ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ

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BIENVENUE AU SAHARA, AIRE DE LIBERTE

"Le désert est beau, ne ment pas, il est propre." Théodore MONOD.



9 juil. 2007

RICHESSES DU SAHARA



Le pétrole
Le mot «pétrole», composé à partir des deux mots latins petra et oleum, signifie littéralement «huile de pierre»: on trouve en effet le pétrole dans les roches sédimentaires de la croûte terrestre sous forme liquide. Il existe également sous forme gazeuse ou solide. Chimiquement, le pétrole est un mélange complexe d'hydrocarbures avec de petites quantités d'azote, d'oxygène et de soufre. Selon les gisements, il présente une grande variété, entre
le gaz naturel, constitué principalement de méthane, et des formes solides ou semi‑solides comme l'asphalte et les bitumes, en passant par toutes les formes intermédiaires liquides.
Le pétrole et le gaz naturel sont actuellement les matières premières minérales et énergétiques les plus utilisées, notamment sous forme de carburants, de médicaments, de matières plastiques ou même de cosmétiques. Aussi le pétrole est-il devenu, depuis un siècle, un produit stratégique qui a été l'enjeu de nombreux conflits.
La formation du pétrole Le pétrole se forme par dégradation de la matière organique issue de végétaux et d'organismes microscopiques enfouis avec les sédiments fins qui s'accumulent au fond des océans. Sous l'action des bactéries, dans des milieux pauvres en oxygène, la matière organique est dégradée en une substance brunâtre complexe, le kérogène, qui est en fait l'«ancêtre» du pétrole.
La genèse du pétrole Les couches de sédiments s'enfoncent et se consolident, se transformant peu à peu en roches sédimentaires: c'est ce qu'on appelle la diagenèse. Le kérogène est alors porté à des températures et à des pressions de plus en plus intenses, qui cassent les molécules et les réorganisent, donnant ainsi les hydrocarbures du pétrole. Au‑delà d'une certaine profondeur, ces phénomènes sont si intenses que les seules molécules qui subsistent sont des gaz et qu'il ne reste aucun hydrocarbure liquide. De ce fait, la présence de dépôts de pétrole liquide peut indiquer que les roches d'origine n'ont pas eu à subir de température supérieure à 140 °C environ. En revanche, la présence de gaz naturel en abondance permet de déduire que cette température a été dépassée. De manière générale, les températures favorables à la formation du pétrole liquide se situent entre 60 °C et 120 °C, en corrélation avec des profondeurs d'enfouissement des roches allant de 2 000 à 4 000 m.
Un autre facteur va conditionner l'apparition du pétrole: le temps. L'élévation de température doit se dérouler pendant une période suffisamment longue pour «cuire» les ingrédients de départ. Ainsi, des dépôts contenant de la matière organique et exposés à de basses températures, mais sur une longue période de temps, peuvent produire du pétrole d'une manière aussi efficace que des dépôts plus récents soumis à des températures plus élevées. Le temps est alors dit géologique, et correspond à des périodes qui atteignent plusieurs dizaines de millions d'années.
Le bassin sédimentaire La notion géographique de bassin recouvre une réalité géologique: les bassins se forment par l'accumulation de sédiments, transportés depuis les zones d'érosion active du continent dans une dépression de la surface terrestre. Des bassins sont actuellement en formation dans le golfe du Mexique, au large du delta du Mississippi, où les sables et les boues apportés par le fleuve s'accumulent sur des kilomètres d'épaisseur.
Le poids de telles accumulations provoque l'enfoncement progressif de l'ensemble du bassin: c'est le phénomène de subsidence; le bassin garde ainsi son caractère, l'enfoncement compensant le remplissage. Les couches plus anciennes se retrouvent progressivement enfouies, et le poids grandissant des couches sus‑jacentes, formées par l'arrivée de nouveaux sédiments, provoque leur compaction. L'eau qui circule, mue par la pression croissante et chargée de sels minéraux, va contribuer à cimenter les grains ou au contraire à les dissoudre en partie. Ainsi, les sédiments se transforment peu à peu en véritables roches: les sables deviennent des grès, et les boues des argiles.
La porosité des roches La compaction et la cimentation des roches ont pour effet de diminuer la taille des interstices séparant les grains, donc le volume de vides où peuvent se loger des fluides tels que l'eau ou les hydrocarbures. Le volume relatif des vides par rapport au volume total de la roche est appelé porosité: ce paramètre a une énorme importance en prospection pétrolière, puisqu'il détermine le volume potentiel de pétrole dans un gisement. La perméabilité, qui mesure la facilité qu'ont les fluides à traverser la roche, est elle aussi un paramètre important. Une roche poreuse n'est pas forcément perméable: les argiles sont imperméables, et pourtant poreuses (une argile sèche peut absorber de l'eau).
Roche mère, roche‑magasin Les pores des roches sédimentaires souterraines sont très souvent occupés par de l'eau. Dans les gisements d'hydrocarbures, le pétrole et le gaz ont expulsé l'eau en occupant les espaces interstitiels. Les roches qui s'imprègnent ainsi de pétrole sont typiquement des grès ou des roches carbonatées comme les calcaires, alors que les sédiments, où la matière organique a été piégée, sont plutôt des boues qui ont évolué en roches plus fines comme les argiles. Cette différence amène à faire la distinction entre la roche où le pétrole s'est lentement formé, ou roche mère, et celle qui forme le réservoir souterrain, ou roche‑magasin. Le terme « roche‑réservoir » n'est pas tout à fait adapté, puisque les gisements sont contenus non pas dans de vastes cavités mais dans les microscopiques pores de la roche, où le pétrole est exploité.
Les roches‑magasins doivent être à la fois perméables et poreuses: à cet égard, un grès composé de gros grains arrondis de taille plus ou moins uniforme est une roche‑magasin idéale. Si les tailles des grains sont très variables, la roche sera moins poreuse, et son degré de perméabilité risque d'être relativement faible.
Le pétrole né dans la roche mère doit donc migrer, au cours de son histoire, vers la roche‑magasin. Cette migration permet également le regroupement des hydrocarbures, qui sont à l'origine disséminés dans les sédiments.
La migration du pétrole Avec l'accumulation des couches sédimentaires et l'enfouissement, le poids s'accroît et compacte les sédiments. La pression intense qui en résulte est probablement le premier moteur de la migration du pétrole, les hydrocarbures s'extirpant des pores trop fins de la roche mère pour gagner des roches de porosité supérieure s'il s'en présente dans le voisinage immédiat.
Les divers cheminements du pétrole La migration de la masse de pétrole dépend des roches rencontrées. Des roches perméables comme les grès ou les calcaires, provenant d'anciens récifs, permettent le passage des hydrocarbures. Toute roche imperméable, par exemple une argile, les arrêtera ou modifiera leur cheminement. La migration ascendante du pétrole peut théoriquement l'amener jusqu'à la surface. De fait, on observe parfois en surface des suintements d'hydrocarbures, qui vont des simples traces, comme un film d'huile sur une surface d'eau, à des réserves assez importantes pour être exploitées.
Les gisements de surface sont cependant exceptionnels: le gaz naturel se perd presque instantanément dans l'atmosphère; l'huile est exposée à l'action des bactéries et à l'évaporation de ses composants légers. Quand il subsiste des hydrocarbures, ce sont des résidus lourds, goudron ou asphalte. Néanmoins, la présence de suintements actifs dans une région est la preuve de la migration de pétrole ou de gaz, et donc un indice de la possible présence en profondeur d'un gisement.
Les pièges à pétrole L'existence de gisements en profondeur s'explique par la présence de certaines structures géologiques qui bloquent le pétrole et le gaz et les empêchent d'aller s'évanouir en surface. Ces structures, connues sous le nom de pièges, peuvent prendre des formes variées. Elles jouent un double rôle, puisque d'une part elles arrêtent la migration des hydrocarbures et d'autre part elles provoquent leur accumulation «en amont», comme le ferait un barrage. Le plus souvent, les pièges mettent en contact une roche assez perméable et poreuse (un grès ou un calcaire) et une roche imperméable.
On distingue deux grandes familles de pièges: les pièges structuraux, qui sont constitués par les déformations souples (plis) ou cassantes (failles) des roches, et les pièges stratigraphiques, qui mettent en jeu la nature des roches. Des structures géologiques très particulières, les dômes de sel (les diapirs), combinent souvent les deux types de pièges, car elles ont un environnement qui présente des variations stratigraphiques importantes et causent des déformations notables aux roches encaissantes.
Production et transformation du pétrole Quand le gisement est localisé avec certitude, d'éventuels forages complémentaires puis des calculs (dits «de réservoir») permettent de déterminer son extension exacte et les volumes d'hydrocarbures contenus. Il faut tenir compte de paramètres géométriques (volume total de la «poche» de pétrole), mais également lithologiques, comme la porosité. Ces calculs aideront à déterminer la meilleure façon d'exploiter le gisement.
La récupération du pétrole En général, la pression à l'intérieur des réservoirs géologiques suffit à pousser les hydrocarbures vers la surface. Mais, dans les meilleures conditions, 25 % des hydrocarbures au maximum peuvent être ainsi extraits, car la pression diminue peu à peu jusqu'à devenir insuffisante. Des méthodes dites de récupération secondaire, ou assistée, sont alors utilisées: elles consistent à injecter de l'eau ou d'autres liquides dans des puits conçus à cet effet, afin de pousser le pétrole vers les tubages de production. Il est possible également d'agir sur la viscosité du pétrole, qui rend difficile sa séparation d'avec la roche‑magasin, au moyen de substances dont l'action est comparable à celle des savons; à terme, il sera possible de récupérer 50 % du pétrole contenu dans les gisements.
Le raffinage du pétrole Si le pétrole brut est un mélange d'hydrocarbures très variés, les produits livrés ont, eux, une composition bien précise. Par exemple, l'essence est fabriquée à partir d'hydrocarbures légers, au contraire des revêtements routiers, où des composés très lourds sont utilisés. Le raffinage permet donc de séparer les familles d'hydrocarbures. La séparation se fait par distillation; le chauffage progressif d'une charge de brut permet aux composés très légers de passer en phase vapeur et d'être recueillis par condensation; ensuite viennent des composés de moins en moins légers, les résidus non évaporés représentant la fraction la plus lourde. La transformation consiste à produire des molécules différentes de celles constituant le brut; deux techniques principales sont employées: le craquage, qui consiste à «casser» les molécules, généralement en les chauffant suffisamment; le reformage, opération inverse, qui consiste à «coller» des molécules élémentaires pour en former de plus lourdes.
À la sortie de la raffinerie, toute une série de produits finis sont obtenus, tels que les différents carburants, mais aussi des composés dits «grands intermédiaires», comme le butadiène, et qui serviront à la pétrochimie pour fabriquer des produits tels que les matières plastiques ou les composés chimiques utilisés en cosmétologie.
Le transport du pétrole Le gaz naturel, le pétrole brut et les produits raffinés du pétrole sont transportés par différents moyens: oléoducs et gazoducs, navires pétroliers, et plus rarement camions ou wagons‑citernes. À l'origine, le transport se faisait dans des barils de bois, et le baril est resté l'unité de référence pour la production de brut (1 baril vaut 159 l, et 1 t de brut représente 7,3 barils).
Oléoducs et gazoducs Les hydrocarbures fluides peuvent être transportés dans des canalisations, les oléoducs, ainsi que les hydrocarbures gazeux (on parle dans ce dernier cas de gazoducs). Ces canalisations sont composées de tubes soudés les uns aux autres, d'un diamètre de quelques dizaines de centimètres à plus de un mètre. Elles sont généralement enterrées, ce qui atténue l'impact sur l'environnement. Les hydrocarbures sont transportés sous pression, maintenue par des stations de pompage installées à intervalles réguliers. Dans certains pays (Russie, États‑Unis), où les transports terrestres impliquent des distances considérables, la plus grande partie du pétrole et du gaz naturel est acheminée par des oléoducs ou des gazoducs. Ceux-ci couvrent des distances considérables, jusqu'à plusieurs milliers de kilomètres. Il existe aussi des oléoducs et des gazoducs sous‑marins, comme ceux qui traversent la Méditerranée entre l'Afrique du Nord et l'Europe. Jusqu'aux années 1960, les gazoducs étaient le seul moyen de transport du gaz naturel.
Cependant, cette méthode de transport coûte trois fois plus cher que l'acheminement d'une quantité énergétique équivalente de pétrole brut. Une solution consiste à liquéfier le gaz en le portant à basse température (− 160 °C). Des pétroliers ont été spécialement conçus pour transporter ce gaz naturel liquéfié (GNL) à la pression atmosphérique. La consommation de gaz naturel provenant de régions lointaines est ainsi devenue possible. D'importants gisements de gaz naturel, comme ceux d'Alaska et du Moyen‑Orient, deviennent désormais exploitables.
Les navires pétroliers Un des avantages du transport maritime est sa souplesse: les navires pétroliers peuvent changer de trajet selon les besoins, transporter nimporte quel type de pétrole, et répondre à la demande saisonnière en augmentant leur capacité. Pour le transport du pétrole brut, les compagnies pétrolières utilisent de très grands navires. La plupart peuvent traverser le canal de Suez et le canal de Panamá, mais certains sont si volumineux (plus de 500 000 t) qu'ils doivent emprunter d'autres routes.
Les aspects économiques et politiques du pétrole Les premières compagnies pétrolières, nées aux États‑Unis, trouvèrent qu'il était plus intéressant de fusionner leurs activités au sein d'énormes trusts. En 1912, la Standard Oil Company, fondée par John D. Rockefeller, fut divisée en petites compagnies par la Cour suprême des États‑Unis, en vertu de la loi antitrust. En dépit de cette mesure, l'industrie pétrolière américaine, favorisée par l'énorme demande de pétrole provoquée par les deux guerres mondiales, fut dominée durant les décennies suivantes par quelques compagnies multinationales, cinq américaines et deux européennes (la Royal Dutch‑Shell et British Petroleum). En 1966, ces Majors contrôlaient 76 % de la production mondiale de pétrole. Bien qu'en concurrence féroce pour le contrôle de la production – par exemple, celle des gisements du Moyen‑Orient alors récemment découverts –, elles s'entendaient secrètement entre elles pour réguler la production, et par conséquent les prix, concluant à leur avantage des accords de production avec les gouvernements inexpérimentés des pays producteurs.
La création de l'OPEP Certains pays producteurs (Mexique, Iran), désireux de limiter les privilèges des grandes compagnies étrangères, entreprirent la nationalisation des puits exploités sur leur territoire, ou réclamèrent un partage équitable des revenus (Venezuela). En 1960, le Venezuela fonda, avec plusieurs pays du Moyen‑Orient, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), les pays producteurs voulant eux-mêmes contrôler les prix. Plusieurs autres pays ont rallié cette organisation, qui compte actuellement treize membres.
Les chocs pétroliers Chronologie (1973)
Le choc pétrolier de 1973
(document Le Monde) Le comportement de plus en plus militant de l'OPEP à partir des années 1970 amena les fameux «chocs pétroliers»: le premier et le plus connu eut lieu en 1973, lors de la guerre du Kippour, quand les pays du Proche‑Orient décidèrent des hausses du prix du brut allant jusqu'à 100 % et l'embargo des livraisons vers certains pays qui soutenaient alors Israël.
Le second choc pétrolier survint en 1979: en un an, les prix du brut doublèrent (de 14 à 28 dollars le baril). Entre 1973 et 1980, le prix du pétrole fut ainsi multiplié par dix. De plus, les variations des cours du brut furent amplifiées par celles des cours des devises: le pétrole étant payé en dollars (les «pétrodollars»), toute hausse de cette monnaie entraînait immédiatement une augmentation de la facture pétrolière des pays importateurs.
Les conséquences Cette situation a accru la dépendance des pays consommateurs (CEE et Japon, en particulier) par rapport aux pays producteurs (75 % de la production sont en effet consommés dans des pays qui ne possèdent que 10 % des réserves mondiales de pétrole) et contribué à l'appauvrissement de la plupart des pays du tiers‑monde. Confrontés aux chocs pétroliers, les pays importateurs prirent des mesures instituant des économies d'énergie et favorisant l'indépendance énergétique.
Ainsi, en 1974, certains pays européens imposèrent-ils l'interdiction de circuler ou la fermeture des pompes à essence pendant le week‑end. C'est également à cette époque que la plupart des pays instituèrent des limitations de vitesse, et que fut lancée la lutte contre le gaspillage, en incitant, par exemple, à l'isolation thermique des habitations ou au développement de moteurs automobiles économiques en carburant. Par ailleurs, les gouvernements favorisèrent d'autres formes d'énergie, en accélérant les programmes nucléaires ou en poussant à la recherche sur les énergies solaire, éolienne et géothermique basse et haute énergie.
Afin de réduire la dépendance à l'égard des pays producteurs traditionnels, une politique de diversification des sources d'approvisionnement fut menée et l'exploration, à la recherche de nouveaux gisements, fut développée. C'est ainsi que la mer du Nord est devenue une source très importante de pétrole et de gaz.
Ces mesures portèrent leurs fruits: la consommation mondiale de pétrole, qui avait culminé en 1979, chuta de 14 % entre 1980 et 1984 dans les pays occidentaux. La faible croissance des pays industrialisés contribua également à une baisse de la demande. Il s'ensuivit une surproduction qui provoqua une baisse des prix: la facture pétrolière française, qui était de 145 milliards de francs en 1984, descendit à 68,2 milliards de francs en 1992.
Le pétrole, matière première stratégique Alors que la production était au début du siècle l'apanage des États‑Unis, aujourd'hui le Proche‑Orient, avec 75 % de la production mondiale, est la première région exportatrice de pétrole au monde, et le premier fournisseur de l'Amérique du Nord, de l'Europe occidentale et du Japon. Aussi toute rumeur d'instabilité de la région du golfe Persique fait-elle vaciller les places boursières mondiales, l'or noir étant devenu la matière première prépondérante, qui gouverne en partie les flux économiques internationaux.
Chronologie (1991) L'or noir demeure le «nerf de la guerre»: ainsi, l'Iraq, sorti affaibli économiquement de sa guerre avec l'Iran, militait pour une hausse des prix du brut qui lui aurait permis de payer ses dettes. Les pays voisins, producteurs également de pétrole et inquiets de l'hégémonie grandissante de l'Iraq, favorisaient la surproduction afin de maintenir des cours très bas. En août 1990, l'Iraq, en envahissant le Koweït, provoquait la guerre du Golfe, engendrant un déséquilibre de l'ordre économique mondial. Par peur d'un troisième choc pétrolier les pays occidentaux, par l'intermédiaire de l'ONU, voulurent obliger l'Iraq à négocier, en établissant un embargo économique. Devant l'intransigeance du président irakien, Saddam Hussein, les Nations unies décident d'intervenir militairement (opération «Tempête du désert», janvier-février 1991), ce qui provoqua en quelques semaines la défaite des Irakiens.
L'avenir du pétrole Principaux pays producteurs de gaz naturel [2001] Les réserves et les ressources en pétrole Les spécialistes distinguent les ressources, qui sont l'ensemble des volumes d'hydrocarbures identifiés, y compris ceux dont les géologues ne font que supposer l'existence, et les réserves au sens strict, qui sont les volumes des gisements connus avec certitude, et dont on sait que l'exploitation sera rentable. Mais cette rentabilité dépend du prix auquel il sera possible de vendre le pétrole extrait. Si les cours de l'or noir s'effondrent, les gisements les plus difficiles à exploiter ne seront plus rentables, le coût d'une éventuelle exploitation dépassant le prix de vente. Privées de ces volumes, les réserves vont donc diminuer même si personne n'a encore touché aux gisements.
D'après des études optimistes estimant les réserves mondiales de pétrole, en 1996, à environ 160 milliards de tonnes, celles-ci pourraient durer une quarantaine d'années au rythme de la consommation actuel; il faut espérer que le rythme des découvertes suivra celui de la consommation, et qu'il sera possible d'affirmer, en 2030, l'existence de réserves jusqu'en 2080; néanmoins, de nombreux géologues affirment que l'essentiel du pétrole et du gaz a déjà été découvert, et qu'une baisse de la production est inévitable. En 1997, 80 % du pétrole produit provenait en effet de gisements découverts avant 1973; la majorité d'entre eux sont aujourd'hui en déclin. Dans les années 1990, les compagnies pétrolières ont découvert en moyenne un milliard de tonnes de pétrole par an, mais en 1997, elles en ont extrait annuellement plus de trois fois cette valeur. Par ailleurs, selon certains observateurs, les réserves mondiales de pétrole brut sont surestimées (notamment par les compagnies nationales, qui détiennent le monopole des droits pétroliers dans les pays de l'OPEP), et elles s'élevaient, en fait, au début de l'année 1997, non pas à 160 milliards de tonnes mais à environ 120 milliards de tonnes (quantité de pétrole ayant une probabilité de 50 % de chance d'être extraite de gisements connus). Ces réserves, et les nouveaux gisements restant à découvrir (estimés à 20 milliards de tonnes) fourniraient alors à peine plus que la quantité cumulée de pétrole déjà consommée à ce jour (un peu plus de 110 milliards de tonnes).
Les ressources non conventionnelles de pétrole Certains géologues estiment que les réserves dites non conventionnelles peuvent représenter un espoir pour l'avenir. Les hydrocarbures sont en effet présents partout dans la nature: les gaz libérés par la décomposition de la matière vivante (gaz des marais, par exemple) ou le méthane dissous dans les eaux souterraines représentent une immense source potentielle de gaz naturel. De même, de grandes quantités de roches, les schistes bitumineux, contiennent du kérogène qu'il suffit de porter à une certaine température pour en extraire des hydrocarbures utiles. C'est également en les chauffant qu'on peut extraire des hydrocarbures lourds des sables asphaltiques, dont les gisements sont abondants.
Le lait
Liquide blanc, au goût légèrement douceâtre, le lait est sécrété par les femelles de quelque 4000 espèces de mammifères, qu'ils soient marins comme le dauphin ou la baleine, aériens comme la chauve‑souris, terrestres comme l'écureuil ou le lapin; certaines espèces ont été domestiquées par l'homme afin qu'il récupère une bonne partie de leur production laitière, normalement réservée à l'élevage des jeunes. Le lait de vache, aliment riche en qualités nutritionnelles, permet la fabrication d'innombrables dérivés (beurre, fromages), qui jouent un rôle essentiel dans l'alimentation des pays occidentaux.
Composition La composition d'un lait dépend de l'espèce considérée, mais aussi de l'état général et du régime alimentaire de ses individus. Les laits des ruminants sont assez proches les uns des autres: le lait de brebis est remarquable par son extrait sec (lipides, glucides, protéines, sels minéraux); le lait de chèvre est particulièrement riche en vitamines. Les composants sont tous identiques, seules les proportions changent.
Le lait de vache, par exemple, est constitué d'eau (90 %) et d'un extrait sec (10 %). La quantité de lipides (matières grasses) varie entre 35 et 45 g/l; ceux-ci, sous forme de glycérides (triglycérides composés d'un alcool et d'acides gras), se retrouvent intégralement dans les dérivés, crème et beurre. Les protéines, de 30 à 36 g/l, sont surtout sous forme de caséine, matière albuminoïde riche en phosphore qui joue un rôle primordial dans la coagulation du lait au cours de l'élaboration des fromages. Les glucides, de 47 à 50 g/l, se trouvent essentiellement sous forme de lactose, ou sucre de lait formé de glucose et de galactose, qui subit des fermentations très importantes en industrie laitière. À ces constituants majeurs s'ajoutent 9 g de sels minéraux (phosphates, chlorures, citrates de potassium, calcium et sodium) et des quantités infimes, mais biologiquement importantes, de vitamines (A, D, B2, C, acide pantothérique), ainsi que des traces d'enzymes, de pigments, mais aussi des cellules venant des glandes mammaires et des microbes très variés.
Si autrefois, dans les fermes, on élevait toujours une chèvre pour fournir du lait aux enfants, aujourd’hui, en l'absence de nourrice ou de lait de femme collecté, le lait de vache, de composition voisine de celle du lait de la femme, peut constituer un bon substitut, sous réserve qu'il soit enrichi en sucre, en acide linoléique et en vitamines; les industriels préparent ainsi des laits «adaptés», selon le terme consacré par la convention de Genève.
Valeur alimentaire Pour le nouveau‑né, le lait maternel est un aliment complet; pour l'adulte, le lait de vache offre un ensemble de qualités exceptionnelles. D'une valeur calorique globale de 68 kcal pour 100 g, le lait, aliment équilibré, apporte des nutriments très digestes. Les acides aminés qui constituent les protéines du lait sont essentiels, malgré l'absence des acides aminés soufrés; de même, les lipides fournissent d'excellents acides gras insaturés parfaitement assimilables par notre système digestif – seuls manquent les acides linoléique et arachidonique, dont un nourrisson a besoin. L'apport de phosphore et de calcium est nécessaire à l'ossification chez le jeune et à l'entretien du squelette chez l'adulte. Si les vitamines du lait sont également précieuses, certaines (B, C et A) sont détruites par la chaleur produite lors de la cuisson ou, si le liquide est exposé, par les rayons ultraviolets du soleil. Les industriels ont donc été amenés à commercialiser le lait dans des récipients opaques, non sans avoir ajouté éventuellement des vitamines afin de garantir des taux minimaux. Certaines personnes, voire certaines populations – en Asie notamment –, digèrent difficilement le lait ou présentent des allergies à cet aliment. Ces réactions sont le plus souvent dues à l'absence ou à la disparition avec l'âge d'une enzyme de leur système digestif, la lactase.
Importance du lait de vache Sous les climats tempérés, les laits de jument ou d'ânesse étaient autrefois consommés; aujourd’hui, les chèvres et les brebis sont encore exploitées, mais les tonnages de lait produits sont très faibles comparés à ceux fournis par les vaches. Dans les pays du tiers‑monde, qui ne disposent en général ni de grands troupeaux laitiers ni d'industries laitières, les animaux domestiques élevés pour leur lait sont le chameau, le yack, le renne, le zébu et le buffle. Dans ce domaine, la suprématie de la vache est telle que le mot «lait» employé seul sous‑entend toujours «lait de vache», alors que pour tous les autres laits la précision de l'espèce est indispensable. Cette distinction courante a été ratifiée par la loi: le lait est «le produit intégral de la traite totale et ininterrompue d'une femelle laitière bien portante, bien nourrie et non surmenée», définition établie par le Congrès international de la répression des fraudes, à Paris en 1909, et adoptée par la plupart des pays.
Les oasis
L'oasis est un espace habité, cultivé et irrigué dans une région désertique. Dans l'imagerie populaire, l'oasis est souvent prise comme le symbole du havre, de l'île, du lieu accueillant au sein d'un monde hostile, mais ce symbolisme repose sur une image du passé. Les oasis se sont étendues, ont beaucoup changé et présentent aujourdhui des physionomies très diverses.
Les oasis traditionnelles Les oasis qui correspondent le mieux à l'image classique sont les petites oasis sahariennes depuis longtemps exploitées, entourées par le désert et qui, par leur végétation touffue, donnent une impression de luxuriance. L'eau utilisée ici vient parfois de petits cours d'eau issus de la montagne (vallée du Draa, au Maroc), le plus souvent de sources abondantes (Djerid, en Tunisie) ou de nappes phréatiques exploitées par des puits (Mzab, en Algérie), voire des drains souterrains (Touat, en Algérie). On distingue plusieurs strates cultivées superposées: les palmiers‑dattiers, les arbres fruitiers tels que les figuiers et les abricotiers, enfin les cultures au sol telles que les céréales, la luzerne, les fèves, les piments et les courges.
La densité est forte. L'habitat est groupé et les maisons, construites en terre, ont une architecture caractéristique. Avec la modernisation et l'apport de nouvelles ressources liées à l'émigration vers l'Europe et les zones d'exploitation pétrolière, les systèmes d'irrigation ne sont plus entretenus et nombre de jardins sont aujourdhui abandonnés.
Dans les oasis, également anciennes, situées le long des cours d'eau allogènes qui traversent les déserts chauds (Nil, Tigre, Euphrate, Indus), le paysage est comparable, mais l'agriculture est généralement moins intensive et la population moins dense. Les arbres sont moins nombreux et les céréales occupent plus de place. Les motopompes sont fréquemment utilisées. Dans ces oasis, qui peuvent s'étendre sur de grandes distances sans interruption, les processus de modernisation agricole et d'urbanisation sont encore plus accentués.
Dans les «oasis froides» d'Afghanistan et du Turkestan chinois, le paysage est particulier car l'hiver est rigoureux. Les palmiers‑dattiers sont absents et les autres arbres fruitiers peu nombreux; les arbres les plus communs sont les peupliers. L'irrigation sert ici à faire pousser des céréales essentiellement. La densité de population est modérée.
Les oasis modernes Quant aux oasis de création récente, elles présentent des aspects encore différents. Dans les régions arides des États‑Unis (Arizona, Nouveau‑Mexique), d'importants travaux ont permis l'installation de vastes périmètres irrigués modernes utilisant surtout l'irrigation par aspersion et dont les pièces maîtresses sont les grands barrages le long des cours d'eau, spécialement le rio Colorado, et des canaux d'irrigation bétonnés longs de plusieurs centaines de kilomètres. Les travaux ont servi à développer des cultures spéculatives, comme les agrumes et les primeurs, pour les marchés d'Amérique du Nord. Les exploitations sont grandes, l'habitat est dispersé et le parcellaire est géométrique.
Les mêmes techniques ont été utilisées ailleurs grâce à une politique hydraulique très poussée, en particulier en Égypte, en Iraq, au Turkménistan, en Ouzbékistan et au Pakistan. De grands ouvrages ont été construits depuis deux ou trois décennies, dont le plus connu est le gigantesque barrage d'Assouan sur le Nil. Les périmètres irrigués ont pu être ainsi étendus considérablement. On retrouve ici la géométrie des parcelles et des canaux d'irrigation, mais l'agriculture est plus diversifiée et les systèmes agraires sont variés. Cultures vivrières et cultures commerciales sont mélangées: les principales sont les céréales et le coton.
L'exemple le plus remarquable de ces nouveaux périmètres irrigués est celui des vastes champs circulaires créés en plein désert, en Libye et surtout en Arabie, avec les systèmes à pivot central distribuant de l'eau venue des profondeurs grâce à des forages, et servant à produire du blé et des légumes. On est ici très loin de l'image traditionnelle des oasis.
La transhumance
La transhumance est un déplacement saisonnier des troupeaux entre deux zones de pâturages complémentaires, parfois très éloignés l'un de l'autre. Elle doit être distinguée de l'estivage ou déplacement d'été vers les prairies d'altitude, en ce sens qu'elle associe deux types de pâturages et non pas seulement deux étages de montagnes. La transhumance se distingue également du nomadisme par le fait que seuls les bergers accompagnent les troupeaux.
Directe ou inverse Particulièrement développée dans les zones méditerranéennes ou montagneuses, la transhumance se fonde généralement sur l'utilisation complémentaire des pâturages de plaine et des pâturages d'altitude. Elle peut se faire dans deux directions: de la plaine vers la montagne lorsque les troupeaux quittent, au début de l'été, les plaines desséchées pour la montagne: c'est la transhumance directe ou ascendante; de la montagne vers la plaine lorsqu'en hiver les troupeaux abandonnent les alpages enneigés pour les prairies de la plaine: c'est la transhumance inverse ou descendante. La transhumance perpétue les anciennes pratiques communautaires: tout le cheptel d'un village est rassemblé sous la direction d'un ou de plusieurs bergers pour être conduit par des sentiers particuliers, les drailles, vers les terrains de parcours.
Dans les zones steppiques et en bordure des déserts, la transhumance demeure encore vivace entre zones inégalement arrosées selon les saisons; elle se substitue au nomadisme lorsque la sédentarisation des anciens nomades fixe la majorité de la population, qui s'adonne dès lors à d'autres tâches (agriculture dans les oasis). La transhumance existe également dans les steppes de l'Asie centrale; en Amérique entre les montagnes Rocheuses et les bassins intérieurs de la chaîne; en Australie, où l'élevage extensif des ovins et des bovins repose sur le fencing (division des pâturages par des clôtures légères) mais n'exclut pas la transhumance en cas de sécheresse exceptionnelle.
Une activité en déclin La transhumance est aujourdhui en déclin par suite de la transformation des paysages ruraux: mise en valeur agricole des anciennes zones de parcours grâce à l'irrigation et à l'implantation de nouvelles cultures; développement de l'élevage à l'étable grâce aux productions fourragères. De même, la transhumance décroît par suite des mutations économiques: production de textiles nouveaux qui ont réduit les besoins en laine; apparition du tourisme et de l'urbanisation de villégiature dans les montagnes; parcage des animaux qui dégradaient au passage les forêts et concouraient au déboisement des pentes. Les longues marches des troupeaux sont d'ailleurs souvent remplacées par des transports en camion ou en train; seuls subsistent les déplacements sur de courtes distances: les pâturages du Jura français accueillent ainsi les troupeaux de vaches venus de Suisse.
La transhumance fut particulièrement importante en Espagne, où l'association de la Mesta, fondée au XIIIe siècle, regroupait les éleveurs de moutons merinos et bénéficiait de la protection de l'État. La transhumance directe a pratiquement disparu du versant français des Pyrénées; la transhumance inverse reste encore une obligation. Dans les Alpes, les terrains de parcours ont été réduits; même dans les pays neufs, la transhumance a presque disparu; ainsi, les estancias d'Argentine ont été clôturées; seule, semble-t-il, doit subsister en milieu montagnard la transhumance inverse.
Le semi‑nomadisme Les transhumances des bergers du sud de la France, du Maghreb, de Sardaigne ou de Grèce offrent un exemple de semi‑nomadisme. Il s'agit souvent d'un état transitoire antérieur à la sédentarisation complète et à l'adoption d'un genre de vie attesté par l'abandon de l'habitat mobile. Le semi‑nomadisme était dû aux conditions météorologiques qui réduisaient souvent l'étendue des pâturages du désert; il s'explique beaucoup plus aujourd’hui par l'évolution des conditions économiques, défavorables à la vie nomade: les semi‑nomades vivent en bordure des déserts; ils trouvent des ressources d'appoint dans les oasis dont ils sont eux-mêmes cultivateurs suivant les périodes de l'année, et ils pratiquent l'élevage transhumant qui implique un déplacement régulier des animaux. Les Regueibat de Mauritanie, dont l'agriculture demeure occasionnelle, sont des nomades, mais les Mkadmas, Chaamba de la région de Ouargla (Sahara), sont des semi‑nomades.
Les pasteurs‑nomades
Le pastoralisme nomade Une caravane interminable de dromadaires traversant un désert est, sans doute, l'image la plus commune du pastoralisme nomade. Mais elle est loin de rendre compte de la complexité et de la diversité d'un genre de vie – indissociable de la domestication, donc de la néolithisation – apparu dans plusieurs régions du globe aux caractéristiques écologiques spécifiques. Parcourant de vastes territoires, les sociétés nomades ont toujours entretenu des relations, hostiles ou pacifiques, avec les sociétés sédentaires.
L'élevage itinérant et l'exploitation de troupeaux d'animaux domestiques émergent dans des conditions où les contraintes de l'écosystème et du système technique rendent l'agriculture impossible ou, du moins, insuffisante pour faire vivre la totalité de la population. Les troupeaux se composent de certains animaux domestiques grégaires qui sont guidés vers des zones où ils pourront trouver de quoi s'alimenter. Le nomadisme s'impose, car ces pâturages se trouvent, selon les époques de l'année, dans des régions différentes.
Les déplacements sont donc le plus souvent réguliers et les trajets, bien précis, ne varient que fort peu année après année.
La domestication L'origine du pastoralisme nomade se confond avec la domestication. Si celle des plantes semble bien s'accompagner d'une réduction progressive du nomadisme pour aboutir à une agriculture sédentaire, l'existence d'un élevage nomade peut inciter à penser que la domestication des animaux a été l'œuvre de groupes de chasseurs‑cueilleurs devenus éleveurs tout en restant nomades.
Il semble bien qu'il faille considérer que les pasteurs‑nomades ont toujours habité les régions dans lesquelles ils se trouvent aujourdhui et que la domestication des animaux a été faite là où se faisait aussi celle des plantes. La pression démographique devenant de plus en plus forte sur des terres cultivables restreintes, le pastoralisme devenait la solution permettant de faire face à la crise alimentaire. Il est vrai que le parallélisme entre domestication des plantes et domestication des animaux ne se vérifie pas en Océanie ni vraiment en Amérique. Il s'agit d'un modèle de l'émergence du pastoralisme qui vaut surtout pour l'Asie et l'Afrique, et des situations locales peuvent ne pas y correspondre. Mais le cas américain, par sa différence même, vient confirmer ce modèle. Avec la domestication ancienne des plantes (manioc, maïs, pomme de terre, arachide), il n'y a pas eu de domestication des animaux, sauf celle du lama dans les Andes. Tant en forêt que dans les montagnes, agriculture, pêche, chasse et cueillette permettaient d'exploiter tous les écosystèmes, sauf les hauts plateaux situés vers 4 000 m; la domestication du lama a alors permis, dans une région à forte pression démographique et à agriculture intensive, de rendre ces terres productives. Le caractère exceptionnel de ce pastoralisme d'altitude montre bien qu'il a été produit dans un contexte global hors duquel il n'a pas de sens. Il souligne aussi la complémentarité du pastoralisme et de l'agriculture.
Régions et sociétés pastorales Les régions où vivent des pasteurs‑nomades sont caractérisées par des conditions climatiques particulières: zones désertiques ou semi‑désertiques sur lesquelles les précipitations sont rares et imprévisibles; régions froides aux hivers rigoureux où la végétation est uniforme, telles les steppes et toundras de l'Asie et de l'Europe du Nord. Climatiquement distincts, ces milieux sont tous défavorables à l'agriculture: sécheresse, trop grands froids ou sols inadaptés. On peut distinguer dans leur distribution plusieurs grands ensembles régionaux.
Afrique du Nord et Moyen‑Orient Les plaines arides et semi‑arides d'Afrique et du Moyen‑Orient, qui vont du Sahara occidental à la péninsule Arabique et à la Corne de l'Afrique, sont la région des déserts de sable où vivent Maures, Touareg, Bédouins d'Arabie et Somalis. Le pastoralisme de ces peuples, fondé sur le dromadaire, comprend également d'autres animaux – moutons, chèvres et chevaux.
De la Turquie au Tibet Les terres qui s'étendent de l'ouest de la Turquie jusqu'au Tibet à l'est, et vers le sud jusqu'aux chaînes montagneuses d'Iran et du Pakistan, qui surplombent le littoral de l'océan Indien, sont occupées par les Turcs, les Kurdes, les Baloutches et les Afghans; ces peuples pratiquent un pastoralisme de moyenne montagne et élèvent ovins, caprins et chameaux, alors que les Tibétains, grâce au yack (bovin adapté à l'altitude et au froid), peuvent exploiter les très hauts plateaux himalayens. Les activités pastorales des régions du Bassin méditerranéen peuvent être incluses dans cet ensemble sans pour autant que la transhumance entre dans la définition du nomadisme; ce pastoralisme tend cependant à disparaître, même s'il reste plus vivant en Afrique du Nord ou dans le Péloponnèse que dans les Alpes‑Maritimes.
De la mer Noire à la Chine En troisième lieu, de la mer Noire à la Chine s'étendent de grandes plaines, où Hongrois, Kazakhs, Tatars et Mongols ont développé une véritable «civilisation des steppes» reposant sur l'élevage du cheval. Ces peuples ont toujours représenté une menace pour les royaumes sédentaires situés aux marges de leur territoire et y ont parfois même, comme les Mongols, pris le pouvoir et fondé une dynastie.
Le Grand Nord Plus au nord, de la Laponie à l'extrême Est sibérien, le renne est, pour les Lapons, les Samoyèdes, les Toungouses, les Iakoutes et les Tchouktches, l'animal qui permet de vivre sous les hautes latitudes où règne la toundra, végétation constituée de mousses et de lichens. Le renne fait l'objet dans ces sociétés de degrés différents de domestication: élevé par les Lapons, il est plutôt contrôlé et chassé par les Tchouktches.
Les savanes africaines La dernière grande région est celle des savanes et des franges tropicales de l'Afrique. Du sud‑ouest du Sahara à l'océan Indien, des peuples comme les Peuls, les Massaïs et les Nuers (populations nilo‑chamitiques) élèvent surtout des bovins, des ovins et des caprins; c'est le cas également des Tutsis des plateaux d'Afrique centrale. Au sud, les Zoulous, les Hottentots ou les Hereros pratiquent également l'élevage, qui ne constitue toutefois pas l'essentiel de leurs ressources, comme c'est le cas pour les tribus de la partie septentrionale.
Le cas des Andes On ne peut parler, dans les Andes, de véritable société pastorale, puisque le lama est plutôt une spécialisation à l'intérieur d'un système où domine l'agriculture. Quelques groupes indigènes, cependant, à la suite de la conquête, ont emprunté certains animaux domestiques importés par les Européens et ont développé des adaptations particulières. Les Indiens des plaines des États‑Unis ou ceux du Gran Chaco argentin, par l'utilisation du cheval, ont modifié leurs techniques de chasse ou augmenté leur capacité guerrière. Les Navajos des États‑Unis ou les Goajiros de Colombie, en revanche, ont très vite intégré la totalité des activités qui caractérisent le pastoralisme.
Système de production Les animaux se nourrissant de plantes sauvages, le pasteur n'agit que très peu sur la nature. Dans les régions désertiques, toutefois, il l'aménage en creusant des puits. L'essentiel de son action s'exerce en fait sur les animaux: il les conduit vers les pâturages et contrôle leur reproduction. Ces animaux sont l'aboutissement d'un processus d'adaptation à l'environnement. Ce processus, toujours en cours, est une symbiose dynamique entre l'homme et l'animal puisque l'un et l'autre sont condition mutuelle de survie.
Le choix des animaux Certaines sociétés fondent leur économie et leur subsistance sur un seul animal, tels le yack ou le renne, exemples d'adaptation très poussée à un écosystème particulièrement spécialisé. Cependant, la plupart des sociétés pastorales présentent une diversification plus ou moins grande du parc animal. Certes, un animal domine mais l'on trouve des troupeaux importants d'ovins et de caprins chez les Bédouins ou les Nuers comme «complément», peut-on dire, des dromadaires et des bovins. Chaque animal est spécialisé dans l'exploitation d'un certain milieu mais la diversification constitue aussi une garantie contre les aléas, qu'ils soient climatiques ou épizootiques (épidémies animales): telle espèce s'accommodera mieux de la sécheresse, de certains types de végétation, ou encore résistera mieux aux maladies. Si tous les animaux ont une importance économique évidente, tous ne sont pas valorisés socialement au même degré. Ainsi, chez les Nuers, la richesse et le statut d'un homme – et ceux de son groupe – sont relatifs à son cheptel, et il ne pourra se marier qu'en versant une compensation matrimoniale constituée par des bovins qui sera, bien sûr, plus élevée si l'alliance contractée est socialement prestigieuse.
L'usage des animaux Puisqu'il est ainsi valorisé, le bétail doit être accumulé; il est fondamental pour les relations sociales, et ce qu'il produit nourrit l'individu. Par ailleurs, plus le troupeau est important, moins grands seront les risques de le voir gravement frappé par une maladie. Aussi, pour des raisons tant sociales que techniques, les éleveurs ne consomment-ils que rarement la viande des animaux: ils n'abattront, en temps normal, que les animaux vieux ou malades, évitant de diminuer la capacité de production et de reproduction alimentaire et sociale du troupeau. Ils consomment le lait et ses dérivés, parfois le sang, et fabriquent, à partir des poils, des crins et des peaux, les sangles, les cordages, les tentes et les outres, ou encore, comme chez les Massaïs, utilisent la bouse comme combustible et revêtement des huttes. L'éleveur se doit donc d'augmenter sans cesse son troupeau, mais cette stratégie, obéissant à des impératifs économiques et sociaux, entraîne une contrainte qui menace la stabilité du système pastoral.
Il est nécessaire de respecter l'équilibre entre le nombre d'animaux et les ressources d'un territoire donné. Si cet équilibre permet d'éviter le surpâturage – qui provoque la désertification –, il contraint l'éleveur à chercher de nouvelles terres. Cette tendance à l'expansionnisme, inhérente au pastoralisme, explique les fréquents conflits qui existent dans ces sociétés, comme les «guerres tribales» des Bédouins d'Arabie ou des pasteurs nilotiques.
La circulation des richesses Outre les processus d'autorégulation naturels qui limitent la population des troupeaux, des mécanismes, culturels cette fois, permettent de contrôler cette accumulation et ses conséquences: les compensations matrimoniales, dabord, et celles qui mettent fin aux conflits assurent entre les familles ou les clans une circulation et une redistribution des animaux; l'échange, ensuite, avec des sociétés d'agriculteurs – qu'il s'agisse de troc ou de vente – permet de faire sortir des animaux du système pastoral et d'obtenir aliments, biens de consommation ou objets précieux. Par l'échange, les pasteurs se procurent ce qu'ils ne produisent pas, mais aussi convertissent en richesses thésaurisables ce qu'ils risquent de produire en trop. Du fait de cette complémentarité entre nomades et sédentaires, la compréhension du système pastoral n'est vraiment possible que dans une perspective régionale.
Activités annexes Mais l'économie pastorale ne repose pas uniquement sur l'élevage. La diversification des activités assure, en effet, la répartition des risques. Selon les sociétés, chasse et cueillette, agriculture oasienne ponctuelle, commerce caravanier, raids, autrefois, sur des populations sédentaires et, aujourdhui, travail salarié sont autant de ressources d'appoint dont l'importance varie en fonction du contexte global.
Le pouvoir Le politique, enfin, présente des aspects très divers: sociétés segmentaires – ou acéphales –, chefs tribaux, princes d'oasis ou khans mongols, toute la gamme du pouvoir semble présente. Et si, parfois, on a vu ces sociétés comme plus égalitaires qu'elles ne le sont, il reste que le pouvoir politique chez les nomades – même dans les cas où il semble le plus fort – est bien qualitativement différent de celui qui règne chez les sédentaires. Toute concentration du pouvoir se heurte, en effet, à la nature de la société pastorale et vient figer le jeu politique et les échanges entre les groupes. Lorsque de tels phénomènes se produisent, la société et l'organisation pastorales cessent d'exister pleinement, comme ce fut le cas en Chine ou, plus récemment, en Arabie, même si se perpétue un discours qui valorise le nomadisme.
Circulation et redistribution à l'intérieur, échange et conversion à l'extérieur du produit de l'élevage, diversification des activités mettent en évidence que le pastoralisme nomade est un système ouvert, en continuel ajustement, et qui fonctionne de façon complémentaire avec les sociétés agricoles. Si l'histoire des pasteurs nomades a toujours été liée aux populations et aux États sédentaires, les mesures de contrôle et les politiques de sédentarisation dont ils sont aujourd’hui l'objet mettent en péril leur indépendance et menacent leur existence.
LE HOGGAR
Le massif du Hoggar ou du Ahaggar, situé au cœur du Sahara, s'étend sur une surface d'environ 50 000 km2. C'est un ensemble complexe composé de plusieurs parties distinctes.
Il comprend d’abord une première «enceinte tassilienne» formée, au nord, par le plateau de grès le tassili des Ajjer, aux paysages burinés par l'érosion avec les aiguilles de grès du Tamrit et de profonds canyons. À l'est, le massif du Mouydir est célèbre pour les gorges d'Arak, profondes de 400 m et bordées par un escarpement gréseux long de 40 km.
À l'intérieur se trouve le massif ancien cristallin du Hoggar qui est un bombement du socle avec un rejeu de failles associé à des épanchements de lave.
La zone granitique se présente comme une haute montagne tabulaire, avec la montagne des Génies et les dômes gigantesques du Tesnou et de Al Gara d'In‑Eker. Au cœur du massif du Hoggar, les effusions volcaniques ont créé les paysages grandioses d'aiguilles et d'intrusions de laves avec à leur pied des talus d'éboulis caractéristiques de l'Atakor n'Ahaggar, la Koudia («montagne») étant la partie la plus élevée avec ses sommets du Tahat (2908 m), de l'Ilamane (2900 m) ou du djebel Oumane (2769 m).
Le massif du Hoggar est une montagne dont l'environnement est de nature hyperaride. C'est un désert continental à plus de 2 100 km de l'océan Atlantique, à la hauteur du tropique du Cancer, sous l'influence des hautes pressions tropicales toute l'année. Les rares précipitations, en hiver, proviennent de dépressions de type méditerranéen. Si les étés restent chauds dans la haute montagne, les hivers sont relativement frais par rapport au bas pays.
La végétation, malgré le gel en altitude, y trouve cependant des conditions plus favorables que dans les plaines voisines. Il y a peu de boisements sinon près des sources, avec des dégradations d'origine anthropique. La végétation qui domine est une maigre steppe jusqu'à 1 800 m, puis une garrigue à oléastre et myrte, enfin à partir de 2 400 m apparaît une steppe à armoise blanche.
Le Hoggar est un désert où la déflation (action du vent) est la seule manifestation de l'érosion. Les formes du relief sont donc des héritages paléoclimatiques du quaternaire ancien qui a connu des phases pluvieuses et plus sèches.
L'existence des Touareg qui habitent encore le Hoggar est partagée entre une vie semi‑nomade (avec des parcours réduits après les pluies, à la recherche pour les troupeaux de l'acheb, c’est‑à‑dire des prairies soudain verdoyantes), une sédentarisation plus ou moins forcée par le pouvoir politique, et des visites guidées pour les touristes.
LA CHEVRE
Béguètement de la chèvre Les chèvres domestiques présentent, selon les races, une grande diversité morphologique, due à des différences d'origine, mais aussi à l'intervention de l'homme. La chèvre domestique européenne dérive probablement de la chèvre ægagre (Capra aegagrus), forme sauvage distribuée en Crète et de la Turquie à l'Iran, caractérisée par des cornes comprimées latéralement. Sont considérés comme des chèvres sauvages le bouquetin (Capra ibex) et le markhor (Capra falconerii), auxquels s'apparentent des chèvres domestiques de Grèce et de Turquie. La plupart des chèvres d'élevage appartiennent à trois grandes races, dont deux d'origine suisse: la Saanen ou Gessenay (blanche), l'Alpine ou Chamoisée (brune, avec dos, jambes et tête noirs), la Mohair. Il existe environ 528 millions de chèvres dans le monde, dont 171 en Afrique (Nigeria, Éthiopie, Maroc, Soudan), 14 en Amérique du Nord (Mexique, Haïti), 22 en Amérique du Sud (Brésil, Argentine), 296 en Asie (Inde, Chine, Viêt‑nam, Pakistan, Iran, Bangladesh), 15 en Europe (Grèce, Espagne, Italie, France), 6 dans l'ex‑URSS et 2 en Océanie.
Élevage Les chèvres sont élevées pour leur lait, leur cuir, leur chair et leur poil (notamment les chèvres angoras d'Asie Mineure, dont la laine peut dépasser 19 cm de long, et la chèvre cachemire d'Himalaya, à poil épais et fin). Les chevrettes peuvent être fécondées dès l'âge de 7 à 8 mois. La durée de gestation est de cinq mois. La chèvre met bas un ou deux chevreaux, mais les naissances triples ne sont pas rares. Il existe une proportion élevée d'animaux intersexués (de 10 à 20 %). Une chèvre produit en moyenne 400 à 800 litres de lait par an, pour une lactation de 8 à 10 mois. La viande est fournie principalement par les chevreaux abattus entre 4 et 8 semaines (de 6 à 12 kg). Leur peau, très souple, est employée en maroquinerie de luxe.
Le fromage de chèvre Le fromage de chèvre est préparé exclusivement à partir de lait de chèvre. Il contient au moins 45 % de matière grasse (475 cal/100 g) après dessiccation, et est connu sous de nombreuses appellations (chevrotin, chevroton, cabecou, etc.). Obtenu par égouttage de lait caillé, il se consomme frais, affiné ou sec
LE SAHEL
Vaste aire semi‑aride qui s'étire de l'Atlantique à la mer Rouge, la bordure méridionale du Sahara est caractérisée par l'irrégularité des pluies et la fragilité des sociétés agricoles. Les sécheresses répétées, la dégradation des sols et du couvert végétal, liée à l'explosion démographique, concourent à la désertification. Éleveurs et cultivateurs migrent en nombre croissant vers les régions plus humides et les villes. Le PIB de l'ensemble du Sahel politique est 1,5 fois inférieur à celui du Bangladesh, alors que l'aide publique au développement est 6 fois supérieure à la moyenne des pays pauvres.
Les limites du Sahel Les terres sahéliennes, «rivage aride d'une mer abandonnée» selon l'heureuse expression du géographe Jean Gallais, ne sont guère faciles à circonscrire. Il reste que c'est de l'incertitude climatique que procèdent, en partie, la fragilité des écosystèmes et la précarité des conditions de vie.
Les différents critères Pour Théodore Monod et les naturalistes, le Sahel est un domaine écologique tropical que caractérisent une longue saison sèche (7 à 10 mois), la concentration estivale de pluies peu abondantes et surtout très irrégulières, l'importance des formations végétales steppiques à plantes herbacées annuelles, le triomphe des acacias et des épineux. Commençant au sud du Sahara avec l'apparition du cramcram (Cenchrus biflorus), graminée vivace, le Sahel prendrait fin aux lisières des forêts claires et des savanes arborées soudaniennes. Ses limites demeurent toutefois floues et mouvantes. Les isohyètes moyennes annuelles oscillent entre 100-150 mm au nord, contre 500-700 mm au sud; leurs positions en latitude varient d'une année à l'autre, parfois considérablement. Des massifs montagneux (Aïr) font office de bastions pluviométriques avancés en zone aride; à l'inverse, des formes typiques du désert, dunes vives et glacis caillouteux, parsèment des étendues dites sahéliennes. La limite des cultures sous pluie, souvent évoquée comme «frontière» septentrionale (400 à 200 mm annuels), n'est pas franche. Pour certains auteurs, les marges méridionales sont étendues jusqu'aux isohyètes 750, voire 1 000 mm, bien au‑delà de Bamako et de Ouagadougou.
L'incertitude climatique Depuis leur expansion sur les marges méridionales du Sahara, les crises de subsistance ont toujours affecté les sociétés d'agriculteurs et de pasteurs. Les groupes humains doivent faire face à la variabilité interannuelle des précipitations, qui peuvent fluctuer du simple au triple, sans compter les décalages de la date correspondant au début des pluies et l'inégale distribution de ces dernières pendant l'hivernage (saison des pluies), qui diminue du sud au nord: 5 mois à Bamako (juin–octobre), 2 mois à Tombouctou (juillet–août). Depuis les mauvais hivernages enregistrés entre 1968 et 1975, les débats lancés au début du XXe siècle à propos de la «sécheresse» au Sahel (dessèchement inéluctable lié à une avancée du désert) ont été ravivés. L'observation du réseau des pluviomètres installés à partir de 1920 montre que c'est moins le total des pluies que leur répartition qui joue sur l'état des formations végétales ou l'ampleur des récoltes. Selon la nature des sols et la fréquence des précipitations, on peut définir des pluies «utiles»: 10 mm par semaine sur un sol gravillonnaire, 3 mm sur un sol sableux (la sécheresse survient lorsque ces valeurs et ces données ne sont pas atteintes).
En termes de répartition, le caractère zonal des sécheresses n'apparaît pas clairement. Le domaine sahélien ne fonctionne pas comme une entité climatique unique: on peut enregistrer, la même année, des pluies conformes aux moyennes au Niger, alors que les déficits se creusent au Mali et au Sénégal. L'opinion des spécialistes est partagée: pour les uns, les sécheresses récentes sont une manifestation périodique des péjorations climatiques qui ont caractérisé le Sahel depuis le Néolithique; pour d'autres, elles témoignent d'un réel processus d'aridification. Quoi qu'il en soit, les dernières sécheresses ont eu des conséquences d'autant plus marquantes qu'elles ont affecté un milieu fragilisé par l'explosion démographique, par l'extension des surfaces cultivées, par le surpâturage et les coupes de bois à destination des marchés urbains pour les besoins ménagers.
Le Sahel politique La définition politique du Sahel n'est guère plus satisfaisante: neuf pays sont réunis, depuis 1971, au sein du Comité inter‑États de lutte contre la sécheresse du Sahel (CILSS). Les plus typiquement sahéliens sont le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad. Le Soudan n'en est pas membre, contrairement à la Guinée‑Bissau, à la Gambie et aux îles du Cap‑Vert, dont les climats, à latitude comparable, sont pourtant plus humides. Ces neuf pays couvrent une superficie de près de 5,3 millions de kilomètres carrés et regroupent 45 millions d'habitants.
La dégradation du milieu Très dépendantes de la production végétale primaire, les sociétés sahéliennes ont toujours cherché à préserver un équilibre entre prélèvement et renouvellement des ressources, notamment par le gel saisonnier d'amples portions de terroirs et de pâturages. Les réponses appropriées étaient multiples: rotation des cultures céréalières à cycle court (mil, sorgho), associée à des systèmes élaborés de jachère (durée liée à l'inégale pression démographique); mobilité des hommes et des troupeaux en fonction de la répartition de l'eau et de l'herbe selon les saisons; utilisation des complémentarités entre bas plateaux secs et plaines inondables du delta intérieur du Niger ou du fleuve Sénégal; cultures par submersion et cultures de décrue, du haut Niger au Logone et au Chari; échanges de biens et de prestations entre peuples d'éleveurs (Peuls, Touareg) et paysanneries sédentaires.
La pression des hommes Le doublement de la population en moins de cinquante ans, la progression des échanges marchands liée à la diffusion des principales cultures de traite (arachide, coton), l'accroissement des besoins en viande lié à l'urbanisation ont transformé les anciens systèmes agraires et pastoraux. Alors que reculaient les jachères et les mises en défens, l'extension spectaculaire des superficies cultivées ou utilisées par les troupeaux a bouleversé les pratiques conservatoires. À la faveur des décennies plus humides, l'occupation agricole a progressé en latitude, le domaine cultivé a empiété sur les aires de parcours des éleveurs. Ces derniers vivent dans des situations d'extrême vulnérabilité, d'autant que les contrôles aux frontières sont une entrave à leurs déplacements.
Le problème écologique C'est dans ce contexte que les fragiles équilibres ont été rompus. Là où les densités de population étaient déjà fortes – pays serer (Sénégal) ou pays mossi (Burkina Faso) –, la saturation des terroirs et leur dégradation sont manifestes: disparition des jachères, épuisement des sols, recul du couvert arboré, en particulier des Acacia albida, arbres qui autrefois permettaient, grâce à leur cycle végétatif inversé, de maintenir la fertilité des sols et de nourrir les bovins en saison sèche. Sur les fronts pionniers, moins peuplés, la couverture végétale des sols sablonneux a été mise à mal par les défrichements expéditifs et le surpâturage. Combinée aux irrégularités pluviométriques, cette détérioration anthropique a aggravé les effets des sécheresses et favorisé la «désertification», terme préférable à celui de «désertisation» caractérisant une avancée naturelle du Sahara vers le sud.
Les aides au développement Pour freiner l'incontestable détérioration de l'environnement et faire face aux disettes de la soudure (de juillet à septembre), parfois aux pénuries de vivres, les opérations de développement se sont multipliées depuis les indépendances. En favorisant le reboisement, les unes tentent de préserver le rôle protecteur du manteau végétal contre l'érosion éolienne et pluviale, privilégiant ainsi la production rapide de bois et la diffusion d'essences qui ne sont d'aucune utilité pour le bétail et les sols (eucalyptus). D'autres visent à intensifier des systèmes paysans (culture attelée, usage d'engrais) et la promotion des cultures de contre‑saison (oignons du pays dogon, au Mali, ou de la région de Tahoua, au Niger). D'autres encore sont fondées sur l'irrigation: grands aménagements hydroagricoles (barrages de Diama et de Manantali, sur le Sénégal), petites installations hydrauliques villageoises (vallées des Volta et du Niger). Encadrées par des ONG (organisations non gouvernementales), ces dernières ont permis une relative diversification des productions (canne à sucre, riz, cultures maraîchères). La rentabilité économique des grands aménagements est, en revanche, loin d'être assurée. Confrontés à la complexité des circuits de collecte et pénalisés, comme les producteurs de céréales, par la concurrence des importations en provenance des pays industrialisés, les éleveurs ne sont guère favorisés. Sans une protection efficace de leurs débouchés urbains en Afrique de l'Ouest, pasteurs et paysans sahéliens sont de plus en plus marginalisés.
Les déplacements de population Pour survivre, éleveurs comme agriculteurs accentuent leur mobilité hors de leurs habituels territoires. Quittant les aires sèches, ils se dirigent vers les marges soudaniennes, mieux arrosées (sud du Mali, sud‑ouest du Burkina Faso, nord de la Côte‑dIvoire et du Nigeria), gagnant les régions forestières et les villes des États littoraux. Les migrations ne sont pas une nouveauté: les anciens échanges précoloniaux de sel et de cola étaient assurés par des caravaniers spécialisés (Touareg, Dioulas) parcourant l'interface entre le Sahara et les forêts méridionales. L'économie de traite imposée au début du XXe siècle mobilisait une main‑dœuvre saisonnière puisée dans les réservoirs démographiques sahéliens. Il reste que l'ampleur des mouvements enregistrés depuis les années 1970 est exceptionnelle. Le sud du Mali, les vallées du Sénégal et des Volta, le delta intérieur du Niger ou le lac Tchad attirent encore des migrants saisonniers, même si ces flux sont sans commune mesure avec les déplacements à destination des pays du golfe de Guinée. La capacité à vivre «à distance» est devenue une singularité sahélienne: il y aurait plus de 2 millions de Burkinabés en Côte‑dIvoire, tandis que plus de 15 million de Maliens vivraient hors de chez eux. Les Peuls du Mali et du Burkina font route vers les pays sénoufo et malinké; les Soninkés, originaires de la vallée du fleuve Sénégal, constituent les deux tiers des Noirs africains salariés en France; leurs réseaux sont très actifs au Gabon, en République démocratique du Congo, au Botswana, en Afrique du Sud et aux États‑Unis. Les Sahéliens, y compris les éleveurs, sont de plus en plus nombreux à gagner les villes côtières.
La croissance urbaine L'une des conséquences les plus spectaculaires des mouvements de populations est la croissance rapide des villes du Sahel, vers lesquelles converge, il est vrai, l'aide alimentaire internationale. En 1920, la zone sahélienne comptait moins de 1 % de citadins; en l'an 2000, il y en aura probablement plus de 40 %. Le fait urbain n'est certes pas récent: souvent fouillées par les archéologues, des cités médiévales, marchandes ou politiques (Tombouctou, Gao, Djenné, Koumbi‑Saleh, Aoudaghost), ont été décrites par les historiens arabes. De leur côté, les colonisateurs avaient posé une trame d'encadrement administratif le long des chemins de fer et des nouvelles routes. Jamais cependant la concentration de population urbaine n'a été aussi marquée: en 1990, le taux d'urbanisation atteignait même 47 % en Mauritanie et 40 % au Sénégal. Devenues de grandes agglomérations, les capitales sont difficiles à gérer: la région urbaine dakaroise compte plus de 1 500 000 h.; Nouakchott, Bamako, Ouagadougou, Niamey et NDjamena ont plus de 500 000, voire 700 000 h. Les tissus bâtis s'étalent démesurément alors que les pouvoirs publics ne sont pas en mesure de maîtriser l'accès au sol et de produire les équipements nécessaires.
Cette urbanisation accélérée, à laquelle participent aussi les petites villes, n'a pas de contrepartie productive: les appareils industriels demeurent peu importants, alors que les rares usines sont menacées par les ajustements structurels. Les activités dites «informelles», qui ont longtemps permis l'insertion des migrants, ne peuvent résoudre le problème essentiel de l'accumulation.
Les perspectives Dépendants de l'aide financière internationale, pénalisés par les distances à la côte et l'enclavement, soumis aux rudes aléas climatiques, les hommes du Sahel peuvent-ils sortir du mal‑développement? À l'aube du XXIe siècle, les États du CILSS approchent les 60 millions d'habitants. On peut raisonnablement s'accorder pour dire qu'ils pourraient échapper aux conséquences directes des sécheresses prévisibles si l'espace sahélien venait à être doté d'un réseau de communications efficace, permettant de faire jouer les complémentarités et d'assurer les solidarités interrégionales. En dépit d'une forte croissance démographique, certains pays, comme le Mali ou le Burkina Faso, sont parvenus à maintenir la production alimentaire par tête au cours des années 1980.

1 juil. 2007

LE NIL DE L'OUEST

Le fleuve Niger
Le fleuve Niger est la pièce maîtresse de l'hydrographie ouest‑africaine. Par sa longueur (4 200 km) et son bassin versant (plus de 2 millions de km2 s'étendant sur huit États), c'est le troisième fleuve du continent après le Nil et le Congo et le neuvième fleuve du monde. Né à 800 m d'altitude, à l'est des monts Loma, grossi du Tinkisso, qui lui apporte l'eau du Fouta‑Djalon, le Niger coule dans une vallée tantôt étroite et encaissée, tantôt élargie dans de vastes cuvettes. Les plateaux mandingues sont sciés à l'aval de Bamako par les rapides de Sotuba, les grès durs sont franchis par des défilés (défilé de Tosaye, « W » incrusté dans les quartzites de l'Atakora), et le fleuve progresse péniblement ou s'enfonce profondément dans les roches cristallines (rapides entre Boussa et Jebba, au Nigeria, en partie submergés par le lac de barrage de Kainji). Inversement, le Niger s'épanouit en belles cuvettes alluviales, par exemple dans les grès tendres de Say et de Kolo. La plus belle de ces cuvettes est formée par le delta intérieur, «Mésopotamie» nigérienne couvrant environ 40 000 km2 sur le territoire malien. Vaste aire d'épandage vers laquelle convergent le Niger et le Bani, la plaine du Macina, autour du lac Debo, est composée d'un inextricable réseau de bras et d'îlots submergés lors de la crue. Cet ancien delta quaternaire (le Niger, endoréique, achevait sa course au nord, dans la région d'Arouane, avant de former son actuelle boucle), est un vaste piège qui favorise l'évaporation et l'infiltration, et étale la crue du fleuve, ainsi retardée de 5 à 6 mois pour les pays situés en aval.
Le régime demeure assez simple, mais le décalage et les différences entre les crues sont considérables: le maximum survient en septembre à Koulikoro (Mali), en janvier seulement à Tombouctou, en février à Niamey, où la crue moyenne (1 700 m3/s) est très inférieure à celle de Bamako (8 000 à 10 000 m3/s). Au‑delà du barrage de Kainji, au Nigeria, le fleuve reçoit le renfort de la Bénoué, son plus important affluent, qui lui apporte 20 000 à 30 000 m3/s lors des crues. Passé Lokoja, il achève majestueusement sa course et s'étale en un vaste delta maritime amphibie, aux vasières couvertes de mangroves, où les eaux gagnent l'Océan par de multiples bouches instables, les oil rivers, mais dont le peuplement demeure ténu, contrairement aux grands deltas asiatiques.

PROVIDENCE EGYPTIENNE

Le Nil
Premier fleuve au monde par sa longueur (6 670 km), le Nil fut aussi l'un des plus mystérieux: sa crue d'été, à l'origine de la civilisation égyptienne antique, est longtemps demeurée un phénomène inexplicable, et sa source n'a été reconnue qu'à la fin du XIXe siècle. S'il évoque d'abord l'Égypte, c'est aussi un fleuve qui s'étire de l'Afrique des Grands Lacs et du massif éthiopien jusqu'aux rivages de la Méditerranée. Son bassin couvre 3 millions de kilomètres carrés, soit un dixième du continent africain, sur dix États: Rwanda, Burundi, République démocratique du Congo, Tanzanie, Kenya, Ouganda, Éthiopie, Érythrée, Soudan et Égypte.
Caractéristiques
ormé par deux artères principales, le Nil Bleu et le Nil Blanc, le fleuve s'écoule du sud vers le nord; il connaît tous les climats de l'Afrique, et constitue la seule voie naturelle de communication entre l'Afrique noire et la Méditerranée, à travers le Sahara. Mais les cataractes qui barrent le fleuve durant sa traversée du désert, les marais du haut Nil et les gorges inaccessibles du Nil Bleu s'ajoutent à la gradation du climat pour le scinder en tronçons distincts.
Le parcours du fleuve Sa source la plus reculée est un ruisseau des collines du Burundi, dont les eaux parviennent à la Kagera en Tanzanie, qui se jette dans le lac Victoria. Traversé par l'équateur, il donne naissance au Nil Blanc, à 1 135 m d'altitude et à 5 611 km de l'embouchure. Appelé Nil Victoria, il pénètre le lac Kioga, avant d'atteindre le lac Albert par les chutes Murchison (aujourd'hui Kabalega), lequel, niché dans la branche occidentale de la Rift Valley, apporte au Nil l'eau du lac Édouard et de la rivière Semliki. Sous le nom de Nil Albert, le fleuve coule dans la plaine du Soudan méridional, plonge dans les rapides Fola, devenant le Bahr el‑Djebel.
Un peu au nord de Juba, le fleuve atteint le niveau de base de son cours supérieur, et s'étale dans toutes les directions, formant les sadd – marécage géant (6 000 km2 en saison sèche) encombré de papyrus; il y perd environ la moitié de son débit (14 milliards de mètres cubes), mais garde une force suffisante pour se frayer un chenal jusqu'au lac No. Il est alors rejoint par le Bahr el‑Ghazal, qui reçoit ses eaux de la dorsale Nil‑Congo, et par le Bahr el‑Arab, et parvient à se dégager des marais. Devenu le Nil Blanc (Bahr el‑Abiad), il reçoit la rivière Sobat descendue d'Éthiopie, et s'oriente plein nord à partir de Malakal. Le fleuve ne reçoit plus d'affluent sur 800 km, jusqu'à Khartoum, située au confluent des deux Nils. Le Nil Bleu (Bahr el‑Azraq) provient du lac Tana, au cœur du massif éthiopien, à près de 1 800 m d'altitude. Dès sa sortie du lac, il plonge dans les chutes Tisissat et s'engouffre dans des gorges profondes et inhabitées, jusqu'à la plaine soudanaise, où il reçoit deux affluents saisonniers, la Rahad et le Dinder.
En aval de Khartoum, sur les 3 000 km qui le séparent de la mer, le Nil unifié ne reçoit plus d'autre affluent que l'Atbara. Il traverse l'aride désert de Nubie en se frayant un chemin à travers cinq défilés rocheux, les cataractes. À partir d'Assouan, le Nil, assagi, irrigue le mince ruban de sa vallée, à laquelle il fournit, par ses eaux et son limon, sa légendaire fertilité. Juste au nord du Caire, le fleuve se ramifie en un delta avec une branche occidentale (Rosette) et une branche orientale (Damiette).
Le régime Son débit moyen annuel, mesuré à Assouan, est de 84 milliards de mètres cubes, c'est‑à‑dire bien peu comparé à ceux de l'Amazone (3 000 milliards de mètres cubes) ou du Congo (1 400 milliards). Ce débit survient à 80 % entre les mois d'août et d'octobre, car il dépend largement des hautes eaux – qui contribuent à 86 % du débit annuel du fleuve et à 95 % en été – du Nil Bleu et des autres affluents éthiopiens, soumis à un climat tropical. C'est la fameuse crue du Nil, dont la hauteur, mesurée grâce à des nilomètres, permettait à l'administration pharaonique de prévoir l'importance des récoltes et le montant de l'impôt. La prédominance du Nil Bleu se fait aussi sentir par l'apport de limon, arraché aux plateaux volcaniques d'Éthiopie, évalué entre 60 et 110 millions de tonnes par an à Assouan.
Le Nil dans l'histoire L'agriculture apparaît dans la basse vallée du Nil il y a environ 7000 ans. Il s'agit tout d'abord de cultures pratiquées dans le limon laissé par la décrue du fleuve; puis, vers 3400 avant notre ère, on note une organisation supravillageoise qui permet de retenir l'eau dans des bassins.
L'Égypte ancienne
L'unification du Delta et de la vallée égyptienne est réalisée vers 3300 av. J.C., et assure la prospérité du pays, grâce au contrôle centralisé de la crue et de l'activité agricole, durant l'Ancien, le Moyen et le Nouvel Empire. En revanche, les périodes de division (première période intermédiaire, fin du Nouvel Empire) ou d'occupation étrangère entraînent désordre et famine.
Au‑delà de la 1re cataracte sont entreprises de fructueuses expéditions, qui aboutissent parfois à une présence égyptienne permanente. Mais dès le IVe millénaire est apparue au Soudan actuel la civilisation koushite, dont la capitale est Kerma, en Nubie. Colonisée au Moyen Empire, la Nubie recouvre son indépendance lors de la deuxième période intermédiaire et de l'occupation de l'Égypte par les Hyksos. Sous le Nouvel Empire, Thoutmosis III la reconquiert; mais elle s'émancipe à nouveau vers l'an 1000. Ce sera pourtant par elle que l'unité sera rétablie sous la XXVe dynastie, dite éthiopienne, des pharaons noirs de Napata; vers 700 av. J.C., ils étendent leur pouvoir jusqu'à la Méditerranée pendant un siècle, puis le royaume de Napata, replié au sud de la 1re cataracte, transfère sa capitale à Méroé, entre l'Atbara et le Nil Bleu. La civilisation méroïtique, où le respect des traditions égyptiennes s'allie au fonds africain, est maintenue jusqu'au IIIe siècle de notre ère, avant de disparaître sous les coups du puissant royaume d'Aksoum, qui contrôle le haut bassin du Nil Bleu.
L'ère chrétienne Des royaumes chrétiens, berceau d'une civilisation florissante, se fondent en Abyssinie à partir du IVe siècle, et en Nubie à partir du VIe siècle. La conquête arabe de l'Égypte, en 641 rend plus difficiles les contacts de ces royaumes avec les centres de la chrétienté. Le royaume d'Aloa, au confluent des deux Nils, subsiste pourtant jusqu'au début du XVIe siècle, et le christianisme éthiopien, demeuré monophysite, comme celui d'Égypte, se maintient jusqu'à nos jours. L'islam ne provoque pas l'unification de la vallée du Nil, même si en 1504 le sultanat noir des Fundji s'établit sur les rives du Nil soudanais, avec sa capitale à Sennar. Dans la région des Grands Lacs, c'est au XIIIe-XIVe siècle que les pasteurs tutsis s'installent au Rwanda, et en soumettent les cultivateurs hutus et les chasseurs pygmées, tandis que l'Ouganda est le siège de quatre royaumes: Bouganda, Toro, Ankolé et Bounyoro, le plus puissant. Mais au XVIe siècle le Bouganda, en s'alliant aux commerçants arabes de la côte, prend le dessus et continue son expansion jusqu'à l'occupation britannique.
Le Nil depuis deux siècles À la fin du XVIIIe siècle, l'expédition militaire de Bonaparte en Égypte ouvre la voie au régime modernisateur de Méhémet‑Ali. Celui-ci envoie en 1821 son fils Ismaïl à la conquête du Soudan. Les conquérants parviendront en 1840 presque à l'équateur, après avoir réussi à percer les sadd. La cuvette nilotique et la région des Grands Lacs seront alors livrées à des razzias d'esclaves dévastatrices, en direction du sultanat de Zanzibar ou des marchés égyptiens et arabes. L'intervention des puissances européennes, dont l'objectif réel est le partage de l'Afrique, les fait cesser. À la suite de l'ouverture du canal de Suez, la Grande‑Bretagne impose son protectorat sur l'Égypte (1882), tandis qu'au Soudan le Mahdi s'empare de Khartoum (1885) et fonde un empire qui durera treize ans. L'Éthiopie est également menacée, mais les troupes italiennes sont écrasées à Adoua en 1890. Les visées françaises et britanniques se heurtent à Fachoda (1898), sur le Nil Blanc: la Grande‑Bretagne a décidé de reconquérir le Soudan pour faire la jonction avec ses possessions d'Afrique orientale, alors que la France espère atteindre la mer Rouge.
Les aménagements hydrauliques La conversion de l'Égypte à l'irrigation pérenne a commencé il y a 150 ans, par l'extension de cultures d'été (coton, riz, maïs) sur des endroits élevés épargnés par la crue, mais irrigables par des systèmes d'élévation. Méhémet‑Ali ouvre une nouvelle étape en érigeant un barrage, en aval du Caire, pour élever le niveau de l'eau dans le Delta.
Les premiers barrages La vallée est ensuite équipée de barrages d'élévation à Assiout (1902), à Esnèh (1909) et à Nag Hamadi (1930). Ces travaux visent surtout à étendre la culture du coton, pour approvisionner les filatures anglaises. Mais l'extension de l'irrigation pérenne est handicapée par le manque d'eau pendant l'étiage, alors que la plus grande partie de l'eau de la crue se perd dans la Méditerranée. Les premiers barrages‑réservoirs en Égypte et au Soudan ont permis d'augmenter le niveau de l'eau disponible pendant l'étiage: le premier barrage d'Assouan (1898-1902) voit sa capacité passer de 1 à 5 milliards de mètres cubes, grâce à deux surélévations; le barrage de Sennar (1925), sur le Nil Bleu, sert à irriguer le vaste périmètre cotonnier de la Gezireh – en échange, le Soudan renonce en 1929 à toute ponction entre janvier et juillet; le barrage du Djebel Aulia (1929-1933) retient les eaux du Nil Blanc durant la crue du Nil Bleu.
Le haut barrage d'Assouan Les besoins augmentant plus vite que les disponibilités, la solution proposée est celle d'un nouveau barrage à Assouan, qui retiendrait toute la crue dans un réservoir d'une capacité maximale de 156 milliards de mètres cubes, à cheval sur l'Égypte et le Soudan. L'eau du Nil est partagée, en 1959, sur la base de 55,5 milliards de mètres cubes pour l'Égypte et 18,5 milliards pour le Soudan (les pertes du lac‑réservoir représentent 10 milliards de mètres cubes), au lieu de 48 et 4 dans l'accord de 1929, où 32 demeuraient inutilisables lors de la crue. Le barrage, construit avec l'aide soviétique, est inauguré en 1970, quelques semaines après la mort du président Nasser, qui en avait été l'initiateur. Cent mille villageois nubiens durent quitter leur foyer submergé. Le haut barrage d'Assouan a permis la régulation pluriannuelle du débit, la production d'électricité, la bonification d'étendues désertiques sur les marges de la vallée et du Delta (400 000 ha), le passage à l'irrigation pérenne des derniers bassins de Haute‑Égypte (300 000 ha), l'extension des cultures grosses consommatrices d'eau, comme la canne à sucre et le riz. Mais le haut barrage a aussi pour effet de retenir le limon de la crue, réduisant à néant la pêche côtière, érodant les berges et le littoral, et privant le sol de sa fertilité. Les paysans arrosent trop, provoquant l'élévation de la nappe phréatique et la salinisation des terres. La mise en valeur du désert n'a pas compensé la perte des meilleurs sols devant la croissance urbaine. Enfin, la croissance démographique et l'augmentation constante des besoins ont contraint l'Égypte à consommer plus que sa part, tandis que le Soudan entreprenait de se doter de ses propres aménagements.
Les nouveaux projets Sur le Nil Blanc, le percement du canal de Jongleï, long de 380 km et destiné à drainer une partie des sadd, commence en 1978. Cofinancé par l'Égypte et le Soudan, il devait fournir à chacun 3,5 milliards de mètres cubes d'eau supplémentaires par an. Mais la reprise de la guerre civile au Soudan a entraîné l'arrêt des travaux en 1983. C'est cependant le Nil Bleu qui détient le plus grand potentiel inexploité: il dispose de sites hydroélectriques prometteurs et donne à l'Éthiopie, qui en a la maîtrise, les clés du destin du Soudan et surtout de celui de l'Égypte. Devant la pression démographique croissante sur les vieilles terres érodées du plateau, le gouvernement éthiopien a mis en chantier de vastes projets agricoles dans les vallées du Nil Bleu, de la Sobat et de l'Atbara. En l'absence d'accord de partage des eaux avec les riverains, ces aménagements risquent de diminuer de façon préoccupante le débit du Nil. L'heure est sans doute venue pour l'Égypte d'améliorer son système d'irrigation, et de modifier le choix de ses cultures, pour réduire sa consommation d'une denrée précieuse qui lui est désormais comptée.

MYTHE OU REALITE?

L'Atlantide
Le continent légendaire, dont les traditions font état depuis l'Antiquité, a donné lieu aux hypothèses les plus variées. Reprenant une légende égyptienne, Platon, dans deux dialogues, le Timée et le Critias, décrit l'Atlantide comme une île fertile et merveilleuse, située dans l'océan Atlantique, à l'ouest du détroit de Gibraltar, et détruite lors d'un cataclysme, qui daterait de 9 500 à 9 000 av. J.C. , (une étude géologique récente évoque la possibilité d'une montée des eaux, qui aurait augmenté de 135 m en 20 000 ans au niveau du détroit). Les écrivains, notamment Pierre Benoit, reprendront ce thème, tandis que des esprits aventureux rechercheront les vestiges du continent fabuleux en des lieux variés: Sahara, Canaries, environs de l'île allemande d'Helgoland, etc.
L'hypothèse méditerranéenne Suite à des découvertes archéologiques récentes, deux régions revendiquent la gloire d'être à l'origine de la légende: la Crète et les Bahamas. C'est l'helléniste anglais J.C., Luce qui accrédita la première hypothèse. En effet, vers 1500 av. J.C., la brillante civilisation crétoise s'écroule subitement. La cause de son effondrement semble avoir été un cataclysme naturel. L'attention des chercheurs s'est portée sur l'île volcanique de Santorin ou Théra, située à 120 km au nord de la Crète. Cette île se présente aujourd'hui comme un cratère (ou plus précisément une caldera) effondré. Les datations qui y furent effectuées montrèrent que le volcan de l'île était entré en éruption à la date de la disparition de la civilisation crétoise. On estime qu'une série de vagues géantes, se propageant à partir de Santorin, ont pu ravager les côtes de Crète, et notamment Cnossos: ces cataclysmes auraient été fatals à l'île, qui, de plus, aurait subi une pluie de cendres; effectivement, une couche de cendres a été découverte au fond de la Méditerranée. Par ailleurs, plusieurs détails de la description de Platon évoquent irrésistiblement la Crète, par exemple les courses de taureaux ou les salles de bains déjà perfectionnées.
Le mur des Bahamas En août 1968, une autre découverte, due à D. Rebikoff, a remis à l'honneur le thème de l'Atlantide. C'est celle d'un mur de pierres, long de plusieurs centaines de mètres, trouvé sous l'Atlantique, près de l'archipel des Bahamas. Ce mur est fait de blocs de pierre d'environ 13 m; il se situe entre un et six mètres sous la surface de l'eau. Cette découverte a alimenté une vive controverse. Le mur est-il naturel ou artificiel? Si la deuxième hypothèse se confirmait, qui aurait pu construire la muraille? Une civilisation amérindienne, mais laquelle? L'affaire du mur des Bahamas est en tout cas significative: elle montre comment une énigme peut être accueillie par des chercheurs ou historiens de tendances diverses. Alors que les uns rejettent d'emblée tout ce qui ne s'accorde pas avec les certitudes solidement établies, d'autres ne refusent pas de s'intéresser à ce genre de découvertes mais ils évitent de confondre hypothèses et certitudes. Les mêmes délicats problèmes se posent à propos de bien d'autres énigmes archéologiques, zoologiques ou astronomiques.

LE VAISSEAU DU SAHARA

Le dromadaire
Il se caractérise par ses longues pattes, son long cou arqué et son unique bosse de graisse. Il existe uniquement à l'état domestique (on trouve aussi quelques troupeaux composés d'individus qui, descendants d'animaux domestiqués, sont retournés à l'état sauvage). Comme les chameaux, les dromadaires (Camelus dromedarius) n'ont pas de couche de gr
aisse sous la peau mais celle-ci est entièrement amassée dans la bosse; cela permet d'augmenter leur température interne et de perdre de la chaleur par irradiation. Le pelage du dromadaire est très épais et permet de former une couche d'air qui évite à la peau d'être directement touchée par les rayons du Soleil dans le désert.


Les dromadaires et les chameaux (tous mammifères artiodactyles) peuvent perdre de l'eau sans être obligés d'utiliser celle du plasma sanguin: cela leur évite de mourir par déshydratation.

ECRITURE SAHARIENNE

Le tifinagh
Système d'écriture des Touareg, le tifinagh tire son origine du vieil alphabet libyque, déjà utilisé avant notre ère par les populations locales et dont les Touareg seraient issus. Forme évoluée de cette écriture, le tifinagh, ou tifinar, peut s'écrire dans tous les sens: de gauche à droite, de bas en haut, ou inversement.

Le tifinagh est constitué d'une suite de signes géométriques simples, points, traits ou cercles. Il est tout naturellement destiné à être gravé sur un rocher, dessiné sur le mur ou la porte de la maison, ciselé sur les bracelets ou les poignards, pour signifier un message très court de bienvenue, indiquer la propriété d'une chose ou se livrer à une déclaration d'amour. Loin d'être une langue morte, le tifinagh, qui a survécu grâce aux femmes qui l'enseignent en l'écrivant dans le sable, a également un usage de correspondance, voire d'information. Paradoxalement, l'informatique assurera peut‑être son expansion: en 1995, un imprimeur a demandé à un créateur de caractères français, Pierre Di Sciullo, de dessiner le tifinagh en vue de sa numérisation. Son travail a consisté, en relation continuelle avec les Touareg, à normaliser l'écriture en prenant en compte la variable du signe comprise par le plus grand nombre, à importer les chiffres, à imaginer une ponctuation, à créer des accents ou de nouvelles voyelles. Il a réalisé plusieurs polices de tifinagh: léger, noir, éclairé, orné (pour les lettrines) et, plus surprenant pour un système qui utilise le carré et le cercle, un condensé.

Un document en tifinagh, en langue tamazight ou tamasheq, a été gravé pour l'Imprimerie nationale en 1858.

TAMASHEQ OU TOUAREG?

Touareg
Nommés ainsi par les Arabes, les Touareg constituent un groupe ethnique (de 700 000 à 1 million d'individus) dont une minorité, un peu plus de 10 %, vit au Sahara central (Ahaggar, Tassili, Aïr, Adrar des Iforas) et la plus grande partie dans le Sahel soudanais et nigérien. Les Touareg sont de race blanche, mais les tribus les plus méridionales sont aujourd'hui fortement métissées. Leur langue constitue le principal facteur d'unité; eux-mêmes se disent des Kel Tamacheq, «ceux qui parlent le tamacheq», dialecte berbère, qui s'écrit en caractères tifinagh et avait déjà été utilisé par les Garamantes, guerriers nomades de Libye, au temps de la domination romaine. Les Européens écrivent des «Touaregs» ou des «Touareg», et disent «un Targui» ou «un Touareg».

Une histoire mal connue D'après des auteurs arabes, on croit savoir que les Touareg descendent de tribus berbères refoulées dans le désert par les invasions des Beni Maqil du XIe siècle. Auparavant, ils habitaient le Sud marocain aux environs du grand centre caravanier de Sigilmassa. Le grand historien arabe Ibn Kaldhun (XIVe siècle) dans sa monumentale Histoire des Berbères, situe géographiquement diverses tribus: les Lemtas au sud‑ouest de la Tunisie, les Lemtounas, au sud du Maroc, d'où sortiront au XIe siècle, les Almoravides, fondateurs d'un immense empire au Maroc et en Espagne, et les Gueddalas plus à l'ouest. Au XVIe siècle, Léon l'Africain retrace les migrations des Touareg vers le sud et leur expansion, soumettant les Haoussas de l'Aïr (XIV e siècle) et cherchant à s'imposer sur la boucle du Niger, à Tombouctou et à Gao, contre le Mali (XIVe-XVe siècle), l'Empire songhaï (XVe-XVIe siècle), les expéditions marocaines (XVIIIe siècle) ou contre les Peuls (XIXe siècle).
Au début de l'expansion coloniale européenne, des explorateurs entrent en contact avec eux (Barth 1850-1855; Duveyrier 1859-1861). Les Français signent des traités commerciaux (1862) qui n'entrent pas en vigueur, les Touareg se refusant à laisser traverser le Sahara. Ainsi toute une série d'actions sanglantes de leur part (1880, massacre de la division Flatters) oriente différemment la politique française. En 1898 part l'expédition Foureau‑Lamy qui, quelques années plus tard, réussit à occuper militairement le Touat et la région du Tidikelt. Une répression très dure, l'action militaire et diplomatique du général Laperrine assurent la prépondérance des Français, qui contrôlent tous les centres vitaux du commerce.
Actuellement les Touareg sont répartis principalement dans les États du Mali, du Niger, de la Libye et de l'Algérie. Leur hiérachie sociale, leur islamisme très mitigé, la remise en question de leur genre de vie nomade, du fait de l'évolution économique ou de la sécheresse, posent des problèmes importants aux gouvernements intérressés; depuis quelques années les Touareg mènent une rébellion armée dans de nombreuses régions du Niger et du Mali.

La hiérachie sociale Les Touareg forment une société très hiérarchisée, dont on retrouve les différentes classes sous des noms divers au Sahara comme dans le Sahel. Au sommet de cette société se trouvent les Imouchar‑Imajeren, nobles, autrefois chargés des guerres et du pillage, vivant des redevances de leurs protégés et de l'élevage des chameaux. Viennent immédiatement après les Ineslimen‑Cheriffen, «Touareg maraboutiques», se définissant comme «non guerriers»; lettrés en langue arabe, instruits en religion et en droit islamiques, ils jouent souvent le rôle d'enseignants et de juges; quelquefois, cette classe n'existe pas, ainsi chez les Touareg ahaggars. La dernière classe est celle des Imraden, hommes libres mais vassaux et tributaires des nobles, à qui ils versent des redevances, aujourd'hui officiellement supprimées; kel oulli, «gens des chèvres», comme la langue berbère les désigne, ils élèvent des moutons, des chèvres et quelques chameaux. Leur civilisation et leurs coutumes distinguent nettement les Touareg. Tandis que les femmes sortent à visage découvert, les hommes portent un long voile, le litham, qui, les protégeant des sables du désert, peut être aussi symbole de pudeur et de dissimulation. Très attachés aux traditions berbères, les Touareg sont dans l'ensemble peu arabisés; superstitieux, ils recouvrent leur corps d'amulettes. Ils sont monogames et la filiation s'établit par les femmes; l'enfant appartient à la tribu et à la classe sociale de sa mère. Une grande liberté semble exister entre les sexes et les réunions poétiques et musicales sont l'occasion de rapports très libres entre hommes et femmes.
Les Touareg forment des confédérations de petites tribus. Les quatre confédérations du Sahara sont au nord celle des Ajjers, petits éleveurs de chèvres et de chameaux dans les vallées tassiliennes et en Libye; au centre celle des Ahaggars; au sud‑ouest celle des Iforas, éleveurs de moutons et commerçants; au sud‑est, dans l'Aïr, celle des Kel Ouis, éleveurs et commerçants de sel (Bilma). Parmi ces confédérations, plus ou moins désorganisées et dont de nombreux membres travaillent aujourd'hui «au pétrole», celle des Kel Ahaggars, dans les vallées bien protégées de l'Atakor, garde plus intacte sa civilisation. C'est chez elle qu'est choisi l'aménokal, chef suprême des Touareg. N'ayant plus les ressources de la razzia ni celles provenant des transports de sel et de mil, les Ahaggars tirent leurs revenus de leurs troupeaux et de l'exploitation des oasis confiées en métayage à des Noirs affranchis, les Harratines; l'époque des récoltes (avril) ramène ainsi chaque année les nomades Touareg au voisinage des oasis.