Une bibliographie autour des touaregs réactualisée et enrichie dans le site TEMOUST (rubrique : bibliographie) - Temoust - Survie touarègue
vendredi 28 novembre 2008, par temoust
Chercheurs, curieux et passionnés, à vos lunettes !
Une bibliographie autour du peuple touareg, classée en plusieurs thématiques
1. OUVRAGES GÉNÉRAUX
2. AGROPASTORALISME – NOMADISME - DÉVELOPPEMENT
3. ETHNOLOGIE – ANTHROPOLOGIE – ARCHÉOLOGIE
4. HISTOIRE CONTEMPORAINE
5. HISTOIRE – GÉOGRAPHIE – EXPLORATION
6. LINGUISTIQUE, TIFINAGH, DICTIONNAIRES
7. POESIE, LITTÉRATURE, TRADITION ORALE
8. LIVRES POUR ENFANTS
9. RÉBELLIONS
10. BIBLIOGRAPHIES
11. DISCOGRAPHIE
Cette bibliographie a été retravaillée et actualisée par Anne Saint-Girons.
A contacter : anne.saint.girons@wanadoo.fr
Pour toute remarque, suggestion,critique constructive, n’hésitez pas à nous écrire !
A contacter :Jacqueline.Dupuis@univ-st-etienne.fr
N’hésitez pas à enrichir cette bibliographie, en nous envoyant d’autres références que nous aurions oubliées ! Merci à tous.
28 nov. 2008
26 nov. 2008
Ouverture à Tanger du forum méditerranéen MEDays
Jeuneafrique.com : Ouverture à Tanger du forum méditerranéen MEDays
MAROC - 26 novembre 2008 - AFP
La ville de Tanger doit accueillir jusqu'à vendredi, la première édition d'un forum pour un dialogue inter-méditerranéen, a-t-on appris auprès des organisateurs, qui ambitionnent d'en faire un autre Davos. Plusieurs personnalités ont été invitées à ce forum, parmi lesquelles les ministres espagnol et marocain des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos et Taïeb Fassi-Fihri, Saeb Erakat, l'un des principaux négociateurs palestiniens, ainsi qu'Eric Besson, secrétaire d'État français chargé de la Prospective économique. Tanger est la ville où, le 23 octobre 2007, le président français Nicolas Sarkozy avait annoncé son initiative de l'Union pour la Méditerranée (UPM), lancée officiellement le 13 juillet à Paris. Baptisé "MEDays", ce forum a pour objectif principal de "stimuler une meilleure compréhension des différents processus politiques et économiques en cours dans la région méditerranéenne", soulignent les organisateurs, regroupés dans l'institut Amadeus présidé par Brahim Fassi-Fihri. Ce dernier souhaite que ce forum soit placé à l'avenir "au même niveau que celui de Davos", organisé chaque année en Suisse. Les participants débattront à Tanger de la paix, des questions d'éducation et de culture, du développement économique et de la protection de l'environnement en Méditerranée. Les discussions devraient être couronnées par une "déclaration de Tanger".
MAROC - 26 novembre 2008 - AFP
La ville de Tanger doit accueillir jusqu'à vendredi, la première édition d'un forum pour un dialogue inter-méditerranéen, a-t-on appris auprès des organisateurs, qui ambitionnent d'en faire un autre Davos. Plusieurs personnalités ont été invitées à ce forum, parmi lesquelles les ministres espagnol et marocain des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos et Taïeb Fassi-Fihri, Saeb Erakat, l'un des principaux négociateurs palestiniens, ainsi qu'Eric Besson, secrétaire d'État français chargé de la Prospective économique. Tanger est la ville où, le 23 octobre 2007, le président français Nicolas Sarkozy avait annoncé son initiative de l'Union pour la Méditerranée (UPM), lancée officiellement le 13 juillet à Paris. Baptisé "MEDays", ce forum a pour objectif principal de "stimuler une meilleure compréhension des différents processus politiques et économiques en cours dans la région méditerranéenne", soulignent les organisateurs, regroupés dans l'institut Amadeus présidé par Brahim Fassi-Fihri. Ce dernier souhaite que ce forum soit placé à l'avenir "au même niveau que celui de Davos", organisé chaque année en Suisse. Les participants débattront à Tanger de la paix, des questions d'éducation et de culture, du développement économique et de la protection de l'environnement en Méditerranée. Les discussions devraient être couronnées par une "déclaration de Tanger".
Organisation prochaine d’un sommet au Sahel:quelle solution pour une crise sécuritaire alimentée par une crise politico-économique ? - Temoust - Survie touarègue
Organisation prochaine d’un sommet au Sahel:quelle solution pour une crise sécuritaire alimentée par une crise politico-économique ? - Temoust - Survie touarègue
Louisa Aït Hamadouche-http://www.latribune-online.com-25-11-08
Organisation prochaine d’un sommet au Sahel:quelle solution pour une crise sécuritaire alimentée par une crise politico-économique ?
mardi 25 novembre 2008, par temoust
L’Afrique est le continent le plus pauvre de la planète et le Sahel constitue la région en paix la plus pauvre du monde. Six des neuf pays qui forment cette région d’Afrique de l’Ouest -Gambie, Tchad, Guinée-Bissau, Mali, Burkina Faso et Niger- figurent parmi les douze derniers des 174 pays classés dans le dernier rapport du PNUD en fonction de leur niveau de développement humain.
Les pays du Sahel se mobilisent. Un sommet des chefs d’Etat malien, algérien, tchadien, libyen, burkinabé et nigérien succèdera avant la fin de l’année à la réunion préparatoire des diplomates, tenue à Bamako. La Mauritanie n’a pas été invitée à la réunion, en raison du coup d’Etat qui a renversé son Président démocratiquement élu. L’élaboration d’un plan d’action régional est en discussion. La tenue du sommet des chefs d’Etat des pays du Sahel reste une initiative du président malien qui a invité ses homologues du Sahel à une concertation autour d’un thème qui reste la préoccupation majeure de la communauté internationale.
Le terrorisme entre menace et alibi
Comment les responsables politiques définissent-ils les menaces qui rongent la région ? Pour Moctar Ouane, ministre malien des Affaires étrangères, les groupes terroristes sont responsables du manque de prospérité dans la région du Sahel. Il est vrai que celle-ci a subi une activité croissante de la part de l’organisation Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui a, cette année, enlevé deux touristes autrichiens, détenus sur le territoire malien. Ils ont été libérés le 30 octobre.
En avril 2008, une quarantaine d’experts africains et internationaux s’étaient déjà retrouvés, à Alger, pour parler de la menace grandissante du terrorisme en Afrique du Nord. Pour les participants, mettre à jour les liens existant entre l’activité terroriste en Afrique du Nord ainsi que dans les Etats côtiers et la contrebande et le trafic d’armes, requiert un cadre législatif intégré. Pour Abdelkader Messahel, « l’Afrique a désigné le terrorisme comme l’une des plus graves menaces pesant sur elle…
Pour cela, l’Union africaine a intégré la lutte contre le terrorisme dans l’architecture pour la paix et la sécurité en Afrique ». Les participants ont discuté des moyens de combattre l’utilisation par les terroristes d’une technologie avancée pour perpétrer leurs crimes, comme l’Internet et les téléphones mobiles utilisés par l’organisation Al Qaïda au Maghreb islamique pour faire exploser à distance des dispositifs. Selon les services de renseignements français, écrit Abdallah Darkaoui, la branche maghrébine d’Al Qaïda comprend 500 hommes armés, dont 400 en Algérie et une centaine se déplaçant dans la zone sahélienne entre la Mauritanie, le Mali et le Niger.
Ce type de discours pose un sérieux problème. Il ne s’agit pas de contester la réalité de la menace terroriste, mais d’en montrer les causes profondes. Car, le discours officiel se contente de lier la propagation du terrorisme en Afrique du Nord et dans les Etats côtiers à la contrebande, au trafic de drogues et d’armes. Ramtane Lamamra, président de la Commission paix et sécurité de l’Union africaine, a déclaré : « La menace terroriste sur le continent africain est de nature globale. Aucune opération terroriste ne peut être perpétrée sans falsifier des papiers, se livrer au trafic de drogues ou exploiter l’immigration clandestine, des activités qui sont toutes utilisées pour financer le terrorisme. »
Les solutions préconisées sont essentiellement répressives. Elles consistent à coordonner et à intégrer les cadres législatifs au niveau du continent entier, pour faire en sorte que tous les Etats soumettent le terrorisme au même statut. Certaines législations qualifient le terrorisme d’infraction, tandis que d’autres le considèrent une haute trahison. Boubacar Diarra Gaouassa, directeur du Centre africain d’études et de recherches sur le terrorisme, compare ce dernier à « un cancer » qui touche les Etats de l’Afrique du Nord. Or, le cancer est un mal qui, excepté quelques cas, ne dépend pas des habitudes comportementales de l’individu. En d’autres termes, une personne atteinte d’un cancer ne peut être tenue responsable de la transformation d’une cellule ou d’une lésion en cellule maligne. Elle la subit, se bat contre elle et avec de la chance prend le dessus. Le terrorisme n’est pas un mal qui « tombe du ciel », mais un phénomène qui se développe à partir d’un terreau politique et économique plus que favorable.
L’insécurité alimentaire et l’échec économique
La Banque mondiale définit la sécurité alimentaire comme étant l’« accès par toutes les personnes à tout moment à une nourriture satisfaisante pour mener une vie active et saine ». La FAO parle d’« accès durable et assuré pour tous les groupes et individus sociaux à la nourriture adaptée en quantité et en qualité pour satisfaire le besoin alimentaire ». Créé en 1976, le Club du Sahel est un forum actif où se rencontrent les Etats sahéliens regroupés au sein du CILSS (Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel) -Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad-, les sociétés civiles regroupées au sein de réseaux régionaux représentatifs du secteur privé, du monde rural, des femmes et des responsables municipaux, et les principaux donateurs bilatéraux et multilatéraux. Le Club est géré par un secrétariat basé au siège de l’OCDE à Paris. Ses programmes sont financés, notamment, par l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni et la Suisse. La Banque mondiale, la Commission européenne, la FAO et le PNUD y participent également. Le Club du Sahel collabore avec le Comité d’aide au développement de l’OCDE. Ses membres en ont fait un lieu de réflexion approfondie sur les principaux enjeux de l’avenir du Sahel, un forum où ils échangent leurs connaissances et leurs points de vue et où ils mettent au point de nouvelles méthodes de coordination.
La situation structurellement difficile dans cette région s’est aggravée avec la crise financière. Samuel Benshimon relève que les experts estiment que la crise alimentaire entraîne une perte de sept années de développement dans les pays les plus pauvres. Les émeutes en Mauritanie, et les effets de la crise alimentaire qui touche, à différents degrés, le Soudan, le Tchad, le Niger ou encore le Mali, sont de nature à provoquer d’autres émeutes et troubles dans la région. Mais, là encore, il ne s’agit pas de rendre la crise alimentaire responsable et tous les maux, et d’en faire, comme pour le terrorisme, un alibi. Samuel Benshimon estime que les causes de l’insécurité alimentaire au Sahel appartiennent à deux catégories principales. Les causes conjoncturelles sont liées à des circonstances particulières comme des catastrophes naturelles de type inondation, sécheresse qui occasionnant une pénurie généralisée.
Plus précisément, la région du Sahel connaît globalement trois grandes catégories de catastrophes naturelles courantes : les catastrophes hydrométéorologiques (sécheresse, tempêtes de sable, inondations), les ennemis des cultures (criquets, rongeurs, oiseaux granivores, chenilles, etc.), les pressions démographiques : la population a triplé entre 1960–2006, passant de 85 à 300 millions d’habitants. 430 millions sont attendus entre 2020 et 2025. Plus de 65% de la population a moins de 25 ans. Quant à l’urbanisation, elle était de 13% en 1960, 40% en 2000 et sera de 65% en 2020.
Les causes structurelles ou chroniques sont, elles, liées principalement à la très faible capacité de réponse des ménages en raison des conditions d’extrême vulnérabilité. Mais à quoi cette faible capacité des ménages est-elle due ? Plusieurs éléments peuvent être cités dont : les politiques et stratégies alimentaires inadaptées, etc., les difficultés d’accès aux ressources de base (le foncier, le capital bétail, l’eau, les activités génératrices de revenus monétaires…), les systèmes de production peu performants, la réduction ou l’absence des réseaux d’entraide et de solidarité. Résultat : entre 1990 et 2000, la population a augmenté de 32%, alors que la production du maïs ne s’est accrue que de 12,3%, le riz de 26,7%, le total des céréales de 25,4% et la viande bovine de 29,4%.
Corruption et mauvaise gouvernance
Neuf pays d’Afrique de l’Ouest ont progressé et neuf autres ont encore reculé au classement 2008 de Transparency international (TI), qui mesure la perception de la corruption dans 180 pays. Sur les 180 pays concernés par cet indice, huit pays d’Afrique de l’Ouest figuraient dans les 20 dernières places, dont le Tchad. John Kpundeh, du Centre africain de formation et de recherche administratives pour le développement (Cafrad), a effectué une étude très intéressante sur la corruption en Afrique. Il y explique les différentes formes, notamment celles qui gangrènent l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Ainsi, cette région connaît-elle notamment la propagation de la corruption « accessoire ». Elle implique des individus ou de petits groupes qui profitent d’une occasion pour recevoir des pots-de-vin. Elle comprend la sollicitation et l’acceptation non planifiées de dessous-de-table (des policiers qui barrent des routes pour exiger des conducteurs qu’ils payent des pots-de-vin, une sous-estimation fiscale, un détournement de fonds...). Cette forme de corruption ne brasse pas des sommes astronomiques, mais empoisonne l’administration, la vie quotidienne, la bureaucratie et affecte durablement le civisme des citoyens. Son danger est aussi dans le fait de banaliser la corruption.
La corruption « systématique » n’est pas aussi imprévue, elle implique habituellement des gains plus substantiels et est souvent associée à des scandales populaires. La corruption « systématique » peut devenir endémique et impliquer un très grand nombre d’agents, d’intermédiaires et d’entrepreneurs corrompus. La contrebande d’exportation est par exemple largement pratiquée en Afrique, malgré la présence d’agents des douanes. La corruption se déploie aussi à travers le népotisme, par le fait de procurer des emplois aux membres de sa famille. Le régionalisme et le tribalisme confortent le népotisme et le perpétuent. Les domaines prioritaires, en termes de lutte contre la corruption, sont : les compagnies et les marchés publics, 1’administration fiscale, les douanes et la justice.
A cause de douaniers corrompus, des biens peuvent être déclarés contrairement aux règlements des douanes et de la régie. C’est pourquoi, la contrebande est si largement répandue dans la majorité des pays de la région. Dans de nombreux cas, la corruption s’est infiltrée dans le secteur judiciaire. Ainsi, les décisions de justice sont-elles prises par des juges avant que les personnes ne soient passées en jugement, ou en accord avec des directives venues du gouvernement en place.
Dele Olowu, un expert en administration publique et corruption en Afrique, explique que la corruption gouvernementale est endémique en Afrique parce que les efforts se sont concentrés sur des remèdes avant qu’une analyse approfondie du problème n’ait été réalisée. Ne comprenant pas certaines des causes fondamentales de la corruption, les gestionnaires ont appliqué des réformes inefficaces. Michael Johnston, un chercheur spécialisé dans les questions liées à la corruption, abonde dans ce sens, suggérant que les réformes mises en place dans une situation politique partiellement mal comprise ou incomprise peuvent avoir des résultats contraires à ce qui est souhaité. Quant aux nombreuses approches non systématiques utilisées pour tenter de lutter contre la corruption, elles n’ont finalement été que des manœuvres politiques, destinées à améliorer l’image des dirigeants, à faire diversion ou à se débarrasser de personnalités devenues gênantes. La fameuse stratégie du fusible. « Il est difficile de mettre au point une stratégie anti-corruption parce que le succès de tout programme dépend en grande partie d’un engagement solide de la part du président du pays, des membres du cabinet et des responsables les plus haut placés, ceux-là même qui sont corrompus », conclut John Kpundeh. Et les choses ne sont pas près de changer. Dans plusieurs Etats de la région, la Constitution a été modifiée pour permettre un troisième mandat.
Shanda Tonme, jurisconsulte international, commente la révision opérée par Idriss Deby au Tchad, disant qu’« en laissant Deby modifier la Constitution pour se maintenir en tant que président à vie, on a amené le Tchad à régresser de plusieurs décennies, offrant l’occasion à son élite vorace et fanatique de jouer au seul jeu qu’elle maîtrise depuis plus de trente ans : le jeu de massacre ». La Guinée l’a précédé et l’Algérie a clos temporairement la liste. Le régime politique en Mauritanie est issu d’un coup d’Etat. Les dirigeants politiques au Niger sont contestés par la révolte touarègue. Le Mali semble s’illustrer et sortir de ce lot. Il a entamé une réflexion partant de plusieurs constats et critiques : les élections sont très coûteuses, la participation est faible et les contestations sont nombreuses après chaque scrutin. Des experts nationaux, mandatés pour réfléchir sur la consolidation de la démocratie au Mali, ont préconisé un maintien du statu quo en matière de mandat présidentiel, actuellement de cinq ans, renouvelable une seule fois.
Les engagements des Etats-Unis et le statu quo
Sur le plan militaire et sécuritaire, les Etats-Unis ont marqué leur présence dans la région en mettant en place Pan-Sahel Initiative d’abord, puis Trans-saharian Counter-terrorism Initiative ensuite. Ces aspects sont complétés par des exercices, des formations, des échanges d’informations avec les Etats de la région. Le but de cette démarche était et demeure le renforcement de la capacité des armées des pays sahéliens à lutter contre le terrorisme et à contrôler leur territoire. Cette initiative s’est élargie et est devenue Partenariat transsaharien de lutte contre le terrorisme, en 2005. Ainsi les manœuvres Flintlock ont-elles associé pour la première fois neuf pays (Algérie, Maroc, Tunisie, Nigeria, Sénégal, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) dans des exercices d’entraînement et de simulation. En 2007, le budget de ce partenariat était de 100 millions de dollars. A ces éléments s’ajoute une implication économique. L’aide économique américaine a atteint 122 millions de dollars en 2005. Selon l’Agence américaine pour le développement international (USAID), l’aide américaine à la région a bénéficié à plus de 65 millions de personnes de neuf pays du Sahel : Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad. Pendant l’année budgétaire 2005, les Américains ont fourni plus de 122 millions de dollars, sous forme d’assistance bilatérale et régionale, à des programmes de développement et de lutte contre l’insécurité alimentaire dans le Sahel. Durant la même période, l’USAID a fourni plus de 10 millions de dollars aux programmes d’éradication des criquets au Sahel, auxquels s’ajoutent 3,5 millions de dollars au titre de l’aide contre la catastrophe acridienne au Mali et au Sénégal. Les projets incluaient des épandages aériens d’insecticides sur 383 000 hectares et une aide aux équipes régionales de lutte anti-acridienne en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest. L’USAID a ciblé la plus grande partie de son aide au Burkina Faso sur la lutte contre l’insécurité alimentaire.
L’aide américaine a aussi financé des programmes plus politiques comme des organisations de soutien aux droits de l’Homme, des activités de développement fondées sur les collectivités, le développement des partis politiques et une assistance technique pour les élections.
Pour les Etats-Unis, ces aides économiques, destinées surtout à améliorer leur image dans la région, et cette présence militaire sont nécessaires pour casser les alliances, qui, selon eux, se forment entre l’AQMI, les éléments du Groupe marocain pour la prédication et le combat (GMPC) et une partie du Front islamique marocain (FIM), sous la bannière d’Al Qaïda. Dans la même perspective, ils avancent l’argument selon lequel la montée de l’islamisme au Niger conforte l’implantation régionale du GSPC. Zahir Benmostepha relève que des écoles religieuses, marquées de l’empreinte de prédicateurs pakistanais, afghans et syriens, ont été ouvertes dans le nord du Niger, se substituant aux institutions gouvernementales affaiblies. Les Etats sont incapables de jouer le rôle de régulateur et de protecteur qui est le leur ; ils en appellent à l’aide extérieure et cette même aide aggrave leur crise de légitimité.
L. A. H
Louisa Aït Hamadouche-http://www.latribune-online.com-25-11-08
Organisation prochaine d’un sommet au Sahel:quelle solution pour une crise sécuritaire alimentée par une crise politico-économique ?
mardi 25 novembre 2008, par temoust
L’Afrique est le continent le plus pauvre de la planète et le Sahel constitue la région en paix la plus pauvre du monde. Six des neuf pays qui forment cette région d’Afrique de l’Ouest -Gambie, Tchad, Guinée-Bissau, Mali, Burkina Faso et Niger- figurent parmi les douze derniers des 174 pays classés dans le dernier rapport du PNUD en fonction de leur niveau de développement humain.
Les pays du Sahel se mobilisent. Un sommet des chefs d’Etat malien, algérien, tchadien, libyen, burkinabé et nigérien succèdera avant la fin de l’année à la réunion préparatoire des diplomates, tenue à Bamako. La Mauritanie n’a pas été invitée à la réunion, en raison du coup d’Etat qui a renversé son Président démocratiquement élu. L’élaboration d’un plan d’action régional est en discussion. La tenue du sommet des chefs d’Etat des pays du Sahel reste une initiative du président malien qui a invité ses homologues du Sahel à une concertation autour d’un thème qui reste la préoccupation majeure de la communauté internationale.
Le terrorisme entre menace et alibi
Comment les responsables politiques définissent-ils les menaces qui rongent la région ? Pour Moctar Ouane, ministre malien des Affaires étrangères, les groupes terroristes sont responsables du manque de prospérité dans la région du Sahel. Il est vrai que celle-ci a subi une activité croissante de la part de l’organisation Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui a, cette année, enlevé deux touristes autrichiens, détenus sur le territoire malien. Ils ont été libérés le 30 octobre.
En avril 2008, une quarantaine d’experts africains et internationaux s’étaient déjà retrouvés, à Alger, pour parler de la menace grandissante du terrorisme en Afrique du Nord. Pour les participants, mettre à jour les liens existant entre l’activité terroriste en Afrique du Nord ainsi que dans les Etats côtiers et la contrebande et le trafic d’armes, requiert un cadre législatif intégré. Pour Abdelkader Messahel, « l’Afrique a désigné le terrorisme comme l’une des plus graves menaces pesant sur elle…
Pour cela, l’Union africaine a intégré la lutte contre le terrorisme dans l’architecture pour la paix et la sécurité en Afrique ». Les participants ont discuté des moyens de combattre l’utilisation par les terroristes d’une technologie avancée pour perpétrer leurs crimes, comme l’Internet et les téléphones mobiles utilisés par l’organisation Al Qaïda au Maghreb islamique pour faire exploser à distance des dispositifs. Selon les services de renseignements français, écrit Abdallah Darkaoui, la branche maghrébine d’Al Qaïda comprend 500 hommes armés, dont 400 en Algérie et une centaine se déplaçant dans la zone sahélienne entre la Mauritanie, le Mali et le Niger.
Ce type de discours pose un sérieux problème. Il ne s’agit pas de contester la réalité de la menace terroriste, mais d’en montrer les causes profondes. Car, le discours officiel se contente de lier la propagation du terrorisme en Afrique du Nord et dans les Etats côtiers à la contrebande, au trafic de drogues et d’armes. Ramtane Lamamra, président de la Commission paix et sécurité de l’Union africaine, a déclaré : « La menace terroriste sur le continent africain est de nature globale. Aucune opération terroriste ne peut être perpétrée sans falsifier des papiers, se livrer au trafic de drogues ou exploiter l’immigration clandestine, des activités qui sont toutes utilisées pour financer le terrorisme. »
Les solutions préconisées sont essentiellement répressives. Elles consistent à coordonner et à intégrer les cadres législatifs au niveau du continent entier, pour faire en sorte que tous les Etats soumettent le terrorisme au même statut. Certaines législations qualifient le terrorisme d’infraction, tandis que d’autres le considèrent une haute trahison. Boubacar Diarra Gaouassa, directeur du Centre africain d’études et de recherches sur le terrorisme, compare ce dernier à « un cancer » qui touche les Etats de l’Afrique du Nord. Or, le cancer est un mal qui, excepté quelques cas, ne dépend pas des habitudes comportementales de l’individu. En d’autres termes, une personne atteinte d’un cancer ne peut être tenue responsable de la transformation d’une cellule ou d’une lésion en cellule maligne. Elle la subit, se bat contre elle et avec de la chance prend le dessus. Le terrorisme n’est pas un mal qui « tombe du ciel », mais un phénomène qui se développe à partir d’un terreau politique et économique plus que favorable.
L’insécurité alimentaire et l’échec économique
La Banque mondiale définit la sécurité alimentaire comme étant l’« accès par toutes les personnes à tout moment à une nourriture satisfaisante pour mener une vie active et saine ». La FAO parle d’« accès durable et assuré pour tous les groupes et individus sociaux à la nourriture adaptée en quantité et en qualité pour satisfaire le besoin alimentaire ». Créé en 1976, le Club du Sahel est un forum actif où se rencontrent les Etats sahéliens regroupés au sein du CILSS (Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel) -Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad-, les sociétés civiles regroupées au sein de réseaux régionaux représentatifs du secteur privé, du monde rural, des femmes et des responsables municipaux, et les principaux donateurs bilatéraux et multilatéraux. Le Club est géré par un secrétariat basé au siège de l’OCDE à Paris. Ses programmes sont financés, notamment, par l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni et la Suisse. La Banque mondiale, la Commission européenne, la FAO et le PNUD y participent également. Le Club du Sahel collabore avec le Comité d’aide au développement de l’OCDE. Ses membres en ont fait un lieu de réflexion approfondie sur les principaux enjeux de l’avenir du Sahel, un forum où ils échangent leurs connaissances et leurs points de vue et où ils mettent au point de nouvelles méthodes de coordination.
La situation structurellement difficile dans cette région s’est aggravée avec la crise financière. Samuel Benshimon relève que les experts estiment que la crise alimentaire entraîne une perte de sept années de développement dans les pays les plus pauvres. Les émeutes en Mauritanie, et les effets de la crise alimentaire qui touche, à différents degrés, le Soudan, le Tchad, le Niger ou encore le Mali, sont de nature à provoquer d’autres émeutes et troubles dans la région. Mais, là encore, il ne s’agit pas de rendre la crise alimentaire responsable et tous les maux, et d’en faire, comme pour le terrorisme, un alibi. Samuel Benshimon estime que les causes de l’insécurité alimentaire au Sahel appartiennent à deux catégories principales. Les causes conjoncturelles sont liées à des circonstances particulières comme des catastrophes naturelles de type inondation, sécheresse qui occasionnant une pénurie généralisée.
Plus précisément, la région du Sahel connaît globalement trois grandes catégories de catastrophes naturelles courantes : les catastrophes hydrométéorologiques (sécheresse, tempêtes de sable, inondations), les ennemis des cultures (criquets, rongeurs, oiseaux granivores, chenilles, etc.), les pressions démographiques : la population a triplé entre 1960–2006, passant de 85 à 300 millions d’habitants. 430 millions sont attendus entre 2020 et 2025. Plus de 65% de la population a moins de 25 ans. Quant à l’urbanisation, elle était de 13% en 1960, 40% en 2000 et sera de 65% en 2020.
Les causes structurelles ou chroniques sont, elles, liées principalement à la très faible capacité de réponse des ménages en raison des conditions d’extrême vulnérabilité. Mais à quoi cette faible capacité des ménages est-elle due ? Plusieurs éléments peuvent être cités dont : les politiques et stratégies alimentaires inadaptées, etc., les difficultés d’accès aux ressources de base (le foncier, le capital bétail, l’eau, les activités génératrices de revenus monétaires…), les systèmes de production peu performants, la réduction ou l’absence des réseaux d’entraide et de solidarité. Résultat : entre 1990 et 2000, la population a augmenté de 32%, alors que la production du maïs ne s’est accrue que de 12,3%, le riz de 26,7%, le total des céréales de 25,4% et la viande bovine de 29,4%.
Corruption et mauvaise gouvernance
Neuf pays d’Afrique de l’Ouest ont progressé et neuf autres ont encore reculé au classement 2008 de Transparency international (TI), qui mesure la perception de la corruption dans 180 pays. Sur les 180 pays concernés par cet indice, huit pays d’Afrique de l’Ouest figuraient dans les 20 dernières places, dont le Tchad. John Kpundeh, du Centre africain de formation et de recherche administratives pour le développement (Cafrad), a effectué une étude très intéressante sur la corruption en Afrique. Il y explique les différentes formes, notamment celles qui gangrènent l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Ainsi, cette région connaît-elle notamment la propagation de la corruption « accessoire ». Elle implique des individus ou de petits groupes qui profitent d’une occasion pour recevoir des pots-de-vin. Elle comprend la sollicitation et l’acceptation non planifiées de dessous-de-table (des policiers qui barrent des routes pour exiger des conducteurs qu’ils payent des pots-de-vin, une sous-estimation fiscale, un détournement de fonds...). Cette forme de corruption ne brasse pas des sommes astronomiques, mais empoisonne l’administration, la vie quotidienne, la bureaucratie et affecte durablement le civisme des citoyens. Son danger est aussi dans le fait de banaliser la corruption.
La corruption « systématique » n’est pas aussi imprévue, elle implique habituellement des gains plus substantiels et est souvent associée à des scandales populaires. La corruption « systématique » peut devenir endémique et impliquer un très grand nombre d’agents, d’intermédiaires et d’entrepreneurs corrompus. La contrebande d’exportation est par exemple largement pratiquée en Afrique, malgré la présence d’agents des douanes. La corruption se déploie aussi à travers le népotisme, par le fait de procurer des emplois aux membres de sa famille. Le régionalisme et le tribalisme confortent le népotisme et le perpétuent. Les domaines prioritaires, en termes de lutte contre la corruption, sont : les compagnies et les marchés publics, 1’administration fiscale, les douanes et la justice.
A cause de douaniers corrompus, des biens peuvent être déclarés contrairement aux règlements des douanes et de la régie. C’est pourquoi, la contrebande est si largement répandue dans la majorité des pays de la région. Dans de nombreux cas, la corruption s’est infiltrée dans le secteur judiciaire. Ainsi, les décisions de justice sont-elles prises par des juges avant que les personnes ne soient passées en jugement, ou en accord avec des directives venues du gouvernement en place.
Dele Olowu, un expert en administration publique et corruption en Afrique, explique que la corruption gouvernementale est endémique en Afrique parce que les efforts se sont concentrés sur des remèdes avant qu’une analyse approfondie du problème n’ait été réalisée. Ne comprenant pas certaines des causes fondamentales de la corruption, les gestionnaires ont appliqué des réformes inefficaces. Michael Johnston, un chercheur spécialisé dans les questions liées à la corruption, abonde dans ce sens, suggérant que les réformes mises en place dans une situation politique partiellement mal comprise ou incomprise peuvent avoir des résultats contraires à ce qui est souhaité. Quant aux nombreuses approches non systématiques utilisées pour tenter de lutter contre la corruption, elles n’ont finalement été que des manœuvres politiques, destinées à améliorer l’image des dirigeants, à faire diversion ou à se débarrasser de personnalités devenues gênantes. La fameuse stratégie du fusible. « Il est difficile de mettre au point une stratégie anti-corruption parce que le succès de tout programme dépend en grande partie d’un engagement solide de la part du président du pays, des membres du cabinet et des responsables les plus haut placés, ceux-là même qui sont corrompus », conclut John Kpundeh. Et les choses ne sont pas près de changer. Dans plusieurs Etats de la région, la Constitution a été modifiée pour permettre un troisième mandat.
Shanda Tonme, jurisconsulte international, commente la révision opérée par Idriss Deby au Tchad, disant qu’« en laissant Deby modifier la Constitution pour se maintenir en tant que président à vie, on a amené le Tchad à régresser de plusieurs décennies, offrant l’occasion à son élite vorace et fanatique de jouer au seul jeu qu’elle maîtrise depuis plus de trente ans : le jeu de massacre ». La Guinée l’a précédé et l’Algérie a clos temporairement la liste. Le régime politique en Mauritanie est issu d’un coup d’Etat. Les dirigeants politiques au Niger sont contestés par la révolte touarègue. Le Mali semble s’illustrer et sortir de ce lot. Il a entamé une réflexion partant de plusieurs constats et critiques : les élections sont très coûteuses, la participation est faible et les contestations sont nombreuses après chaque scrutin. Des experts nationaux, mandatés pour réfléchir sur la consolidation de la démocratie au Mali, ont préconisé un maintien du statu quo en matière de mandat présidentiel, actuellement de cinq ans, renouvelable une seule fois.
Les engagements des Etats-Unis et le statu quo
Sur le plan militaire et sécuritaire, les Etats-Unis ont marqué leur présence dans la région en mettant en place Pan-Sahel Initiative d’abord, puis Trans-saharian Counter-terrorism Initiative ensuite. Ces aspects sont complétés par des exercices, des formations, des échanges d’informations avec les Etats de la région. Le but de cette démarche était et demeure le renforcement de la capacité des armées des pays sahéliens à lutter contre le terrorisme et à contrôler leur territoire. Cette initiative s’est élargie et est devenue Partenariat transsaharien de lutte contre le terrorisme, en 2005. Ainsi les manœuvres Flintlock ont-elles associé pour la première fois neuf pays (Algérie, Maroc, Tunisie, Nigeria, Sénégal, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) dans des exercices d’entraînement et de simulation. En 2007, le budget de ce partenariat était de 100 millions de dollars. A ces éléments s’ajoute une implication économique. L’aide économique américaine a atteint 122 millions de dollars en 2005. Selon l’Agence américaine pour le développement international (USAID), l’aide américaine à la région a bénéficié à plus de 65 millions de personnes de neuf pays du Sahel : Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad. Pendant l’année budgétaire 2005, les Américains ont fourni plus de 122 millions de dollars, sous forme d’assistance bilatérale et régionale, à des programmes de développement et de lutte contre l’insécurité alimentaire dans le Sahel. Durant la même période, l’USAID a fourni plus de 10 millions de dollars aux programmes d’éradication des criquets au Sahel, auxquels s’ajoutent 3,5 millions de dollars au titre de l’aide contre la catastrophe acridienne au Mali et au Sénégal. Les projets incluaient des épandages aériens d’insecticides sur 383 000 hectares et une aide aux équipes régionales de lutte anti-acridienne en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest. L’USAID a ciblé la plus grande partie de son aide au Burkina Faso sur la lutte contre l’insécurité alimentaire.
L’aide américaine a aussi financé des programmes plus politiques comme des organisations de soutien aux droits de l’Homme, des activités de développement fondées sur les collectivités, le développement des partis politiques et une assistance technique pour les élections.
Pour les Etats-Unis, ces aides économiques, destinées surtout à améliorer leur image dans la région, et cette présence militaire sont nécessaires pour casser les alliances, qui, selon eux, se forment entre l’AQMI, les éléments du Groupe marocain pour la prédication et le combat (GMPC) et une partie du Front islamique marocain (FIM), sous la bannière d’Al Qaïda. Dans la même perspective, ils avancent l’argument selon lequel la montée de l’islamisme au Niger conforte l’implantation régionale du GSPC. Zahir Benmostepha relève que des écoles religieuses, marquées de l’empreinte de prédicateurs pakistanais, afghans et syriens, ont été ouvertes dans le nord du Niger, se substituant aux institutions gouvernementales affaiblies. Les Etats sont incapables de jouer le rôle de régulateur et de protecteur qui est le leur ; ils en appellent à l’aide extérieure et cette même aide aggrave leur crise de légitimité.
L. A. H
1er NOVEMBRE: Le 54e anniversaire fêté à Ouagadougou
ALGERIE: Le 54e anniversaire fêté à Ouagadougou SIDWAYA
La communauté algérienne au Burkina Faso, a célébré, le jeudi 20 novembre 2008 à Ouagadougou, les 54 ans du déclenchement de la Révolution en Algérie.
“54 ans après les idéaux et les valeurs de la Révolution de 1954 continuent d’inspirer et de guider la conduite de l’Etat d’Algérie”, a déclaré l’ambassadeur d’Algérie au Burkina Faso Mohamed El Amine Benchérif à l’occasion de la célébration de la fête nationale de son pays. Cette fête nationale, qui correspond au 54e
Les autorités et amis burkinabè sont venus manifester leur soutienà la communauté algérienne en fête.
anniversaire du déclenchement de la Révolution en Algérie le 1er novembre 1954, a été célébrée le jeudi 20 novembre 2008 à Ouagadougou. Selon l’ambassadeur, cette année, la célébration de la fête nationale porte une charge symbolique très forte car coïncidant avec le bicentenaire de la naissance de l’Emir Abdelkader. En effet, il est un symbole historique impérissable de la résistance algérienne et le cinquantième anniversaire de la création du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). L’ambassadeur Benchérif a souligné que la révolution a été pour l’Algérie, l’acte le plus décisif qui provoqua une rupture salvatrice avec l’histoire, enracine le peuple algérien dans son identité civilisationnelle. Ce qui lui a permis de prendre son destin en main pour bâtir l’édifice de l’Etat moderne mis au service exclusif du peuple. Cette cérémonie a été pour toute la communauté algérienne ainsi que leurs amis burkinabè une occasion de retrouvailles et de célébration de la renaissance de l’Algérie. Mohamed El Amine Benchérif a précisé l’état dans lequel se trouvent les relations algéro-burkinabè et présenté les grands chantiers et réalisations de son pays. Il a indiqué que l’Algérie reste fidèle aux valeurs de la Révolution de par la mobilisation de l’ensemble des ressources du pays au profit du développement et de l’épanouissement du peuple algérien. A l’extérieur, elle lutte pour la paix, la stabilité, le développement, l’épanouissement et l’émancipation des peuples. Au plan institutionnel, l’Algérie s’est dotée d’un nouveau découpage administratif pour rapprocher davantage l’administration du citoyen, encadrer le processus du développement local et mieux prendre en charge les besoins spécifiques des régions frontalières. L’Algérie est résolument engagée dans le processus d’intégration africaine s’impliquant dans des sujets structurants comme la route de l’unité africaine, le gazoduc Nigeria-Algérie, la force africaine en attente, a-t-il ajouté. Il a relevé que “l’Algérie soutient la lutte contre le terrorisme et reste solidaire tout en souhaitant que ses partenaires s’impliquent de manière claire, sincère et déterminée dans la lutte contre le fléau”. C’est dans une ambiance fraternelle et amicale que l’ambassadeur a annoncé la création de l’association d’amitié Burkina Faso/Algérie. Lié à cette amitié, l’ambassadeur d’Algérie a tenu à présenter ses condoléances au peuple burkinabè, pour l’accident tragique de Boromo qui a endeuillé le pays. “Les relations entre les deux pays ont connu une avance qualitative mesurant à leur juste valeur les efforts du Burkina Faso en faveur de la paix”, a conclu Benchérif.
Pazouknam J.B. Ouédraogo(Stagiaire
La communauté algérienne au Burkina Faso, a célébré, le jeudi 20 novembre 2008 à Ouagadougou, les 54 ans du déclenchement de la Révolution en Algérie.
“54 ans après les idéaux et les valeurs de la Révolution de 1954 continuent d’inspirer et de guider la conduite de l’Etat d’Algérie”, a déclaré l’ambassadeur d’Algérie au Burkina Faso Mohamed El Amine Benchérif à l’occasion de la célébration de la fête nationale de son pays. Cette fête nationale, qui correspond au 54e
Les autorités et amis burkinabè sont venus manifester leur soutienà la communauté algérienne en fête.
anniversaire du déclenchement de la Révolution en Algérie le 1er novembre 1954, a été célébrée le jeudi 20 novembre 2008 à Ouagadougou. Selon l’ambassadeur, cette année, la célébration de la fête nationale porte une charge symbolique très forte car coïncidant avec le bicentenaire de la naissance de l’Emir Abdelkader. En effet, il est un symbole historique impérissable de la résistance algérienne et le cinquantième anniversaire de la création du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). L’ambassadeur Benchérif a souligné que la révolution a été pour l’Algérie, l’acte le plus décisif qui provoqua une rupture salvatrice avec l’histoire, enracine le peuple algérien dans son identité civilisationnelle. Ce qui lui a permis de prendre son destin en main pour bâtir l’édifice de l’Etat moderne mis au service exclusif du peuple. Cette cérémonie a été pour toute la communauté algérienne ainsi que leurs amis burkinabè une occasion de retrouvailles et de célébration de la renaissance de l’Algérie. Mohamed El Amine Benchérif a précisé l’état dans lequel se trouvent les relations algéro-burkinabè et présenté les grands chantiers et réalisations de son pays. Il a indiqué que l’Algérie reste fidèle aux valeurs de la Révolution de par la mobilisation de l’ensemble des ressources du pays au profit du développement et de l’épanouissement du peuple algérien. A l’extérieur, elle lutte pour la paix, la stabilité, le développement, l’épanouissement et l’émancipation des peuples. Au plan institutionnel, l’Algérie s’est dotée d’un nouveau découpage administratif pour rapprocher davantage l’administration du citoyen, encadrer le processus du développement local et mieux prendre en charge les besoins spécifiques des régions frontalières. L’Algérie est résolument engagée dans le processus d’intégration africaine s’impliquant dans des sujets structurants comme la route de l’unité africaine, le gazoduc Nigeria-Algérie, la force africaine en attente, a-t-il ajouté. Il a relevé que “l’Algérie soutient la lutte contre le terrorisme et reste solidaire tout en souhaitant que ses partenaires s’impliquent de manière claire, sincère et déterminée dans la lutte contre le fléau”. C’est dans une ambiance fraternelle et amicale que l’ambassadeur a annoncé la création de l’association d’amitié Burkina Faso/Algérie. Lié à cette amitié, l’ambassadeur d’Algérie a tenu à présenter ses condoléances au peuple burkinabè, pour l’accident tragique de Boromo qui a endeuillé le pays. “Les relations entre les deux pays ont connu une avance qualitative mesurant à leur juste valeur les efforts du Burkina Faso en faveur de la paix”, a conclu Benchérif.
Pazouknam J.B. Ouédraogo(Stagiaire
21 nov. 2008
ALGERIE: LA BELLE FÊTE DE OUAGA
20 nov. 2008
19 nov. 2008
Avec les caravaniers du Niger
Avec les caravaniers du Niger Transboreal Jean-Pierre Valentin
Commander ce livre ISBN : 978-2-913955-64-6ISSN : 1960-3894Prix : 20,00 €Parution : octobre 2008En préparation
Plus de détails
Depuis le Moyen Âge, des caravanes arpentent les étendues les plus isolées du Sahara. Le Ténéré, désert des déserts absolument plat, et l’erg de Bilma, au Niger, sont toujours traversés par ces files de dromadaires lourdement chargés de marchandises. Chaque automne, les Touaregs de l’Aïr quittent ainsi leurs montagnes pour rejoindre la falaise du Kaouar, 800 kilomètres plus à l’est. À la même période, les éleveurs toubous du massif du Djado – en famille parfois – s’élancent dans les immensités dunaires qui les séparent des marchés du Sahel, en particulier du territoire des fascinants bouviers wodaabés… Ce rythme séculaire des échanges autorise la circulation des pains de sel de Bilma, des dattes des oasis du Kaouar et du Djado, des céréales soudanaises. Il permet la vie dans ces endroits si reculés du Sahara. L’ouvrage offre une immersion totale dans la vie quotidienne de ces nomades des marges désertiques.
Sommaire
Introduction
Commander ce livre ISBN : 978-2-913955-64-6ISSN : 1960-3894Prix : 20,00 €Parution : octobre 2008En préparation
Plus de détails
Depuis le Moyen Âge, des caravanes arpentent les étendues les plus isolées du Sahara. Le Ténéré, désert des déserts absolument plat, et l’erg de Bilma, au Niger, sont toujours traversés par ces files de dromadaires lourdement chargés de marchandises. Chaque automne, les Touaregs de l’Aïr quittent ainsi leurs montagnes pour rejoindre la falaise du Kaouar, 800 kilomètres plus à l’est. À la même période, les éleveurs toubous du massif du Djado – en famille parfois – s’élancent dans les immensités dunaires qui les séparent des marchés du Sahel, en particulier du territoire des fascinants bouviers wodaabés… Ce rythme séculaire des échanges autorise la circulation des pains de sel de Bilma, des dattes des oasis du Kaouar et du Djado, des céréales soudanaises. Il permet la vie dans ces endroits si reculés du Sahara. L’ouvrage offre une immersion totale dans la vie quotidienne de ces nomades des marges désertiques.
Sommaire
Introduction
Semaines sahariennes à Gérardmer
Semaines sahariennes à Gérardmer (Vosges) ICRA International - Actualités
Du 17 au 30 novembre, Jean-Pierre Valentin, vice président d'ICRA et spécialiste du monde saharien, proposera diverses animations (expositions, projections/débats, etc.) notamment sur la vie des caravaniers du désert, à la MCL de Gérardmer.
[18 Novembre 2008]
• Exposition de 27 photographies grand format (50x75) et de divers objets du quotidien des caravaniers • Repas africain le 20 novembre• Films/débats : le 27 novembre à 20h30, deux films, Sur la route des caravanes et Itinérances nigériennes seront présentés par Jean-Pierre Valentin, qui dédicacera à cette occasion ses deux derniers ouvrages, Ténéré, Avec les caravaniers du Niger et Le Murmure des dunes, Petit éloge du désert et de ceux qui y vivent, qui viennent de paraître aux éditions Transboréal Sur la route des caravannesDepuis la nuit des temps, des caravanes sillonnent le Sahara et accompagnent les pèlerins, les commerçants et les trafiquants au cœur de ses immensités inhospitalières… Que deviennent, à l’aube du XXIème siècle, ces files de dromadaires, ces expéditions hauturières qui arpentent inlassablement le désert ? Les Touaregs des monts de l’Aïr s’élancent dès l’automne pour de longs mois. À la suite d’un madougou, le maître de la caravane, qui connaît l’itinéraire, les chameliers kel ewey traversent le Ténéré en direction des salines et des palmeraies du Kaouar. Chargés de ballots de foin, les dromadaires chenillent dans les larges vallées avant d’affronter l’aveuglante lumière lors d’étapes interminables. À l’ouest de l’Adrar Madet, le puisard d’Ajioua signale le dernier repère, au pied du massif. Les provisions d’eau et de bois effectuées, les hommes – un pour dix bêtes – piquent plein est, via la falaise et le puits d’Achegour. Avant les premières lueurs et jusqu’à la nuit avancée, les files progressent, sans jamais s’arrêter. Il faut marcher, mener trois cents chameaux bâtés et atteindre l’autre rive avant que les provisions ne s’épuisent. Dans l’oasis d’Achenouma, les denrées transportées – blé, mil, oignons, tomates, piments rouges et fromages déshydratés – sont échangées contre des monceaux de dattes. Le troc domine, où deux types de mesure permettent les transactions entre éleveurs touaregs et sédentaires kanouris ou toubous. Pendant que sont confectionnés les contenants en fibres de palme, certains hommes dirigent une centaine de dromadaires vers Kalala, l’aire salifère qui jouxte le bourg de Bilma. Là, ils achètent les cônes et les galettes de sel gemme prisés des nomades du Sahel. Cette caravane, comme toutes celles qui persistent au Sahara, est une aventure commerciale d’envergure nécessaire à la survie de groupes humains importants. La taghlamt des Touaregs du Ténéré représente la première tranche, la plus fascinante, d’un itinéraire qui conduit ensuite les caravaniers vers les marchés et les champs du Soudan, en bordure de la frontière nigériane.... Itinérances nigériennesLes Toubous du massif du Djado, aux confins du désert nigérien, pratiquent l’échange caravanier au long cours. A certaines saisons, ce sont même les femmes, fines, nerveuses, poignard de bras bien visible, qui fréquentent crânement l’âpreté des sables, l’erg de Bilma. Dans ce chaos dunaire, il faut éviter la bascule des charges au fond des ravins de sable, redoubler de vigilance quand souffle le vent qui masque les reliefs… Ces équipées, bien souvent familiales, atteignent les marchés de Ngourti ou de Tasker et les rives du lac Tchad.Aux limites sud du désert, cernés par une steppe rabougrie, les nomades Wodaabe marchent devant leurs zébus et, dès la fin de l’hivernage, ils célèbrent la beauté lors de rassemblements festifs imposants. Imperturbables à la marche du temps, ils guident inlassablement leurs majestueux troupeaux aux limites des terres agricoles. Ce peuple est tout simplement fascinant ! Jean-Pierre Valentin a pleinement vécu ces caravanes, cette expérience d’exception du désert, malgré la difficulté liée en particulier aux tournages, comme la récompense ultime de ses pérégrinations sahariennes. “Depuis vingt-cinq ans, je parcours le Sahara et ses marges, tente de saisir au mieux les réalités quotidiennes des peuples nomades, essaie de témoigner de leur extraordinaire adaptation au milieu, de la modernité de certaines de leurs stratégies. Si la fascination naïve pouvait caractériser mes premiers séjours, le temps – je le souhaite du moins – m’aide à dépasser l’admiration béate et les conclusions trop hâtives…Loin de moi l’idée de louer “la beauté du mort” ! Le désert est vivant, fier de son passé, riche de peuples millénaires en route vers de nouveaux changements. Les bouleversements aujourd’hui sont inévitables et beaucoup sont déjà consommés. Les civilisations pastorales ne sont pas psychorigides, elles refusent simplement les inutiles renoncements, le ridicule du nivellement ambiant. Si l’homme nomade ne laisse pas de trace, il imprègne le paysage, le borne délicatement de sa présence. Le voyageur peut traverser le désert sans apercevoir l’ombre d’un éleveur. Ils sont pourtant là, et le simple fait de leur réalité permet de les imaginer, de les espérer, d’observer l’espace dépouillé de manière différente. ”
Plus d’informations sur ces documentaires sur le site de transboreal.fr
du lundi 17 novembre au dimanche 30 novembreMaison de la culture et des loisirs de Gérardmer1, boulevard de Saint-DiéGérardmer (88400)
Le site web de la MCL de Gérardmer Transboréal.fr
Du 17 au 30 novembre, Jean-Pierre Valentin, vice président d'ICRA et spécialiste du monde saharien, proposera diverses animations (expositions, projections/débats, etc.) notamment sur la vie des caravaniers du désert, à la MCL de Gérardmer.
[18 Novembre 2008]
• Exposition de 27 photographies grand format (50x75) et de divers objets du quotidien des caravaniers • Repas africain le 20 novembre• Films/débats : le 27 novembre à 20h30, deux films, Sur la route des caravanes et Itinérances nigériennes seront présentés par Jean-Pierre Valentin, qui dédicacera à cette occasion ses deux derniers ouvrages, Ténéré, Avec les caravaniers du Niger et Le Murmure des dunes, Petit éloge du désert et de ceux qui y vivent, qui viennent de paraître aux éditions Transboréal Sur la route des caravannesDepuis la nuit des temps, des caravanes sillonnent le Sahara et accompagnent les pèlerins, les commerçants et les trafiquants au cœur de ses immensités inhospitalières… Que deviennent, à l’aube du XXIème siècle, ces files de dromadaires, ces expéditions hauturières qui arpentent inlassablement le désert ? Les Touaregs des monts de l’Aïr s’élancent dès l’automne pour de longs mois. À la suite d’un madougou, le maître de la caravane, qui connaît l’itinéraire, les chameliers kel ewey traversent le Ténéré en direction des salines et des palmeraies du Kaouar. Chargés de ballots de foin, les dromadaires chenillent dans les larges vallées avant d’affronter l’aveuglante lumière lors d’étapes interminables. À l’ouest de l’Adrar Madet, le puisard d’Ajioua signale le dernier repère, au pied du massif. Les provisions d’eau et de bois effectuées, les hommes – un pour dix bêtes – piquent plein est, via la falaise et le puits d’Achegour. Avant les premières lueurs et jusqu’à la nuit avancée, les files progressent, sans jamais s’arrêter. Il faut marcher, mener trois cents chameaux bâtés et atteindre l’autre rive avant que les provisions ne s’épuisent. Dans l’oasis d’Achenouma, les denrées transportées – blé, mil, oignons, tomates, piments rouges et fromages déshydratés – sont échangées contre des monceaux de dattes. Le troc domine, où deux types de mesure permettent les transactions entre éleveurs touaregs et sédentaires kanouris ou toubous. Pendant que sont confectionnés les contenants en fibres de palme, certains hommes dirigent une centaine de dromadaires vers Kalala, l’aire salifère qui jouxte le bourg de Bilma. Là, ils achètent les cônes et les galettes de sel gemme prisés des nomades du Sahel. Cette caravane, comme toutes celles qui persistent au Sahara, est une aventure commerciale d’envergure nécessaire à la survie de groupes humains importants. La taghlamt des Touaregs du Ténéré représente la première tranche, la plus fascinante, d’un itinéraire qui conduit ensuite les caravaniers vers les marchés et les champs du Soudan, en bordure de la frontière nigériane.... Itinérances nigériennesLes Toubous du massif du Djado, aux confins du désert nigérien, pratiquent l’échange caravanier au long cours. A certaines saisons, ce sont même les femmes, fines, nerveuses, poignard de bras bien visible, qui fréquentent crânement l’âpreté des sables, l’erg de Bilma. Dans ce chaos dunaire, il faut éviter la bascule des charges au fond des ravins de sable, redoubler de vigilance quand souffle le vent qui masque les reliefs… Ces équipées, bien souvent familiales, atteignent les marchés de Ngourti ou de Tasker et les rives du lac Tchad.Aux limites sud du désert, cernés par une steppe rabougrie, les nomades Wodaabe marchent devant leurs zébus et, dès la fin de l’hivernage, ils célèbrent la beauté lors de rassemblements festifs imposants. Imperturbables à la marche du temps, ils guident inlassablement leurs majestueux troupeaux aux limites des terres agricoles. Ce peuple est tout simplement fascinant ! Jean-Pierre Valentin a pleinement vécu ces caravanes, cette expérience d’exception du désert, malgré la difficulté liée en particulier aux tournages, comme la récompense ultime de ses pérégrinations sahariennes. “Depuis vingt-cinq ans, je parcours le Sahara et ses marges, tente de saisir au mieux les réalités quotidiennes des peuples nomades, essaie de témoigner de leur extraordinaire adaptation au milieu, de la modernité de certaines de leurs stratégies. Si la fascination naïve pouvait caractériser mes premiers séjours, le temps – je le souhaite du moins – m’aide à dépasser l’admiration béate et les conclusions trop hâtives…Loin de moi l’idée de louer “la beauté du mort” ! Le désert est vivant, fier de son passé, riche de peuples millénaires en route vers de nouveaux changements. Les bouleversements aujourd’hui sont inévitables et beaucoup sont déjà consommés. Les civilisations pastorales ne sont pas psychorigides, elles refusent simplement les inutiles renoncements, le ridicule du nivellement ambiant. Si l’homme nomade ne laisse pas de trace, il imprègne le paysage, le borne délicatement de sa présence. Le voyageur peut traverser le désert sans apercevoir l’ombre d’un éleveur. Ils sont pourtant là, et le simple fait de leur réalité permet de les imaginer, de les espérer, d’observer l’espace dépouillé de manière différente. ”
Plus d’informations sur ces documentaires sur le site de transboreal.fr
du lundi 17 novembre au dimanche 30 novembreMaison de la culture et des loisirs de Gérardmer1, boulevard de Saint-DiéGérardmer (88400)
Le site web de la MCL de Gérardmer Transboréal.fr
11 oct. 2008
La baraka et l’essuf
La baraka et l’essuf : Paroles et pratiques magico religieuses et thérapeutiques chez les populations touarègues et sahariennes du Hoggar(Sahara algérien) par Faiza SEDDIK ARKAM
Résumé de la thèse
Cette étude concerne le rapport de l'homme touareg, saharien à l'espace invisible de l'essuf se déroule dans un contexte de modernité, offert par un nouvel espace qui est celui de la ville saharienne de Tamanrasset (ville du Hoggar) et sa périphérie. Le type d’environnement d’une ville moyenne, pluriculturelle et multiethnique comme Tamanrasset conjugue des caractéristiques urbaines et rurales.Les Touaregs de l’Ahaggar loin de constituer un isolat ont adopté et intégré d'anciennes croyances dont certaines sont d'origine néolithique comme en témoignent les gravures rupestres (G.Camps- 1986, S. Hachi- 1998), ils ont subi plusieurs influences en provenance des cultures d'Afrique subsahariennes, des cultures méditerranéennes et celle du monde musulman arabo-berbère.L’islam mystique a profondément incorporé la culture locale touarègue, il ne sut pas, ou ne chercha pas, à enrayer complètement les usages séculaires. Il chercha à les niveler, et parfois à les assimiler et à les incorporer. Il est tentent de parler d’une sorte de bricolage religieux, mais cette notion de bricolage me semble insuffisante ici car l'on n'observe pas de nette rupture dans les symboles religieux, la plupart des symboles liés à ces diverses croyances se trouvent réappropriés et absorbés par l'Islam, il y a une cohésion avec l’ensemble des symboles. Elles ne coexistent pas, elles cherchent toujours à trouver une légitimité par rapport à la religion dominante qu’est l'islam. Lorsque différents groupes «ethniques», culturels partagent un territoire commun, ou bien lorsqu’ils y sont installés dans un voisinage proche, les divers recours thérapeutiques qui leur sont propres deviennent avec le temps un patrimoine commun .Ce patrimoine commun est réinvesti dans de nouvelles pratiques individualisées.La société touarègue quant à elle est en pleine mutation. Les bouleversements vécus par ces nomades ont affecté leur équilibre tant physique que psychologique. La société nomade ayant perdu ses repères spatio-temporels, son rapport à l’espace et à l’univers tout entier se transforme. Elle essaye d’intégrer bon gré mal gré la modernité et tout ce qu’elle implique comme bouleversements, comme changements, et l’on parle même de la quasi disparition du mode de vie traditionnel lié au pastoralisme nomade. Cette société touarègue tente de trouver sa place au sein de la société globale, en intégrant un nouveau système d’échanges, de nouvelles règles, tout en tentant de préserver ce qui représente son ethos culturel. Dans cette recherche dynamique d’équilibre face à la déstructuration progressive de la société, un ensemble de rites se met en place. La société Kel Ahaggar tente de s’adapter aux nouvelles données sociales, pour cela elle a créé de nouveaux mécanismes de défense qu'offre un paysage magico religieux et thérapeutique riche et varié. Ce paysage est lui-même en pleine recomposition car il affronte la modernité. Cette dernière est intégrée à ses rituels, étendant ainsi le champ symbolique qui correspond le mieux aux nouveaux besoins de la société. Privilégiant une démarche empiriste, j’avançais progressivement dans mes enquêtes ethnographiques en réalisant un tour d’horizon des principales activités et pratiques religieuses et thérapeutiques locales. Ces dernières, constituant le « paysage » local traditionnel, structurent la vie sociale des populations du Hoggar. Ce paysage, formé et dessiné autour de pratiques rituelles collectives et individuelles, est organisé autour des principaux rites de passages, le tout encadré par des acteurs spécifiques (acteurs de la maladie et du sacré) que sont les « tradipraticiens » locaux et autres personnages religieux. Après avoir réalisé une sorte de monographie de l’état d’ensemble de ces rituels collectifs et autres rites de passage, monographie indispensable à la compréhension du fonctionnement de cette société et de ses représentations, je suis partie des récits de vie de certains individus charismatiques pour approcher de plus près cet univers et cerner le sens donné à ces pratiques. Ayant des rôles de médiateurs au sein de la population locale, ces acteurs de l’invisible sont les intermédiaires incontournables dans les situations les plus difficiles. Chacun d’eux se prévaut d’avoir à son service des entités invisibles spirituelles, nommées différemment selon leur nature. En choisissant des personnes singulières qui ont poussé à bout leur initiation, en maîtrisant leur propre maladie liée aux génies, jusqu’à devenir à leur tour tradipraticiens et spécialistes de l’invisible, un des objectifs de ce travail, est de faire ressortir la problématique de la transmission de ce pouvoir «spirituel», incontestablement lié au nœud « maladie- initiation». La possession traverse diverses catégories, les rituels qui concernent toute cette gestion du rapport aux forces invisibles mettent en jeu les corps des possédés dans des contextes totalement différents. La richesse du vocabulaire témoigne de la diversité états et des pratiques observées.Nous verrons comment l’opposition masculin / féminin se construit d’un point de vue symbolique et comment ces catégories tradition / modernité, sacré traditionnel / institution religieuse sont remis en cause par des trajectoires complexes, par des pratiques qui brouillent les espaces genrés, les catégories sexuées. Nous constaterons par ailleurs que le chamanisme est autant le fait des femmes que des hommes même si le rapport aux choses du sacré paraît à première vue différent.
Résumé de la thèse
Cette étude concerne le rapport de l'homme touareg, saharien à l'espace invisible de l'essuf se déroule dans un contexte de modernité, offert par un nouvel espace qui est celui de la ville saharienne de Tamanrasset (ville du Hoggar) et sa périphérie. Le type d’environnement d’une ville moyenne, pluriculturelle et multiethnique comme Tamanrasset conjugue des caractéristiques urbaines et rurales.Les Touaregs de l’Ahaggar loin de constituer un isolat ont adopté et intégré d'anciennes croyances dont certaines sont d'origine néolithique comme en témoignent les gravures rupestres (G.Camps- 1986, S. Hachi- 1998), ils ont subi plusieurs influences en provenance des cultures d'Afrique subsahariennes, des cultures méditerranéennes et celle du monde musulman arabo-berbère.L’islam mystique a profondément incorporé la culture locale touarègue, il ne sut pas, ou ne chercha pas, à enrayer complètement les usages séculaires. Il chercha à les niveler, et parfois à les assimiler et à les incorporer. Il est tentent de parler d’une sorte de bricolage religieux, mais cette notion de bricolage me semble insuffisante ici car l'on n'observe pas de nette rupture dans les symboles religieux, la plupart des symboles liés à ces diverses croyances se trouvent réappropriés et absorbés par l'Islam, il y a une cohésion avec l’ensemble des symboles. Elles ne coexistent pas, elles cherchent toujours à trouver une légitimité par rapport à la religion dominante qu’est l'islam. Lorsque différents groupes «ethniques», culturels partagent un territoire commun, ou bien lorsqu’ils y sont installés dans un voisinage proche, les divers recours thérapeutiques qui leur sont propres deviennent avec le temps un patrimoine commun .Ce patrimoine commun est réinvesti dans de nouvelles pratiques individualisées.La société touarègue quant à elle est en pleine mutation. Les bouleversements vécus par ces nomades ont affecté leur équilibre tant physique que psychologique. La société nomade ayant perdu ses repères spatio-temporels, son rapport à l’espace et à l’univers tout entier se transforme. Elle essaye d’intégrer bon gré mal gré la modernité et tout ce qu’elle implique comme bouleversements, comme changements, et l’on parle même de la quasi disparition du mode de vie traditionnel lié au pastoralisme nomade. Cette société touarègue tente de trouver sa place au sein de la société globale, en intégrant un nouveau système d’échanges, de nouvelles règles, tout en tentant de préserver ce qui représente son ethos culturel. Dans cette recherche dynamique d’équilibre face à la déstructuration progressive de la société, un ensemble de rites se met en place. La société Kel Ahaggar tente de s’adapter aux nouvelles données sociales, pour cela elle a créé de nouveaux mécanismes de défense qu'offre un paysage magico religieux et thérapeutique riche et varié. Ce paysage est lui-même en pleine recomposition car il affronte la modernité. Cette dernière est intégrée à ses rituels, étendant ainsi le champ symbolique qui correspond le mieux aux nouveaux besoins de la société. Privilégiant une démarche empiriste, j’avançais progressivement dans mes enquêtes ethnographiques en réalisant un tour d’horizon des principales activités et pratiques religieuses et thérapeutiques locales. Ces dernières, constituant le « paysage » local traditionnel, structurent la vie sociale des populations du Hoggar. Ce paysage, formé et dessiné autour de pratiques rituelles collectives et individuelles, est organisé autour des principaux rites de passages, le tout encadré par des acteurs spécifiques (acteurs de la maladie et du sacré) que sont les « tradipraticiens » locaux et autres personnages religieux. Après avoir réalisé une sorte de monographie de l’état d’ensemble de ces rituels collectifs et autres rites de passage, monographie indispensable à la compréhension du fonctionnement de cette société et de ses représentations, je suis partie des récits de vie de certains individus charismatiques pour approcher de plus près cet univers et cerner le sens donné à ces pratiques. Ayant des rôles de médiateurs au sein de la population locale, ces acteurs de l’invisible sont les intermédiaires incontournables dans les situations les plus difficiles. Chacun d’eux se prévaut d’avoir à son service des entités invisibles spirituelles, nommées différemment selon leur nature. En choisissant des personnes singulières qui ont poussé à bout leur initiation, en maîtrisant leur propre maladie liée aux génies, jusqu’à devenir à leur tour tradipraticiens et spécialistes de l’invisible, un des objectifs de ce travail, est de faire ressortir la problématique de la transmission de ce pouvoir «spirituel», incontestablement lié au nœud « maladie- initiation». La possession traverse diverses catégories, les rituels qui concernent toute cette gestion du rapport aux forces invisibles mettent en jeu les corps des possédés dans des contextes totalement différents. La richesse du vocabulaire témoigne de la diversité états et des pratiques observées.Nous verrons comment l’opposition masculin / féminin se construit d’un point de vue symbolique et comment ces catégories tradition / modernité, sacré traditionnel / institution religieuse sont remis en cause par des trajectoires complexes, par des pratiques qui brouillent les espaces genrés, les catégories sexuées. Nous constaterons par ailleurs que le chamanisme est autant le fait des femmes que des hommes même si le rapport aux choses du sacré paraît à première vue différent.
22 sept. 2008
Le monde caravanier du Sahara
Le monde caravanier du Sahara... Transboreal
Le monde caravanier du Sahara par Jean-Pierre ValentinLe 10 octobre 2007 à 20 heures 30En partenariat avec le magazine Animan
Depuis la nuit des temps, des caravanes sillonnent le Sahara et accompagnent les pèlerins, les commerçants et les trafiquants au cœur de ses immensités inhospitalières… Que deviennent, à l’aube du XXIe siècle, ces files de dromadaires, ces expéditions hauturières qui arpentent inlassablement le désert ?Les Touaregs des monts de l’Aïr s’élancent dès l’automne pour de longs mois. À la suite d’un madugu, le maître de la caravane, qui connaît l’itinéraire, les chameliers kel ewey traversent le Ténéré en direction des salines et des palmeraies du Kaouar. Chargés de ballots de foin, les dromadaires chenillent dans les larges vallées avant d’affronter l’aveuglante lumière lors d’étapes interminables. À l’ouest de l’Adrar Madet, le puisard d’Ajioua signale le dernier repère, au pied du massif. Les provisions d’eau et de bois effectuées, les hommes – un pour dix bêtes – piquent plein est, via la falaise et le puits d’Achegour. Avant les premières lueurs et jusqu’à la nuit avancée, les files progressent, sans jamais s’arrêter. Il faut marcher, mener trois cents chameaux bâtés et atteindre l’autre rive avant que les provisions ne s’épuisent. Dans l’oasis d’Achenouma, les denrées transportées – blé, mil, oignons, tomates, piments rouges et fromages déshydratés – sont échangées contre des monceaux de dattes. Le troc domine, où deux types de mesure permettent les transactions entre éleveurs touaregs et sédentaires kanouris ou toubous. Pendant que sont confectionnés les contenants en fibres de palme, certains hommes dirigent une centaine de dromadaires vers Kalala, l’aire salifère qui jouxte le bourg de Bilma. Là, ils achètent les cônes et les galettes de sel gemme prisés des nomades du Sahel. Cette caravane, comme toutes celles qui persistent au Sahara, est une aventure commerciale d’envergure nécessaire à la survie de groupes humains importants. La taghlamt des Touaregs du Ténéré représente la première tranche, la plus fascinante, d’un itinéraire qui conduit ensuite les caravaniers vers les marchés et les champs du Soudan, en bordure de la frontière nigériane.Les Toubous du massif du Djado, aux confins du Sahara nigérien, pratiquent également l’échange caravanier au long cours. À certaines saisons, ce sont même leurs femmes qui conduisent les « vaisseaux du désert » au cœur du Ténéré méridional. Les épouses touboues, fines, tout en os, poignard de bras bien visible, fréquentent crânement l’âpreté des sables, l’erg de Bilma. Leurs files chamelières sont moins rodées peut-être que celles menées par les Kel Ewey, plus hétéroclites, mais évoluent dans un univers tout en volume, en courbe, en cols à franchir. Il faut dans ce chaos dunaire éviter la bascule des faix au fond des ravins sablonneux, redoubler de vigilance quand souffle le vent qui masque les reliefs… Ces équipées bien souvent familiales atteignent les marchés de Ngourti, Nguigmi, Tasker, les rives du lac Tchad.Aux limites sud du désert, cernés par une steppe rabougrie, les nomades wodaabe marchent devant leurs zébus et, dès la fin de l’hivernage, célèbrent la beauté lors de rassemblements festifs imposants. Ils mènent inlassablement leurs majestueux troupeaux aux limites des terres arables. Riche de tabous vieux comme le monde, ce peuple, dit « de l’interdit », perpétue un mode de vie d’une extrême mobilité, toujours à la recherche du bien-être de son bétail, aux aguets, à la poursuite des nuages… Ses campements sont invisibles, évanouis dans l’univers steppique des terres subsahariennes. Si la saison les y oblige, les éleveurs peuvent parcourir des distances énormes, changer de pays pour sauver leurs animaux. Comme tous les pasteurs, ils utilisent le sel fossile du désert pour accroître la vitalité de leurs bêtes.
Après avoir vécu auprès des éleveurs ouest-africains, nomades wodaabe, transhumants touaregs, chameliers maures, bergers aït atta du Haut-Atlas central marocain, Jean-Pierre Valentin a désiré arpenter d’autres horizons, pourtant voisins, en vue de suivre le transport et le commerce des dattes et du sel gemme.Il voulait vivre ces caravanes contemporaines de l’intérieur et, comme pour ses séjours au cœur des campements, s’y sentir en immersion.Si le désert lui a d’abord permis de s’éloigner de notre société matérielle aux repères flous, son immensité est vite devenue un lieu de quête, de recherche d’expériences constructives. Passé les premiers séjours par trop contemplatifs ou manichéens, le voyageur est devenu un « rat » de bibliothèque, un chineur toujours en appétit de découvertes inattendues. Comme souvent, si l’idéalisation est aisée – dans un monde de pasteurs simples où la vie est belle –, la réalité est douloureuse dès que s’estompe le voile – surtout quand l’univers abordé est en proie aux rébellions !Régulièrement, au cours de ses voyages, Jean-Pierre Valentin a croisé le chemin de files commerciales d’ânes ou de dromadaires. C’est en Mauritanie orientale que le contact s’opère plus directement. Là, il se souvient d’un crépuscule où, avec deux amis maures dans l’attente d’une caravane depuis des jours, il est tombé nez à nez avec une escouade du clan El-Taleb à la tête de trente-deux chameaux chargés d’amersâl, de la croûte de sel… Ces Sahariens, parfaitement à l’aise, évidemment à leur place dans leur milieu, étaient tout surpris de son excitation communicative ! C’est au Niger surtout qu’il a eu la chance d’accompagner des caravanes hauturières, au cœur de régions imposantes. Les itinéraires principaux sont connus, reste à rencontrer son madugu, son guide, à fixer un rendez-vous et à prendre la piste… Le défi en ce qui le concernait était de vivre la caravane touarègue, d’y prendre pleinement part, mais aussi de la filmer ! Quand on sait que la traversée est menée tambour battant, sans répit, de l’aurore à la nuit avancée, il faut alors l’imaginer, toujours préoccupé par le matériel, suer sang et eau pour devancer puis rattraper la colonne… de la haute voltige exténuante, atténuée par la participation de ses hôtes qui s’amusaient de cette suractivité chronique.Plus tard, avec les caravanes menées par les femmes touboues, dans les vallons de l’erg de Bilma, l’épreuve sera moins pénible, du fait principalement de journées de marche réduites. Les Toubous ne transportent pas de fourrage pour leurs bêtes, aussi chaque minuscule pâturage est-il l’occasion d’une halte, toujours pour le bien-être des chameaux.Jean-Pierre Valentin a pleinement vécu ces caravanes, cette expérience d’exception du désert, malgré la difficulté liée en particulier aux tournages, comme la récompense ultime de ses pérégrinations sahariennes.
Livre de l’intervenant en rapport avec cette conférence :Ténéré, Avec les caravaniers du Niger
En savoir davantage sur :Jean-Pierre Valentin
Le monde caravanier du Sahara par Jean-Pierre ValentinLe 10 octobre 2007 à 20 heures 30En partenariat avec le magazine Animan
Depuis la nuit des temps, des caravanes sillonnent le Sahara et accompagnent les pèlerins, les commerçants et les trafiquants au cœur de ses immensités inhospitalières… Que deviennent, à l’aube du XXIe siècle, ces files de dromadaires, ces expéditions hauturières qui arpentent inlassablement le désert ?Les Touaregs des monts de l’Aïr s’élancent dès l’automne pour de longs mois. À la suite d’un madugu, le maître de la caravane, qui connaît l’itinéraire, les chameliers kel ewey traversent le Ténéré en direction des salines et des palmeraies du Kaouar. Chargés de ballots de foin, les dromadaires chenillent dans les larges vallées avant d’affronter l’aveuglante lumière lors d’étapes interminables. À l’ouest de l’Adrar Madet, le puisard d’Ajioua signale le dernier repère, au pied du massif. Les provisions d’eau et de bois effectuées, les hommes – un pour dix bêtes – piquent plein est, via la falaise et le puits d’Achegour. Avant les premières lueurs et jusqu’à la nuit avancée, les files progressent, sans jamais s’arrêter. Il faut marcher, mener trois cents chameaux bâtés et atteindre l’autre rive avant que les provisions ne s’épuisent. Dans l’oasis d’Achenouma, les denrées transportées – blé, mil, oignons, tomates, piments rouges et fromages déshydratés – sont échangées contre des monceaux de dattes. Le troc domine, où deux types de mesure permettent les transactions entre éleveurs touaregs et sédentaires kanouris ou toubous. Pendant que sont confectionnés les contenants en fibres de palme, certains hommes dirigent une centaine de dromadaires vers Kalala, l’aire salifère qui jouxte le bourg de Bilma. Là, ils achètent les cônes et les galettes de sel gemme prisés des nomades du Sahel. Cette caravane, comme toutes celles qui persistent au Sahara, est une aventure commerciale d’envergure nécessaire à la survie de groupes humains importants. La taghlamt des Touaregs du Ténéré représente la première tranche, la plus fascinante, d’un itinéraire qui conduit ensuite les caravaniers vers les marchés et les champs du Soudan, en bordure de la frontière nigériane.Les Toubous du massif du Djado, aux confins du Sahara nigérien, pratiquent également l’échange caravanier au long cours. À certaines saisons, ce sont même leurs femmes qui conduisent les « vaisseaux du désert » au cœur du Ténéré méridional. Les épouses touboues, fines, tout en os, poignard de bras bien visible, fréquentent crânement l’âpreté des sables, l’erg de Bilma. Leurs files chamelières sont moins rodées peut-être que celles menées par les Kel Ewey, plus hétéroclites, mais évoluent dans un univers tout en volume, en courbe, en cols à franchir. Il faut dans ce chaos dunaire éviter la bascule des faix au fond des ravins sablonneux, redoubler de vigilance quand souffle le vent qui masque les reliefs… Ces équipées bien souvent familiales atteignent les marchés de Ngourti, Nguigmi, Tasker, les rives du lac Tchad.Aux limites sud du désert, cernés par une steppe rabougrie, les nomades wodaabe marchent devant leurs zébus et, dès la fin de l’hivernage, célèbrent la beauté lors de rassemblements festifs imposants. Ils mènent inlassablement leurs majestueux troupeaux aux limites des terres arables. Riche de tabous vieux comme le monde, ce peuple, dit « de l’interdit », perpétue un mode de vie d’une extrême mobilité, toujours à la recherche du bien-être de son bétail, aux aguets, à la poursuite des nuages… Ses campements sont invisibles, évanouis dans l’univers steppique des terres subsahariennes. Si la saison les y oblige, les éleveurs peuvent parcourir des distances énormes, changer de pays pour sauver leurs animaux. Comme tous les pasteurs, ils utilisent le sel fossile du désert pour accroître la vitalité de leurs bêtes.
Après avoir vécu auprès des éleveurs ouest-africains, nomades wodaabe, transhumants touaregs, chameliers maures, bergers aït atta du Haut-Atlas central marocain, Jean-Pierre Valentin a désiré arpenter d’autres horizons, pourtant voisins, en vue de suivre le transport et le commerce des dattes et du sel gemme.Il voulait vivre ces caravanes contemporaines de l’intérieur et, comme pour ses séjours au cœur des campements, s’y sentir en immersion.Si le désert lui a d’abord permis de s’éloigner de notre société matérielle aux repères flous, son immensité est vite devenue un lieu de quête, de recherche d’expériences constructives. Passé les premiers séjours par trop contemplatifs ou manichéens, le voyageur est devenu un « rat » de bibliothèque, un chineur toujours en appétit de découvertes inattendues. Comme souvent, si l’idéalisation est aisée – dans un monde de pasteurs simples où la vie est belle –, la réalité est douloureuse dès que s’estompe le voile – surtout quand l’univers abordé est en proie aux rébellions !Régulièrement, au cours de ses voyages, Jean-Pierre Valentin a croisé le chemin de files commerciales d’ânes ou de dromadaires. C’est en Mauritanie orientale que le contact s’opère plus directement. Là, il se souvient d’un crépuscule où, avec deux amis maures dans l’attente d’une caravane depuis des jours, il est tombé nez à nez avec une escouade du clan El-Taleb à la tête de trente-deux chameaux chargés d’amersâl, de la croûte de sel… Ces Sahariens, parfaitement à l’aise, évidemment à leur place dans leur milieu, étaient tout surpris de son excitation communicative ! C’est au Niger surtout qu’il a eu la chance d’accompagner des caravanes hauturières, au cœur de régions imposantes. Les itinéraires principaux sont connus, reste à rencontrer son madugu, son guide, à fixer un rendez-vous et à prendre la piste… Le défi en ce qui le concernait était de vivre la caravane touarègue, d’y prendre pleinement part, mais aussi de la filmer ! Quand on sait que la traversée est menée tambour battant, sans répit, de l’aurore à la nuit avancée, il faut alors l’imaginer, toujours préoccupé par le matériel, suer sang et eau pour devancer puis rattraper la colonne… de la haute voltige exténuante, atténuée par la participation de ses hôtes qui s’amusaient de cette suractivité chronique.Plus tard, avec les caravanes menées par les femmes touboues, dans les vallons de l’erg de Bilma, l’épreuve sera moins pénible, du fait principalement de journées de marche réduites. Les Toubous ne transportent pas de fourrage pour leurs bêtes, aussi chaque minuscule pâturage est-il l’occasion d’une halte, toujours pour le bien-être des chameaux.Jean-Pierre Valentin a pleinement vécu ces caravanes, cette expérience d’exception du désert, malgré la difficulté liée en particulier aux tournages, comme la récompense ultime de ses pérégrinations sahariennes.
Livre de l’intervenant en rapport avec cette conférence :Ténéré, Avec les caravaniers du Niger
En savoir davantage sur :Jean-Pierre Valentin
“Sahara - Sur la route des caravanes...
ICRA International - Actualités
Les 20 ans d’ICRA : “Sahara - Sur la route des caravanes...
Dans le cadre du festival des peuples premiers, Jean-Pierre Valentin présentera ses deux derniers documentaires : “Sahara - Sur la route des Caravanes..." le vendredi 19 septembre à 18 H 30.
Les 20 ans d’ICRA : “Sahara - Sur la route des caravanes...
Dans le cadre du festival des peuples premiers, Jean-Pierre Valentin présentera ses deux derniers documentaires : “Sahara - Sur la route des Caravanes..." le vendredi 19 septembre à 18 H 30.
10 sept. 2008
LE LAC TCHAD MENACÉ DE DISPARITION
LE LAC TCHAD MENACÉ DE DISPARITION
En 40 ans, cette réserve d’eau douce a perdu 80% de sa superficie. Les scientifiques tentent d’expliquer les causes de cet assèchement.Pour un grand nombre de personnes, l'assèchement du Lac Tchad est dû aux changements climatiques. Les tenants de cette thèse, relèvent qu’au cours des trois dernières décennies, les précipitations ont été très déficitaires dans la zone sahélienne. Dans le même temps, des chercheurs croient savoir qu’il s’agit d’un problème de surexploitation du lac. Le Pr Maurice Tsalefac de l’université de Yaoundé I, « la péjoration pluviométrique entraîne une raréfaction des ressources. Les populations sont alors obligées de migrer vers les zones humides où elles peuvent trouver de quoi vivre. »Pour lui, les deux facteurs (changement climatique en amont, et action de l’homme en aval) agissent ensemble. « Les changements climatiques dit-il, déclenchent des processus que l’homme accélère. » Le Pr Tsalefac appuie son argumentation sur les actions entreprises par les Etats et les populations qui multiplient des projets qui captent une bonne partie de l’eau qui alimente habituellement le lac. C’est ainsi que de 25 000 Km2 en 1963 le lac Tchad n’a plus que 2000 Km2 aujourd’hui.Luc Descroix, hydrologue et chercheur attribue la régression du lac Tchad à la baisse du débit de ses affluents. Il explique que les rivières provenant des régions tropicales humides (le Chari et le Logone) ou secondairement soudano-sahéliennes (Komadougou) ont connu une baisse des débits de leur cours. Cette baisse est liée à deux causes : d'une part la baisse de la pluviométrie entre 1968 et 1997 qui a entraîné des conséquences diverses: dans les zones de climats "soudanien" et "guinéen", cette baisse des débits a été accentuée à cause de la baisse des pluies. Une baisse de l'ordre de 10 à 20%, celle des débits de 20 à 75%. Luc Descroix fait aussi savoir que la diminution du Lac Tchad est due au fait que le débit des cours d'eau dans cette région est constitué par l'eau qui est en surplus dans les sols et les bassins versants. Les sols peuvent contenir une certaine quantité d'eau, ensuite elles débordent. Comme la quantité d'eau nécessaire à leur saturation varie peu dans le temps, une baisse de la pluviométrie ne modifie pas ou peu (sauf sur une longue durée) la quantité d'eau qui va se stocker dans le sol, par contre, elle va affecter la partie supplémentaire de celle qui aurait du ruisseler, donc des eaux de surface. Il y a donc eu dans cette région, presque 30 ans de sécheresse, qui a eu un impact négatif sur les réserves en eau du sol. Là où elles existaient (eau résiduelle, nappes perchées, etc), ces réserves ont été épuisées.La relative augmentation des débits depuis 1998 avec l’augmentation des pluies ne permet pas à la pluviométrie moyenne de rattraper son niveau d'avant 1963, et elle s'accompagne d'une augmentation de l'irrégularité interannuelle. Il y a donc en fait, une succession de bonnes et de mauvaises années.L'action de l’hommeDans le cas du bassin du Tchad, les périmètres irrigués de la basse vallée du Chari et du Logone , spécialisés la culture du coton, ont pu ponctionner, surtout en années déficitaires, de gros volumes d'eau de ces cours d'eau, mais cela n'a jamais atteint la démesure constatée, en Asie centrale ex-soviétique,par la catastrophe d e la mer d'Aral; une étudiante de Guillaume Favreau a fourni un croquis des débits du Chari avec et sans la ponction due à l'irrigation et il apparaît que cette ponction semble tout a fait raisonnable.Un recul dramatiqueLe lac Tchad est un grand lac peu profond d'Afrique (7mètres de profondeur) et dont les eaux sont douces. Son rôle économique est très important, car il fournit de l'eau à plus de 20 millions de personnes des quatre pays limitrophes : le Tchad,le Cameroun, le Niger et le Nigeria.Le principal apport en eau du lac Tchad vient du fleuve Chari et de son affluent Logone, tous deux issus des montagnes de la République centrafricaine. L’autre cours d’eau qui aurait constitué un apport important pour le lac est le Komadugu-Yobé, venant du Nigeria, mais le cours d’eau est aujourd’hui affaibli par la présence de deux barrages en amont.Le recul du lac dans les années 1970-80 n'a pas eu que des inconvénients. Les nouvelles terres émergées, encore humides, ont permis d'entreprendre des cultures très productives au sud du Tchad. Ces rives sont devenues un véritable potager pour Ndjamena car des agriculteurs y ont trouvé un terrain fertile pour la culture des fruits, légumes mais aussi céréales (riz, maïs...). L'agriculture de décrue fit vivre confortablement aujourd’hui près d’un demi-millier de Tchadiens.Mais il est important de signaler que ces cultures accentuent la réduction du lac, car plus l’agriculture est pratiquée sur ces berges, plus il y a des besoins en irrigation. Une étude sur le lac Tchad financée par la Nasa dans le cadre de son système d’observation de la Terre montre des variations importantes sur le lac et rend les spécialistes très pessimistes quant à l’avenir du lac. La seule issue reste aujourd’hui, la solution préconisée par le Commission du bassin du Lac Tchad qui regroupe les chefs d’Etat des pays limitrophes du Lac. Le projet d’envergure vise à transférer les eaux du fleuve Oubangui par un ‘’pipe line’’ pour renflouer le lac en eau. Un projet ambitieux qui tarde à démarrer alors le processus de disparition du lac s’accélère.Christophe Mvondo(Nouvelle Expression,Cameroun)
En 40 ans, cette réserve d’eau douce a perdu 80% de sa superficie. Les scientifiques tentent d’expliquer les causes de cet assèchement.Pour un grand nombre de personnes, l'assèchement du Lac Tchad est dû aux changements climatiques. Les tenants de cette thèse, relèvent qu’au cours des trois dernières décennies, les précipitations ont été très déficitaires dans la zone sahélienne. Dans le même temps, des chercheurs croient savoir qu’il s’agit d’un problème de surexploitation du lac. Le Pr Maurice Tsalefac de l’université de Yaoundé I, « la péjoration pluviométrique entraîne une raréfaction des ressources. Les populations sont alors obligées de migrer vers les zones humides où elles peuvent trouver de quoi vivre. »Pour lui, les deux facteurs (changement climatique en amont, et action de l’homme en aval) agissent ensemble. « Les changements climatiques dit-il, déclenchent des processus que l’homme accélère. » Le Pr Tsalefac appuie son argumentation sur les actions entreprises par les Etats et les populations qui multiplient des projets qui captent une bonne partie de l’eau qui alimente habituellement le lac. C’est ainsi que de 25 000 Km2 en 1963 le lac Tchad n’a plus que 2000 Km2 aujourd’hui.Luc Descroix, hydrologue et chercheur attribue la régression du lac Tchad à la baisse du débit de ses affluents. Il explique que les rivières provenant des régions tropicales humides (le Chari et le Logone) ou secondairement soudano-sahéliennes (Komadougou) ont connu une baisse des débits de leur cours. Cette baisse est liée à deux causes : d'une part la baisse de la pluviométrie entre 1968 et 1997 qui a entraîné des conséquences diverses: dans les zones de climats "soudanien" et "guinéen", cette baisse des débits a été accentuée à cause de la baisse des pluies. Une baisse de l'ordre de 10 à 20%, celle des débits de 20 à 75%. Luc Descroix fait aussi savoir que la diminution du Lac Tchad est due au fait que le débit des cours d'eau dans cette région est constitué par l'eau qui est en surplus dans les sols et les bassins versants. Les sols peuvent contenir une certaine quantité d'eau, ensuite elles débordent. Comme la quantité d'eau nécessaire à leur saturation varie peu dans le temps, une baisse de la pluviométrie ne modifie pas ou peu (sauf sur une longue durée) la quantité d'eau qui va se stocker dans le sol, par contre, elle va affecter la partie supplémentaire de celle qui aurait du ruisseler, donc des eaux de surface. Il y a donc eu dans cette région, presque 30 ans de sécheresse, qui a eu un impact négatif sur les réserves en eau du sol. Là où elles existaient (eau résiduelle, nappes perchées, etc), ces réserves ont été épuisées.La relative augmentation des débits depuis 1998 avec l’augmentation des pluies ne permet pas à la pluviométrie moyenne de rattraper son niveau d'avant 1963, et elle s'accompagne d'une augmentation de l'irrégularité interannuelle. Il y a donc en fait, une succession de bonnes et de mauvaises années.L'action de l’hommeDans le cas du bassin du Tchad, les périmètres irrigués de la basse vallée du Chari et du Logone , spécialisés la culture du coton, ont pu ponctionner, surtout en années déficitaires, de gros volumes d'eau de ces cours d'eau, mais cela n'a jamais atteint la démesure constatée, en Asie centrale ex-soviétique,par la catastrophe d e la mer d'Aral; une étudiante de Guillaume Favreau a fourni un croquis des débits du Chari avec et sans la ponction due à l'irrigation et il apparaît que cette ponction semble tout a fait raisonnable.Un recul dramatiqueLe lac Tchad est un grand lac peu profond d'Afrique (7mètres de profondeur) et dont les eaux sont douces. Son rôle économique est très important, car il fournit de l'eau à plus de 20 millions de personnes des quatre pays limitrophes : le Tchad,le Cameroun, le Niger et le Nigeria.Le principal apport en eau du lac Tchad vient du fleuve Chari et de son affluent Logone, tous deux issus des montagnes de la République centrafricaine. L’autre cours d’eau qui aurait constitué un apport important pour le lac est le Komadugu-Yobé, venant du Nigeria, mais le cours d’eau est aujourd’hui affaibli par la présence de deux barrages en amont.Le recul du lac dans les années 1970-80 n'a pas eu que des inconvénients. Les nouvelles terres émergées, encore humides, ont permis d'entreprendre des cultures très productives au sud du Tchad. Ces rives sont devenues un véritable potager pour Ndjamena car des agriculteurs y ont trouvé un terrain fertile pour la culture des fruits, légumes mais aussi céréales (riz, maïs...). L'agriculture de décrue fit vivre confortablement aujourd’hui près d’un demi-millier de Tchadiens.Mais il est important de signaler que ces cultures accentuent la réduction du lac, car plus l’agriculture est pratiquée sur ces berges, plus il y a des besoins en irrigation. Une étude sur le lac Tchad financée par la Nasa dans le cadre de son système d’observation de la Terre montre des variations importantes sur le lac et rend les spécialistes très pessimistes quant à l’avenir du lac. La seule issue reste aujourd’hui, la solution préconisée par le Commission du bassin du Lac Tchad qui regroupe les chefs d’Etat des pays limitrophes du Lac. Le projet d’envergure vise à transférer les eaux du fleuve Oubangui par un ‘’pipe line’’ pour renflouer le lac en eau. Un projet ambitieux qui tarde à démarrer alors le processus de disparition du lac s’accélère.Christophe Mvondo(Nouvelle Expression,Cameroun)
27 août 2008
21 août 2008
TENERE MUSEE
Directeur de l’Institut de recherches en sciences humaines (IRSH) de l’université de Niamey au Niger
Pour l'archéologue, que nous sommes, il y a un sentiment de bonheur d'aller vers la découverte d'un passé assez lointain [...], cette richesse du patrimoine culturel qui est cachée quelque part et que l'on va découvrir.
21/08/2008 par Donaig Le Du
écouter 05 min 37 sec
Pour l'archéologue, que nous sommes, il y a un sentiment de bonheur d'aller vers la découverte d'un passé assez lointain [...], cette richesse du patrimoine culturel qui est cachée quelque part et que l'on va découvrir.
21/08/2008 par Donaig Le Du
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30 juil. 2008
Fouilles archéologiques à Gao
Fouilles archéologiques à Gao (2) : DANS LES TRÉFONDS DE L’HISTOIRE DE LA CITE
l'Essor n°16229 du - 2008-06-30 08:00:00
Certaines découvertes des archéologues indiquent qu’au moins 7 générations d’habitants ont vécu à cet endroit
La grande butte de Sanèye située à 7 km de
l’actuelle ville de Gao a été habitée par les Sorkho venus de Koukia. Ceux-ci y ont développé une intense activité d’agriculture, de pêche, de commerce et surtout d’artisanat. Les traces de l’ensemble de ces activités sont encore perceptibles dans le dépôt archéologique. C’est d’ailleurs ce qui a attiré pendant un bon moment des pilleurs clandestins à la recherche de pièce de grande valeur monétaire. Cette exploitation à des fins lucratives a fait perdre pas mal d’indices pour les chercheurs qui tentent de rétablir l’histoire de notre pays. Le fléau, qui rappelle celui des togué du Delta intérieur et des tumulus du sud, est heureusement en voie d’être endigué grâce aux efforts conjugués du ministère de la Culture et de la municipalité de Gao qui ont engagé un gardien pour veiller constamment sur le site. “La présente campagne de fouille s’inscrit dans le cadre de la protection et de la sauvegarde du site”, explique le chercheur Mamadou Cissé.Malgré son importance, Sanèye n’a fait l’objet que de recherches sporadiques. Ces recherches commencèrent dans les années 1930 avec les administrateurs coloniaux et se poursuivirent dans les années 1970 avec Colin Flight du Centre d’étude ouest africaine de Birmingham (un archéologue anglais). Les fouilles ont été pratiquées sur le cimetière royal et la crête et ont montré la présence de nombreuses stèles avec épitaphes en arabe gravées en relief. Au milieu du site, il existe deux caveaux en briques cuites.Les premières fouilles remontent en 1931 avec «la mission saharienne des cargos du désert» de Bernard le Pontois sur la nécropole de Sanèye (Mauny, 1952). Les seules trouvailles sont : les perles de calcédoine, une perle de faïence, une torque de cuivre. Une découverte plus intéressante fut faite en août 1939 par M. Chambon, commandant de cercle, qui, remarquant un affleurement de brique cuite et un morceau de marbre blanc, s’aperçut qu’il y avait là une stèle funéraire avec inscription (une épitaphe coufique).Puis en février 1952, Raymond Mauny a effectué quelques sondages sur la butte de Gao Sanèye. Ces sondages livrèrent plusieurs poteries, dont un fragment émaillé qui, selon lui, est le plus important de l’âge médiéval ancien, retrouvé en Afrique occidentale française.
Du marbre originaire d’Andalousie. De nouvelles recherches furent entreprises par Colin Flight du Centre d’étude ouest africaine de Birmingham (Angleterre) avec des nationaux en 1972, 1974 et 1978 sur le cimetière royal. Colin Flight a relevé toutes les stèles affleurant au cimetière. La plupart ont été déchiffrées par J. Sauvaget, Viré et P. Farias. Certaines de ces stèles étudiées sont encore à Gao, deux stèles scellées au sommet de la mosquée, quelques unes à l’IFAN à Dakar, et d’autres à Bamako. La plupart de ces stèles sont en marbre originaire d’Andalousie. Les autres sont en schiste de facture locale. Plusieurs d’entre elles ont été transcrites. Elles nomment de simples personnes (hommes ou femmes), mais aussi des titres de rois, de reines et mentionnent des personnes appartenant à leur ascendance ( Mauny, 1961, Flight, 1978 et Paolo Farias, 1993). Elles constituent une précieuse source d’information sur la vie politique et culturelle de Gao entre les XIIè et XVè siècles. Contrairement à la nécropole, le stell a très peu attiré les archéologues. Ces fouilles initiales ont permis aussi de se rendre compte de l’importance du site. La butte couvre près de 30 hectares avec un dépôt archéologique de 7 mètres. Cela signifie qu’au moins 7 générations d’habitants ont vécu à cet endroit.C’est en 2001 que les premières fouilles archéologiques initiées par des archéologues maliens ont démarré dans cette partie de notre pays. Avec des moyens assez limités, les équipes envoyées sur place par la direction nationale du patrimoine culturel, ont implanté deux sondages sur le site. Le premier sondage d’une dimension de 3 m x 3, se situe sur le flanc nord-est de la butte et le second de 2 m x 3 se trouve implanté au centre du site. “Au total, 15 niveaux d’occupation ont été repérés dans le sondage”, explique Mamadou Cissé, chercheur à la DNPC. Pour ce qui est de la datation, l’échantillon de charbon prélevé est encore en train d’être analysé en laboratoire. Avant l’obtention de ces résultats, il y a eu des analyses sur la céramique, les ossements, les perles, les pierres travaillées (lithique), les pattes de verre, les fusaoïlles et les petites trouvailles comme les métaux, le fer, le cuivre.Les céramiques constituent le premier mobilier archéologique. Répandues en surface, elles indiquent la présence d’un dépôt archéologique. L’analyse rapide de ces poteries donne une datation relative, c’est-à-dire une fourchette d’âge.Le statut économique des habitants, les types d’animaux élevés, la religion pratiquée, les différents types de climat, les activités de production, sont autant de révélations faites par les trouvailles.
GAO, MÉTROPOLE DU COMMERCE TRANSSAHARIEN
l'Essor n°16249 du - 2008-07-28 08:00:00
En 2003-2004, une campagne de fouilles a révélé une série de murs colossaux construits en divers matériaux
Les recherches ont mis en évidence une ville commerciale et artisanale où prospérait la production, la transformation et la commercialisation du fer, du cuivre
Depuis la période coloniale, la ville de Gao a attiré l'attention de nombreux administrateurs comme Raymond Mauny. Des stèles épigraphiées en caractères arabes, trouvées sur le site du Tombeau des Askia auraient même été emportées par des voyageurs français au début du siècle dernier. Un peu plus loin de là de nombreux tessons ont fini par convaincre les archéologues maliens sur l'existence d'un site d'importance. Situé pratiquement en plein milieu de la ville, le site d'une maison construite par Kankou Moussa en 1324 de retour de son pèlerinage, fut identifié. Suite à de nombreux recoupements de documents. Des fouilles effectuées en 1993 par T. Insoll de l'Université de Cambridge sur le même site ont révélé la présence de structures de briques cuites associées à de nombreux objets exotiques importés, de nombreuses perles (en verre, en coralline ou en terre cuite), céramiques émaillées, objets en cuivre et attestant de la richesse de Gao, de son rôle de métropole du commerce transsaharien. En 2003-2004, une campagne de fouilles menée par la Direction nationale du patrimoine culturelle, l'Institut des sciences humaines et le Musée national d'ethnologie d'Osaka (Japon) sur le même site a révélé une série de murs colossaux construits en divers matériaux.Les résultats obtenus par suite de l’analyse de la culture matérielle des différents horizons des deux sondages et les dates obtenues lors de l’analyse à partir du Radiocarbone nous permettent de faire des interprétations suivantes de bas en haut sur les horizons stratigraphiques des deux sondages, explique Mamadou Cissé, actuellement thésard à Rice University des USA.L’évolution du matériel se caractérise avant tout par son homogénéité, indique-t-il. Des mêmes types de céramique et de décors se définissent du début jusqu’à la fin de la phase d’occupation. Le dynamisme urbain attesté par une diversité du matériel, qu’il soit de production locale (les formes de céramique et des perles en terre cuite, en os et en verre monochrome), ou d’importation (apparition des perles en verre polychromes, des fragments de récipients en verre).
Centre de prédilection du commerce. Les datations radiocarbones que nous avons obtenues, montrent que le site a été occupé du VIIè au XIè siècle. Gao était un grand centre urbain, point névralgique entre l’Afrique de l’ouest et le bassin méditerranéen. Cette position géographique se reflète vivement dans l’architecture ou on note une influence étrangère dans les modes de construction et les matériaux utilisés (présence de briques rectangulaires en terre crue ou cuite avec une dimension de 40cm x 20cm). L’aliment de base de ses habitants était le riz africain (oryza glaberrima) attesté par la présence d’une quantité considérable de grain de riz dans le Feature 5 associé au niveau 10 du sondage. Gao Sanèye était une ville commerciale et artisanale où on notait la coexistence de différentes cultures pour la production, la transformation et la commercialisation du fer, du cuivre d’une part et des perles de différentes sortes (os, terre cuite et verre). L’artisanat était très développé dans la cité de Gao Sanèye. Les artisans travaillaient beaucoup avec le fer et le cuivre et fabriquaient des objets divers (lame de houes ou haches, clous, pointes, etc.) Les éléments de parure comme les perles de toutes natures et de toutes les couleurs sont fabriquées sur place ou importés du Maghreb ou même d’Europe.Bien qu’on n’ait pas trouvé d’or au cours de la fouille, la présence des creusets dans le sondage GS1 prouve que l’or était façonné par les artisans de la zone. Ces creusets pouvaient servir aussi à la fabrication de perles en verre et des objets en cuivre. Gao Sanèye à l’époque était un centre de prédilection du commerce transsaharien. Ibn Sa’id’s a dressé une carte de la circulation des réservoirs de l’or vers la fin du premier millénaire. L’or était transporté des réservoirs de mine du Bourré et du Bamkouk situés entre la Falémé au nord sur le Sénégal et le Bagoe à l’est et Tinkisso au sud sur le fleuve Niger, à la Méditerranée en passant par Gao. Vers la fin du premier millénaire, la route principale partait de Taher à Gao en passant par Wargla et Tadmekka (Adrar des Iforas). A cette époque, on peut dire que Gao Sanèye est la Sarna d’Al-Mouhallabi (996) et la résidence du Kanda signalée par El-Bekri (1068).Pour une meilleure compréhension du site, il serait important d’approfondir les recherches sur le site et ses alentours afin de voir les relations réelles existantes entre la butte et le cimetière royal. Ce nécropole, situé à environ 500 m au nord-est de la butte, présente des stèles royales qui datent du XIIè siècle. Selon la tradition orale, la ville fut la résidence royale pendant tout le XIIè siècle, comme le prouve la découverte de la nécropole, et le reste probablement (sans qu’on puisse l’affirmer) jusqu'à la soumission du Songhaï au Mali.
Y. DOUMBIA
l'Essor n°16229 du - 2008-06-30 08:00:00
Certaines découvertes des archéologues indiquent qu’au moins 7 générations d’habitants ont vécu à cet endroit
La grande butte de Sanèye située à 7 km de
l’actuelle ville de Gao a été habitée par les Sorkho venus de Koukia. Ceux-ci y ont développé une intense activité d’agriculture, de pêche, de commerce et surtout d’artisanat. Les traces de l’ensemble de ces activités sont encore perceptibles dans le dépôt archéologique. C’est d’ailleurs ce qui a attiré pendant un bon moment des pilleurs clandestins à la recherche de pièce de grande valeur monétaire. Cette exploitation à des fins lucratives a fait perdre pas mal d’indices pour les chercheurs qui tentent de rétablir l’histoire de notre pays. Le fléau, qui rappelle celui des togué du Delta intérieur et des tumulus du sud, est heureusement en voie d’être endigué grâce aux efforts conjugués du ministère de la Culture et de la municipalité de Gao qui ont engagé un gardien pour veiller constamment sur le site. “La présente campagne de fouille s’inscrit dans le cadre de la protection et de la sauvegarde du site”, explique le chercheur Mamadou Cissé.Malgré son importance, Sanèye n’a fait l’objet que de recherches sporadiques. Ces recherches commencèrent dans les années 1930 avec les administrateurs coloniaux et se poursuivirent dans les années 1970 avec Colin Flight du Centre d’étude ouest africaine de Birmingham (un archéologue anglais). Les fouilles ont été pratiquées sur le cimetière royal et la crête et ont montré la présence de nombreuses stèles avec épitaphes en arabe gravées en relief. Au milieu du site, il existe deux caveaux en briques cuites.Les premières fouilles remontent en 1931 avec «la mission saharienne des cargos du désert» de Bernard le Pontois sur la nécropole de Sanèye (Mauny, 1952). Les seules trouvailles sont : les perles de calcédoine, une perle de faïence, une torque de cuivre. Une découverte plus intéressante fut faite en août 1939 par M. Chambon, commandant de cercle, qui, remarquant un affleurement de brique cuite et un morceau de marbre blanc, s’aperçut qu’il y avait là une stèle funéraire avec inscription (une épitaphe coufique).Puis en février 1952, Raymond Mauny a effectué quelques sondages sur la butte de Gao Sanèye. Ces sondages livrèrent plusieurs poteries, dont un fragment émaillé qui, selon lui, est le plus important de l’âge médiéval ancien, retrouvé en Afrique occidentale française.Du marbre originaire d’Andalousie. De nouvelles recherches furent entreprises par Colin Flight du Centre d’étude ouest africaine de Birmingham (Angleterre) avec des nationaux en 1972, 1974 et 1978 sur le cimetière royal. Colin Flight a relevé toutes les stèles affleurant au cimetière. La plupart ont été déchiffrées par J. Sauvaget, Viré et P. Farias. Certaines de ces stèles étudiées sont encore à Gao, deux stèles scellées au sommet de la mosquée, quelques unes à l’IFAN à Dakar, et d’autres à Bamako. La plupart de ces stèles sont en marbre originaire d’Andalousie. Les autres sont en schiste de facture locale. Plusieurs d’entre elles ont été transcrites. Elles nomment de simples personnes (hommes ou femmes), mais aussi des titres de rois, de reines et mentionnent des personnes appartenant à leur ascendance ( Mauny, 1961, Flight, 1978 et Paolo Farias, 1993). Elles constituent une précieuse source d’information sur la vie politique et culturelle de Gao entre les XIIè et XVè siècles. Contrairement à la nécropole, le stell a très peu attiré les archéologues. Ces fouilles initiales ont permis aussi de se rendre compte de l’importance du site. La butte couvre près de 30 hectares avec un dépôt archéologique de 7 mètres. Cela signifie qu’au moins 7 générations d’habitants ont vécu à cet endroit.C’est en 2001 que les premières fouilles archéologiques initiées par des archéologues maliens ont démarré dans cette partie de notre pays. Avec des moyens assez limités, les équipes envoyées sur place par la direction nationale du patrimoine culturel, ont implanté deux sondages sur le site. Le premier sondage d’une dimension de 3 m x 3, se situe sur le flanc nord-est de la butte et le second de 2 m x 3 se trouve implanté au centre du site. “Au total, 15 niveaux d’occupation ont été repérés dans le sondage”, explique Mamadou Cissé, chercheur à la DNPC. Pour ce qui est de la datation, l’échantillon de charbon prélevé est encore en train d’être analysé en laboratoire. Avant l’obtention de ces résultats, il y a eu des analyses sur la céramique, les ossements, les perles, les pierres travaillées (lithique), les pattes de verre, les fusaoïlles et les petites trouvailles comme les métaux, le fer, le cuivre.Les céramiques constituent le premier mobilier archéologique. Répandues en surface, elles indiquent la présence d’un dépôt archéologique. L’analyse rapide de ces poteries donne une datation relative, c’est-à-dire une fourchette d’âge.Le statut économique des habitants, les types d’animaux élevés, la religion pratiquée, les différents types de climat, les activités de production, sont autant de révélations faites par les trouvailles.
GAO, MÉTROPOLE DU COMMERCE TRANSSAHARIEN
l'Essor n°16249 du - 2008-07-28 08:00:00
En 2003-2004, une campagne de fouilles a révélé une série de murs colossaux construits en divers matériaux
Les recherches ont mis en évidence une ville commerciale et artisanale où prospérait la production, la transformation et la commercialisation du fer, du cuivre
Depuis la période coloniale, la ville de Gao a attiré l'attention de nombreux administrateurs comme Raymond Mauny. Des stèles épigraphiées en caractères arabes, trouvées sur le site du Tombeau des Askia auraient même été emportées par des voyageurs français au début du siècle dernier. Un peu plus loin de là de nombreux tessons ont fini par convaincre les archéologues maliens sur l'existence d'un site d'importance. Situé pratiquement en plein milieu de la ville, le site d'une maison construite par Kankou Moussa en 1324 de retour de son pèlerinage, fut identifié. Suite à de nombreux recoupements de documents. Des fouilles effectuées en 1993 par T. Insoll de l'Université de Cambridge sur le même site ont révélé la présence de structures de briques cuites associées à de nombreux objets exotiques importés, de nombreuses perles (en verre, en coralline ou en terre cuite), céramiques émaillées, objets en cuivre et attestant de la richesse de Gao, de son rôle de métropole du commerce transsaharien. En 2003-2004, une campagne de fouilles menée par la Direction nationale du patrimoine culturelle, l'Institut des sciences humaines et le Musée national d'ethnologie d'Osaka (Japon) sur le même site a révélé une série de murs colossaux construits en divers matériaux.Les résultats obtenus par suite de l’analyse de la culture matérielle des différents horizons des deux sondages et les dates obtenues lors de l’analyse à partir du Radiocarbone nous permettent de faire des interprétations suivantes de bas en haut sur les horizons stratigraphiques des deux sondages, explique Mamadou Cissé, actuellement thésard à Rice University des USA.L’évolution du matériel se caractérise avant tout par son homogénéité, indique-t-il. Des mêmes types de céramique et de décors se définissent du début jusqu’à la fin de la phase d’occupation. Le dynamisme urbain attesté par une diversité du matériel, qu’il soit de production locale (les formes de céramique et des perles en terre cuite, en os et en verre monochrome), ou d’importation (apparition des perles en verre polychromes, des fragments de récipients en verre).
Centre de prédilection du commerce. Les datations radiocarbones que nous avons obtenues, montrent que le site a été occupé du VIIè au XIè siècle. Gao était un grand centre urbain, point névralgique entre l’Afrique de l’ouest et le bassin méditerranéen. Cette position géographique se reflète vivement dans l’architecture ou on note une influence étrangère dans les modes de construction et les matériaux utilisés (présence de briques rectangulaires en terre crue ou cuite avec une dimension de 40cm x 20cm). L’aliment de base de ses habitants était le riz africain (oryza glaberrima) attesté par la présence d’une quantité considérable de grain de riz dans le Feature 5 associé au niveau 10 du sondage. Gao Sanèye était une ville commerciale et artisanale où on notait la coexistence de différentes cultures pour la production, la transformation et la commercialisation du fer, du cuivre d’une part et des perles de différentes sortes (os, terre cuite et verre). L’artisanat était très développé dans la cité de Gao Sanèye. Les artisans travaillaient beaucoup avec le fer et le cuivre et fabriquaient des objets divers (lame de houes ou haches, clous, pointes, etc.) Les éléments de parure comme les perles de toutes natures et de toutes les couleurs sont fabriquées sur place ou importés du Maghreb ou même d’Europe.Bien qu’on n’ait pas trouvé d’or au cours de la fouille, la présence des creusets dans le sondage GS1 prouve que l’or était façonné par les artisans de la zone. Ces creusets pouvaient servir aussi à la fabrication de perles en verre et des objets en cuivre. Gao Sanèye à l’époque était un centre de prédilection du commerce transsaharien. Ibn Sa’id’s a dressé une carte de la circulation des réservoirs de l’or vers la fin du premier millénaire. L’or était transporté des réservoirs de mine du Bourré et du Bamkouk situés entre la Falémé au nord sur le Sénégal et le Bagoe à l’est et Tinkisso au sud sur le fleuve Niger, à la Méditerranée en passant par Gao. Vers la fin du premier millénaire, la route principale partait de Taher à Gao en passant par Wargla et Tadmekka (Adrar des Iforas). A cette époque, on peut dire que Gao Sanèye est la Sarna d’Al-Mouhallabi (996) et la résidence du Kanda signalée par El-Bekri (1068).Pour une meilleure compréhension du site, il serait important d’approfondir les recherches sur le site et ses alentours afin de voir les relations réelles existantes entre la butte et le cimetière royal. Ce nécropole, situé à environ 500 m au nord-est de la butte, présente des stèles royales qui datent du XIIè siècle. Selon la tradition orale, la ville fut la résidence royale pendant tout le XIIè siècle, comme le prouve la découverte de la nécropole, et le reste probablement (sans qu’on puisse l’affirmer) jusqu'à la soumission du Songhaï au Mali.
Y. DOUMBIA
16 juil. 2008
MALI: L’esclavage, toujours d’actualité dans le nord
MALI: L’esclavage, toujours d’actualité dans le nord
GAO, 15 juillet 2008 (IRIN) - Si bon nombre de personnes pensent que l’esclavage n’existe plus au Mali, cette pratique est pourtant toujours observée dans le nord du pays, selon l’association malienne de défense des droits humains Temedt. « Le gouvernement pense que l’esclavage a été aboli avec l’indépendance : à l’époque, un grand nombre de gens, qui vivaient comme des esclaves sous le régime colonial, avaient été libérés », a déclaré Mohammed Ag Akeratane, le président de Temedt. « Mais je dirais que
plusieurs milliers de personnes sont encore tenues en esclavage ou vivent dans des conditions proches de l’esclavage dans le Mali d’aujourd’hui ». Selon Temedt (« solidarité », en Tamasheq, la langue des Touaregs), l’esclavage est encore pratiqué dans le nord, dans la région de Gao, à 1 200 kilomètres au nord de Bamako, la capitale, et aux alentours de Menaka, une ville située à 1 500 kilomètres au nord de Bamako. La plupart des cas d’esclavage concernent des Touaregs d’origine berbère et des Bellas, un peuple indigène qui vit dans cette région, bien que les communautés peules et songhaï soient connues pour avoir elles aussi pratiqué l’esclavage dans le passé, selon Temedt. Iddar Ag Ogazide, un Bella, a raconté qu’il avait été tenu en esclavage pendant 35 ans par les Ag Baye, une famille touareg pour laquelle il travaillait sans percevoir de salaire ni recevoir d’éducation, à Ansongo, à 80 kilomètres au sud de Gao. Les Ag Baye avaient acheté son arrière-grand-mère et hérité des membres de sa famille, une génération après l’autre. Finalement, en mars 2008, Iddar, qui ne pouvait plus supporter cette situation, a imaginé un plan d’évasion, qu’il a exécuté avec succès ; aujourd’hui, il vit à Gao. « La vie était dure, là-bas. Tout ce que je faisais, je le faisais contre mon gré. Je faisais toute la cuisine, je pilais [le millet], j’allais chercher l’eau, le bois et je balayais la maison. Je ne recevais jamais d’argent ; on ne me donnait même pas d’habits », a confié à IRIN Takwalet, la femme d’Iddar, qui s’est échappée avec lui. Des définitions obscures Mais les débats sur l’esclavage sont complexes au Mali, où bon nombre de personnes affirment que cette pratique n’a plus cours. Selon plusieurs habitants de Gao, certaines personnes restent en effet avec leurs « maîtres » pour des raisons avant tout économiques. Aujourd’hui, les Bellas sont largement intégrés à la culture touareg : ils ont des traditions culturelles semblables et parlent la même langue (le Tamasheq), et un grand nombre d’entre eux sont connus sous le nom de
Tamasheqs noirs. Les maîtres touaregs et le peuple bella vivent dans un système de castes complexe depuis de nombreuses décennies et d’aucuns disent que cette relation de pouvoir n’a guère changé : les biens et le bétail des populations du nord restent, en bonne partie, aux mains des Touaregs. À Menaka et Ansongo, deux villes isolées, la vie est dure et les opportunités d’emploi et autres possibilités économiques sont rares. « Les conditions sont difficiles dans le nord, mais les Bellas sont libres de quitter leurs maîtres s’ils le souhaitent », selon une source anonyme du département de l’Administration territoriale, un organe du gouvernement malien. « Il n’y a pas d’obligation, pas d’esclavage officiel ». Cela signifierait donc que certains Bellas ne se sentent pas capables de voler de leurs propres ailes et de renoncer à la protection de leur riche maître, qui les nourrit mais ne les rémunère pas : « si des gens déclaraient ouvertement qu’ils étaient esclaves, bien sûr, l’Etat ferait quelque chose », a affirmé la source. Mais pour Anti-Slavery International, une association londonienne de défense des droits humains qui soutient les efforts de Temedt, la situation est plus claire que cela.
« Comme ses parents avant lui, Iddar est né esclave, un statut qui lui a été attribué à la naissance, et [il] a grandi sous le contrôle absolu d’un maître qui le faisait travailler sans rémunération », a indiqué Romana Cacchioli, responsable de programmes Afrique à Anti-Slavery International. « D’après moi, l’histoire d’Iddar est un cas d’esclavage manifeste ». Un cadre juridique flou On ne sait pas précisément ce que pourrait faire l’Etat dans des cas comme celui d’Iddar, le Mali n’ayant pas officiellement adopté de loi contre l’esclavage. Bien que la Constitution malienne stipule que les hommes sont tous égaux, et même si le pays a signé les principales conventions internationales contre l’esclavage, dont la Déclaration universelle des droits de l’Homme, officiellement la pratique n’a jamais été interdite par la loi au Mali ; il est donc difficile de chercher à obtenir réparation auprès des tribunaux dans des cas comme celui d’Iddar Ag Ogazide. Temedt a néanmoins demandé à un avocat de travailler avec Iddar et une autre esclave évadée de Gao. « Nous voudrions voir s’ils peuvent engager des procédures devant les tribunaux pour obtenir des indemnités », a expliqué M. Akeratane de Temedt. Temedt envisage également la possibilité d’engager des poursuites pour enlèvement d’enfant, au nom du fils d’Iddar. « Il est difficile de monter un dossier pour Iddar ; cela montre bien qu’il est nécessaire d’adopter une loi contre l’esclavage au Mali », a estimé Romana Cacchioli d’Anti-Slavery International. Interrogé en avril par le journal malien La Nouvelle République, M. Akeratane a toutefois déclaré qu’à l’heure actuelle, un grand nombre d’affaires en instance n’allaient nulle part, une situation qui crée un précédent peu prometteur pour les futurs anciens esclaves qui souhaiteront faire appel à la justice. Évolution des attitudes L’un des principaux objectifs de Temedt est d’instiller aux anciens esclaves une certaine fierté de leur identité ethnique et culturelle, ce qui les aidera à revendiquer l’égalité de droits, espère M. Akeratane. L’organisation dirige des séances de sensibilisation aux droits humains pour les groupes vulnérables à l’esclavage, afin de leur expliquer qu’ils ne sont pas tenus d’accepter la tradition. L’organisation bénéficie d’un soutien croissant. Lancée il y a à peine plus de deux ans, elle compte aujourd’hui 18 000 membres dans huit régions du pays. Elle a également commencé à travailler avec différents organismes de lutte contre l’esclavage au-delà des frontières nigérienne et mauritanienne. D’après M. Akeratane, la question délicate de l’esclavage, qui continue d’être pratiqué, est ainsi abordée de front pour la première fois dans le pays. Le président de Temedt a bon espoir que les attitudes évolueront et que l’esclavage sera un jour éradiqué au Mali. Gamer Dicko, journaliste à Bamako, issu d’une famille tamasheq noire, abonde dans ce sens. « Aujourd’hui, les choses changent, mais très lentement », a-t-il indiqué. « Certains Tamasheqs noirs disent OK, nos pères étaient esclaves, mais pas nous. Ils sont fiers de leur habit et de parler leur propre langue ». IRIN Service Français Afrique de l'ouest Mali
ch/aj/cb/nh/ail
Thèmes: (IRIN) Economy, (IRIN) Governance, (IRIN) Human Rights
GAO, 15 juillet 2008 (IRIN) - Si bon nombre de personnes pensent que l’esclavage n’existe plus au Mali, cette pratique est pourtant toujours observée dans le nord du pays, selon l’association malienne de défense des droits humains Temedt. « Le gouvernement pense que l’esclavage a été aboli avec l’indépendance : à l’époque, un grand nombre de gens, qui vivaient comme des esclaves sous le régime colonial, avaient été libérés », a déclaré Mohammed Ag Akeratane, le président de Temedt. « Mais je dirais que
plusieurs milliers de personnes sont encore tenues en esclavage ou vivent dans des conditions proches de l’esclavage dans le Mali d’aujourd’hui ». Selon Temedt (« solidarité », en Tamasheq, la langue des Touaregs), l’esclavage est encore pratiqué dans le nord, dans la région de Gao, à 1 200 kilomètres au nord de Bamako, la capitale, et aux alentours de Menaka, une ville située à 1 500 kilomètres au nord de Bamako. La plupart des cas d’esclavage concernent des Touaregs d’origine berbère et des Bellas, un peuple indigène qui vit dans cette région, bien que les communautés peules et songhaï soient connues pour avoir elles aussi pratiqué l’esclavage dans le passé, selon Temedt. Iddar Ag Ogazide, un Bella, a raconté qu’il avait été tenu en esclavage pendant 35 ans par les Ag Baye, une famille touareg pour laquelle il travaillait sans percevoir de salaire ni recevoir d’éducation, à Ansongo, à 80 kilomètres au sud de Gao. Les Ag Baye avaient acheté son arrière-grand-mère et hérité des membres de sa famille, une génération après l’autre. Finalement, en mars 2008, Iddar, qui ne pouvait plus supporter cette situation, a imaginé un plan d’évasion, qu’il a exécuté avec succès ; aujourd’hui, il vit à Gao. « La vie était dure, là-bas. Tout ce que je faisais, je le faisais contre mon gré. Je faisais toute la cuisine, je pilais [le millet], j’allais chercher l’eau, le bois et je balayais la maison. Je ne recevais jamais d’argent ; on ne me donnait même pas d’habits », a confié à IRIN Takwalet, la femme d’Iddar, qui s’est échappée avec lui. Des définitions obscures Mais les débats sur l’esclavage sont complexes au Mali, où bon nombre de personnes affirment que cette pratique n’a plus cours. Selon plusieurs habitants de Gao, certaines personnes restent en effet avec leurs « maîtres » pour des raisons avant tout économiques. Aujourd’hui, les Bellas sont largement intégrés à la culture touareg : ils ont des traditions culturelles semblables et parlent la même langue (le Tamasheq), et un grand nombre d’entre eux sont connus sous le nom de
Tamasheqs noirs. Les maîtres touaregs et le peuple bella vivent dans un système de castes complexe depuis de nombreuses décennies et d’aucuns disent que cette relation de pouvoir n’a guère changé : les biens et le bétail des populations du nord restent, en bonne partie, aux mains des Touaregs. À Menaka et Ansongo, deux villes isolées, la vie est dure et les opportunités d’emploi et autres possibilités économiques sont rares. « Les conditions sont difficiles dans le nord, mais les Bellas sont libres de quitter leurs maîtres s’ils le souhaitent », selon une source anonyme du département de l’Administration territoriale, un organe du gouvernement malien. « Il n’y a pas d’obligation, pas d’esclavage officiel ». Cela signifierait donc que certains Bellas ne se sentent pas capables de voler de leurs propres ailes et de renoncer à la protection de leur riche maître, qui les nourrit mais ne les rémunère pas : « si des gens déclaraient ouvertement qu’ils étaient esclaves, bien sûr, l’Etat ferait quelque chose », a affirmé la source. Mais pour Anti-Slavery International, une association londonienne de défense des droits humains qui soutient les efforts de Temedt, la situation est plus claire que cela.« Comme ses parents avant lui, Iddar est né esclave, un statut qui lui a été attribué à la naissance, et [il] a grandi sous le contrôle absolu d’un maître qui le faisait travailler sans rémunération », a indiqué Romana Cacchioli, responsable de programmes Afrique à Anti-Slavery International. « D’après moi, l’histoire d’Iddar est un cas d’esclavage manifeste ». Un cadre juridique flou On ne sait pas précisément ce que pourrait faire l’Etat dans des cas comme celui d’Iddar, le Mali n’ayant pas officiellement adopté de loi contre l’esclavage. Bien que la Constitution malienne stipule que les hommes sont tous égaux, et même si le pays a signé les principales conventions internationales contre l’esclavage, dont la Déclaration universelle des droits de l’Homme, officiellement la pratique n’a jamais été interdite par la loi au Mali ; il est donc difficile de chercher à obtenir réparation auprès des tribunaux dans des cas comme celui d’Iddar Ag Ogazide. Temedt a néanmoins demandé à un avocat de travailler avec Iddar et une autre esclave évadée de Gao. « Nous voudrions voir s’ils peuvent engager des procédures devant les tribunaux pour obtenir des indemnités », a expliqué M. Akeratane de Temedt. Temedt envisage également la possibilité d’engager des poursuites pour enlèvement d’enfant, au nom du fils d’Iddar. « Il est difficile de monter un dossier pour Iddar ; cela montre bien qu’il est nécessaire d’adopter une loi contre l’esclavage au Mali », a estimé Romana Cacchioli d’Anti-Slavery International. Interrogé en avril par le journal malien La Nouvelle République, M. Akeratane a toutefois déclaré qu’à l’heure actuelle, un grand nombre d’affaires en instance n’allaient nulle part, une situation qui crée un précédent peu prometteur pour les futurs anciens esclaves qui souhaiteront faire appel à la justice. Évolution des attitudes L’un des principaux objectifs de Temedt est d’instiller aux anciens esclaves une certaine fierté de leur identité ethnique et culturelle, ce qui les aidera à revendiquer l’égalité de droits, espère M. Akeratane. L’organisation dirige des séances de sensibilisation aux droits humains pour les groupes vulnérables à l’esclavage, afin de leur expliquer qu’ils ne sont pas tenus d’accepter la tradition. L’organisation bénéficie d’un soutien croissant. Lancée il y a à peine plus de deux ans, elle compte aujourd’hui 18 000 membres dans huit régions du pays. Elle a également commencé à travailler avec différents organismes de lutte contre l’esclavage au-delà des frontières nigérienne et mauritanienne. D’après M. Akeratane, la question délicate de l’esclavage, qui continue d’être pratiqué, est ainsi abordée de front pour la première fois dans le pays. Le président de Temedt a bon espoir que les attitudes évolueront et que l’esclavage sera un jour éradiqué au Mali. Gamer Dicko, journaliste à Bamako, issu d’une famille tamasheq noire, abonde dans ce sens. « Aujourd’hui, les choses changent, mais très lentement », a-t-il indiqué. « Certains Tamasheqs noirs disent OK, nos pères étaient esclaves, mais pas nous. Ils sont fiers de leur habit et de parler leur propre langue ». IRIN Service Français Afrique de l'ouest Mali
ch/aj/cb/nh/ail
Thèmes: (IRIN) Economy, (IRIN) Governance, (IRIN) Human Rights
27 juin 2008
La passion du désert.
Grands Reporters - La passion du désert.
Mauritanie-Niger-Egypte... La traversée de l’Atlantique à la Mer Rouge
La passion du désert.
Il est le dernier refuge de l’absolu silence. Depuis des millénaires, le vent y efface les pas des caravanes qui le traversent. Même ceux qui y vivent ne peuvent se vanter de l’avoir tout à fait apprivoisé. Aujourd’hui, il a de plus en plus d’amoureux qui vont y chercher une beauté inconnue et une part d’eux-mêmes que la civilisation avait occultée. « Le désert ponce les âmes », écrivait Théodore Monod. Des vagues de l’Atlantique à celles de la mer Rouge, des dunes blanches en roches noires, Jean-Paul Mari a traversé, en sept étapes, le plus grande immensité désertique du monde
1. Banc d’Arguin : quand la vague devient dune Mauritanie Elles arrivent du grand large, venues d’un autre continent, lourdes, puissantes mais harassées, leurs lèvres ourlées d’écume salée, après le prodigieux effort de cette course à travers l’océan. Quand les vagues de l’Atlantique se posent enfin sur la plage, elles pétillent de plaisir en déversant leur eau profonde, bleue, glaciale, et le sable du désert de Mauritanie en frémit. Un instant, tout paraît s’arrêter là avec ces vagues qui viennent mourir au flanc brûlant de l’Afrique. On file à toute allure le long de la plage à marée basse, sur l’axe qui relie Nouakchott à Nouadhibou en évitant l’intérieur des terres aux pistes molles et voraces. Surtout ne pas tomber dans le piège de la sebkha, une croûte de terre apparemment dure qui cache la fange des marais salés, d’où l’eau visqueuse jaillit au passage des roues avant de vous engluer comme un insecte. Autant rouler vite et léger au bord de la plage, en évitant l’avancée des vagues, le bras tendu à la portière, le nez au vent, saoulé d’iode, d’air et de lumière. Le 4x4 fait lever des nuages de centaines de cormorans qui décollent sous les roues et auréolent la cabine du blanc du dessous de leurs ailes. Ici, dans les vasiers gris-vert qui entourent les îles du Banc d’Arguin, viennent se reposer les grands migrateurs, les colonies de flamants roses, le héron cendré, le pélican blanc, l’aigrette dimorphe, la spatule blanche, le sterne royal et le goéland railleur. Ici, la mer est riche et les Bédouins de la tribu des Imraguen ont fait alliance avec les grands dauphins pour mieux piéger les immenses bancs de mulets. Quand les hommes s’avancent dans l’eau en frappant les vagues avec leurs bâtons, les cétacés rabattent aussitôt le poisson vers la côte. Les Imraguen tendent leurs filets, les dauphins fouillent dans les vagues, engloutissent les mulets qui cherchent à s’enfuir et la pêche est toujours miraculeuse. On roule de plus en plus vite pour échapper à la marée haute, en croisant les dizaines d’épaves de cargos échoués qui ponctuent la côte, coque rouillée, crevée, plantée dans le sable, la proue tournée vers le désert, momifiées dans un ultime essai d’abordage. Devenus malgré eux phares, balises ou sentinelles éternelles, leurs bras décharnés de ferraille rongés par le sel, les grands navires fantômes ont toujours l’air de vouloir appareiller. Comme cette frégate qui a cherché à doubler le cap Blanc en marchant trop longtemps vers le sud, là où les fonds remontent, avant de talonner un banc de sable. C’était il y a cent quatre-vingt-cinq ans, la mer en juillet était mauvaise et le radeau surchargé. A bord, il y avait 147 rescapés, des vagues jusqu’à mi-cuisse, peu d’eau et pas mal de vin. Les survivants se sont battus, ont jeté les plus faibles à la mer, mélangé leur urine à l’alcool et fait sécher de la chair humaine sur les cordages. Treize jours plus tard, quand le brick l’« Argus » venu du Sénégal a retrouvé le radeau de la « Méduse », ils n’étaient plus qu’une quinzaine d’hallucinés accrochés à une épave maudite, dont Géricault le scandaleux fera un tableau magnifique. Eux aussi avaient confondu l’eau et le sable. Je regarde la grève aussi sombre qu’un fond marin, la plage qui se ramasse et monte en pente douce, ce début de dune arrondie comme une nouvelle contraction de l’onde, la masse de sable venue de la mer qui s’éclaircit, enfle, se gonfle pour reprendre sa forme originelle. A observer la mer derrière et la cavalcade des dunes devant soi, on comprend que les vagues ne font que continuer leur chemin. Tout roule, avance, ondule, se transmet dans le même mouvement. Simplement, la goutte d’eau est devenue grain, l’eau s’est transformée en sable, l’écume blanche en poussière de coquillages, la vague en dune, la mer en désert. On grimpe au sommet de la plus grande butte, là où commence l’erg de l’Akchâr, son sable si fin, crémeux, ocre rose poudré d’or. Il suffit de plonger la main au creux de la dune et de l’élever. On ouvre les doigts et il pleut du sable, de l’eau, du temps. Devant, le désert déroule ses dunes une à une, comme une invitation. Jusqu’où vont-elles ? Pour le savoir, il suffit de les suivre. Plein est.
2. Un érudit sous la tente, l’addax et les Nemadis Mauritanie Ensablé, bien sûr, la pelle à la main. La piste est rouge tendre, le sable si mou et on se laisse facilement prendre par ce corps-à-corps langoureux avec les dunes. Mohamed Ould Mouloud vit tout près, à une quinzaine de kilomètres de la route qui mène à Tijikja, abritée par une volée de dunes. Le voilà, droit à 75 ans, mèche blanche sur un grand front, le cristallin brûlé par trop de soleil, en chèche noir et gallabiah blanche, les pieds nus mais un pull de laine malgré une température de 30 degrés. Autrefois préfet de Néma, il a préféré se retirer sous cette tente où il offre une calebasse de srig frais, le lait de chamelle, aussi doux que du lait de coco. Il écrit ici des livres à l’imparfait du subjonctif sur « l’Arabie avant l’islam » ou « la Mauritanie avant la colonisation française », déchiffre les manuscrits anciens, étudie la littérature iranienne, parle le persan et s’excuse de ces « simples curiosités d’amateur ». Au fond de sa tente, un trésor, de grosses malles en acier, empilées et cadenassées, bourrées d’une tonne et demie de livres : « Ma petite bibliothèque du désert. » On se prend à rêver de fouiller ces malles où repose une partie de l’histoire de ces dunes, de leurs animaux mythiques et de leurs tribus perdues. Comme l’addax et les Nemadis qui hantent toujours les conversations des Maures. L’addax, la grande antilope du désert, haut de 1,50 mètre au garrot, avec de longues cornes effilées en forme de lyre, farouche, quasiment invisible, doté de larges sabots qui lui permettent de galoper au sommet des dunes les plus molles. Doté d’un métabolisme unique, il peut ne boire qu’une seule fois par an, se contente d’herbes sèches, trouve ses pâturages en suivant les éclairs lointains des orages, laisse sa température corporelle grimper sans dommage jusqu’à 42 degrés et rejette une urine si concentrée qu’elle solidifie le sable. On le recherche pour sa viande et parce qu’on croit que sa peau éloigne les reptiles depuis que des chasseurs ont retrouvé des serpents dans son estomac. Les chasseurs, ce sont les Nemadis, une espèce d’humains à part, une secte, une tribu, une caste, mi-parias, mi-gitans des sables, qui s’habillent d’une courte tunique bleue et dorment dans des anfractuosités de rocher. On ne naît pas nemadi, on le devient, on les rejoint comme on quitte le monde des humains. Ils sont respectés, craints, méprisés. Et leurs seuls compagnons sont les chiens de leur meute, les sloughis, qui les aident à traquer l’addax, à le pousser au fond des vallées où sont tendus des filets. Entre le Nemadi et ses chiens, la relation est mystique. Chaque meute est hiérarchisée, chaque chien a un nom, chacun a un rôle. Et le combat entre le Nemadi et l’addax se termine toujours la lance à la main face à l’antilope aux longues cornes qui défend chèrement sa vie. Face à face. La rébellion armée en quête de nourriture, l’arrivée des véhicules tout-terrain et des kalachnikovs ont brisé les règles et réduit l’addax à quelques centaines d’individus qui courent encore sur la frontière mauritanienne, dans le Ténéré et le désert du Tchad. L’addax, menacé de disparition, est plus invisible que jamais. Et les Nemadis, qui ne vivent qu’en courant vers leur antilope sacrée, risquent de disparaître avec elle.
3. Aoudaghost, sur la route des grandes caravanes Mauritanie C’est une muraille en plein désert, haute de plusieurs dizaines de mètres, une barre de lave noire, de blocs grumeleux taillés par le vent de sable. Infranchissable. Il a fallu laisser la côte à un bon millier de kilomètres derrière nous, rouler en bordure des épineux du Sahel et avaler un interminable plateau de cailloux coupants, pour buter là, au bord du désert des Aouker, sur ce rempart mystérieux. On glisse sur le sable amassé à ses pieds en suivant l’enceinte d’un immense château fort naturel. Où est le pont-levis ? Ici, dans cet oued à sec qui ouvre sur une dune plus molle que les autres. Un chèche noir goudronné accroché à une clôture, quelques chameaux effrayés, l’ombre rouge du voile d’une femme qui s’enfuit, une tente blanche... Nous sommes à Aoudaghost, ancienne capitale de l’empire du Ghana, forteresse du désert autrefois puissante et sûre où les caravanes d’un Islam doré se réfugiaient au terme d’une très longue marche, où les entrepôts regorgeaient d’une extraordinaire richesse. Au début était la « soif du sel ». C’est elle qui, pendant dix siècles, a imprimé la route des grandes caravanes. Du nord au sud, deux grands axes étaient tracés. Le premier, le plus ancien, partait du Mzab et descendait plein sud vers les salines de Taoudéni au nord du Mali ; le deuxième obliquait à l’ouest, de Goulimine au Maroc vers Ijil, la mine de sel de Zoueirat, puis visitait tous les grands havres du désert, villes caravanières de Ouadane, Chinguetti, Tichit, Aoudaghost, Oualata aux portes du Mali. Un lettré de Chinguetti du XVIIIe siècle parle du passage d’une caravane de 32 000 chameaux ! Et le grand Ibn Battuta a raconté ces marathons de trois mois, émaillés de tronçons désespérement secs où les hommes et les bêtes devaient franchir 700 kilomètres - vingt jours de marche ! -, sans un seul point d’eau. Attachés aux bâts des chameaux, les pains de sel étaient riches en sulfates, introuvables au Sahel dans ces pays du Soudan, Bilad As-Sudani, « pays des Noirs » - une médecine indispensable aux éleveurs africains pour administrer la « purge salée » qui soignait leur bétail et le débarrassait des parasites. Du sud, en échange, on rapportait l’or du Mali, le mil et le sorgho pour nourrir les Sahariens, l’ivoire des éléphants de la forêt, la résine de l’acacia du Sénégal, cette gomme arabique qui teint les tissus ou soigne la toux, les plumes d’autruche qui ornaient les chapeaux de la cour à Versailles et, toujours, solidement encordés, des colonnes de centaines d’esclaves noirs. Ebène précieux à expédier vers l’Amérique, les Antilles et, bien après l’abolition de l’esclavage, vers le Maghreb, la Libye et les oasis d’Egypte. A l’aller ou au retour, la caravane était riche et l’aventure périlleuse. On partait, au risque de mourir de soif, de se perdre dans l’immensité des sables ou de subir les rezzous des Rgueibat qui descendaient du nord attaquer jusqu’à Tombouctou. On n’oublie jamais une razzia dans le désert. Quitte à poursuivre l’assaillant et à frapper sa tribu chez elle, à 1 000 kilomètres de l’embuscade, six mois ou un an après, s’il le faut ! Pour se protéger, les chefs de caravane louaient des escortes armées, payaient une taxe au passage, s’alliaient avec les tribus sahariennes locales ou brandissaient le saint Coran, en promettant l’enfer aux pillards ignorants. Derrière les chameaux chargés de sel, marchaient aussi des hommes et des idées, commerçants lettrés du Mzab, géographes du Caire, philosophes d’Andalousie, porteurs de culture et de religion. Comme Iman Al Hadrami, grande figure almoravide, né à Kairouan, recruté à Marrakech, étudiant à Grenade et qui a voyagé dans tout le Proche-Orient avant de mourir en l’an 1096 à Atar. C’était l’époque de « l’or musulman », de l’islam voyageur et éclairé au temps où Gênes et Venise émergeaient du Moyen Age. C’était l’époque où Aoudaghost était la capitale prospère de l’empire du Ghana, entre le fleuve Niger et le fleuve Sénégal, avec un souverain, une cour, des tribus soumises, une armée qui défendait les caravanes et une forteresse pour accueillir leurs trésors. A l’abri de ses remparts, on pouvait troquer, prier dans la plus ancienne mosquée du désert, fabriquer des clous en fer, des bracelets en laiton, des perles de terre et des bijoux de verre. Aujourd’hui, ne restent de cette splendeur passée qu’une vaste cité en pierre noire, en ruines, blottie contre la montagne au pied des Aouker, et l’énigme de ses habitants disparus dont les squelettes tombent en poussière au moindre coup de pinceau. Certains disent que la grande Aoudaghost a disparu, mise à sac par une invasion venue du nord en 1054. D’autres affirment que la cité métallurgique est tombée quand ses esclaves se sont révoltés contre leurs maîtres. La vérité est sans doute plus simple. Aoudaghost vivait sur la route des caravanes, cette route a changé et la belle capitale a périclité jusqu’à l’abandon. Avec la colonisation, les nouvelles villes, les grands ports, le chemin des marchandises ne cessera de dévier vers l’ouest jusqu’à longer frileusement la côte. La guerre du Polisario a coupé le reste du cordon ombilical. Et le désert a gardé pour lui la mémoire des grandes cités caravanières comme Aoudaghost, fabuleux port d’antan ensablé en plein Sahara.
4. Entre Aïr et Ténéré, un combat de titans Niger D’emblée, le silence, nouveau, palpable, comme un cinquième élément. Il y avait la terre, l’eau, le feu, l’air. Il y a maintenant le silence. Ici, en arrivant, on mange toujours trop, on boit trop, on parle trop. Il faut s’asseoir, sentir d’où vient le vent, se recaler, prendre sa place. Devenir un grain de sable qui fait son chemin, un grain d’humanité, un grain de ciel. Etre nu. « Le désert ponce les âmes », écrivait Théodore Monod. Au matin, quand la dune blanchit, la lentille dorée qui affleure la crête annonce un nouveau jour brûlant. Les chameaux blatèrent, se plaignent comme si on les égorgeait parce qu’on serre les sangles du bât. Un thé bouillant et très fort vous ramène à la vie et l’on est déjà parti. En laissant derrière soi un filet de fumée bleue d’un feu bientôt éteint. Un combat de titans nous attend. La piste s’élève dans les dunes. A l’est, le Ténéré, désert des déserts, entre les massifs de l’Aïr et du Tibesti, 1 200 kilomètres de sable, un océan de paix minérale, lisse et absolument plat, sans repère, sans horizon, où l’oeil peut suivre la courbure de la terre, où l’homme est pris de vertige. On aimerait traverser à la voile cette mer de sable liquide que le vent pousse vers les falaises noires de l’Aïr, plateau volcanique qui a basculé il y a deux cents millions d’années. D’abord, au sud, l’Arakaou, croissant de montagne dans lequel s’engouffre une énorme vague de sable multicolore, magique ; puis le Takolokouzet, l’Adrar Chiriet, les monts Agalak, Taghmeurt et Baghzane. Et, tout au nord, l’immense falaise du mont Gréboun, haut de 2 310 mètres, le front en avant, tourné vers le Ténéré. Le conflit est inévitable entre le sable aérien qui veut avancer et cette barrière de lave volcanique, rempart de l’Aïr. Alors, l’océan du Ténéré perd sa sérénité. Il se gonfle et jette ses premières vagues, sans effets. Il redouble de force et de violence et ses vagues de dunes montent à l’assaut vers le ciel jusqu’à 150 mètres de hauteur. Le sable frappe la montagne avec la violence d’une grande marée, d’une tempête d’Ouessant, d’un tsunami sur le delta du Bengale. Il vole, accroche enfin les crêtes noires, les submerge d’une écume dorée qui sourd sur l’autre versant du Gréboun, ruisselle sur ses pentes et comble ses creux de roche. Nouvelle vague. Celle-là va briser la montagne ? Non. L’Aïr ne fléchit pas. Ses volcans noirs, éboulés mais debout depuis la nuit des temps, opposent un front ridé, craquelé et antédiluvien à la tempête du Ténéré. Combat sans fin et perdu d’avance. On se plante dans un creux de sable, dans le ressac, au milieu de cette tempête immobile. Noires, les montagnes de l’Aïr, pitons, caps et promontoires ; blondes, les vagues de dunes qui roulent vers l’assaut ; bleu cru, la trouée du ciel entre les deux, parcouru de flammèches dentelées, cirrus du monde d’en haut qui ne sont ici que des gerbes blanches d’écume de mer. Le sable, l’air, le feu du soleil qui regarde implacable ce combat de titans, guerre sans fin et sans victimes, tous les éléments se mêlent en une furie tranquille, un mouvement immobile et permanent qui vous allège le corps et vous berce l’âme.
5. Iférouane, mirages et hommes bleus Niger Je me rappelle un mirage dans un désert terne et sale. C’était en Arabie saoudite après de longues heures de piste. Soudain, des dizaines de voiles blanches, triangulaires et bien dessinées, sont apparues à l’horizon. Une régate en plein désert ? J’avançais en me frottant les yeux vers ces voiliers de plus en plus distincts. Une heure plus tard, je tombai nez à nez avec une série de tranchées régulières, creusées en pente pour abriter les tanks, canon vers le haut. Et le blanc de la terre remuée, contrastant avec le sable terreux, m’avait offert une course de voiliers qui cinglaient entre les dunes ! Ici la route est belle sur la crête des dunes, entre les éboulis noirs rocheux des montagnes qui se désagrègent en blocs de quelques centaines de kilos ou de dizaines de tonnes, comme des tas de graviers posés là en attendant la construction d’une chaussée de géants. Belle mais dangereuse. D’abord, ne pas se perdre. Un fût vide, un piquet planté ou trois cailloux en pyramide marquent un redjem, un repère, tous les 20 kilomètres pour seul balisage. A ne pas manquer. Ne pas s’ensabler trop souvent non plus, surveiller le déboulé d’un chameau distrait ou apeuré et les plaques sombres du fech-fech, mélange de sable et d’argile, cauchemar des pistes, où l’on s’épuise à creuser sous les roues, à tôler le passage, à pousser, s’ensabler, recommencer. Parfois il suffit seulement d’endurer. Quand les vagues de la route, courtes et brutales - l’éprouvante « tôle ondulée » -, cassent les lames de suspension, les écrous des roues, les galeries, les tuyaux d’échappement et toutes les vertèbres de votre corps torturé. Ne pas se tromper et ne jamais croire qu’on est plus fort que le désert. En 4x4, il faut de l’essence, de l’eau, des dattes et de la chance. A pied, il faut de l’eau, des dattes et du courage. Ici, dans ce creux de dune, la carcasse bouffie d’un chameau démontre qu’il peut faire soif à en mourir. Même pour un homme d’expérience. Comme ce conducteur de 4x4 pris dans les sables boueux du col de Temet, qui aurait dû attendre un vaisseau de passage, accroché à son épave en pleine mer. Il a préféré partir, à pied, un jerrycan d’eau sur l’épaule. L’homme, solide, a marché 80 kilomètres dans la fournaise de septembre. Quand le jerrycan fut vide, le marcheur déshydraté et ses reins bloqués, le poison des toxines du sang a fait son effet. A 12 kilomètres d’Iférouane - du salut -, il s’est mis à délirer, a fait demi-tour et a marché quatre heures dans ses propres traces. On l’a retrouvé mort, appuyé sur l’oreiller brûlant d’une dune. Quand les Touareg se sentent perdus, ils préfèrent ôter leur chèche, relever leurs cheveux et poser leur front sur une pierre, nuque face au poignard du soleil, pour mourir plus vite. Pour se protéger des scorpions et du serpent cracheur, de son venin qui tue en quelques minutes, les hommes bleus emportent aussi des racines pilées de tekaraï et d’annakargis. Personne ici n’oublie - plus sûr encore - de se munir de colliers de gris-gris préparés par les marabouts, bourses de cuir contenant des sourates du Coran, une pour chaque danger. Ce matin avant l’aube, un Italien, africain chevronné, s’est réveillé en sursaut parce qu’il avait oublié ses gris-gris hier à l’étape. Trois heures après, il était de retour, son collier à la main. Quand je lui ai demandé pourquoi il avait délaissé les médailles de la vierge Marie pour ces bouts de cuir maraboutés, il m’a répondu : « C’est plus efficace. » Les hommes d’ici sont rudes et chaleureux, capables d’être debout dès 4 heures du matin, de charger un véhicule à 5 heures, d’allumer leur première pipe à 6 heures et de rouler toute la journée sans ciller sur les cailloux pour vous déposer à l’heure prévue là où on vous attend. Ils sont parfois durs à en mourir mais ont les mains douces et la peau claire des Touareg blancs qui parlent le tamachek et mettent un point d’honneur à ne jamais travailler la terre. Ceux-là parlent peu, sans jamais élever la voix. Avec ce sentiment de suprématie sur les Noirs, leurs anciens esclaves, une arrogance tranquille, que les colons européens ont renforcée en avouant leur fascination pour les « hommes bleus ». Après les Berbères qui nous ont laissé leurs gravures rupestres dans les grottes, les tribus touareg ont investi l’Aïr, porte du fabuleux Soudan pour des pillards avides d’or, d’esclaves et d’ébène. Ils ont bousculé les populations noires haoussa, pris la forteresse noire de la montagne et lancé des raids dévastateurs dès le VIIIe siècle. En 1513, Léon l’Africain, pour la première fois, cite Agadez, fondée par cinq tribus. Agadez, entrepôt commercial et grenier fortifié ; Agadez, comme Agadir, qui signifie « le magasin ». Agadez, attaqué pendant l’hiver 1917 et assiégé pendant deux mois par Kaossen le guérillero, le Touareg aux grosses moustaches noires qui ne portait pas de voile. C’était au temps où les Touareg se ralliaient en masse à la secte de la Senoussia qui voulait - déjà - retrouver la pureté originaire de l’islam et se débarrasser des influences étrangères. Agadez, sauvé par une colonne française venue de Zinder, qui défait Kaossen et, en représailles, décapite les marabouts de la ville. Ce désert-là s’est toujours montré rebelle et les militaires noirs au pouvoir à Niamey, la capitale, ne l’ont pas oublié. Reste le souvenir bleu de Mano Dayak, « l’homme qui est né avec du sable dans les yeux », et sa tombe, au creux d’une piste de montagne, rocailleuse et trop courte, d’où il avait voulu une nouvelle fois décoller au-dessus de l’Aïr. Aujourd’hui, deux ministres touareg participent au gouvernement et les anciens insurgés guident les chameaux des touristes vers le Ténéré. La rébellion des hommes bleus semble apaisée. Ou peut-être simplement assoupie.
6. Le désert Blanc et l’oasis de Bahariya Egypte Il a neigé sur la lune. Ou plutôt dans le désert. Tout est blanc au réveil. Tout est toujours blanc ici. Le sable est poussière de talc, les pitons sont des pains de sucre, les pierres de gros morceaux de craie qui dessinent de grandes lignes sur l’ardoise du désert. Je marche en soulevant de petites volutes de lumineuse poussière, escalade un rocher en assurant mes prises et détache un morceau de montagne à la main. Le désert est d’un calcaire si blanc, si tendre, si friable qu’il poudre le décor sur des dizaines de kilomètres alentour. Et le vent sculpteur, charriant avec lui les pointes de silice de dunes lointaines, frappe les montagnes crayeuses, leurs pitons fragiles, offerts à tous les caprices de l’air et de l’artiste. Il dessine un champignon, un corps, une canine, un rocher à visage humain, regard tourmenté ou bouche frondeuse. Sculptures éphémères, vite réalisées en quelques dizaines d’années, vite disparues quand les angles s’émoussent, quand les socles se minent et s’effondrent dans un énorme nuage de talc, une tempête de neige, le souffle blanc du Sahara Al-Beïdane. Plus loin est Aïn-Khadra, la « source magique », un oglat caché sous plusieurs mètres d’épaisseur de palme, qui ne coule que si un homme s’en approche. Plantez un bâton au fond de l’eau, éloignez-vous et le niveau ne change pas. Revenez, attendez un peu et voilà l’eau qui afflue. D’ici à la Libye les Romains avaient trouvé cinq sources, toutes magiques, eau dans le désert au service des hommes. Le soir, au crépuscule, le désert Blanc devient d’abord onctueux, puis rose et aussi pourpre que le soleil qui s’abîme à l’horizon soudain ourlé de bleu, de mauve et d’un gris perle d’une douceur infinie. Je connaissais déjà l’épaisseur de la dune, moelleuse comme une couette ; il y a maintenant cette blancheur de drap frais dans lequel il fait bon s’enrouler pour dormir. Cette nuit, j’ai fait une rencontre avec un renard des sables. Près du feu de bois, un verre de thé brûlant à la main, j’ai vu une ombre sous la lune. Il a tourné un peu puis s’est approché vers le reste de la gamelle de pâtes, à moins de deux mètres. Il avait faim. Il est resté là, presque aussi grand qu’un chacal du désert, des oreilles démesurées, le nez fin, des yeux très noirs, brillants, malins, une volumineuse queue en panache, une grâce superbe. Il a hésité longuement, le nez vers la gamelle, mais une patte levée, prêt à se sauver, entre la faim qui lui tenaillait le ventre et la tentation de la fuite dans le désert. J’ai posé une gourmandise sur le sol, une tomate fraîche. Il l’a croquée pendant notre sommeil et emporté, au passage, une paire de sandales qui traînait près du feu. On est reparti pieds nus vers l’oasis de Bahariya. Après tant de désert blond, roux, brûlé, planté de pierres, de pics, doigts de géants dressés vers le ciel, vagues d’un majestueux océan à sec, après tant de sel, de soif, d’économie de soi, voici l’oasis. C’est une débauche de vert, de luxe, de jardins humides où courent des rigoles fraîches. Et puis les hommes. Pas le Touareg aperçu au loin qui s’approche au rythme de son chameau, donne le temps de le découvrir, de l’observer, de l’apprivoiser, avant les longs « Salam aleikum ! », la poignée de main du bout des doigts, rapide, fugitive comme un souffle d’air. Non. Les hommes. Serrés dans les rues encombrées, bordées de murets de pierres basses. Une promiscuité oubliée. Dieu, que ton désert était doux ! Et puis il y a le monde d’en bas, celui des momies gréco-romaines retrouvées il y a deux ans à peine dans les tombes enfouies autour de l’oasis. On descend par un trou profond de 12 mètres, par un escalier pentu comme une échelle. Au fond, il faut se baisser pour un premier passage vers la salle des piliers. On se relève face à Osiris, Isis, Anubis et Horus peints sur le mur d’en face. Se baisser encore pour pénétrer dans une niche de quelques mètres carrés avec deux énormes pierres tombales, rebondies et grossières, les fosses où dormaient les momies vieilles de cinq cents ans avant Jésus-Christ. Les archéologues en ont exhumé une centaine, il en resterait 10 000 à Bahariya. Cinq d’entre elles sont là, dans leur cercueil de verre, immobiles depuis plus de deux mille ans, momifiées, chair et bandelettes coagulées en un seul bloc noirâtre, flanqué de hiéroglyphes qui disent le nom de Jit-Amon, un bout d’histoire de leur vie. Sur le visage recouvert d’un masque d’or, l’artiste a dessiné de grands yeux ouverts, l’air très étonné. Imaginez leur surprise, on avait dit aux futures momies qu’elles se réveilleraient pour la résurrection dans le monde des dieux d’Egypte et elles se retrouvent étiquetées dans un cercueil de verre face au visage pâle d’un voyageur tout à fait commun.
7. Quseir : le dernier port de la mer Rouge Egypte A première vue, Quseir n’est qu’une ville bazar qui se meurt au bord de la mer Rouge depuis que le canal de Suez, en 1869, lui a ôté la vie. Il ne reste plus rien de Tjau, la Quseir des pharaons, grand port stratégiquement situé au débouché de la vallée du Nil d’où la grande Hatshepsout envoyait des expéditions vers le pays de Pnout - la Somalie -, qui revenaient avec des bateaux chargés d’encens, d’ivoire, d’ébène et d’animaux inconnus. Quseir - en arabe, le « raccourci » - était le chemin ouvert entre la civilisation du Nil et les marchandises d’Arabie, d’Afrique de l’Est et de l’Inde fabuleuse. Aujourd’hui, le port est devenu inutile, envasé, encombré des restes de ferraille de téléphérique qui courait sur la mer pour transporter le phosphate de la mine italienne vers les cales des bateaux. On entre dans une ville sale, déliquescente, aux murs de boue démolis par les dernières pluies, des étals de légumes entre deux terrains vagues, et une population qui erre, indolente, démarche lente comme un dernier élan du passé. Puis, lentement, la magie opère. D’abord, cette petite rue minuscule qui offre une arcade de pierre, une maison ocre rouge, un mur jaune paille doré et une fenêtre au grillage délicat. La suivante, plus étroite encore, vous fait passer sous un pont de bois entre deux maisons, histoire de protéger la circulation des femmes du regard de l’étranger. On se laisse prendre à ce labyrinthe, entre des portes ouvragées, des moucharabiehs anciens, à ces jeux d’ombre et de lumière, à cette architecture délicate au charme puissant. Et on commence à découvrir Quseir et sa beauté forte de reine en guenilles. Ici, le fort ottoman du XVIe siècle, ses murailles et ses canons, remodelé par Napoléon en 1799 quand les Français ont disputé pendant deux ans ce verrou de la mer Rouge à l’ennemi anglais. Là, l’écurie capable d’accueillir des centaines de chameaux chargés de trésors, la sellerie où tout était parfaitement rangé, la citerne souterraine reliée à la ville, la mosquée des origines, sans minaret, l’église construite par les Italiens en forme d’arche de Noé, le bâtiment des douanes du sultan ottoman, le bâtiment de la quarantaine, fenêtres scellées par des madriers mais porte d’entrée à trois arches, élégante, comme pour s’excuser de retenir le voyageur malade. On marche entre des murs décorés avec les images d’un homme en prière, de la Kaba - qui renferme la Pierre noire de La Mecque - et d’un gros bateau ou d’un avion à réaction, selon le moyen utilisé par l’habitant pour aller faire son pèlerinage. Quseir est toujours le plus court chemin pour aller à Djedda, puis gagner La Mecque et le paradis. Ici, tout le monde est hadj, on compte 25 mosquées pour 25 000 habitants, mais l’islam est tranquille, paisible, souriant au coin des ruelles qui offrent karkadé, thé et café au voyageur, en souvenir du temps où la ville prospérait en s’ouvrant au monde entier. Et on se prend d’amour pour cette belle pieuse et cultivée, Quseir, cité forte où l’on marche, pieds nus, sur une quarantaine de siècles de mémoire. Où tout vous conduit à nouveau vers la mer Rouge. Derrière, revoilà les dunes. Oh ! un peu vieillies, certes, montagneuses, un peu racornies, fatiguées par cette traversée de tout le désert d’Afrique. Mais toujours aussi belles, crémeuses à l’aube, brunes au soleil de midi, ocre rouge et mauves à la fin du jour et du voyage. Arrivées enfin au bord de l’eau salée, les dunes du désert s’adoucissent, plongent et redeviennent vagues de la mer. Comme une renaissance.
Jean-Paul Mari
1er février 2001
Par Jean-Paul Mari
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Mauritanie-Niger-Egypte... La traversée de l’Atlantique à la Mer Rouge
La passion du désert.
Il est le dernier refuge de l’absolu silence. Depuis des millénaires, le vent y efface les pas des caravanes qui le traversent. Même ceux qui y vivent ne peuvent se vanter de l’avoir tout à fait apprivoisé. Aujourd’hui, il a de plus en plus d’amoureux qui vont y chercher une beauté inconnue et une part d’eux-mêmes que la civilisation avait occultée. « Le désert ponce les âmes », écrivait Théodore Monod. Des vagues de l’Atlantique à celles de la mer Rouge, des dunes blanches en roches noires, Jean-Paul Mari a traversé, en sept étapes, le plus grande immensité désertique du monde
1. Banc d’Arguin : quand la vague devient dune Mauritanie Elles arrivent du grand large, venues d’un autre continent, lourdes, puissantes mais harassées, leurs lèvres ourlées d’écume salée, après le prodigieux effort de cette course à travers l’océan. Quand les vagues de l’Atlantique se posent enfin sur la plage, elles pétillent de plaisir en déversant leur eau profonde, bleue, glaciale, et le sable du désert de Mauritanie en frémit. Un instant, tout paraît s’arrêter là avec ces vagues qui viennent mourir au flanc brûlant de l’Afrique. On file à toute allure le long de la plage à marée basse, sur l’axe qui relie Nouakchott à Nouadhibou en évitant l’intérieur des terres aux pistes molles et voraces. Surtout ne pas tomber dans le piège de la sebkha, une croûte de terre apparemment dure qui cache la fange des marais salés, d’où l’eau visqueuse jaillit au passage des roues avant de vous engluer comme un insecte. Autant rouler vite et léger au bord de la plage, en évitant l’avancée des vagues, le bras tendu à la portière, le nez au vent, saoulé d’iode, d’air et de lumière. Le 4x4 fait lever des nuages de centaines de cormorans qui décollent sous les roues et auréolent la cabine du blanc du dessous de leurs ailes. Ici, dans les vasiers gris-vert qui entourent les îles du Banc d’Arguin, viennent se reposer les grands migrateurs, les colonies de flamants roses, le héron cendré, le pélican blanc, l’aigrette dimorphe, la spatule blanche, le sterne royal et le goéland railleur. Ici, la mer est riche et les Bédouins de la tribu des Imraguen ont fait alliance avec les grands dauphins pour mieux piéger les immenses bancs de mulets. Quand les hommes s’avancent dans l’eau en frappant les vagues avec leurs bâtons, les cétacés rabattent aussitôt le poisson vers la côte. Les Imraguen tendent leurs filets, les dauphins fouillent dans les vagues, engloutissent les mulets qui cherchent à s’enfuir et la pêche est toujours miraculeuse. On roule de plus en plus vite pour échapper à la marée haute, en croisant les dizaines d’épaves de cargos échoués qui ponctuent la côte, coque rouillée, crevée, plantée dans le sable, la proue tournée vers le désert, momifiées dans un ultime essai d’abordage. Devenus malgré eux phares, balises ou sentinelles éternelles, leurs bras décharnés de ferraille rongés par le sel, les grands navires fantômes ont toujours l’air de vouloir appareiller. Comme cette frégate qui a cherché à doubler le cap Blanc en marchant trop longtemps vers le sud, là où les fonds remontent, avant de talonner un banc de sable. C’était il y a cent quatre-vingt-cinq ans, la mer en juillet était mauvaise et le radeau surchargé. A bord, il y avait 147 rescapés, des vagues jusqu’à mi-cuisse, peu d’eau et pas mal de vin. Les survivants se sont battus, ont jeté les plus faibles à la mer, mélangé leur urine à l’alcool et fait sécher de la chair humaine sur les cordages. Treize jours plus tard, quand le brick l’« Argus » venu du Sénégal a retrouvé le radeau de la « Méduse », ils n’étaient plus qu’une quinzaine d’hallucinés accrochés à une épave maudite, dont Géricault le scandaleux fera un tableau magnifique. Eux aussi avaient confondu l’eau et le sable. Je regarde la grève aussi sombre qu’un fond marin, la plage qui se ramasse et monte en pente douce, ce début de dune arrondie comme une nouvelle contraction de l’onde, la masse de sable venue de la mer qui s’éclaircit, enfle, se gonfle pour reprendre sa forme originelle. A observer la mer derrière et la cavalcade des dunes devant soi, on comprend que les vagues ne font que continuer leur chemin. Tout roule, avance, ondule, se transmet dans le même mouvement. Simplement, la goutte d’eau est devenue grain, l’eau s’est transformée en sable, l’écume blanche en poussière de coquillages, la vague en dune, la mer en désert. On grimpe au sommet de la plus grande butte, là où commence l’erg de l’Akchâr, son sable si fin, crémeux, ocre rose poudré d’or. Il suffit de plonger la main au creux de la dune et de l’élever. On ouvre les doigts et il pleut du sable, de l’eau, du temps. Devant, le désert déroule ses dunes une à une, comme une invitation. Jusqu’où vont-elles ? Pour le savoir, il suffit de les suivre. Plein est.
2. Un érudit sous la tente, l’addax et les Nemadis Mauritanie Ensablé, bien sûr, la pelle à la main. La piste est rouge tendre, le sable si mou et on se laisse facilement prendre par ce corps-à-corps langoureux avec les dunes. Mohamed Ould Mouloud vit tout près, à une quinzaine de kilomètres de la route qui mène à Tijikja, abritée par une volée de dunes. Le voilà, droit à 75 ans, mèche blanche sur un grand front, le cristallin brûlé par trop de soleil, en chèche noir et gallabiah blanche, les pieds nus mais un pull de laine malgré une température de 30 degrés. Autrefois préfet de Néma, il a préféré se retirer sous cette tente où il offre une calebasse de srig frais, le lait de chamelle, aussi doux que du lait de coco. Il écrit ici des livres à l’imparfait du subjonctif sur « l’Arabie avant l’islam » ou « la Mauritanie avant la colonisation française », déchiffre les manuscrits anciens, étudie la littérature iranienne, parle le persan et s’excuse de ces « simples curiosités d’amateur ». Au fond de sa tente, un trésor, de grosses malles en acier, empilées et cadenassées, bourrées d’une tonne et demie de livres : « Ma petite bibliothèque du désert. » On se prend à rêver de fouiller ces malles où repose une partie de l’histoire de ces dunes, de leurs animaux mythiques et de leurs tribus perdues. Comme l’addax et les Nemadis qui hantent toujours les conversations des Maures. L’addax, la grande antilope du désert, haut de 1,50 mètre au garrot, avec de longues cornes effilées en forme de lyre, farouche, quasiment invisible, doté de larges sabots qui lui permettent de galoper au sommet des dunes les plus molles. Doté d’un métabolisme unique, il peut ne boire qu’une seule fois par an, se contente d’herbes sèches, trouve ses pâturages en suivant les éclairs lointains des orages, laisse sa température corporelle grimper sans dommage jusqu’à 42 degrés et rejette une urine si concentrée qu’elle solidifie le sable. On le recherche pour sa viande et parce qu’on croit que sa peau éloigne les reptiles depuis que des chasseurs ont retrouvé des serpents dans son estomac. Les chasseurs, ce sont les Nemadis, une espèce d’humains à part, une secte, une tribu, une caste, mi-parias, mi-gitans des sables, qui s’habillent d’une courte tunique bleue et dorment dans des anfractuosités de rocher. On ne naît pas nemadi, on le devient, on les rejoint comme on quitte le monde des humains. Ils sont respectés, craints, méprisés. Et leurs seuls compagnons sont les chiens de leur meute, les sloughis, qui les aident à traquer l’addax, à le pousser au fond des vallées où sont tendus des filets. Entre le Nemadi et ses chiens, la relation est mystique. Chaque meute est hiérarchisée, chaque chien a un nom, chacun a un rôle. Et le combat entre le Nemadi et l’addax se termine toujours la lance à la main face à l’antilope aux longues cornes qui défend chèrement sa vie. Face à face. La rébellion armée en quête de nourriture, l’arrivée des véhicules tout-terrain et des kalachnikovs ont brisé les règles et réduit l’addax à quelques centaines d’individus qui courent encore sur la frontière mauritanienne, dans le Ténéré et le désert du Tchad. L’addax, menacé de disparition, est plus invisible que jamais. Et les Nemadis, qui ne vivent qu’en courant vers leur antilope sacrée, risquent de disparaître avec elle.
3. Aoudaghost, sur la route des grandes caravanes Mauritanie C’est une muraille en plein désert, haute de plusieurs dizaines de mètres, une barre de lave noire, de blocs grumeleux taillés par le vent de sable. Infranchissable. Il a fallu laisser la côte à un bon millier de kilomètres derrière nous, rouler en bordure des épineux du Sahel et avaler un interminable plateau de cailloux coupants, pour buter là, au bord du désert des Aouker, sur ce rempart mystérieux. On glisse sur le sable amassé à ses pieds en suivant l’enceinte d’un immense château fort naturel. Où est le pont-levis ? Ici, dans cet oued à sec qui ouvre sur une dune plus molle que les autres. Un chèche noir goudronné accroché à une clôture, quelques chameaux effrayés, l’ombre rouge du voile d’une femme qui s’enfuit, une tente blanche... Nous sommes à Aoudaghost, ancienne capitale de l’empire du Ghana, forteresse du désert autrefois puissante et sûre où les caravanes d’un Islam doré se réfugiaient au terme d’une très longue marche, où les entrepôts regorgeaient d’une extraordinaire richesse. Au début était la « soif du sel ». C’est elle qui, pendant dix siècles, a imprimé la route des grandes caravanes. Du nord au sud, deux grands axes étaient tracés. Le premier, le plus ancien, partait du Mzab et descendait plein sud vers les salines de Taoudéni au nord du Mali ; le deuxième obliquait à l’ouest, de Goulimine au Maroc vers Ijil, la mine de sel de Zoueirat, puis visitait tous les grands havres du désert, villes caravanières de Ouadane, Chinguetti, Tichit, Aoudaghost, Oualata aux portes du Mali. Un lettré de Chinguetti du XVIIIe siècle parle du passage d’une caravane de 32 000 chameaux ! Et le grand Ibn Battuta a raconté ces marathons de trois mois, émaillés de tronçons désespérement secs où les hommes et les bêtes devaient franchir 700 kilomètres - vingt jours de marche ! -, sans un seul point d’eau. Attachés aux bâts des chameaux, les pains de sel étaient riches en sulfates, introuvables au Sahel dans ces pays du Soudan, Bilad As-Sudani, « pays des Noirs » - une médecine indispensable aux éleveurs africains pour administrer la « purge salée » qui soignait leur bétail et le débarrassait des parasites. Du sud, en échange, on rapportait l’or du Mali, le mil et le sorgho pour nourrir les Sahariens, l’ivoire des éléphants de la forêt, la résine de l’acacia du Sénégal, cette gomme arabique qui teint les tissus ou soigne la toux, les plumes d’autruche qui ornaient les chapeaux de la cour à Versailles et, toujours, solidement encordés, des colonnes de centaines d’esclaves noirs. Ebène précieux à expédier vers l’Amérique, les Antilles et, bien après l’abolition de l’esclavage, vers le Maghreb, la Libye et les oasis d’Egypte. A l’aller ou au retour, la caravane était riche et l’aventure périlleuse. On partait, au risque de mourir de soif, de se perdre dans l’immensité des sables ou de subir les rezzous des Rgueibat qui descendaient du nord attaquer jusqu’à Tombouctou. On n’oublie jamais une razzia dans le désert. Quitte à poursuivre l’assaillant et à frapper sa tribu chez elle, à 1 000 kilomètres de l’embuscade, six mois ou un an après, s’il le faut ! Pour se protéger, les chefs de caravane louaient des escortes armées, payaient une taxe au passage, s’alliaient avec les tribus sahariennes locales ou brandissaient le saint Coran, en promettant l’enfer aux pillards ignorants. Derrière les chameaux chargés de sel, marchaient aussi des hommes et des idées, commerçants lettrés du Mzab, géographes du Caire, philosophes d’Andalousie, porteurs de culture et de religion. Comme Iman Al Hadrami, grande figure almoravide, né à Kairouan, recruté à Marrakech, étudiant à Grenade et qui a voyagé dans tout le Proche-Orient avant de mourir en l’an 1096 à Atar. C’était l’époque de « l’or musulman », de l’islam voyageur et éclairé au temps où Gênes et Venise émergeaient du Moyen Age. C’était l’époque où Aoudaghost était la capitale prospère de l’empire du Ghana, entre le fleuve Niger et le fleuve Sénégal, avec un souverain, une cour, des tribus soumises, une armée qui défendait les caravanes et une forteresse pour accueillir leurs trésors. A l’abri de ses remparts, on pouvait troquer, prier dans la plus ancienne mosquée du désert, fabriquer des clous en fer, des bracelets en laiton, des perles de terre et des bijoux de verre. Aujourd’hui, ne restent de cette splendeur passée qu’une vaste cité en pierre noire, en ruines, blottie contre la montagne au pied des Aouker, et l’énigme de ses habitants disparus dont les squelettes tombent en poussière au moindre coup de pinceau. Certains disent que la grande Aoudaghost a disparu, mise à sac par une invasion venue du nord en 1054. D’autres affirment que la cité métallurgique est tombée quand ses esclaves se sont révoltés contre leurs maîtres. La vérité est sans doute plus simple. Aoudaghost vivait sur la route des caravanes, cette route a changé et la belle capitale a périclité jusqu’à l’abandon. Avec la colonisation, les nouvelles villes, les grands ports, le chemin des marchandises ne cessera de dévier vers l’ouest jusqu’à longer frileusement la côte. La guerre du Polisario a coupé le reste du cordon ombilical. Et le désert a gardé pour lui la mémoire des grandes cités caravanières comme Aoudaghost, fabuleux port d’antan ensablé en plein Sahara.
4. Entre Aïr et Ténéré, un combat de titans Niger D’emblée, le silence, nouveau, palpable, comme un cinquième élément. Il y avait la terre, l’eau, le feu, l’air. Il y a maintenant le silence. Ici, en arrivant, on mange toujours trop, on boit trop, on parle trop. Il faut s’asseoir, sentir d’où vient le vent, se recaler, prendre sa place. Devenir un grain de sable qui fait son chemin, un grain d’humanité, un grain de ciel. Etre nu. « Le désert ponce les âmes », écrivait Théodore Monod. Au matin, quand la dune blanchit, la lentille dorée qui affleure la crête annonce un nouveau jour brûlant. Les chameaux blatèrent, se plaignent comme si on les égorgeait parce qu’on serre les sangles du bât. Un thé bouillant et très fort vous ramène à la vie et l’on est déjà parti. En laissant derrière soi un filet de fumée bleue d’un feu bientôt éteint. Un combat de titans nous attend. La piste s’élève dans les dunes. A l’est, le Ténéré, désert des déserts, entre les massifs de l’Aïr et du Tibesti, 1 200 kilomètres de sable, un océan de paix minérale, lisse et absolument plat, sans repère, sans horizon, où l’oeil peut suivre la courbure de la terre, où l’homme est pris de vertige. On aimerait traverser à la voile cette mer de sable liquide que le vent pousse vers les falaises noires de l’Aïr, plateau volcanique qui a basculé il y a deux cents millions d’années. D’abord, au sud, l’Arakaou, croissant de montagne dans lequel s’engouffre une énorme vague de sable multicolore, magique ; puis le Takolokouzet, l’Adrar Chiriet, les monts Agalak, Taghmeurt et Baghzane. Et, tout au nord, l’immense falaise du mont Gréboun, haut de 2 310 mètres, le front en avant, tourné vers le Ténéré. Le conflit est inévitable entre le sable aérien qui veut avancer et cette barrière de lave volcanique, rempart de l’Aïr. Alors, l’océan du Ténéré perd sa sérénité. Il se gonfle et jette ses premières vagues, sans effets. Il redouble de force et de violence et ses vagues de dunes montent à l’assaut vers le ciel jusqu’à 150 mètres de hauteur. Le sable frappe la montagne avec la violence d’une grande marée, d’une tempête d’Ouessant, d’un tsunami sur le delta du Bengale. Il vole, accroche enfin les crêtes noires, les submerge d’une écume dorée qui sourd sur l’autre versant du Gréboun, ruisselle sur ses pentes et comble ses creux de roche. Nouvelle vague. Celle-là va briser la montagne ? Non. L’Aïr ne fléchit pas. Ses volcans noirs, éboulés mais debout depuis la nuit des temps, opposent un front ridé, craquelé et antédiluvien à la tempête du Ténéré. Combat sans fin et perdu d’avance. On se plante dans un creux de sable, dans le ressac, au milieu de cette tempête immobile. Noires, les montagnes de l’Aïr, pitons, caps et promontoires ; blondes, les vagues de dunes qui roulent vers l’assaut ; bleu cru, la trouée du ciel entre les deux, parcouru de flammèches dentelées, cirrus du monde d’en haut qui ne sont ici que des gerbes blanches d’écume de mer. Le sable, l’air, le feu du soleil qui regarde implacable ce combat de titans, guerre sans fin et sans victimes, tous les éléments se mêlent en une furie tranquille, un mouvement immobile et permanent qui vous allège le corps et vous berce l’âme.
5. Iférouane, mirages et hommes bleus Niger Je me rappelle un mirage dans un désert terne et sale. C’était en Arabie saoudite après de longues heures de piste. Soudain, des dizaines de voiles blanches, triangulaires et bien dessinées, sont apparues à l’horizon. Une régate en plein désert ? J’avançais en me frottant les yeux vers ces voiliers de plus en plus distincts. Une heure plus tard, je tombai nez à nez avec une série de tranchées régulières, creusées en pente pour abriter les tanks, canon vers le haut. Et le blanc de la terre remuée, contrastant avec le sable terreux, m’avait offert une course de voiliers qui cinglaient entre les dunes ! Ici la route est belle sur la crête des dunes, entre les éboulis noirs rocheux des montagnes qui se désagrègent en blocs de quelques centaines de kilos ou de dizaines de tonnes, comme des tas de graviers posés là en attendant la construction d’une chaussée de géants. Belle mais dangereuse. D’abord, ne pas se perdre. Un fût vide, un piquet planté ou trois cailloux en pyramide marquent un redjem, un repère, tous les 20 kilomètres pour seul balisage. A ne pas manquer. Ne pas s’ensabler trop souvent non plus, surveiller le déboulé d’un chameau distrait ou apeuré et les plaques sombres du fech-fech, mélange de sable et d’argile, cauchemar des pistes, où l’on s’épuise à creuser sous les roues, à tôler le passage, à pousser, s’ensabler, recommencer. Parfois il suffit seulement d’endurer. Quand les vagues de la route, courtes et brutales - l’éprouvante « tôle ondulée » -, cassent les lames de suspension, les écrous des roues, les galeries, les tuyaux d’échappement et toutes les vertèbres de votre corps torturé. Ne pas se tromper et ne jamais croire qu’on est plus fort que le désert. En 4x4, il faut de l’essence, de l’eau, des dattes et de la chance. A pied, il faut de l’eau, des dattes et du courage. Ici, dans ce creux de dune, la carcasse bouffie d’un chameau démontre qu’il peut faire soif à en mourir. Même pour un homme d’expérience. Comme ce conducteur de 4x4 pris dans les sables boueux du col de Temet, qui aurait dû attendre un vaisseau de passage, accroché à son épave en pleine mer. Il a préféré partir, à pied, un jerrycan d’eau sur l’épaule. L’homme, solide, a marché 80 kilomètres dans la fournaise de septembre. Quand le jerrycan fut vide, le marcheur déshydraté et ses reins bloqués, le poison des toxines du sang a fait son effet. A 12 kilomètres d’Iférouane - du salut -, il s’est mis à délirer, a fait demi-tour et a marché quatre heures dans ses propres traces. On l’a retrouvé mort, appuyé sur l’oreiller brûlant d’une dune. Quand les Touareg se sentent perdus, ils préfèrent ôter leur chèche, relever leurs cheveux et poser leur front sur une pierre, nuque face au poignard du soleil, pour mourir plus vite. Pour se protéger des scorpions et du serpent cracheur, de son venin qui tue en quelques minutes, les hommes bleus emportent aussi des racines pilées de tekaraï et d’annakargis. Personne ici n’oublie - plus sûr encore - de se munir de colliers de gris-gris préparés par les marabouts, bourses de cuir contenant des sourates du Coran, une pour chaque danger. Ce matin avant l’aube, un Italien, africain chevronné, s’est réveillé en sursaut parce qu’il avait oublié ses gris-gris hier à l’étape. Trois heures après, il était de retour, son collier à la main. Quand je lui ai demandé pourquoi il avait délaissé les médailles de la vierge Marie pour ces bouts de cuir maraboutés, il m’a répondu : « C’est plus efficace. » Les hommes d’ici sont rudes et chaleureux, capables d’être debout dès 4 heures du matin, de charger un véhicule à 5 heures, d’allumer leur première pipe à 6 heures et de rouler toute la journée sans ciller sur les cailloux pour vous déposer à l’heure prévue là où on vous attend. Ils sont parfois durs à en mourir mais ont les mains douces et la peau claire des Touareg blancs qui parlent le tamachek et mettent un point d’honneur à ne jamais travailler la terre. Ceux-là parlent peu, sans jamais élever la voix. Avec ce sentiment de suprématie sur les Noirs, leurs anciens esclaves, une arrogance tranquille, que les colons européens ont renforcée en avouant leur fascination pour les « hommes bleus ». Après les Berbères qui nous ont laissé leurs gravures rupestres dans les grottes, les tribus touareg ont investi l’Aïr, porte du fabuleux Soudan pour des pillards avides d’or, d’esclaves et d’ébène. Ils ont bousculé les populations noires haoussa, pris la forteresse noire de la montagne et lancé des raids dévastateurs dès le VIIIe siècle. En 1513, Léon l’Africain, pour la première fois, cite Agadez, fondée par cinq tribus. Agadez, entrepôt commercial et grenier fortifié ; Agadez, comme Agadir, qui signifie « le magasin ». Agadez, attaqué pendant l’hiver 1917 et assiégé pendant deux mois par Kaossen le guérillero, le Touareg aux grosses moustaches noires qui ne portait pas de voile. C’était au temps où les Touareg se ralliaient en masse à la secte de la Senoussia qui voulait - déjà - retrouver la pureté originaire de l’islam et se débarrasser des influences étrangères. Agadez, sauvé par une colonne française venue de Zinder, qui défait Kaossen et, en représailles, décapite les marabouts de la ville. Ce désert-là s’est toujours montré rebelle et les militaires noirs au pouvoir à Niamey, la capitale, ne l’ont pas oublié. Reste le souvenir bleu de Mano Dayak, « l’homme qui est né avec du sable dans les yeux », et sa tombe, au creux d’une piste de montagne, rocailleuse et trop courte, d’où il avait voulu une nouvelle fois décoller au-dessus de l’Aïr. Aujourd’hui, deux ministres touareg participent au gouvernement et les anciens insurgés guident les chameaux des touristes vers le Ténéré. La rébellion des hommes bleus semble apaisée. Ou peut-être simplement assoupie.
6. Le désert Blanc et l’oasis de Bahariya Egypte Il a neigé sur la lune. Ou plutôt dans le désert. Tout est blanc au réveil. Tout est toujours blanc ici. Le sable est poussière de talc, les pitons sont des pains de sucre, les pierres de gros morceaux de craie qui dessinent de grandes lignes sur l’ardoise du désert. Je marche en soulevant de petites volutes de lumineuse poussière, escalade un rocher en assurant mes prises et détache un morceau de montagne à la main. Le désert est d’un calcaire si blanc, si tendre, si friable qu’il poudre le décor sur des dizaines de kilomètres alentour. Et le vent sculpteur, charriant avec lui les pointes de silice de dunes lointaines, frappe les montagnes crayeuses, leurs pitons fragiles, offerts à tous les caprices de l’air et de l’artiste. Il dessine un champignon, un corps, une canine, un rocher à visage humain, regard tourmenté ou bouche frondeuse. Sculptures éphémères, vite réalisées en quelques dizaines d’années, vite disparues quand les angles s’émoussent, quand les socles se minent et s’effondrent dans un énorme nuage de talc, une tempête de neige, le souffle blanc du Sahara Al-Beïdane. Plus loin est Aïn-Khadra, la « source magique », un oglat caché sous plusieurs mètres d’épaisseur de palme, qui ne coule que si un homme s’en approche. Plantez un bâton au fond de l’eau, éloignez-vous et le niveau ne change pas. Revenez, attendez un peu et voilà l’eau qui afflue. D’ici à la Libye les Romains avaient trouvé cinq sources, toutes magiques, eau dans le désert au service des hommes. Le soir, au crépuscule, le désert Blanc devient d’abord onctueux, puis rose et aussi pourpre que le soleil qui s’abîme à l’horizon soudain ourlé de bleu, de mauve et d’un gris perle d’une douceur infinie. Je connaissais déjà l’épaisseur de la dune, moelleuse comme une couette ; il y a maintenant cette blancheur de drap frais dans lequel il fait bon s’enrouler pour dormir. Cette nuit, j’ai fait une rencontre avec un renard des sables. Près du feu de bois, un verre de thé brûlant à la main, j’ai vu une ombre sous la lune. Il a tourné un peu puis s’est approché vers le reste de la gamelle de pâtes, à moins de deux mètres. Il avait faim. Il est resté là, presque aussi grand qu’un chacal du désert, des oreilles démesurées, le nez fin, des yeux très noirs, brillants, malins, une volumineuse queue en panache, une grâce superbe. Il a hésité longuement, le nez vers la gamelle, mais une patte levée, prêt à se sauver, entre la faim qui lui tenaillait le ventre et la tentation de la fuite dans le désert. J’ai posé une gourmandise sur le sol, une tomate fraîche. Il l’a croquée pendant notre sommeil et emporté, au passage, une paire de sandales qui traînait près du feu. On est reparti pieds nus vers l’oasis de Bahariya. Après tant de désert blond, roux, brûlé, planté de pierres, de pics, doigts de géants dressés vers le ciel, vagues d’un majestueux océan à sec, après tant de sel, de soif, d’économie de soi, voici l’oasis. C’est une débauche de vert, de luxe, de jardins humides où courent des rigoles fraîches. Et puis les hommes. Pas le Touareg aperçu au loin qui s’approche au rythme de son chameau, donne le temps de le découvrir, de l’observer, de l’apprivoiser, avant les longs « Salam aleikum ! », la poignée de main du bout des doigts, rapide, fugitive comme un souffle d’air. Non. Les hommes. Serrés dans les rues encombrées, bordées de murets de pierres basses. Une promiscuité oubliée. Dieu, que ton désert était doux ! Et puis il y a le monde d’en bas, celui des momies gréco-romaines retrouvées il y a deux ans à peine dans les tombes enfouies autour de l’oasis. On descend par un trou profond de 12 mètres, par un escalier pentu comme une échelle. Au fond, il faut se baisser pour un premier passage vers la salle des piliers. On se relève face à Osiris, Isis, Anubis et Horus peints sur le mur d’en face. Se baisser encore pour pénétrer dans une niche de quelques mètres carrés avec deux énormes pierres tombales, rebondies et grossières, les fosses où dormaient les momies vieilles de cinq cents ans avant Jésus-Christ. Les archéologues en ont exhumé une centaine, il en resterait 10 000 à Bahariya. Cinq d’entre elles sont là, dans leur cercueil de verre, immobiles depuis plus de deux mille ans, momifiées, chair et bandelettes coagulées en un seul bloc noirâtre, flanqué de hiéroglyphes qui disent le nom de Jit-Amon, un bout d’histoire de leur vie. Sur le visage recouvert d’un masque d’or, l’artiste a dessiné de grands yeux ouverts, l’air très étonné. Imaginez leur surprise, on avait dit aux futures momies qu’elles se réveilleraient pour la résurrection dans le monde des dieux d’Egypte et elles se retrouvent étiquetées dans un cercueil de verre face au visage pâle d’un voyageur tout à fait commun.
7. Quseir : le dernier port de la mer Rouge Egypte A première vue, Quseir n’est qu’une ville bazar qui se meurt au bord de la mer Rouge depuis que le canal de Suez, en 1869, lui a ôté la vie. Il ne reste plus rien de Tjau, la Quseir des pharaons, grand port stratégiquement situé au débouché de la vallée du Nil d’où la grande Hatshepsout envoyait des expéditions vers le pays de Pnout - la Somalie -, qui revenaient avec des bateaux chargés d’encens, d’ivoire, d’ébène et d’animaux inconnus. Quseir - en arabe, le « raccourci » - était le chemin ouvert entre la civilisation du Nil et les marchandises d’Arabie, d’Afrique de l’Est et de l’Inde fabuleuse. Aujourd’hui, le port est devenu inutile, envasé, encombré des restes de ferraille de téléphérique qui courait sur la mer pour transporter le phosphate de la mine italienne vers les cales des bateaux. On entre dans une ville sale, déliquescente, aux murs de boue démolis par les dernières pluies, des étals de légumes entre deux terrains vagues, et une population qui erre, indolente, démarche lente comme un dernier élan du passé. Puis, lentement, la magie opère. D’abord, cette petite rue minuscule qui offre une arcade de pierre, une maison ocre rouge, un mur jaune paille doré et une fenêtre au grillage délicat. La suivante, plus étroite encore, vous fait passer sous un pont de bois entre deux maisons, histoire de protéger la circulation des femmes du regard de l’étranger. On se laisse prendre à ce labyrinthe, entre des portes ouvragées, des moucharabiehs anciens, à ces jeux d’ombre et de lumière, à cette architecture délicate au charme puissant. Et on commence à découvrir Quseir et sa beauté forte de reine en guenilles. Ici, le fort ottoman du XVIe siècle, ses murailles et ses canons, remodelé par Napoléon en 1799 quand les Français ont disputé pendant deux ans ce verrou de la mer Rouge à l’ennemi anglais. Là, l’écurie capable d’accueillir des centaines de chameaux chargés de trésors, la sellerie où tout était parfaitement rangé, la citerne souterraine reliée à la ville, la mosquée des origines, sans minaret, l’église construite par les Italiens en forme d’arche de Noé, le bâtiment des douanes du sultan ottoman, le bâtiment de la quarantaine, fenêtres scellées par des madriers mais porte d’entrée à trois arches, élégante, comme pour s’excuser de retenir le voyageur malade. On marche entre des murs décorés avec les images d’un homme en prière, de la Kaba - qui renferme la Pierre noire de La Mecque - et d’un gros bateau ou d’un avion à réaction, selon le moyen utilisé par l’habitant pour aller faire son pèlerinage. Quseir est toujours le plus court chemin pour aller à Djedda, puis gagner La Mecque et le paradis. Ici, tout le monde est hadj, on compte 25 mosquées pour 25 000 habitants, mais l’islam est tranquille, paisible, souriant au coin des ruelles qui offrent karkadé, thé et café au voyageur, en souvenir du temps où la ville prospérait en s’ouvrant au monde entier. Et on se prend d’amour pour cette belle pieuse et cultivée, Quseir, cité forte où l’on marche, pieds nus, sur une quarantaine de siècles de mémoire. Où tout vous conduit à nouveau vers la mer Rouge. Derrière, revoilà les dunes. Oh ! un peu vieillies, certes, montagneuses, un peu racornies, fatiguées par cette traversée de tout le désert d’Afrique. Mais toujours aussi belles, crémeuses à l’aube, brunes au soleil de midi, ocre rouge et mauves à la fin du jour et du voyage. Arrivées enfin au bord de l’eau salée, les dunes du désert s’adoucissent, plongent et redeviennent vagues de la mer. Comme une renaissance.
Jean-Paul Mari
1er février 2001
Par Jean-Paul Mari
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