Vite, il faut sauver le Mali !
(Journal du Jeudi Du 5 au 11 avril 2012 )
Les trompettes de la commémoration de l’indépendance du Sénégal, le 4 avril, ont une mélodie toute particulière cette année. Wade est parti deux jours plus tôt, laissant la place à une nouvelle alternance. Un président tout neuf, un mandat nouveau, et des défis à la pelle...
Tout avait commencé par un “Sall” temps pour Gorgui. Mais le vieux Wade n’y croyait guère et pensait tenir, dur comme fer, son pari. Seulement, la bourrasque électorale avait prévu d’autres plans pour le «pays de la Téranga». Sur fond de ventilateur et d’alternance. Le Sall temps de Macky est trop fort.
Après douze années de bons et loyaux services à la nation sénégalaise, Gorgui a passé la main le 2 avril dernier. Entre ovations et huées. Mais bon, on ne peut pas plaire à tout le monde. Même dans la vie. Les tambours étaient donc au rendez-vous de cette passation de pouvoir, même s’ils ne distillaient pas les mêmes sons. «Na dema dem» (Qu’il s’en aille), grondaient les uns, pressés de voir le «Pape du Sopi» prendre sa retraite! «Gorgui ligueyna Sénégal» (Le vieux a travaillé), scandaient les autres, admiratifs. Mais le sort en était jeté depuis cette fameuse soirée du 25 mars où Vieux Gorgui, sentant son échec cuisant, agrippa son bigophone et félicita son tombeur. Son élève, qu’il a roulé dans la farine, et qui est devenu décidément plus fort que son maître. Youssou Ndour pouvait déployer ses boubous avec gaieté et faire revivre le mbalakh avec bonheur.
Super Macky a donc gagné l’élection présidentielle de sa vie et tient fermement la barre du navire Sénégal depuis quelques jours. Une entrée en scène en fanfare, saluée aux quatre coins de la planète et ponctuée, déjà, par un dossier brûlant. Invité surprise de ce jour de gloire, le Mali était au centre de toutes les polémiques et de toutes les négociations.
Les têtes couronnées de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’étaient donné rendez-vous à Ndakarou, en marge de la cérémonie d’investiture de Super Macky, pour mettre le capitaine Sanogo au pied de son coup d’Etat de malheur. Embargo, sanctions, retour à la case départ et tout, et tout... Et ils ont à nouveau tapé du poing sur la table! Seulement, entre l’arbre du retour à la case constitutionnelle et la forêt de l’avancée victorieuse des rebelles sur la moitié nord du Mali, il faut savoir où placer ses forces.
En tout cas, les quelque 2 000 hommes déjà mis en alerte à titre préventif par la Cedeao pourraient bien entrer dans le jeu. Lundi dernier, à Dakar, les chefs d’Etat ont, en plus de l’annonce d’un «embargo total», sonné le gong d’une intervention militaire dans un pays sens dessus dessous. Les chefs d’état-major des pays membres de la communauté devraient se réunir incessamment pour «voir les modalités d’activation de cette force». D’ailleurs, ADO-la-force s’est voulu très ferme. «Toutes les mesures diplomatiques, économiques, financières et autres sont applicables (...) et ne seront levées que lorsque l’ordre constitutionnel (sera) effectivement rétabli », a-t-il martelé.
«Yes, we can!» semble lui avoir répondu le putschiste Sanogo, qui plaide cependant que «l’urgence est le recouvrement de l’intégrité territoriale» dans le Nord. Un Nord irrémédiablement perdu avec la prise annoncée de Tombouctou, haut lieu historique et touristique figurant sur le patrimoine mondial de l’Unesco, par les rebelles? En perdant le nord, le Mali n’est-il pas aussi en train de perdre son âme? Il faut sauver le Mali... Et vite !
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8 avr. 2012
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