on voit qu’au Darfour ou au Tchad des conflits éclatent notamment pour les ressources naturelles. La polémique autour des agrocarburants prouve aussi que la lutte contre les émissions de gaz à effets de serre ne peut être pensée indépendamment de l’appauvrissement des terres. Enfin lutter contre la dégradation des sols, c’est aussi lutter contre le réchauffement climatique. Les connaissances scientifiques actuelles - les conclusions du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, ndlr] sont claires à ce sujet - ont montré que la désertification exacerbe le réchauffement et que celui-ci exacerbe à son tour la désertification. C’est d’ailleurs ce qui a favorisé la prise de conscience des pays du Nord…
Qu’est ce qui vous manque pour provoquer une réelle prise de conscience ?
Déjà, des indicateurs : il faut savoir mieux mesurer ce problème pour lutter contre. Nous voulons monter un «GIEC des sols» d’ici à 2009, c’est-à-dire obtenir un accord des communautés scientifiques sur un même bilan.
Est-ce qu’il ne vous manquerait pas aussi un Nicolas Hulot ?
Je cherche en effet des personnalités de ce genre qui pourraient porter ce combat. Et si Nicolas Hulot veut embrasser totalement le combat pour l’environnement, il devrait plaider davantage en faveur de l’agenda des terres.
Et les financements ?
C’est le problème. Lors de la conférence de Madrid, la convention n’a pas réussi à accoucher d’un budget. Il a fallu organiser une conférence extraordinaire à New York, en novembre, pour obtenir un accord sur le budget qui ne comporte pas une ligne sur le financement de la stratégie. Il nous faut donc décrocher des fonds, des partenariats pour pouvoir faire vivre la Convention contre la désertification. Nous avons commencé à plaider auprès des parties, à Bruxelles, à Paris, où j’ai rencontré Jean-Louis Borloo. Jusqu’à présent j’ai rencontré des personnes attentives. J’attends désormais qu’elles nous aident à obtenir des financements.
(1) qui vise à lutter contre la dégradation des sols, à l’échelle européenne.
Recueilli par SONYA FAURE LIBERATION QUOTIDIEN : mardi 17 juin 2008
13 juin 2008
TEMOIGNAGE
SAHEL: En savoir plus sur la région la plus pauvre d’Afrique de l’Ouest
OUAGADOUGOU, 3 juin 2008 (IRIN) - Le sous-développement et les crises humanitaires dont souffre la région ouest-africaine du Sahel seront sur le devant de la scène cette semaine, au cours de laquelle Jan Egeland, conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies sur les conflits, se rendra au Burkina Faso, au Mali et au Niger pour attirer l’attention [de la communauté internationale] sur cette zone pauvre et sur les pressions sociales exercées dans cette région par le réchauffement climatique. Où se situe le Sahel ? Le Sahel (de l’arabe « sahel », qui signifie rivage), est une ceinture semi-aride de terres stériles, sablonneuses et jonchées de pierre, qui s’étend sur 3 860 kilomètres sur toute la largeur du continent africain et marque la séparation physique et culturelle entre la région sud du continent, plus fertile, et le désert du Sahara, au nord. La ceinture sahélienne, d’une superficie d’un peu plus de trois millions de kilomètres carrés, couvre, en largeur, entre plusieurs centaines et mille kilomètres. En Afrique de l’Ouest, le Sahel est également une entité géopolitique. En 1973, le Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) a été créé par le Burkina Faso, le Cap Vert, le Tchad, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal pour réunir des pays qui étaient alors en train de devenir interdépendants. Ensemble, les membres du CILSS couvrent 5,7 millions de kilomètres carrés de terres. On trouve également des terres et un climat semblables à ceux du Sahel dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, qui ne font pas partie du CILSS, particulièrement dans le nord du Togo, au Bénin, au Nigeria et au Ghana. Qui vit au Sahel ? Les pays du CILSS comptent à eux seuls environ 58 millions d’habitants, dont la plupart pratiquent l’agriculture de subsistance et partagent des cultures et des moyens de subsistance semblables, alors même que leurs religions, leurs langues et leurs coutumes varient énormément. Au Sahel, selon les estimations du CILSS, plus de la moitié de la population en âge de travailler pratique l’agriculture ou en vit, et assure plus de 40 pour cent du produit intérieur brut (PIB) total de la région. Les cultures sèches, telles que le millet, le sorgo et le haricot à œil noir, et les cultures de rente telles que l’arachide et le coton, sont les principales productions agricoles de la région. Au Sahel, la croissance démographique est particulièrement rapide. Selon le CILSS, la région comptera 100 millions d’habitants d’ici à l’an 2020 et 200 millions d’ici à 2050, soit près de quatre fois la population actuelle. Plus de la moitié des Sahéliens, soit 141 millions, vivront dans les trois pays visités par M. Egeland : le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Quelles conséquences aura le changement climatique dans la région ?
Le climat sahélien va-t-il devenir plus humide ou plus sec avec le changement climatique ? Les opinions des scientifiques divergent, mais dans les deux cas, l’avenir s’annonce peu brillant. Au Sahel, le climat oscille entre une extrême chaleur et des conditions plus tempérées, et la pluie ne tombe que quatre ou cinq mois par an, généralement entre mai et octobre, une période qui marque le début de la saison de croissance. Le reste de l’année, le paysage se compose de roches, de plaines de buissons sablonneux, d’herbe et d’arbres chétifs. Selon les scientifiques et les météorologues, pourtant, ces 40 dernières années ont été marquées par des écarts de plus en plus prononcés en matière de précipitations, d’une année sur l’autre, dans la région, le climat étant, certaines années, excessivement humide et d’autres années, trop sec pour permettre une production agricole suffisante. Déterminer si les schémas climatiques du Sahel sont provoqués par le réchauffement climatique ou s’ils sont le résultat de schémas de précipitations naturels et cycliques – et surtout si, d’une manière générale, les précipitations augmentent ou diminuent – est un sujet de discorde au sein de la communauté scientifique. Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), la plupart des modèles climatiques réalisés pour le Sahel prédisent bel et bien des conditions climatiques plus sèches à l’avenir. Toujours d’après le PNUE, même si le climat sahélien devient au contraire plus humide, le réchauffement global de l’atmosphère provoquera l’évaporation d’un volume d’eau supérieur à celui des précipitations supplémentaires possibles pour la région, même si l’on se fie aux estimations des scientifiques les plus optimistes. De même, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un organe scientifique de plus de 2 000 climatologues des quatre coins du monde, chargé d’évaluer le risque de changement climatique causé par l’activité humaine, a également conclu que le Sahel ouest-africain et l’Afrique centrale connaîtraient des hausses de température parmi les plus marquées du monde au cours des prochaines décennies. Mais les précipitations ne sont que l’une des raisons pour lesquelles le changement climatique est important au Sahel. Dans une région qui dépend en grande partie de l’agriculture, la qualité des sols est essentielle. La détérioration des terres, causée par la déforestation, le surpâturage, la cueillette continuelle, la désertification, et l’usage et la préservation des ressources actuelles en eau sont également des point cruciaux. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), plus de 80 pour cent des terres du Sahel ont été détériorées. Quelles conséquences d’un point de vue humanitaire ? Les changements, même mineurs, des conditions de croissance au Sahel ont une incidence majeure sur la nutrition et la sécurité alimentaire des populations.
Le Sahel affiche déjà des taux de malnutrition extrêmement élevés, même les années où les précipitations sont suffisantes ; dans la région, les enfants de moins de cinq ans sont les premières victimes de la faim et des maladies. Selon certaines études, citées par le PNUE, le Tchad et le Niger risquent de perdre la totalité de leur secteur agricole pluvial d’ici à 2100, tandis qu’au Mali, les récoltes de céréales risquent de diminuer de 30 pour cent en raison de l’évolution des schémas de précipitations et de la détérioration des terres. Mais la pluie est aussi problématique lorsqu’elle tombe que lorsqu’elle ne tombe pas. À l’heure actuelle, les précipitations annuelles sont souvent reçues sous la forme de violentes et brèves averses qui détruisent les cultures et les semences, et emportent même des villages entiers, comme ce fut le cas à travers le Sahel en 2007, mais surtout au Ghana, au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Tchad. À l’avenir, il est probable, selon les scientifiques, que la région devienne plus sujette aux inondations. Autre problème, d’ordre social : de plus en plus d’adultes en âge de travailler quittent les régions rurales pour s’installer dans les zones urbaines, notamment à Bamako au Mali, à Ouagadougou au Burkina Faso et à Dakar au Sénégal, une tendance qui pose de nouveaux problèmes en matière d’assainissement urbain, de sous-nutrition et de criminalité. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a également prévenu que la hausse des températures provoquerait davantage d’épidémies, notamment de fièvre dengue ou de choléra. Le GIEC prévoit en revanche que de vastes zones du Sahel ne seront plus propices à la transmission du paludisme d’ici à 2050, un point positif pour la région. À moyen-long terme, face à l’ampleur des problèmes climatiques annoncés au Sahel, conjugués à la croissance démographique galopante, observée dans la région, l’aide humanitaire ne permettra plus à elle seule de pourvoir aux besoins des populations touchées, notamment parce qu’il est probable que le Sahel doive lutter pour obtenir des fonds d’urgence, face à des catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes, provoquées par le climat à travers l’Afrique et l’Asie. En 2007, le Programme des Nations Unies pour le développement a sollicité les bailleurs de fonds des pays développés –qui, selon l’agence, ont concentré leurs efforts sur les projets d’atténuation du changement climatique au lieu d’aider les pays déjà touchés par ce phénomène- à hauteur de 85 milliards de dollars, destinés à financer des projets d’adaptation au climat dans les pays en voie de développement. nr/ed/nh/ail
Thèmes: (IRIN) Environnement, (IRIN) Catastrophes naturelles
OUAGADOUGOU, 3 juin 2008 (IRIN) - Le sous-développement et les crises humanitaires dont souffre la région ouest-africaine du Sahel seront sur le devant de la scène cette semaine, au cours de laquelle Jan Egeland, conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies sur les conflits, se rendra au Burkina Faso, au Mali et au Niger pour attirer l’attention [de la communauté internationale] sur cette zone pauvre et sur les pressions sociales exercées dans cette région par le réchauffement climatique. Où se situe le Sahel ? Le Sahel (de l’arabe « sahel », qui signifie rivage), est une ceinture semi-aride de terres stériles, sablonneuses et jonchées de pierre, qui s’étend sur 3 860 kilomètres sur toute la largeur du continent africain et marque la séparation physique et culturelle entre la région sud du continent, plus fertile, et le désert du Sahara, au nord. La ceinture sahélienne, d’une superficie d’un peu plus de trois millions de kilomètres carrés, couvre, en largeur, entre plusieurs centaines et mille kilomètres. En Afrique de l’Ouest, le Sahel est également une entité géopolitique. En 1973, le Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) a été créé par le Burkina Faso, le Cap Vert, le Tchad, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Sénégal pour réunir des pays qui étaient alors en train de devenir interdépendants. Ensemble, les membres du CILSS couvrent 5,7 millions de kilomètres carrés de terres. On trouve également des terres et un climat semblables à ceux du Sahel dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, qui ne font pas partie du CILSS, particulièrement dans le nord du Togo, au Bénin, au Nigeria et au Ghana. Qui vit au Sahel ? Les pays du CILSS comptent à eux seuls environ 58 millions d’habitants, dont la plupart pratiquent l’agriculture de subsistance et partagent des cultures et des moyens de subsistance semblables, alors même que leurs religions, leurs langues et leurs coutumes varient énormément. Au Sahel, selon les estimations du CILSS, plus de la moitié de la population en âge de travailler pratique l’agriculture ou en vit, et assure plus de 40 pour cent du produit intérieur brut (PIB) total de la région. Les cultures sèches, telles que le millet, le sorgo et le haricot à œil noir, et les cultures de rente telles que l’arachide et le coton, sont les principales productions agricoles de la région. Au Sahel, la croissance démographique est particulièrement rapide. Selon le CILSS, la région comptera 100 millions d’habitants d’ici à l’an 2020 et 200 millions d’ici à 2050, soit près de quatre fois la population actuelle. Plus de la moitié des Sahéliens, soit 141 millions, vivront dans les trois pays visités par M. Egeland : le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Quelles conséquences aura le changement climatique dans la région ?
Le climat sahélien va-t-il devenir plus humide ou plus sec avec le changement climatique ? Les opinions des scientifiques divergent, mais dans les deux cas, l’avenir s’annonce peu brillant. Au Sahel, le climat oscille entre une extrême chaleur et des conditions plus tempérées, et la pluie ne tombe que quatre ou cinq mois par an, généralement entre mai et octobre, une période qui marque le début de la saison de croissance. Le reste de l’année, le paysage se compose de roches, de plaines de buissons sablonneux, d’herbe et d’arbres chétifs. Selon les scientifiques et les météorologues, pourtant, ces 40 dernières années ont été marquées par des écarts de plus en plus prononcés en matière de précipitations, d’une année sur l’autre, dans la région, le climat étant, certaines années, excessivement humide et d’autres années, trop sec pour permettre une production agricole suffisante. Déterminer si les schémas climatiques du Sahel sont provoqués par le réchauffement climatique ou s’ils sont le résultat de schémas de précipitations naturels et cycliques – et surtout si, d’une manière générale, les précipitations augmentent ou diminuent – est un sujet de discorde au sein de la communauté scientifique. Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), la plupart des modèles climatiques réalisés pour le Sahel prédisent bel et bien des conditions climatiques plus sèches à l’avenir. Toujours d’après le PNUE, même si le climat sahélien devient au contraire plus humide, le réchauffement global de l’atmosphère provoquera l’évaporation d’un volume d’eau supérieur à celui des précipitations supplémentaires possibles pour la région, même si l’on se fie aux estimations des scientifiques les plus optimistes. De même, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un organe scientifique de plus de 2 000 climatologues des quatre coins du monde, chargé d’évaluer le risque de changement climatique causé par l’activité humaine, a également conclu que le Sahel ouest-africain et l’Afrique centrale connaîtraient des hausses de température parmi les plus marquées du monde au cours des prochaines décennies. Mais les précipitations ne sont que l’une des raisons pour lesquelles le changement climatique est important au Sahel. Dans une région qui dépend en grande partie de l’agriculture, la qualité des sols est essentielle. La détérioration des terres, causée par la déforestation, le surpâturage, la cueillette continuelle, la désertification, et l’usage et la préservation des ressources actuelles en eau sont également des point cruciaux. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), plus de 80 pour cent des terres du Sahel ont été détériorées. Quelles conséquences d’un point de vue humanitaire ? Les changements, même mineurs, des conditions de croissance au Sahel ont une incidence majeure sur la nutrition et la sécurité alimentaire des populations.
Le Sahel affiche déjà des taux de malnutrition extrêmement élevés, même les années où les précipitations sont suffisantes ; dans la région, les enfants de moins de cinq ans sont les premières victimes de la faim et des maladies. Selon certaines études, citées par le PNUE, le Tchad et le Niger risquent de perdre la totalité de leur secteur agricole pluvial d’ici à 2100, tandis qu’au Mali, les récoltes de céréales risquent de diminuer de 30 pour cent en raison de l’évolution des schémas de précipitations et de la détérioration des terres. Mais la pluie est aussi problématique lorsqu’elle tombe que lorsqu’elle ne tombe pas. À l’heure actuelle, les précipitations annuelles sont souvent reçues sous la forme de violentes et brèves averses qui détruisent les cultures et les semences, et emportent même des villages entiers, comme ce fut le cas à travers le Sahel en 2007, mais surtout au Ghana, au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Tchad. À l’avenir, il est probable, selon les scientifiques, que la région devienne plus sujette aux inondations. Autre problème, d’ordre social : de plus en plus d’adultes en âge de travailler quittent les régions rurales pour s’installer dans les zones urbaines, notamment à Bamako au Mali, à Ouagadougou au Burkina Faso et à Dakar au Sénégal, une tendance qui pose de nouveaux problèmes en matière d’assainissement urbain, de sous-nutrition et de criminalité. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a également prévenu que la hausse des températures provoquerait davantage d’épidémies, notamment de fièvre dengue ou de choléra. Le GIEC prévoit en revanche que de vastes zones du Sahel ne seront plus propices à la transmission du paludisme d’ici à 2050, un point positif pour la région. À moyen-long terme, face à l’ampleur des problèmes climatiques annoncés au Sahel, conjugués à la croissance démographique galopante, observée dans la région, l’aide humanitaire ne permettra plus à elle seule de pourvoir aux besoins des populations touchées, notamment parce qu’il est probable que le Sahel doive lutter pour obtenir des fonds d’urgence, face à des catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes, provoquées par le climat à travers l’Afrique et l’Asie. En 2007, le Programme des Nations Unies pour le développement a sollicité les bailleurs de fonds des pays développés –qui, selon l’agence, ont concentré leurs efforts sur les projets d’atténuation du changement climatique au lieu d’aider les pays déjà touchés par ce phénomène- à hauteur de 85 milliards de dollars, destinés à financer des projets d’adaptation au climat dans les pays en voie de développement. nr/ed/nh/ail
Thèmes: (IRIN) Environnement, (IRIN) Catastrophes naturelles
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