Un Conseil pour le développement durable au Sahel
Les participants aux assises de la 7é session du comité de pilotage de l’établissement durable au Sahel, issus des 9 pays membres du Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS), qui ont achevé leurs travaux mardi après midi à Nouakchott en Mauritanie, ont décidé la création d’un Conseil pour le Développement Durable au Sahel (CDDS), annonce un communiqué transmis mercredi à la PANA.
La création de la nouvelle institution rentre dans le cadre de la redynamisation des activités de l’organisation sous-régionale. Elle a pour objectif d’aider à la mobilisation des ressources en vue de la réalisation des différents programmes du CILSS. Son action sera notamment orientée vers les domaines de la sécurité alimentaire, la lutte contre la désertification et l’amélioration de la recherche agricole.
Les pays membres du CILSS, rappelle-t-on, sont la Mauritanie, le Mali, la Gambie, le Niger, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Guinée Bissau, le Sénégal et le Tchad.
Nouakchott - 24/10/2007
30 oct. 2007
24 oct. 2007
Sécheresse et désertification, deux défis à la réalisation des OMD en Afrique, selon l’Onu La sécheresse et la désertification restent les deux obstacles majeurs à franchir par l’Afrique pour espérer atteindre les objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), a déclaré lundi à Addis-Abeba, le chef de la Division de la Sécurité Alimentaire et du Développement Durable de la Commission Economique de l’Onu pour l’Afrique, Josue Dione.M. Dione s’exprimait lors d’une réunion de mise en oeuvre sur les problèmes fonciers en Afrique organisée dans le cadre du cinquième forum régional du Comité Africain pour le Développement Durable qui se tient à Addis-Abeba du 22 au 25 octobre.Selon Josue Dione, la situation devrait empirer, surtout avec les changements climatiques observés et auxquels la plupart des pays de la région sont vulnérables.« La sécheresse et la désertification continuent de menacer la vie de millions d’Africains, annihilant tous leurs efforts pour sortir de la pauvreté », a-t-il ajouté.Dione a par ailleurs indiqué qu’il est urgent de faire attention aux politiques et actions menées pour résoudre ce problème aux niveaux national, régional et international.« Lutter contre la désertification en Afrique peut sensiblement aider le continent à améliorer ses performances en vue de la réalisation des OMD, à travers notamment l’éradication de la pauvreté, la sécurité alimentaire, la lutte contre les grandes maladies et la mise en place d’un environnement sain et durable », a-t-il ajouté.Mais selon un rapport présenté lors du forum, le niveau et la nature de la croissance économique n’ont pas permis d’améliorer les conditions d’existence des populations vivant en deçà du seuil de pauvreté en Afrique au sud du Sahara.Dans l’ensemble, la croissance du PIB reste inférieure à l’objectif minimum de 7 %, avec en plus des secteurs cloisonnés sui n’ont qu’un impact limité sur l’emploi et le niveau des revenus de la majorité des couches pauvres », indique le rapport.Le rapport insiste également sur la nécessité d’une transformation profonde et durable du secteur rural en Afrique.« La transformation structurelle et durable de l’agriculture et de l’économie rurale exige l’abandon des systèmes très diversifiés et orientés vers l’économie de subsistance pour s’orienter vers des systèmes plus spécialisés et tournés vers le marché », a ajouté le rapport. (APA 23/10/2007)
22 oct. 2007
Les Berbères en Afrique du nord
Yves Jardin et Philippe Rekacewicz — décembre 1994
Les Berbères revendiquent une présence au Maghreb vieille de plus de cinq mille ans। Leur communauté s’étend sur près de cinq millions de kilomètres carrés, de la frontière égypto-libyenne à l’Atlantique et des côtes méditerranéennes au Niger, au Mali et au Burkina. Leur culture, leur identité et leurs droits ont longtemps été méprisés, leurs revendications étant assimilées d’abord au « parti colonial », puis plus tard interprétées comme sécessionnistes. Mais l’on assiste à une renaissance du mouvement berbère, notamment au Maroc, où un tiers de la population parle le Tamazight, langue berbère.

Yves Jardin et Philippe Rekacewicz — décembre 1994
Les Berbères revendiquent une présence au Maghreb vieille de plus de cinq mille ans। Leur communauté s’étend sur près de cinq millions de kilomètres carrés, de la frontière égypto-libyenne à l’Atlantique et des côtes méditerranéennes au Niger, au Mali et au Burkina. Leur culture, leur identité et leurs droits ont longtemps été méprisés, leurs revendications étant assimilées d’abord au « parti colonial », puis plus tard interprétées comme sécessionnistes. Mais l’on assiste à une renaissance du mouvement berbère, notamment au Maroc, où un tiers de la population parle le Tamazight, langue berbère.

Sources : L’Etat du Maghreb, La Découverte, Paris, 1991 ;
Abdallah Laraoui, L’Histoire du Maghreb, Ed। François Maspéro, Paris, 1970 ;
Encyclopédie berbère, Edisud, Aix-en-Provence, 1992 ;
Géographie du Maroc, Hatier, Paris, 1967 ;
Les Kabyles : éléments pour la compréhension de l’identité berbère en Algérie, Groupement pour les droits des minorités, Paris, 1992 ;
Salem Chaker, Berbères d’aujourd’hui, L’Harmattan, Paris, 1989।
17 oct. 2007
L'Energie Solaire est-elle une solution alternative pour l'Afrique ?Le prix des panneaux continue de baisser
Par Rédaction de GrioCom
Les panneaux solaires perchés sur le toit de la clinique de Tanghin Dassouri (25 km au sud-ouest de Ouagadougou) ont permis d'éclairer deux décennies de naissances et décès parmi les 60.000 habitants de ce groupe de villages."C'est faible, mais c'est mieux que rien", avoue soeur Georgette Ilboudo, une des infirmières de cette petite maternité construite en pisé qui fait office d'hôpital. Plusieurs experts en énergie assurent qu'avec davantage d'investissements dans le secteur privé, de tels panneaux pourraient engendrer une révolution pour l'énergie renouvelable sur le continent le plus pauvre et - certainement - le plus ensoleillé de la planète.Les hausses des prix des carburants fossiles et la déforestation dont est victime l'Afrique ont conduit plusieurs chefs d'Etat africains à s'intéresser au secteur énergétique alternatif. La création d'emplois dans le secteur de l'énergie renouvelable faisait partie des principales recommandations des chefs d'Etat présents au sommet extraordinaire de l'Union africaine (UA) sur la pauvreté en Afrique de Ouagadougou au début du mois de septembre. "Si les Etats prennent des mesures concrètes pour soutenir l'évolution de l'activité de ce secteur, le moment viendra où nous pourrons utiliser du matériel et une main d'oeuvre locaux pour exploiter l'énergie solaire", affirme Issa Bikienga, du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (Cilss). Avec le soleil, "nous avons ici une ressource inépuisable et nous ne l'utilisons pas à notre profit" pour le pompage de l'eau, l'éclairage et la réfrigération, a-t-il ajouté. "Dans le Sahel, 40% de la population n'a pas accès à l'eau potable; nous pouvons utiliser l'énergie solaire pour aider" à résoudre ce problème"Plusieurs avancées technologiques ont aidé à faire baisser substantiellement le prix des panneaux photovoltaïques, favorisant l'éclairage de villages à travers le continent. Mais à 600 dollars la paire de panneaux de 40 watts, cette technologie reste inaccessible pour les populations des zones rurales africaines, où la majorité vit avec moins d'un dollar par jour.Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) promeut l'utilisation des micro crédits pour permettre à ces populations d'acquérir des installations solaires par règlements échelonnés. Le coût élevé des panneaux "signifie que les Africains doivent payer 20 ans d'électricité en avance", note Eric Usher, un expert en énergies renouvelables du PNUE. "Pourquoi un fermier démuni du Mali devrait avoir à faire ça alors qu'un Californien n'a pas à passer par là?", demande M. Usher.Baisser les taxes à l'importation est le moyen le plus facile pour promouvoir le secteur, plaide Lincoln Dahl, dont l'entreprise African Energy, basée aux Etats-Unis, distribue des panneaux à des PME du continent. "Le matériel solaire est non-taxé au Kenya où le marché est compétitif, les marges sont faibles et cela fonctionne bien", assure-t-il par téléphone. "Les énergies renouvelables sont bonnes pour ces pays s'ils en facilitent l'accès", conclut-il.
Le CILSS évalue son programme régional solaire à Nouakchott
La deuxième phase du Programme régional solaire conduit par le Comité inter Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) dans les Etats membres a été passé en revue par son comité de pilotage lors d’une réunion tenue mardi à Nouakchott, a constaté APA.Cette réunion, après trois jours de débats, devrait trancher sur des sujets relatifs à la gestion des infrastructures relevant du Programme une fois celui-ci achevé, au rôle du secteur privé dans ce domaine et aux perspectives de l’énergie solaire dans les pays membres du CILSS.Le Programme régional solaire, dont la seconde phase a démarré le 15 mai 2002 pour s’achever le 31 décembre 2008, a pour objectif, d’améliorer les conditions de vie et de santé des populations des zones rurales.Le Programme, conduit en partenariat avec l’Union européenne, aura permis, en Mauritanie, d’améliorer durablement la desserte et la qualité de l’eau potable dans les localités rurales dans 8 des 12 régions de ce pays.«Le gouvernement s’est fixé comme priorité l’accès pour tous à l’eau potable à l’horizon 2015, un objectif ambitieux qui s’inscrit dans la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté visant à améliorer les conditions de vie des populations et à doter le pays en infrastructures de base nécessaires pour un développement économique et social durable", a déclaré le ministre mauritanien de l’hydraulique, de l’énergie et des TIC, Oumar Ould Yali, à l’ouverture de la rencontre.Trente cinq milliards d’ouguiyas (70 milliards de F CFA) ont été mobilisés pour parvenir à cet objectif, a ajouté Ould Yali, précisant que cet argent sera utilisé pour la réalisation de 2200 forages d’exploitation, 350 AEP, 250 puits neufs et 480 réhabilitations de puits.De son côté, le secrétaire exécutif adjoint du CILSS, Issa Martin Bikienga, a indiqué que le Programme régional solaire est le plus grand programme-phare du CILSS dans ses Etats membres, car il contribue de façon significative à l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement.Selon lui, la première phase exécutée de 1990 à 1998 avait permis l’installation de 610 systèmes de pompage pour l’approvisionnement en eau potable, de 16 systèmes de pompage pour l’expérimentation de la petite irrigation et de 650 systèmes communautaires pour l’éclairage et la réfrigération au bénéfice de plus de 2 millions de personnes du monde rural.L’enveloppe financière mobilisée à cet effet a été de 52 millions d’euros, a-t-il précisé.M. Bikienga a souligné que « malgré les résultats fort appréciables obtenus lors de cette première phase, il demeurait toujours d’énormes besoins en eau potable non satisfaits » au niveau des populations rurales des pays membres du CILSS.C’est pourquoi, devait il expliquer, il a été nécessaire d’aller dans une deuxième phase de ce programme dont la convention de financement, d’un montant de 73,14 millions d’euros a été signée le 11 mai 2001 pour une durée d’exécution de 9 ans.A terme, cette phase permettra la réalisation de 500 nouveaux systèmes d’approvisionnement en eau potable, la consolidation de 210 systèmes d’approvisionnement en eau potable et de 280 systèmes communautaires.L’objectif est de faciliter l’accès à l’eau potable à 1 500 000 personnes, en leur permettant de mener une vie saine et décente et de participer au développement économique et social de leurs pays respectifs.Pour sa part, le chargé d’affaires de la Délégation européenne à Nouakchott, Géza Stammer, a précisé que le Programme devrait contribuer à l’amélioration des conditions de vie et de santé pour plus de 40 000 personnes en Mauritanie, rappelant que l’intervention de l’UE dans le cadre du Projet se chiffre à 3.276.645 Euros. MOO/mn/APA 17-10-2007
La deuxième phase du Programme régional solaire conduit par le Comité inter Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) dans les Etats membres a été passé en revue par son comité de pilotage lors d’une réunion tenue mardi à Nouakchott, a constaté APA.Cette réunion, après trois jours de débats, devrait trancher sur des sujets relatifs à la gestion des infrastructures relevant du Programme une fois celui-ci achevé, au rôle du secteur privé dans ce domaine et aux perspectives de l’énergie solaire dans les pays membres du CILSS.Le Programme régional solaire, dont la seconde phase a démarré le 15 mai 2002 pour s’achever le 31 décembre 2008, a pour objectif, d’améliorer les conditions de vie et de santé des populations des zones rurales.Le Programme, conduit en partenariat avec l’Union européenne, aura permis, en Mauritanie, d’améliorer durablement la desserte et la qualité de l’eau potable dans les localités rurales dans 8 des 12 régions de ce pays.«Le gouvernement s’est fixé comme priorité l’accès pour tous à l’eau potable à l’horizon 2015, un objectif ambitieux qui s’inscrit dans la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté visant à améliorer les conditions de vie des populations et à doter le pays en infrastructures de base nécessaires pour un développement économique et social durable", a déclaré le ministre mauritanien de l’hydraulique, de l’énergie et des TIC, Oumar Ould Yali, à l’ouverture de la rencontre.Trente cinq milliards d’ouguiyas (70 milliards de F CFA) ont été mobilisés pour parvenir à cet objectif, a ajouté Ould Yali, précisant que cet argent sera utilisé pour la réalisation de 2200 forages d’exploitation, 350 AEP, 250 puits neufs et 480 réhabilitations de puits.De son côté, le secrétaire exécutif adjoint du CILSS, Issa Martin Bikienga, a indiqué que le Programme régional solaire est le plus grand programme-phare du CILSS dans ses Etats membres, car il contribue de façon significative à l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement.Selon lui, la première phase exécutée de 1990 à 1998 avait permis l’installation de 610 systèmes de pompage pour l’approvisionnement en eau potable, de 16 systèmes de pompage pour l’expérimentation de la petite irrigation et de 650 systèmes communautaires pour l’éclairage et la réfrigération au bénéfice de plus de 2 millions de personnes du monde rural.L’enveloppe financière mobilisée à cet effet a été de 52 millions d’euros, a-t-il précisé.M. Bikienga a souligné que « malgré les résultats fort appréciables obtenus lors de cette première phase, il demeurait toujours d’énormes besoins en eau potable non satisfaits » au niveau des populations rurales des pays membres du CILSS.C’est pourquoi, devait il expliquer, il a été nécessaire d’aller dans une deuxième phase de ce programme dont la convention de financement, d’un montant de 73,14 millions d’euros a été signée le 11 mai 2001 pour une durée d’exécution de 9 ans.A terme, cette phase permettra la réalisation de 500 nouveaux systèmes d’approvisionnement en eau potable, la consolidation de 210 systèmes d’approvisionnement en eau potable et de 280 systèmes communautaires.L’objectif est de faciliter l’accès à l’eau potable à 1 500 000 personnes, en leur permettant de mener une vie saine et décente et de participer au développement économique et social de leurs pays respectifs.Pour sa part, le chargé d’affaires de la Délégation européenne à Nouakchott, Géza Stammer, a précisé que le Programme devrait contribuer à l’amélioration des conditions de vie et de santé pour plus de 40 000 personnes en Mauritanie, rappelant que l’intervention de l’UE dans le cadre du Projet se chiffre à 3.276.645 Euros. MOO/mn/APA 17-10-2007
9 oct. 2007
Bilan du programme "Initiative régionale- Environnement mondial, lutte contre la désertification"
Le Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) a entamé, lundi à Ouagadougou, la restitution des résultats du Programme "Initiative régionale- Environnement mondial, lutte contre la désertification".
Une quarantaine d’experts venus des pays membres du CILSS vont proposer des orientations stratégiques à donner au Programme qui est à son terme.
Le Programme "Initiative régionale-Environnement mondial, lutte contre la désertification" a été lancé avec pour objectifs de rendre accessible le financement du Fonds français pour l’environnement mondial.
En six années d’exécution, le Programme a permis le financement de 33 projets d’un montant total de 1,528 milliard de FCFA et le développement des capacités techniques de gestion des ressources naturelles et financières.
Le Programme a aussi permis la mise en œuvre des actions d’aménagement des terres agricoles et pastorales et d’amélioration de la fertilité des sols.
Le secrétaire exécutif du CILSS, Al Ousséni Bretaudeau, a souligné que la lutte contre la désertification se gagne au niveau local, raison pour laquelle le Programme a développé des micro-projets sur le terrain.
Le projet, note-t-on, est conduit en collaboration avec le Fonds français pour l’environnement mondial et le ministère français de la Coopération.
L’approche du projet, indique-t-on, consiste à impliquer les acteurs principaux de la lutte contre les effets de la sécheresse et de la désertification.
Ces acteurs sont impliqués à travers la Société civile qui, elle-même est un autre acteur de la gestion de l’environnement au niveau de la base.
"C’est ce qui fait l’originalité de ce programme, car nous avons des actions concrètes à la base et ces actions sont exécutées par les populations à travers leurs partenaires de la Société civile", s’est réjoui le secrétaire exécutif du CILSS.
Le Pr Bretaudeau a précisé que l’apport du CILSS dans ce programme est un apport technique, d’encadrement et d’accompagnement pour atteindre les résultats escomptés, à savoir la restauration de toutes les terres dégradées et de l’environnement dans le but d’augmenter la production et la productivité agricoles.
Ouagadougou - 08/10/2007 Panapress mardi 9 octobre 2007
Le Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) a entamé, lundi à Ouagadougou, la restitution des résultats du Programme "Initiative régionale- Environnement mondial, lutte contre la désertification".
Une quarantaine d’experts venus des pays membres du CILSS vont proposer des orientations stratégiques à donner au Programme qui est à son terme.
Le Programme "Initiative régionale-Environnement mondial, lutte contre la désertification" a été lancé avec pour objectifs de rendre accessible le financement du Fonds français pour l’environnement mondial.
En six années d’exécution, le Programme a permis le financement de 33 projets d’un montant total de 1,528 milliard de FCFA et le développement des capacités techniques de gestion des ressources naturelles et financières.
Le Programme a aussi permis la mise en œuvre des actions d’aménagement des terres agricoles et pastorales et d’amélioration de la fertilité des sols.
Le secrétaire exécutif du CILSS, Al Ousséni Bretaudeau, a souligné que la lutte contre la désertification se gagne au niveau local, raison pour laquelle le Programme a développé des micro-projets sur le terrain.
Le projet, note-t-on, est conduit en collaboration avec le Fonds français pour l’environnement mondial et le ministère français de la Coopération.
L’approche du projet, indique-t-on, consiste à impliquer les acteurs principaux de la lutte contre les effets de la sécheresse et de la désertification.
Ces acteurs sont impliqués à travers la Société civile qui, elle-même est un autre acteur de la gestion de l’environnement au niveau de la base.
"C’est ce qui fait l’originalité de ce programme, car nous avons des actions concrètes à la base et ces actions sont exécutées par les populations à travers leurs partenaires de la Société civile", s’est réjoui le secrétaire exécutif du CILSS.
Le Pr Bretaudeau a précisé que l’apport du CILSS dans ce programme est un apport technique, d’encadrement et d’accompagnement pour atteindre les résultats escomptés, à savoir la restauration de toutes les terres dégradées et de l’environnement dans le but d’augmenter la production et la productivité agricoles.
Ouagadougou - 08/10/2007 Panapress mardi 9 octobre 2007
28 sept. 2007
CULTURE/ARCHIVES
Temaslit : LES MERVEILLEUSES BIBLIOTHÈQUES DU SAHARAl'Essor n°15843 du - 2006-12-04
Autant les manuscrits de Tombouctou méritent une grande attention, autant ceux de Temaslit méritent d'être étudiés par les chercheurs. Dans une zone perdue dans le Tilemsi, des hommes de culture ont réussi le miracle créer et d'entretenir, depuis des lustres, des bibliothèques sous de fragiles tentes de peau.
Le Tilemsi est connu pour l'infinité de son étendue. Dans ce vaste espace les mirages forment des étangs infinis. Les citrylus dominent une végétation d'acacias parsemée sur une terre où l'herbe est rabougrie. Le sol est fendillé par les rayons d'un soleil toujours cuisant. La plaine de sable, à travers les fissures, semble implorer une ondée du ciel. Même si cette pluie tombe l'eau sera avalée en une journée par des mottes de terre assoiffées, asséchées et cuites par des années de déficit hydrique. Ici, dans les contées lointaines du Tilemsi la désolation enveloppe tout. La misère se prédit. La vie s'accommode d'une impressionnante population de teignes et de gales. La découverte d'une bibliothèque riche de plus de mille ouvrages dans un monde aussi aride relève du miracle. Les auteurs des ouvrages répertoriés sont tous des autochtones. Leur lignée vit sur ces terres depuis 5 siècles. La capacité d'adaptation de ces population et la force de leur instinct de survie sont exemplaires.Des classes sous les arbres : Nous sommes à Temaslit. Ce nom signifie "les échos" en langue tamacheqt. Le village est situé à 18 km à l'ouest de Tarkint, petite localité perdue au sud -ouest de Tilemsi. Elle jouxte une vaste plaine. Des centaines de troupeaux de moutons roux et de chèvres aux couleurs bigarrées paissent sur ce territoire. Le village constitue l'un des plus grands hameaux nomades touaregs du Mali. L'ensemble se compose d'une dizaine de maisons construites avec des briques confectionnées avec un mélange de sable et d'argile rougeâtre. Le décor est meublé de centaines de tentes en peau de chèvre, de mouton ou de chameaux. Elles sont éparpillées à perte de vue. Entre les habitations basses poussent des pieds de dattiers sauvages, des gommiers et des touffes à moitié enterrées de Panicum, une sorte de fonio de sable. Les ombres clairsemées servent de lieu de repos pour les cabris, les agneaux et les chamélons. Assis sous les quelques arbres au feuillage fourni, des enfants mal habillés, aux têtes teigneuses et au corps squelettique apprennent par cœur les 114 sourates du Saint Coran. Les bambins ont accroché des chambres à air de camion gonflées d'eau à un arbre non loin de "leur classe". Les pneumatiques, transformées pour les besoins de la cause, sont récupérés sur les véhicules des trafiquants, qui sillonnent le désert. A Temaslit, ces récipients atypiques servent de gourdes à la place des classiques besaces en peau d'animaux domestiques. Au centre du hameau est érigée la tente du Cadi, Abdou Ag Sididi, le patriarche de la communauté Ifaqaran. Cet homme, respecté de tous, est à la fois l'imam, le cadi et le plus grand professeur de théologie de la communauté. Il est âgé de 76 ans. Mais il n'a rien perdu de la vivacité de son esprit. L'érudit est très perspicace. Il fait preuve d'un remarquable sens de l'humour, qui n'altère en rien la vénération dont il jouit au sein des siens. Le dignitaire Abdou ag Sididi est veuf depuis de longues années. Il est le gardien du savoir et de la pureté de la religion musulmane dans le cercle de Bourem. Il auteur de plusieurs traités de philosophie religieuse hautement appréciés dans les communautés maraboutiques du Nord Mali. Le grand maître a écrit "Almaqarize", un traité de théologie de 500 hadiths. Le cadi de Tilemsi est réputé pour ses livres de grammaires arabes, de Alfiqh, l'interprétation du Coran. La basse tente en peau d'animaux, lui sert de bibliothèque. Elle abrite de nombreux tomes écrits en Arabe, couverts par un plastique noir pour les protéger des intempéries, particulièrement de l'humidité lorsqu'il pleut. Le cadi se réjouit du dynamisme intellectuel des populations sous son autorité. Il embrasse du regard les dizaines d'habitation qui l'entoure et commente avec humilité:<<>>, indique le Cadi. <>, renchérit Issa Ag Mohamed Assalekh, chef de fraction de la communauté, grand docteur de la foi. Le premier puits : Les marabouts de Temaslit reçoivent des étudiants des contrées voisines de Bourem, Kidal, Tarkint, Gao. Ils en arrivent même d'Algérie, de la Mauritanie, du Niger, du Nigeria. Et pourtant ce centre universitaire arabe est un lieu anonyme, inconnu des beaucoup de maliens et même des autorités. Ces dernières viennent juste de commencer le creusement d'un puits à grand diamètre pour une des communautés touareg les plus démunies, les pacifiques Ifaqaren.Cette tribu studieuse vit dans la prière et la piété. Chaque jour, un collège de 40 érudits se réunit sous la tente du patriarche pour discuter d'un thème, précise Amoyaqi Ag Oulamine. Il est le neveu de l'actuel Cadi et fils du prédécesseur défunt. Il est lui-même grand docteur en théologie. <>, affirme-t-il. Le postulant est intégré après avoir présenté un thème sur un sujet relatif à la religion, au droit musulman, à la grammaire arabe, ou au Alfiqh. <<>>, conclut Amoyaqi Ag Oulamine. <> clame Issanant Ag Ahmid, un autre enseignant dans une école moderne de Tarkint. Il a effectué des recherches sur les Ifaqaren. Le hameau de Temaslit et ses bibliothèques enfouies dans le sable forment une autre merveille du monde, mais méconnue. G. A. DICKO
Autant les manuscrits de Tombouctou méritent une grande attention, autant ceux de Temaslit méritent d'être étudiés par les chercheurs. Dans une zone perdue dans le Tilemsi, des hommes de culture ont réussi le miracle créer et d'entretenir, depuis des lustres, des bibliothèques sous de fragiles tentes de peau.
Le Tilemsi est connu pour l'infinité de son étendue. Dans ce vaste espace les mirages forment des étangs infinis. Les citrylus dominent une végétation d'acacias parsemée sur une terre où l'herbe est rabougrie. Le sol est fendillé par les rayons d'un soleil toujours cuisant. La plaine de sable, à travers les fissures, semble implorer une ondée du ciel. Même si cette pluie tombe l'eau sera avalée en une journée par des mottes de terre assoiffées, asséchées et cuites par des années de déficit hydrique. Ici, dans les contées lointaines du Tilemsi la désolation enveloppe tout. La misère se prédit. La vie s'accommode d'une impressionnante population de teignes et de gales. La découverte d'une bibliothèque riche de plus de mille ouvrages dans un monde aussi aride relève du miracle. Les auteurs des ouvrages répertoriés sont tous des autochtones. Leur lignée vit sur ces terres depuis 5 siècles. La capacité d'adaptation de ces population et la force de leur instinct de survie sont exemplaires.Des classes sous les arbres : Nous sommes à Temaslit. Ce nom signifie "les échos" en langue tamacheqt. Le village est situé à 18 km à l'ouest de Tarkint, petite localité perdue au sud -ouest de Tilemsi. Elle jouxte une vaste plaine. Des centaines de troupeaux de moutons roux et de chèvres aux couleurs bigarrées paissent sur ce territoire. Le village constitue l'un des plus grands hameaux nomades touaregs du Mali. L'ensemble se compose d'une dizaine de maisons construites avec des briques confectionnées avec un mélange de sable et d'argile rougeâtre. Le décor est meublé de centaines de tentes en peau de chèvre, de mouton ou de chameaux. Elles sont éparpillées à perte de vue. Entre les habitations basses poussent des pieds de dattiers sauvages, des gommiers et des touffes à moitié enterrées de Panicum, une sorte de fonio de sable. Les ombres clairsemées servent de lieu de repos pour les cabris, les agneaux et les chamélons. Assis sous les quelques arbres au feuillage fourni, des enfants mal habillés, aux têtes teigneuses et au corps squelettique apprennent par cœur les 114 sourates du Saint Coran. Les bambins ont accroché des chambres à air de camion gonflées d'eau à un arbre non loin de "leur classe". Les pneumatiques, transformées pour les besoins de la cause, sont récupérés sur les véhicules des trafiquants, qui sillonnent le désert. A Temaslit, ces récipients atypiques servent de gourdes à la place des classiques besaces en peau d'animaux domestiques. Au centre du hameau est érigée la tente du Cadi, Abdou Ag Sididi, le patriarche de la communauté Ifaqaran. Cet homme, respecté de tous, est à la fois l'imam, le cadi et le plus grand professeur de théologie de la communauté. Il est âgé de 76 ans. Mais il n'a rien perdu de la vivacité de son esprit. L'érudit est très perspicace. Il fait preuve d'un remarquable sens de l'humour, qui n'altère en rien la vénération dont il jouit au sein des siens. Le dignitaire Abdou ag Sididi est veuf depuis de longues années. Il est le gardien du savoir et de la pureté de la religion musulmane dans le cercle de Bourem. Il auteur de plusieurs traités de philosophie religieuse hautement appréciés dans les communautés maraboutiques du Nord Mali. Le grand maître a écrit "Almaqarize", un traité de théologie de 500 hadiths. Le cadi de Tilemsi est réputé pour ses livres de grammaires arabes, de Alfiqh, l'interprétation du Coran. La basse tente en peau d'animaux, lui sert de bibliothèque. Elle abrite de nombreux tomes écrits en Arabe, couverts par un plastique noir pour les protéger des intempéries, particulièrement de l'humidité lorsqu'il pleut. Le cadi se réjouit du dynamisme intellectuel des populations sous son autorité. Il embrasse du regard les dizaines d'habitation qui l'entoure et commente avec humilité:<<>>, indique le Cadi. <
SAHARA CULTURE

Expressions du désert-Arts plastiques: Le mirage aveuglant
Les expressions visuelles ont investi avec passion le Sahara, lequel donne beaucoup à voir pour peut-être mieux se cacher.
Assimilé de manière erronée au « vide » ou au « néant », le désert est un monde infiniment riche et vivant. Cette vérité vaut aussi pour les arts visuels. De tous les endroits d’Algérie, le Sahara est, en effet, le seul à avoir produit et laissé une riche représentation de son univers, de sa vie quotidienne et de ses habitants. Ses innombrables peintures et gravures rupestres, remontant à plus de 10 000 ans, constituent de fait un des plus grands musées au monde à ciel ouvert. Aussi, indiscutablement, le Sahara est une « terre » d’art qui offre, en plus de son spectacle naturel inouï, une profusion d’images et de symboles. Cela explique en partie pourquoi le mouvement Aouchem, créé en 1967, et qui s’engageait dans une expression moderne s’appuyant sur les signes traditionnels, a souligné dans son manifeste la référence au patrimoine du sud algérien. Le document affirme ainsi : « Aouchem est né, il y a des millénaires, sur les parois d’une grotte du Tassili. II a poursuivi son existence jusqu’à nos jours, tantôt secrètement, tantôt ouvertement, en fonction des fluctuations de l’histoire. » Quand on s’interroge aujourd’hui sur la présence du désert dans l’art algérien, on se rend compte que sa thématique demeure influente sur les peintres, quelle que soit leur obédience artistique. Il y a d’abord ceux qui s’inscrivent dans l’art figuratif. Dans cette catégorie, domine une veine influencée par l’orientalisme, « cartes postales » d’un Sahara fantasmé qui trouve preneur chez des acheteurs peu avertis ou friands de sous-orientalisme. A de rares exceptions, comme chez Hocine Ziani, la qualité n’est pas au rendez-vous. Sur le plan éthique aussi, ce type de peinture pose de nombreux problèmes. Plusieurs de ses tenants n’ont jamais mis les pieds au Sahara. Ils travaillent à partir de leur propre imagination, ce qui est acceptable, mais aussi de photographies, voire de tableaux d’orientalistes reproduits ou transformés. S’il est indispensable de critiquer la nature du regard que jetaient les orientalistes sur la réalité algérienne, on ne peut que louer leurs qualités artistiques. Jean Taupin, Pierre Eugène Clairin, Beaucé ou Jean Bouchaud ont laissé ainsi des œuvres admirables sur les paysages ou la vie à Bou Saâda, Laghouat, Ghardaïa ou le Hoggar. Il y a ensuite les peintres qui s’inscrivent dans des approches non figuratives, symbolistes ou résolument abstraites. Parmi eux, la démarche dominante demeure essentiellement celle prônée par le Groupe Aouchem et le recours aux signes et motifs du Sahara. Ainsi, Zohra Hachid-Sellal a exploré avec passion les thèmes des fresques du Tassili dans des compositions modernes. Parmi les artistes particulièrement sensibles au Sahara, citons aussi Omar Meziani, Mourad Kebir et Mohamed Guesmia qui ont effectué plusieurs séjours au Sud à la recherche de nouvelles interactions avec leurs créations. Guesmia a fini, d’ailleurs, par s’installer définitivement à Timimoum. Les élans des peintres non figuratifs à l’égard du Sahara montrent toute la difficulté d’une création qui nécessite une réflexion intérieure intense. Comment se débarrasser des clichés puissants qui entourent le désert ? Comment ne pas céder à la tentation de l’instrumentation de motifs parfois rabâchés ? Comment, enfin, produire un langage pictural moderne en l’alliant au désir d’authenticité ? C’est là une aventure ardue et risquée au plan artistique et ceux qui l’ont entreprise ont déjà le mérite de l’avoir engagée. Il est à noter aussi que le Sahara compte peu de peintres « de recherche » et on serait bien en peine d’en citer, hormis peut-être celui de Mohamed Bakli qui, à Ghardaïa, produit une peinture abstraite, empreinte d’une certaine mystique du désert. La photographie également s’est fortement attachée au désert. Là aussi, les risques d’exotisme existent. Ils sont même décuplés par la profusion d’images à visées touristiques qui créent un parasitage énorme de la représentation du désert. En dépit de cet écueil, rares sont les photographes algériens qui n’ont pas investi ce « champ » où l’originalité demeure très difficile. Il y a, parmi les plus anciens, Khellil qui continue à tenir sa galerie-boutique à la rue Didouche Mourad à Alger, avec ses merveilleuses photos en noir et blanc. Parmi les plus jeunes photographes, plusieurs ont cédé naturellement à la fascination du désert. On peut citer ainsi Yacine Ketfi, Kays Djilali, Ben, Farida Sellal et quelques autres encore pour lesquels la thématique saharienne constitue une inspiration privilégiée. Dans la bande dessinée, Sid Ali Melouah, qui nous a quittés cette année, avait signé un album mémorable, La Secte des assassins, dans lequel il revisitait le mythe de Tin-Hinan. De ce survol de différentes disciplines, il apparaît que le désert exerce une force d’attraction puissante sur les créateurs d’images. Son patrimoine et sa réalité constituent un réservoir visueal aussi étonnant qu’immense. Mais il porte en lui, plus que tout autre sujet, l’illusion du mirage. La beauté offerte naturellement et à dose massive peut paralyser la recherche et même aveugler.
Slimane Brada El watan Edition du 27 septembre 2007 > Arts et Lettres
Les expressions visuelles ont investi avec passion le Sahara, lequel donne beaucoup à voir pour peut-être mieux se cacher.
Assimilé de manière erronée au « vide » ou au « néant », le désert est un monde infiniment riche et vivant. Cette vérité vaut aussi pour les arts visuels. De tous les endroits d’Algérie, le Sahara est, en effet, le seul à avoir produit et laissé une riche représentation de son univers, de sa vie quotidienne et de ses habitants. Ses innombrables peintures et gravures rupestres, remontant à plus de 10 000 ans, constituent de fait un des plus grands musées au monde à ciel ouvert. Aussi, indiscutablement, le Sahara est une « terre » d’art qui offre, en plus de son spectacle naturel inouï, une profusion d’images et de symboles. Cela explique en partie pourquoi le mouvement Aouchem, créé en 1967, et qui s’engageait dans une expression moderne s’appuyant sur les signes traditionnels, a souligné dans son manifeste la référence au patrimoine du sud algérien. Le document affirme ainsi : « Aouchem est né, il y a des millénaires, sur les parois d’une grotte du Tassili. II a poursuivi son existence jusqu’à nos jours, tantôt secrètement, tantôt ouvertement, en fonction des fluctuations de l’histoire. » Quand on s’interroge aujourd’hui sur la présence du désert dans l’art algérien, on se rend compte que sa thématique demeure influente sur les peintres, quelle que soit leur obédience artistique. Il y a d’abord ceux qui s’inscrivent dans l’art figuratif. Dans cette catégorie, domine une veine influencée par l’orientalisme, « cartes postales » d’un Sahara fantasmé qui trouve preneur chez des acheteurs peu avertis ou friands de sous-orientalisme. A de rares exceptions, comme chez Hocine Ziani, la qualité n’est pas au rendez-vous. Sur le plan éthique aussi, ce type de peinture pose de nombreux problèmes. Plusieurs de ses tenants n’ont jamais mis les pieds au Sahara. Ils travaillent à partir de leur propre imagination, ce qui est acceptable, mais aussi de photographies, voire de tableaux d’orientalistes reproduits ou transformés. S’il est indispensable de critiquer la nature du regard que jetaient les orientalistes sur la réalité algérienne, on ne peut que louer leurs qualités artistiques. Jean Taupin, Pierre Eugène Clairin, Beaucé ou Jean Bouchaud ont laissé ainsi des œuvres admirables sur les paysages ou la vie à Bou Saâda, Laghouat, Ghardaïa ou le Hoggar. Il y a ensuite les peintres qui s’inscrivent dans des approches non figuratives, symbolistes ou résolument abstraites. Parmi eux, la démarche dominante demeure essentiellement celle prônée par le Groupe Aouchem et le recours aux signes et motifs du Sahara. Ainsi, Zohra Hachid-Sellal a exploré avec passion les thèmes des fresques du Tassili dans des compositions modernes. Parmi les artistes particulièrement sensibles au Sahara, citons aussi Omar Meziani, Mourad Kebir et Mohamed Guesmia qui ont effectué plusieurs séjours au Sud à la recherche de nouvelles interactions avec leurs créations. Guesmia a fini, d’ailleurs, par s’installer définitivement à Timimoum. Les élans des peintres non figuratifs à l’égard du Sahara montrent toute la difficulté d’une création qui nécessite une réflexion intérieure intense. Comment se débarrasser des clichés puissants qui entourent le désert ? Comment ne pas céder à la tentation de l’instrumentation de motifs parfois rabâchés ? Comment, enfin, produire un langage pictural moderne en l’alliant au désir d’authenticité ? C’est là une aventure ardue et risquée au plan artistique et ceux qui l’ont entreprise ont déjà le mérite de l’avoir engagée. Il est à noter aussi que le Sahara compte peu de peintres « de recherche » et on serait bien en peine d’en citer, hormis peut-être celui de Mohamed Bakli qui, à Ghardaïa, produit une peinture abstraite, empreinte d’une certaine mystique du désert. La photographie également s’est fortement attachée au désert. Là aussi, les risques d’exotisme existent. Ils sont même décuplés par la profusion d’images à visées touristiques qui créent un parasitage énorme de la représentation du désert. En dépit de cet écueil, rares sont les photographes algériens qui n’ont pas investi ce « champ » où l’originalité demeure très difficile. Il y a, parmi les plus anciens, Khellil qui continue à tenir sa galerie-boutique à la rue Didouche Mourad à Alger, avec ses merveilleuses photos en noir et blanc. Parmi les plus jeunes photographes, plusieurs ont cédé naturellement à la fascination du désert. On peut citer ainsi Yacine Ketfi, Kays Djilali, Ben, Farida Sellal et quelques autres encore pour lesquels la thématique saharienne constitue une inspiration privilégiée. Dans la bande dessinée, Sid Ali Melouah, qui nous a quittés cette année, avait signé un album mémorable, La Secte des assassins, dans lequel il revisitait le mythe de Tin-Hinan. De ce survol de différentes disciplines, il apparaît que le désert exerce une force d’attraction puissante sur les créateurs d’images. Son patrimoine et sa réalité constituent un réservoir visueal aussi étonnant qu’immense. Mais il porte en lui, plus que tout autre sujet, l’illusion du mirage. La beauté offerte naturellement et à dose massive peut paralyser la recherche et même aveugler.
Slimane Brada El watan Edition du 27 septembre 2007 > Arts et Lettres

Expression du désert-Cinéma: La ruée vers le sable
Le succès phénoménal de L’Atlantide en 1921 suscita un immense intérêt des cinéastes avec quelques pépites et peu de réussites. Quant au cinéma algérien…
La phrase prononcée par le grand critique Louis Delluc à la sortie de L’Atlantide, de Jacques Feyder, est restée célèbre : « Un seul grand acteur : le sable. » Le cinéaste belge a lu le roman éponyme de Pierre Benoît en une seule nuit. Le lendemain, à la première heure, il avait déjà acquis les droits d’adaptation, moyennant 10 000 francs. Ce film fut salué par la presse comme « l’événement le plus important de l’année ». C’était en 1921. Le coût du film est onéreux : 600.000 francs, obtenus par le cinéaste grâce à un oncle actionnaire dans une banque. Mais le tournage dura 8 mois : Ouargla, Touggourt et même Alger et les Aurès avec 25 artistes, 60 targuis et leurs méharis, des décors grandioses signés par l’Italien Manuel Orazi, des artisans, des costumes… Finalement, le budget explosa. Georges Sadoul, l’historien du cinéma, l’estime à un million huit cent mille francs. Du jamais vu à l’époque ! Pour la quarante millième projection du film, les salles fonctionnaient toujours à guichets fermés. Phénoménal ! Aujourd’hui, beaucoup de cinéphiles ignorent que la première sortie de L’Atlantide était tirée en version colorisée. Ainsi, la couleur du sable est d’un jaune ocre dans la première partie du film avant de passer parfois à l’ocre clair, au rose puis au violet et au saumon, suivant la construction dramatique de la mise en scène. Ce qui justifie donc la phrase de Louis Delluc. Le film est relativement long : 4000 m de pellicule correspondant à 2h40 de projection. Ainsi, les spectateurs de 1921 sortaient des salles avec l’impression d’avoir effectué un véritable voyage dans le désert qui correspondait à leur imaginaire du Sahara : le danger, la soif, la peur, la fatalité, mais aussi les trésors dissimulés sous le sable, le mystère des gens du Sud, mais surtout la femme idéalisée, Antinéa, déformation du nom de Tin-Hinan ! Mais cela n’explique pas la réussite du film. Les trésors cachés sous les dunes sont difficiles à dénicher. Il faut d’abord le talent et l’intelligence du cinéaste, le culot du producteur ensuite. Dans le cas de L’Atlantide, le public était bien préparé à accueillir le film. Le livre de Pierre Benoît était déjà un immense succès populaire. Par la suite, des cinéastes et des producteurs de toutes nationalités rêvèrent de réaliser le score de L’Atlantide. Rien ! Le trésor ne se trouve qu’une fois, comme dit l’adage populaire algérien. Ainsi, le cinéma ne se souvient plus de l’Allemand Willy Wolff, réalisateur de Abenteurer von heute (1932), de l’Américain Maurice Tourneur et sa Barbarie Sheep (1917), de l’Italien Gennaro Righelli et ses Aventures orientales (1929), du Polonais Waszynski et son Souffle du Sahara (1932), du Russe Dimitri Kirsanoff et ses Sables (1927). Naufragés du désert de l’oubli ! Le cinéma ne se souvient même pas du précurseur du film de fiction et du film colonial en Algérie, Camille de Morlhon, et de sa série de films réalisée en 1911 notamment à Biskra. Le cinéma est amnésique des films qui ne voient que le bout de leurs poches. Heureusement d’ailleurs. Après l’indépendance, il y a eu peu de films tournés au Sahara. Le regretté Michelangelo Antonioni a tourné, en 1974, la première séquence de son film voyageur Profession Reporter. Il a su capter le silence de l’immensité désertique. Jack Nicholson, habillé en treillis militaire algérien, communique avec les touaregs par les gestes. Bernardo Bertollucci choisit de boire son Thé au Sahara à Béni Abbès. Et Denys de la Patellière explore le gangstérisme des grand espaces dans Soleil noir. En 1970, Jean-Louis Bertucelli présenta à Cannes, sous la bannière algérienne, Rempart d’argile. Plastiquement très beau et hypnotisant, le film est, à notre avis, le plus fidèle à l’atmosphère du désert. Ecrit par l’ethnologue et grand connaisseur des oasis, Jean Duvignaud, il met en scène Leïla Shenna et Krikèche Le dernier plan du film, réalisé en hélicoptère, est splendide. Il a valu à son réalisateur un Oscar et d’innombrables pages d’estime critique. Les Algériens, eux, ne se sont pas trop aventurés dans leur propre désert. Mohamed Lakhdar-Hamina, producteur de Bertucelli, a redistribué Leïla Shenna dans un sujet similaire, à savoir la condition féminine, dans Le vent de sable. Malgré le cinémascope, le film ne connut pas pareil succès. Le citadin Merzak Allouache voit, en 2001, dans Timimoun un autre monde. Raconter le terrorisme dans l’oasis rouge marquait le détachement du cinéaste de Bab El Oued City avec la réalité algérienne d’alors. Côté documentaire, on citera Djamel Azizi qui, en 2002, a réalisé, avec Les transporteurs du bonheur, un film d’une sensibilité particulière. Nous suivons avec lui les aventures des routiers de la SNTR qui devaient accomplir une mission essentielle : transporter des vivres aux villages isolés de l’extrême-sud algérien. C’est le contrepoint du film La croisière noire réalisé par Léon Poirier en 1925. Le film suit une expédition Citroën en autochenilles, un peu l’ancêtre du rallye Paris-Dakar… Mais ne revenons pas aux films coloniaux et attendons plutôt de voir ce que va nous offrir Brahim Tsaki de son désert. Un oubli. Toujours, on dit que le cinéma algérien est né dans les maquis. Faux. Le premier film algérien est un film réalisé dans le désert et, justement porte le titre Les plongeurs du désert. Le réalisateur est un certain Tahar Hannache. C’était en 1946. Nous y reviendrons.
Abdenour Zahzah El watan Edition du 27 septembre 2007 > Arts et Lettres
Le succès phénoménal de L’Atlantide en 1921 suscita un immense intérêt des cinéastes avec quelques pépites et peu de réussites. Quant au cinéma algérien…
La phrase prononcée par le grand critique Louis Delluc à la sortie de L’Atlantide, de Jacques Feyder, est restée célèbre : « Un seul grand acteur : le sable. » Le cinéaste belge a lu le roman éponyme de Pierre Benoît en une seule nuit. Le lendemain, à la première heure, il avait déjà acquis les droits d’adaptation, moyennant 10 000 francs. Ce film fut salué par la presse comme « l’événement le plus important de l’année ». C’était en 1921. Le coût du film est onéreux : 600.000 francs, obtenus par le cinéaste grâce à un oncle actionnaire dans une banque. Mais le tournage dura 8 mois : Ouargla, Touggourt et même Alger et les Aurès avec 25 artistes, 60 targuis et leurs méharis, des décors grandioses signés par l’Italien Manuel Orazi, des artisans, des costumes… Finalement, le budget explosa. Georges Sadoul, l’historien du cinéma, l’estime à un million huit cent mille francs. Du jamais vu à l’époque ! Pour la quarante millième projection du film, les salles fonctionnaient toujours à guichets fermés. Phénoménal ! Aujourd’hui, beaucoup de cinéphiles ignorent que la première sortie de L’Atlantide était tirée en version colorisée. Ainsi, la couleur du sable est d’un jaune ocre dans la première partie du film avant de passer parfois à l’ocre clair, au rose puis au violet et au saumon, suivant la construction dramatique de la mise en scène. Ce qui justifie donc la phrase de Louis Delluc. Le film est relativement long : 4000 m de pellicule correspondant à 2h40 de projection. Ainsi, les spectateurs de 1921 sortaient des salles avec l’impression d’avoir effectué un véritable voyage dans le désert qui correspondait à leur imaginaire du Sahara : le danger, la soif, la peur, la fatalité, mais aussi les trésors dissimulés sous le sable, le mystère des gens du Sud, mais surtout la femme idéalisée, Antinéa, déformation du nom de Tin-Hinan ! Mais cela n’explique pas la réussite du film. Les trésors cachés sous les dunes sont difficiles à dénicher. Il faut d’abord le talent et l’intelligence du cinéaste, le culot du producteur ensuite. Dans le cas de L’Atlantide, le public était bien préparé à accueillir le film. Le livre de Pierre Benoît était déjà un immense succès populaire. Par la suite, des cinéastes et des producteurs de toutes nationalités rêvèrent de réaliser le score de L’Atlantide. Rien ! Le trésor ne se trouve qu’une fois, comme dit l’adage populaire algérien. Ainsi, le cinéma ne se souvient plus de l’Allemand Willy Wolff, réalisateur de Abenteurer von heute (1932), de l’Américain Maurice Tourneur et sa Barbarie Sheep (1917), de l’Italien Gennaro Righelli et ses Aventures orientales (1929), du Polonais Waszynski et son Souffle du Sahara (1932), du Russe Dimitri Kirsanoff et ses Sables (1927). Naufragés du désert de l’oubli ! Le cinéma ne se souvient même pas du précurseur du film de fiction et du film colonial en Algérie, Camille de Morlhon, et de sa série de films réalisée en 1911 notamment à Biskra. Le cinéma est amnésique des films qui ne voient que le bout de leurs poches. Heureusement d’ailleurs. Après l’indépendance, il y a eu peu de films tournés au Sahara. Le regretté Michelangelo Antonioni a tourné, en 1974, la première séquence de son film voyageur Profession Reporter. Il a su capter le silence de l’immensité désertique. Jack Nicholson, habillé en treillis militaire algérien, communique avec les touaregs par les gestes. Bernardo Bertollucci choisit de boire son Thé au Sahara à Béni Abbès. Et Denys de la Patellière explore le gangstérisme des grand espaces dans Soleil noir. En 1970, Jean-Louis Bertucelli présenta à Cannes, sous la bannière algérienne, Rempart d’argile. Plastiquement très beau et hypnotisant, le film est, à notre avis, le plus fidèle à l’atmosphère du désert. Ecrit par l’ethnologue et grand connaisseur des oasis, Jean Duvignaud, il met en scène Leïla Shenna et Krikèche Le dernier plan du film, réalisé en hélicoptère, est splendide. Il a valu à son réalisateur un Oscar et d’innombrables pages d’estime critique. Les Algériens, eux, ne se sont pas trop aventurés dans leur propre désert. Mohamed Lakhdar-Hamina, producteur de Bertucelli, a redistribué Leïla Shenna dans un sujet similaire, à savoir la condition féminine, dans Le vent de sable. Malgré le cinémascope, le film ne connut pas pareil succès. Le citadin Merzak Allouache voit, en 2001, dans Timimoun un autre monde. Raconter le terrorisme dans l’oasis rouge marquait le détachement du cinéaste de Bab El Oued City avec la réalité algérienne d’alors. Côté documentaire, on citera Djamel Azizi qui, en 2002, a réalisé, avec Les transporteurs du bonheur, un film d’une sensibilité particulière. Nous suivons avec lui les aventures des routiers de la SNTR qui devaient accomplir une mission essentielle : transporter des vivres aux villages isolés de l’extrême-sud algérien. C’est le contrepoint du film La croisière noire réalisé par Léon Poirier en 1925. Le film suit une expédition Citroën en autochenilles, un peu l’ancêtre du rallye Paris-Dakar… Mais ne revenons pas aux films coloniaux et attendons plutôt de voir ce que va nous offrir Brahim Tsaki de son désert. Un oubli. Toujours, on dit que le cinéma algérien est né dans les maquis. Faux. Le premier film algérien est un film réalisé dans le désert et, justement porte le titre Les plongeurs du désert. Le réalisateur est un certain Tahar Hannache. C’était en 1946. Nous y reviendrons.
Abdenour Zahzah El watan Edition du 27 septembre 2007 > Arts et Lettres

Expressions du désert-Roman : Un immense révélateur
Nous vivons avec l’un des plus grands déserts du monde. Même inconsciemment, cette présence influe sur nos comportements et inspire nos romanciers. Le désert a été et reste pour nos écrivains une source d’inspiration sans cesse renouvelée. Lieu magique ou déroutant, lieu des espaces infinis où l’on se perd, où l’on se trouve, c’est aussi le lieu de la rencontre avec Dieu.
Revenons un peu sur l’origine du mot qui peut nous éclairer sur la perception que l’on se fit ailleurs de ces étendues nues et arides. Désert vient du verbe latin desero qui signifie « abandonner », qui marque la séparation. Lorsque l’Afrique du Nord est devenue romaine, sous le règne de l’empereur Hadrien, des détachements de centurions surveillaient le trafic saharien et les tribus berbères insurgées dans les régions qui correspondent aujourd’hui à celles de Biskra et Laghouat. Et pourtant, ce territoire, appelé « zone torride », semblait complètement à l’écart. L’historien Pline l’Ancien le dit clairement : « La zone torride n’a jamais été soumise par Rome mais détachée du reste du monde, elle est vouée à la solitude par les excès de la Nature » (Histoire naturelle, II). Le climat, qui semblait insupportable aux Romains, ne pouvait convenir, selon eux, qu’à des créatures hors normes, seuls êtres vivants pouvant supporter ces températures. L’imagination allant bon train, le même Pline se laissa aller à des descriptions extravagantes de troncs sans tête, de pieds en lanières, de corps incohérents représentant une nature illisible à la logique romaine. Les écrivains algériens, quant à eux, ont une attirance particulière pour leur désert, le Sahara, qui va apparaître d’une façon ou d’une autre dans leurs écrits. Mohammed Dib ne manque pas de le souligner, lui qui attribue une importance primordiale au paysage qui nous a vu naître : « Les Algériens vivent avec, à leur porte, un des plus grands déserts du monde. Même s’ils l’ignorent, même s’ils l’oublient, il est là et non pas qu’à leur porte mais dans la sombre crypte de leur psyché. » (L’arbre à dires, Albin Michel, 1998). Au plus profond de nous-mêmes, dans cet endroit secret qui est à la fois lieu du repli et source de vie, nous gardons cette image d’infini et de beauté. Aux temps lointains, les caravanes s’organisaient pour traverser ces espaces arides où la survie dépend de la solidarité. Le beau livre de Djamel Souidi Amastan Sanhadji nous raconte (tome II. Ed. du Tell, 2004), comment les méharis sont dressés, comment la caravane se met en chemin et quelles embûches l’attendent en chemin. Car la traversée est difficile et les précautions indispensables. Des êtres de légende sont nés en ces lieux. C’est le cas de Tin-Hinan et l’auteur nous donne sa version de cette histoire sans cesse reprise et modifiée. C’était une princesse très chère à son père. Elle fit un songe merveilleux. Elle devait quitter sa demeure pour aller vers le pays du soleil levant où s’accomplirait sa destinée. En ce temps-là, nous dit le conteur, les hommes étaient proches de la nature. Aussi, obéit-elle sans hésiter malgré la douleur de laisser son père. Elle partit avec sa servante fidèle et trois chameaux. Elles cheminèrent longtemps, elles eurent faim et soif et ne durent leur salut qu’à une procession de fourmis qui transportaient des graines. Elles purent ainsi continuer et arriver là où le destin allait s’accomplir. La princesse épousa un guerrier noble et brave et de leur union naquit le peuple des Sanhadjas. Elle prit le nom de Tin-Hinan qui signifie pour certains « la voyageuse » et, pour d’autres, « celle des tentes » car elle eut de nombreux enfants et les tentes se multiplièrent autour de la sienne. Les histoires abondent de ces caravanes qui traversent le désert et emportent avec elles des rêves d’évasion et des regrets aussi. Elles laissent derrière elles des empreintes évanouies, traces de campements abandonnés, prétextes à la poésie et à l’évocation d’un amour perdu.
Se perdre, se retrouver
Mouloud Mammeri dans La Traversée (Plon, 1982) nous décrit la quête de Mourad, journaliste, qui se retrouve après une traversée du Sahara. Ses pérégrinations servent de révélateur et la vie des hommes libres, les Touareg, lui montre à quel point sa propre existence peut être étriquée. L’histoire s’achève tragiquement sur une plage. Rachid Boudjedra dans Timimoun (Denoël, 1994) nous raconte son désert à lui. Dans un car bringuebalant, un chauffeur, livré à ses réflexions solitaires, revoit son passé. De temps en temps, son regard est attiré par l’une des passagères, une jeune fille au regard bleu et au corps androgyne. Par intermittence, parviennent, par bribes les nouvelles du Nord, les morts, les attentats, toute cette horreur qui semble lointaine et comme atténuée par le désert que le personnage principal n’aime pas et semble même craindre : « Personne ne connaît la souffrance s’il n’a pas regardé du haut de l’Assekrem ce chamboulement cosmique qu’est le Hoggar. Cette désintégration lunaire où la rocaille, le sable, les dunes, les crevasses et les pics majestueux donnent envie de mourir tout de suite. Le Sahara c’est ce grabuge incroyable du monde. » Au terme de ce voyage qui le conduira surtout vers sa vérité, il se découvrira lui-même. Le désert sert de révélateur. C’est ce qu’exprime Mohammed Dib dans Le Désert sans détour, où l’on peut lire : « Le désert offre cette revanche cette autre particularité qu’on y marche vers soi-même et ainsi vers le malheur. » Plus tard, Boudjedra reviendra à la poésie non sans nostalgie et souffrance dans Cinq fragments du désert, (Barzakh, 2001) variations sur un poème de Saint John Perse. Habib Ayyoub imagine un désert encore plus désert, et dans le Gardien (Barzakh, 2001), il nous invite à une fable philosophique : un homme, perdu dans un ksar abandonné de tous, vit de ses souvenirs. Autrefois, il y avait une mer et comme vestige de ce passé révolu, un bateau, un yacht avec des voiles en lambeaux. Le sel envahit tout et ce chef suprême, perdu dans sa solitude, finit par mourir. Le désert est symbole de solitude. L’inanité des quêtes humaines et des récompenses, comme les décorations, tout se fond et se corrompt sous l’effet corrosif du sel qui attaque tout. Alors que reste-t-il ? Des médailles conservées précieusement dans une boîte, symbole d’une époque plus faste et de la reconnaissance de ses pairs. Il n’en subsiste que le ruban en plastique, rouge, vert et blanc, « le résumé de sa vie », réduit à néant. On aura compris qu’il s’agit surtout, sur fond de satire, de la vie algéroise, comme le prouvent certaines indications de lieux, d’une réflexion triste et amère sur la condition humaine et l’impuissance des hommes qui, parvenus au terme de la vie, contemplent avec un sentiment de vide ce que fut leur parcours sur terre. Dans tous ces ouvrages, les auteurs ont montré comment le désert permet une découverte de soi.
La quête mystique
Le désert est surtout le lieu des expériences mystiques où l’homme, rendu à sa condition d’être faible et contingent, mesure mieux la grandeur d’une puissance qui le dépasse. Les ermites choisissent d’y vivre pour mieux y méditer et réaliser leur quête d’absolu. C’est l’endroit où la parole de Dieu s’est fait entendre. Et c’est l’endroit où la source miraculeuse jaillit pour sauver Ismaël et sa mère Agar. « L’enfant Ismaël, chassé de la maison paternelle avec Agar sa mère, était sur le point de mourir de soif dans le désert ; alors elle l’a mis à l’abri du soleil dans un buisson, mais une source d’eau a jailli sous le talon d’Ismaël », nous conte Mohammed Dib dans l’Infante Maure (Albin Michel, 1994). Il nous semble alors retrouver en ces phrases simples une ultime vérité que plusieurs autres auteurs algériens ont recherchée, tels Tahar Djaout, Malika Mokaddem ou encore, dans la nouvelle génération d’écrivains, Chawki Amari. Le désert, lieu des vertiges et des mirages, est aussi pour l’écrivain, un miroir de sa création. Le désert se donne à lire « comme une page blanche qu’une nostalgie du signe consume », nous dit encore Mohammed Dib. Page blanche en attente du signe, page blanche de l’écrivain en proie aux difficultés de la création littéraire. Les écrivains algériens ne finissent pas de parcourir ces espaces porteurs de tant de rêves…
Amina Azza Bekkat El watan Edition du 27 septembre 2007 > Arts et Lettres
Nous vivons avec l’un des plus grands déserts du monde. Même inconsciemment, cette présence influe sur nos comportements et inspire nos romanciers. Le désert a été et reste pour nos écrivains une source d’inspiration sans cesse renouvelée. Lieu magique ou déroutant, lieu des espaces infinis où l’on se perd, où l’on se trouve, c’est aussi le lieu de la rencontre avec Dieu.
Revenons un peu sur l’origine du mot qui peut nous éclairer sur la perception que l’on se fit ailleurs de ces étendues nues et arides. Désert vient du verbe latin desero qui signifie « abandonner », qui marque la séparation. Lorsque l’Afrique du Nord est devenue romaine, sous le règne de l’empereur Hadrien, des détachements de centurions surveillaient le trafic saharien et les tribus berbères insurgées dans les régions qui correspondent aujourd’hui à celles de Biskra et Laghouat. Et pourtant, ce territoire, appelé « zone torride », semblait complètement à l’écart. L’historien Pline l’Ancien le dit clairement : « La zone torride n’a jamais été soumise par Rome mais détachée du reste du monde, elle est vouée à la solitude par les excès de la Nature » (Histoire naturelle, II). Le climat, qui semblait insupportable aux Romains, ne pouvait convenir, selon eux, qu’à des créatures hors normes, seuls êtres vivants pouvant supporter ces températures. L’imagination allant bon train, le même Pline se laissa aller à des descriptions extravagantes de troncs sans tête, de pieds en lanières, de corps incohérents représentant une nature illisible à la logique romaine. Les écrivains algériens, quant à eux, ont une attirance particulière pour leur désert, le Sahara, qui va apparaître d’une façon ou d’une autre dans leurs écrits. Mohammed Dib ne manque pas de le souligner, lui qui attribue une importance primordiale au paysage qui nous a vu naître : « Les Algériens vivent avec, à leur porte, un des plus grands déserts du monde. Même s’ils l’ignorent, même s’ils l’oublient, il est là et non pas qu’à leur porte mais dans la sombre crypte de leur psyché. » (L’arbre à dires, Albin Michel, 1998). Au plus profond de nous-mêmes, dans cet endroit secret qui est à la fois lieu du repli et source de vie, nous gardons cette image d’infini et de beauté. Aux temps lointains, les caravanes s’organisaient pour traverser ces espaces arides où la survie dépend de la solidarité. Le beau livre de Djamel Souidi Amastan Sanhadji nous raconte (tome II. Ed. du Tell, 2004), comment les méharis sont dressés, comment la caravane se met en chemin et quelles embûches l’attendent en chemin. Car la traversée est difficile et les précautions indispensables. Des êtres de légende sont nés en ces lieux. C’est le cas de Tin-Hinan et l’auteur nous donne sa version de cette histoire sans cesse reprise et modifiée. C’était une princesse très chère à son père. Elle fit un songe merveilleux. Elle devait quitter sa demeure pour aller vers le pays du soleil levant où s’accomplirait sa destinée. En ce temps-là, nous dit le conteur, les hommes étaient proches de la nature. Aussi, obéit-elle sans hésiter malgré la douleur de laisser son père. Elle partit avec sa servante fidèle et trois chameaux. Elles cheminèrent longtemps, elles eurent faim et soif et ne durent leur salut qu’à une procession de fourmis qui transportaient des graines. Elles purent ainsi continuer et arriver là où le destin allait s’accomplir. La princesse épousa un guerrier noble et brave et de leur union naquit le peuple des Sanhadjas. Elle prit le nom de Tin-Hinan qui signifie pour certains « la voyageuse » et, pour d’autres, « celle des tentes » car elle eut de nombreux enfants et les tentes se multiplièrent autour de la sienne. Les histoires abondent de ces caravanes qui traversent le désert et emportent avec elles des rêves d’évasion et des regrets aussi. Elles laissent derrière elles des empreintes évanouies, traces de campements abandonnés, prétextes à la poésie et à l’évocation d’un amour perdu.
Se perdre, se retrouver
Mouloud Mammeri dans La Traversée (Plon, 1982) nous décrit la quête de Mourad, journaliste, qui se retrouve après une traversée du Sahara. Ses pérégrinations servent de révélateur et la vie des hommes libres, les Touareg, lui montre à quel point sa propre existence peut être étriquée. L’histoire s’achève tragiquement sur une plage. Rachid Boudjedra dans Timimoun (Denoël, 1994) nous raconte son désert à lui. Dans un car bringuebalant, un chauffeur, livré à ses réflexions solitaires, revoit son passé. De temps en temps, son regard est attiré par l’une des passagères, une jeune fille au regard bleu et au corps androgyne. Par intermittence, parviennent, par bribes les nouvelles du Nord, les morts, les attentats, toute cette horreur qui semble lointaine et comme atténuée par le désert que le personnage principal n’aime pas et semble même craindre : « Personne ne connaît la souffrance s’il n’a pas regardé du haut de l’Assekrem ce chamboulement cosmique qu’est le Hoggar. Cette désintégration lunaire où la rocaille, le sable, les dunes, les crevasses et les pics majestueux donnent envie de mourir tout de suite. Le Sahara c’est ce grabuge incroyable du monde. » Au terme de ce voyage qui le conduira surtout vers sa vérité, il se découvrira lui-même. Le désert sert de révélateur. C’est ce qu’exprime Mohammed Dib dans Le Désert sans détour, où l’on peut lire : « Le désert offre cette revanche cette autre particularité qu’on y marche vers soi-même et ainsi vers le malheur. » Plus tard, Boudjedra reviendra à la poésie non sans nostalgie et souffrance dans Cinq fragments du désert, (Barzakh, 2001) variations sur un poème de Saint John Perse. Habib Ayyoub imagine un désert encore plus désert, et dans le Gardien (Barzakh, 2001), il nous invite à une fable philosophique : un homme, perdu dans un ksar abandonné de tous, vit de ses souvenirs. Autrefois, il y avait une mer et comme vestige de ce passé révolu, un bateau, un yacht avec des voiles en lambeaux. Le sel envahit tout et ce chef suprême, perdu dans sa solitude, finit par mourir. Le désert est symbole de solitude. L’inanité des quêtes humaines et des récompenses, comme les décorations, tout se fond et se corrompt sous l’effet corrosif du sel qui attaque tout. Alors que reste-t-il ? Des médailles conservées précieusement dans une boîte, symbole d’une époque plus faste et de la reconnaissance de ses pairs. Il n’en subsiste que le ruban en plastique, rouge, vert et blanc, « le résumé de sa vie », réduit à néant. On aura compris qu’il s’agit surtout, sur fond de satire, de la vie algéroise, comme le prouvent certaines indications de lieux, d’une réflexion triste et amère sur la condition humaine et l’impuissance des hommes qui, parvenus au terme de la vie, contemplent avec un sentiment de vide ce que fut leur parcours sur terre. Dans tous ces ouvrages, les auteurs ont montré comment le désert permet une découverte de soi.
La quête mystique
Le désert est surtout le lieu des expériences mystiques où l’homme, rendu à sa condition d’être faible et contingent, mesure mieux la grandeur d’une puissance qui le dépasse. Les ermites choisissent d’y vivre pour mieux y méditer et réaliser leur quête d’absolu. C’est l’endroit où la parole de Dieu s’est fait entendre. Et c’est l’endroit où la source miraculeuse jaillit pour sauver Ismaël et sa mère Agar. « L’enfant Ismaël, chassé de la maison paternelle avec Agar sa mère, était sur le point de mourir de soif dans le désert ; alors elle l’a mis à l’abri du soleil dans un buisson, mais une source d’eau a jailli sous le talon d’Ismaël », nous conte Mohammed Dib dans l’Infante Maure (Albin Michel, 1994). Il nous semble alors retrouver en ces phrases simples une ultime vérité que plusieurs autres auteurs algériens ont recherchée, tels Tahar Djaout, Malika Mokaddem ou encore, dans la nouvelle génération d’écrivains, Chawki Amari. Le désert, lieu des vertiges et des mirages, est aussi pour l’écrivain, un miroir de sa création. Le désert se donne à lire « comme une page blanche qu’une nostalgie du signe consume », nous dit encore Mohammed Dib. Page blanche en attente du signe, page blanche de l’écrivain en proie aux difficultés de la création littéraire. Les écrivains algériens ne finissent pas de parcourir ces espaces porteurs de tant de rêves…
Amina Azza Bekkat El watan Edition du 27 septembre 2007 > Arts et Lettres
SAHARA CULTURE

Expressions du désert : Les sables émouvants
« Désert culturel » : voilà des mots qui ne font pas bon ménage. Pourtant le désert est empli de culture et, depuis longtemps déjà, il inspire fortement les écrivains et les artistes.
On a coutume d’associer le désert à la culture pour décrire une situation d’indigence culturelle. Pourtant, à bien y regarder, le désert est loin de mériter cet usage, étant lui-même un espace qui regorge de traditions culturelles orales ou artistiques. Ainsi, la présence d’un des plus vastes musées à ciel ouvert du monde, avec des peintures et gravures qui remontent à plus de dix mille ans, est déjà un élément important de cette dimension culturelle du désert. On pourrait citer de même toutes les expressions musicales, l’imzad ou encore les musiques targuies ou gnaouies qui nous sont parvenues du ou par le Sahara. Mais outre que le désert est lui-même lieu de cultures et d’art, il en est aussi, pourrait-on dire, l’objet représentant depuis les temps les plus reculés une source d’inspiration d’une puissance aussi forte que les mondes inconnus du cosmos. Il est une des plus grandes attractions de l’esprit humain et tous les créateurs ont, au moins une fois dans leur vie, envisagé la possibilité de traiter du désert. Les écrivains et peintres orientalistes qui recherchaient spécifiquement l’exotisme et qui pensaient l’avoir trouvé sur la rive sud de la Méditerranée se rendirent compte, en poussant plus loin leurs incursions, qu’il existait un autre univers, plus vaste, plus différent, plus propice encore à leurs fantasmes les plus fous. Par la suite, les cinéastes et photographes leur emboîtèrent le pas et donnèrent à cet élan la force de l’image mécanisée et de ses incroyables moyens de diffusion. On aurait pensé que la réalité des lieux diffusée par les reportages limiterait les légendes. Bien au contraire, celles-ci se sont multipliées avec le cinéma de fiction et notamment le succès extraordinaire en 1921 du film L’Atlantide (voir article La ruée vers le sable), tourné en Algérie comme de nombreux autres films relatifs au désert. Décor aux dimensions cosmiques, le désert ainsi que les mystères supposés ou réels de ses habitants n’ont pas cessé à ce jour d’offrir aux écrivains, poètes et peintres, un tremplin à l’imagination. Force est de constater que jusque-là, les étrangers ont plus produit que nous sur notre propre désert et que, de notre côté, à de rares exceptions, nos productions artistiques ou littéraires n’ont pas encore donné à ce lieu magique toute la lumière qu’il mérite.
Arts & Lettres
El watan Edition du 27 septembre 2007 > Arts et Lettres
« Désert culturel » : voilà des mots qui ne font pas bon ménage. Pourtant le désert est empli de culture et, depuis longtemps déjà, il inspire fortement les écrivains et les artistes.
On a coutume d’associer le désert à la culture pour décrire une situation d’indigence culturelle. Pourtant, à bien y regarder, le désert est loin de mériter cet usage, étant lui-même un espace qui regorge de traditions culturelles orales ou artistiques. Ainsi, la présence d’un des plus vastes musées à ciel ouvert du monde, avec des peintures et gravures qui remontent à plus de dix mille ans, est déjà un élément important de cette dimension culturelle du désert. On pourrait citer de même toutes les expressions musicales, l’imzad ou encore les musiques targuies ou gnaouies qui nous sont parvenues du ou par le Sahara. Mais outre que le désert est lui-même lieu de cultures et d’art, il en est aussi, pourrait-on dire, l’objet représentant depuis les temps les plus reculés une source d’inspiration d’une puissance aussi forte que les mondes inconnus du cosmos. Il est une des plus grandes attractions de l’esprit humain et tous les créateurs ont, au moins une fois dans leur vie, envisagé la possibilité de traiter du désert. Les écrivains et peintres orientalistes qui recherchaient spécifiquement l’exotisme et qui pensaient l’avoir trouvé sur la rive sud de la Méditerranée se rendirent compte, en poussant plus loin leurs incursions, qu’il existait un autre univers, plus vaste, plus différent, plus propice encore à leurs fantasmes les plus fous. Par la suite, les cinéastes et photographes leur emboîtèrent le pas et donnèrent à cet élan la force de l’image mécanisée et de ses incroyables moyens de diffusion. On aurait pensé que la réalité des lieux diffusée par les reportages limiterait les légendes. Bien au contraire, celles-ci se sont multipliées avec le cinéma de fiction et notamment le succès extraordinaire en 1921 du film L’Atlantide (voir article La ruée vers le sable), tourné en Algérie comme de nombreux autres films relatifs au désert. Décor aux dimensions cosmiques, le désert ainsi que les mystères supposés ou réels de ses habitants n’ont pas cessé à ce jour d’offrir aux écrivains, poètes et peintres, un tremplin à l’imagination. Force est de constater que jusque-là, les étrangers ont plus produit que nous sur notre propre désert et que, de notre côté, à de rares exceptions, nos productions artistiques ou littéraires n’ont pas encore donné à ce lieu magique toute la lumière qu’il mérite.
Arts & Lettres
El watan Edition du 27 septembre 2007 > Arts et Lettres
18 sept. 2007
SAVOIRS SAHARIENS
Les manuscrits de Tombouctou révèlent l'Afrique scientifique.
En travaillant sur la conservation des dizaines de milliers d'ouvrages des bibliothèques de Tombouctou, au Mali, les chercheurs du programme international de sauvegarde des manuscrits ont découvert des livres qui révèlent une Afrique scientifique, en contact avec les savants orientaux.
En travaillant sur la conservation des dizaines de milliers d'ouvrages des bibliothèques de Tombouctou, au Mali, les chercheurs du programme international de sauvegarde des manuscrits ont découvert des livres qui révèlent une Afrique scientifique, en contact avec les savants orientaux.
« Le sel vient du nord, l'or vient du sud et l'argent du pays des Blancs, mais la
parole de Dieu et les trésors de la sagesse ne se trouvent qu'à Tombouctou.»
En 2000, l’Unesco, l’agence des Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture lance un programme de sauvegarde des manuscrits des bibliothèques de Tombouctou, au Mali.
Le projet consiste à identifier, collecter, numériser les centaines de milliers d’ouvrages, pour certains datant du XIIIème siècle, détenus par les bibliothèques publiques et privées de Tombouctou et de la région.
De nombreux gouvernements et institutions étrangères comme l’agence norvégienne de coopération universitaire, la Fondation Ford et le Smithsonian Institute se sont investis dans le programme de sauvegarde, qui est, par ailleurs, le tout premier projet culturel soutenu par le Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique).
À la fin de l'année 2007, une exposition de manuscrits se tiendra à Bamako, qui concluera la participation de l'Unesco au projet.
Le savoir de Tombouctou
Tombouctou a été longtemps le symbole d’une destination exotique et isolée pour les Européens.Mais pour tout le continent africain, elle était une ville au carrefour des commerces et des idées. Phare de l'enseignement religieux, philosophique, des cultures, au temps du Royaume de Songhaï (XIIème au XVIème siècle).
Les marchands arabes venaient à Tombouctou troquer le sel et d’autres biens contre l’or et l’ivoire. Dans leurs ballots, il y avait des livres dont la mosquée de Sankore et son complexe universitaire (25000 étudiants) étaient friands.
Des familles de la région possédaient aussi leurs propres bibliothèques. Elles commandaient la copie des livres à tout un petit peuple de scribes et de relieurs. D'autres ayant fui la Reconquista (la période de reconquête chrétienne espagnole du XIème au XVIème siècle) ont emporté avec eux à Tombouctou, les manuscrits des lettrés de Grenade (Espagne).
Entre 700 000 et 1 million de manuscrits
En 1964, l’agence des Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (Unesco) s’intéresse pour la première fois aux bibliothèques de Tombouctou. Commence un vaste travail de collecte de textes dans les familles qu’il faut convaincre de léguer un « héritage familial ».
Environ 200 bibliothèques privées ont été identifiées m
ais les chercheurs savent qu’il faut continuer à prospecter dans les familles pour retrouver les trésors du savoir de Tombouctou.
En 2000, l’Unesco lance une nouvelle phase de son programme de sauvegarde qui inclut la formation de personnel local au travail de reliure et de conservation des manuscrits ainsi que leur numérisation.
Les manuscrits ont souffert du sable, du vent, de la chaleur, du feu, des termites, de la transpiration, des manipulations mais aussi du fer contenu dans les encres qui ont servi aux copies au XIXème siècle, de l’acidité du papier et de la corrosion par le métal des coffres dans lesquels ils étaient enfermés.
Entre les textes d’une seule et unique page et les ouvrages reliés de 500 pages, s’étale toute une histoire sociale, ponctuée de textes juridiques, contrats commerciaux (dont ceux de l’esclavage), sermons religieux,contes et poésies.
Les textes sont majoritairement rédigés en arabe. D'autres sont transcrits en langues nationales, en haoussa, songhaï.
La « science » africaine
Pour les chercheurs, la surprise a été de découvrir que de nombreux textes reflétaient les connaissances scientifiques développées entre le VIIIème et le XVIème siècle en Inde, en Chine, en Grèce et à Bagdad. Ce qui amène à une période antérieur à l'arrivée des Européen. Jusqu’à présent, on pensait que le continent africain était resté en dehors de l’influence de ce savoir, et que ce n’est qu’après la conquête européenne que les mathématiques et l’astronomie avaient pris souche.
En 2006, une équipe de chercheurs de l’Université du Cap (Afrique du Sud) s’est associée avec l’Université de Bamako (Mali) pour traduire des manuscrits. Leur objectif était de découvrir la profondeur des connaissances en mathématiques des savants de Tombouctou, de savoir si ceux-ci observaient les phénomènes astronomiques et quelles conclusions, ils en tiraient.
14 manuscrits sur les milliers qui les attendent ont déjà été traduits. L’un d’entre eux, écrit en 1723 par Abul Abbas, un érudit de Tombouctou, est un commentaire de plusieurs travaux réalisés par d’autres savants.
Trois cents ans après le traité de Copernic qui place le Soleil au centre de notre système de
planète, le texte décrit un univers de planètes tournant autour de la Terre.« Ce texte prouve que les astronomes de Tombouctou n’étaient pas en contact avec leurs collègues européens », explique Thebe Medupe, le directeur sud-africain du projet « mais qu'ils tiraient leurs connaissances des travaux des savants des autres pays musulmans».
Les manuscrits contiennent les même concepts et les même erreurs que les textes orientaux. Les calculs mathématique et la géométrie utilisés à Tombouctou s'apparentent aussi à ceux utilisés par les érudits du Proche -Orient.
Pour Thebe Medupe, cette seule découverte est un énorme pas en avant. « Je crois que si les Africains sont sous-représentés dans les sciences aujourd’hui c’est parce qu’ils ne se sont pas vus dans les livres de sciences. Maintenant, ils pourront s’y retrouver ».
L'Arabie Saoudite a accordé le 14 août dernier une nouvelle donation à l'Institut des hautes études et des recherches islamiques Ahmed Baba de Tombouctou, qui détient près de 30 000 manuscrits. Dans la donation, un véhicule tout-terrain «pour aller chercher les manuscrits détenus par les familles».
RFI par Marion Urban Article publié le 21/08/2007
parole de Dieu et les trésors de la sagesse ne se trouvent qu'à Tombouctou.»En 2000, l’Unesco, l’agence des Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture lance un programme de sauvegarde des manuscrits des bibliothèques de Tombouctou, au Mali.
Le projet consiste à identifier, collecter, numériser les centaines de milliers d’ouvrages, pour certains datant du XIIIème siècle, détenus par les bibliothèques publiques et privées de Tombouctou et de la région.
De nombreux gouvernements et institutions étrangères comme l’agence norvégienne de coopération universitaire, la Fondation Ford et le Smithsonian Institute se sont investis dans le programme de sauvegarde, qui est, par ailleurs, le tout premier projet culturel soutenu par le Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique).
À la fin de l'année 2007, une exposition de manuscrits se tiendra à Bamako, qui concluera la participation de l'Unesco au projet.
Le savoir de Tombouctou

Tombouctou a été longtemps le symbole d’une destination exotique et isolée pour les Européens.Mais pour tout le continent africain, elle était une ville au carrefour des commerces et des idées. Phare de l'enseignement religieux, philosophique, des cultures, au temps du Royaume de Songhaï (XIIème au XVIème siècle).
Les marchands arabes venaient à Tombouctou troquer le sel et d’autres biens contre l’or et l’ivoire. Dans leurs ballots, il y avait des livres dont la mosquée de Sankore et son complexe universitaire (25000 étudiants) étaient friands.
Des familles de la région possédaient aussi leurs propres bibliothèques. Elles commandaient la copie des livres à tout un petit peuple de scribes et de relieurs. D'autres ayant fui la Reconquista (la période de reconquête chrétienne espagnole du XIème au XVIème siècle) ont emporté avec eux à Tombouctou, les manuscrits des lettrés de Grenade (Espagne).
Entre 700 000 et 1 million de manuscrits
En 1964, l’agence des Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (Unesco) s’intéresse pour la première fois aux bibliothèques de Tombouctou. Commence un vaste travail de collecte de textes dans les familles qu’il faut convaincre de léguer un « héritage familial ».
Environ 200 bibliothèques privées ont été identifiées m
ais les chercheurs savent qu’il faut continuer à prospecter dans les familles pour retrouver les trésors du savoir de Tombouctou.En 2000, l’Unesco lance une nouvelle phase de son programme de sauvegarde qui inclut la formation de personnel local au travail de reliure et de conservation des manuscrits ainsi que leur numérisation.
Les manuscrits ont souffert du sable, du vent, de la chaleur, du feu, des termites, de la transpiration, des manipulations mais aussi du fer contenu dans les encres qui ont servi aux copies au XIXème siècle, de l’acidité du papier et de la corrosion par le métal des coffres dans lesquels ils étaient enfermés.
Entre les textes d’une seule et unique page et les ouvrages reliés de 500 pages, s’étale toute une histoire sociale, ponctuée de textes juridiques, contrats commerciaux (dont ceux de l’esclavage), sermons religieux,contes et poésies.
Les textes sont majoritairement rédigés en arabe. D'autres sont transcrits en langues nationales, en haoussa, songhaï.
La « science » africaine
Pour les chercheurs, la surprise a été de découvrir que de nombreux textes reflétaient les connaissances scientifiques développées entre le VIIIème et le XVIème siècle en Inde, en Chine, en Grèce et à Bagdad. Ce qui amène à une période antérieur à l'arrivée des Européen. Jusqu’à présent, on pensait que le continent africain était resté en dehors de l’influence de ce savoir, et que ce n’est qu’après la conquête européenne que les mathématiques et l’astronomie avaient pris souche.
En 2006, une équipe de chercheurs de l’Université du Cap (Afrique du Sud) s’est associée avec l’Université de Bamako (Mali) pour traduire des manuscrits. Leur objectif était de découvrir la profondeur des connaissances en mathématiques des savants de Tombouctou, de savoir si ceux-ci observaient les phénomènes astronomiques et quelles conclusions, ils en tiraient.
14 manuscrits sur les milliers qui les attendent ont déjà été traduits. L’un d’entre eux, écrit en 1723 par Abul Abbas, un érudit de Tombouctou, est un commentaire de plusieurs travaux réalisés par d’autres savants.
Trois cents ans après le traité de Copernic qui place le Soleil au centre de notre système de
planète, le texte décrit un univers de planètes tournant autour de la Terre.« Ce texte prouve que les astronomes de Tombouctou n’étaient pas en contact avec leurs collègues européens », explique Thebe Medupe, le directeur sud-africain du projet « mais qu'ils tiraient leurs connaissances des travaux des savants des autres pays musulmans».Les manuscrits contiennent les même concepts et les même erreurs que les textes orientaux. Les calculs mathématique et la géométrie utilisés à Tombouctou s'apparentent aussi à ceux utilisés par les érudits du Proche -Orient.
Pour Thebe Medupe, cette seule découverte est un énorme pas en avant. « Je crois que si les Africains sont sous-représentés dans les sciences aujourd’hui c’est parce qu’ils ne se sont pas vus dans les livres de sciences. Maintenant, ils pourront s’y retrouver ».
L'Arabie Saoudite a accordé le 14 août dernier une nouvelle donation à l'Institut des hautes études et des recherches islamiques Ahmed Baba de Tombouctou, qui détient près de 30 000 manuscrits. Dans la donation, un véhicule tout-terrain «pour aller chercher les manuscrits détenus par les familles».
RFI par Marion Urban Article publié le 21/08/2007
14 sept. 2007
22EME JOURNNE DU CILSS: MESSAGE AUX SAHELIENS
MESSAGE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, MONSIEUR SIDI MOHAMED OULD CHEIKH ABDALLAHI, PRESIDENT EN EXERCICE DU COMITE PERMANENT INTER ETATS DE LUTTE CONTRE LA SECHERESSE DANS LE SAHEL (CILSS)
«Sahéliennes, Sahéliens, Le 12 septembre de chaque année, la communauté sahélienne marque un temps de réflexion à l'occasion de la date anniversaire de la création de son organisation sous régionale, le CILSS. Le Comité Permanent Inter Etats de lutte Contre la Sécheresse dans le Sahel a été créé le 12
septembre 1973 pour faire face à la sécheresse et à la désertification qui menacent la survie de plus de 50 millions d'habitants peuplant le Sahel sur un espace allant du Tchad au Cap-Vert.La 22ème Journée du CILSS que nous commémorons cette année, est placée sous le thème:«Investir dans la lutte contre la désertification dans les zones arides».Sahéliennes, Sahéliens, La dégradation des terres, communément désignée sous le terme «désertification» est devenue un phénomène mondial, mais elle touche plus particulièrement l'Afrique. On estime qu'il y a environ 40 millions de personnes menacées par la désertification en Afrique; ce chiffre doublera dans 25 ans, si la population continue à croître à son rythme actuel et si aucune action vigoureuse n'est entreprise pour freiner ce processus. De plus, cette tendance devrait être accentuée sous ; l'effet conjugué, des migrations, des fluctuations des prix agricoles et, surtout, des changements climatiques.Au Sahel, la désertification se traduit essentiellement par un appauvrissement et une dégradation continue, parfois irréversible, du potentiel biologique productif. Ailleurs, dans les zones plus humides, ce sont les déboisements, la savanisation des forêts et la salinisation des zones irriguées qui prédominent.Pourtant, les économies sahéliennes reposent principalement sur l'exploitation des ressources naturelles. L'activité des hommes (production agricole et alimentaire, satisfaction des besoins énergétiques) et parfois même leur survie, dépendent en très grande partie, des réserves en ressources naturelles.prévenir la dégradation des terres et restaurer le capital naturel dégradéChez nous au Sahel, par exemple, dans le milieu rural, 95% des populations exploitent des terres vulnérables à la désertification, et parmi elles, 62%, soit plus de 27 millions de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Cela a eu pour conséquence que la pauvreté et la dégradation des ressources naturelles forment dans cette zone un cercle vicieux.Sahéliennes, Sahéliens, La dégradation des terres a un coût économique de près de 42 milliards de dollars par an et par pays, c'est-à-dire de l'ordre de 1 % à 9% par an du Produit Intérieur Brut agricole. Quant à son coût social, il se manifeste par la pauvreté rurale, l'insécurité, les conflits et l'émigration de nos jeunes vers des horizons hypothétiques au péril de leurs vies.La gestion durable des ressources naturelles et de l'environnement s'impose comme la seule voie possible pour les pays du Sahel, tant les atteintes à l'environnement aggravent la pauvreté et l'insécurité alimentaire, exacerbent les conflits d'accès et d'usage des ressources et alimentent l'instabilité sociale, politique et économique.L'effondrement écologique prédit n'a pas eu lieuC'est pourquoi, prévenir la dégradation des terres et restaurer le capital naturel dégradé devraient figurer parmi les priorités nationales et internationales dans le contexte de la poursuite des Objectifs du Millénaire pour le Développement.Sahéliennes, Sahéliens;Il me plait toutefois de rappelerque, malgré les plus sombres prévisions faites au moment des sécheresses des années 70 et 80 au Sahel, il n'y a pas eu l'effondrement écologique prédit, même si les écosystèmes en Afrique de l'Ouest et, en particulier, au Sahel demeurent fragiles.En effet, face à cette crise, les pays du Sahel et leurs partenaires techniques et financiers ont initié d'importants programmes et projets de réhabilitation des terres dégradées. En outre, la plupart des pays ont entrepris des réformes réglementaires qui ont influencé les décisions en matière d'investissement dans la gestion des ressources naturelles.Sahéliennes, Sahéliens Aujourd'hui, nous avons la preuve que les efforts consentis par nos gouvernements, nos partenaires au développement et nos populations dans la récupération des terres dégradées au cours des trois dernières décennies sont à l'origine de changements positifs tant du point de vue de la sauvegarde de l'environnement que des conditions socioéconomiques des populations.Ces résultats montrent qu'il est écologiquement, économiquement et socialement rentable d'investir dans les terres arides et confortent notre conviction qu'il est possible de vaincre la désertification. Aussi pouvons-nous avec raison modérer notre discours pessimiste qui occulte tous les importants acquis dans la lutte contre la désertification au Sahel.Il est écologiquement, économiquement et socialement rentable d'investir dans les terres aridesCes expériences réussies dans la lutte contre la désertification doivent être vulgarisées et portées à la connaissance des décideurs, des bailleurs de fonds et des populations pour encourager ceux-ci à poursuivre les efforts d'investissement.Sahéliennes, SahéliensJe ne saurais .terminer mon propos sans exhorter vivement nos Etats, la Société Civile, le secteur privé et les partenaires au développement à continuer de supporter les populations Sahéliennes dans leurs efforts de gestion durable des terres et de récupération des terres dégradées, condition sine qua non pour améliorer durablement la sécurité alimentaire et réduire la pauvreté rurale au Sahel.Je voudrais, enfin, remercier, au nom de toutes les Sahéliennes et de tous les Sahéliens, la Communauté Internationale pour le soutien multiforme et constant qu'elle ne cesse d'apporter au CILSS et à ses Etats membres.
Vive le CILSS!
Vive la solidarité sahélienne!
Vive la solidarité internationale !
Je vous remercie».
«Sahéliennes, Sahéliens, Le 12 septembre de chaque année, la communauté sahélienne marque un temps de réflexion à l'occasion de la date anniversaire de la création de son organisation sous régionale, le CILSS. Le Comité Permanent Inter Etats de lutte Contre la Sécheresse dans le Sahel a été créé le 12
septembre 1973 pour faire face à la sécheresse et à la désertification qui menacent la survie de plus de 50 millions d'habitants peuplant le Sahel sur un espace allant du Tchad au Cap-Vert.La 22ème Journée du CILSS que nous commémorons cette année, est placée sous le thème:«Investir dans la lutte contre la désertification dans les zones arides».Sahéliennes, Sahéliens, La dégradation des terres, communément désignée sous le terme «désertification» est devenue un phénomène mondial, mais elle touche plus particulièrement l'Afrique. On estime qu'il y a environ 40 millions de personnes menacées par la désertification en Afrique; ce chiffre doublera dans 25 ans, si la population continue à croître à son rythme actuel et si aucune action vigoureuse n'est entreprise pour freiner ce processus. De plus, cette tendance devrait être accentuée sous ; l'effet conjugué, des migrations, des fluctuations des prix agricoles et, surtout, des changements climatiques.Au Sahel, la désertification se traduit essentiellement par un appauvrissement et une dégradation continue, parfois irréversible, du potentiel biologique productif. Ailleurs, dans les zones plus humides, ce sont les déboisements, la savanisation des forêts et la salinisation des zones irriguées qui prédominent.Pourtant, les économies sahéliennes reposent principalement sur l'exploitation des ressources naturelles. L'activité des hommes (production agricole et alimentaire, satisfaction des besoins énergétiques) et parfois même leur survie, dépendent en très grande partie, des réserves en ressources naturelles.prévenir la dégradation des terres et restaurer le capital naturel dégradéChez nous au Sahel, par exemple, dans le milieu rural, 95% des populations exploitent des terres vulnérables à la désertification, et parmi elles, 62%, soit plus de 27 millions de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Cela a eu pour conséquence que la pauvreté et la dégradation des ressources naturelles forment dans cette zone un cercle vicieux.Sahéliennes, Sahéliens, La dégradation des terres a un coût économique de près de 42 milliards de dollars par an et par pays, c'est-à-dire de l'ordre de 1 % à 9% par an du Produit Intérieur Brut agricole. Quant à son coût social, il se manifeste par la pauvreté rurale, l'insécurité, les conflits et l'émigration de nos jeunes vers des horizons hypothétiques au péril de leurs vies.La gestion durable des ressources naturelles et de l'environnement s'impose comme la seule voie possible pour les pays du Sahel, tant les atteintes à l'environnement aggravent la pauvreté et l'insécurité alimentaire, exacerbent les conflits d'accès et d'usage des ressources et alimentent l'instabilité sociale, politique et économique.L'effondrement écologique prédit n'a pas eu lieuC'est pourquoi, prévenir la dégradation des terres et restaurer le capital naturel dégradé devraient figurer parmi les priorités nationales et internationales dans le contexte de la poursuite des Objectifs du Millénaire pour le Développement.Sahéliennes, Sahéliens;Il me plait toutefois de rappelerque, malgré les plus sombres prévisions faites au moment des sécheresses des années 70 et 80 au Sahel, il n'y a pas eu l'effondrement écologique prédit, même si les écosystèmes en Afrique de l'Ouest et, en particulier, au Sahel demeurent fragiles.En effet, face à cette crise, les pays du Sahel et leurs partenaires techniques et financiers ont initié d'importants programmes et projets de réhabilitation des terres dégradées. En outre, la plupart des pays ont entrepris des réformes réglementaires qui ont influencé les décisions en matière d'investissement dans la gestion des ressources naturelles.Sahéliennes, Sahéliens Aujourd'hui, nous avons la preuve que les efforts consentis par nos gouvernements, nos partenaires au développement et nos populations dans la récupération des terres dégradées au cours des trois dernières décennies sont à l'origine de changements positifs tant du point de vue de la sauvegarde de l'environnement que des conditions socioéconomiques des populations.Ces résultats montrent qu'il est écologiquement, économiquement et socialement rentable d'investir dans les terres arides et confortent notre conviction qu'il est possible de vaincre la désertification. Aussi pouvons-nous avec raison modérer notre discours pessimiste qui occulte tous les importants acquis dans la lutte contre la désertification au Sahel.Il est écologiquement, économiquement et socialement rentable d'investir dans les terres aridesCes expériences réussies dans la lutte contre la désertification doivent être vulgarisées et portées à la connaissance des décideurs, des bailleurs de fonds et des populations pour encourager ceux-ci à poursuivre les efforts d'investissement.Sahéliennes, SahéliensJe ne saurais .terminer mon propos sans exhorter vivement nos Etats, la Société Civile, le secteur privé et les partenaires au développement à continuer de supporter les populations Sahéliennes dans leurs efforts de gestion durable des terres et de récupération des terres dégradées, condition sine qua non pour améliorer durablement la sécurité alimentaire et réduire la pauvreté rurale au Sahel.Je voudrais, enfin, remercier, au nom de toutes les Sahéliennes et de tous les Sahéliens, la Communauté Internationale pour le soutien multiforme et constant qu'elle ne cesse d'apporter au CILSS et à ses Etats membres.Vive le CILSS!
Vive la solidarité sahélienne!
Vive la solidarité internationale !
Je vous remercie».
JOURNEE DU CILSS
22 ème Journée du CILSS et 30è anniversaire de l’INSAH : Partager les acquis et investir dans la lutte contre la désertification dans les zones arides

Les huit pays membres du Comité permanente inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le sahel (CILSS) - le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad, le Sénégal, la Gambie, la Guinée Bissau et le Cap Vert - ont célébré, hier 12 septembre, la 22e journée de cette organisation et en même temps, le 30e anniversaire de l'Institut du Sahel (INSAH). Cette double célébration placée sous le thème " investir dans la lutte contre la désertification dans les zones arides " a été marquée au Mali par une conférence-débat sur le thème et une journée porte ouverte sur l'INSAH à son siège à Badalabougou.Cette journée porte ouverte sur l'INSAH/CILSS- Mali, présidée par son Directeur général, Dr Amadou Moustapha et le Secrétaire permament du CONACILSS-Mali, Ibrahim Touré, avait pour objet de partager avec les nombreux participants, les résultats de années d'études et de recherches en focalisant sur la thématique de la désertification, mais surtout recueillir les réflexions sur la relance des investissements dans le domaine de la lutte contre la désertification qui constitue le thème de cette 22e journée du CILSS. Une organisation portée sur les fonts baptismaux le CILSS, le 12 septembre 1973, pour faire face à la sécheresse et à la désertification.En effet, la désertification qui se traduit par l'appauvrissement d'écosystème arides, semi-arides ou semi humides sous l'effet combinés d'activités naturelles et anthropiques, est devenue un phénomène mondial qui concerne 5,1 milliards d'hectares à travers le global. Le phénomène menace la survie de plus de 50 millions d'habitants du Sahel allant du Tchad au Cap-Vert. Un chiffre qui doublera dans 25 ans, si la population continue de croître à son rythme actuel et si aucune action vigoureuse n'est entreprise pour freiner ce processus. De plus, cette tendance devrait être accentuée sous l'effet conjugué des migrations, des fluctuations des prix agricoles et surtout, des changements climatiques.Au Sahel, la désertification se traduit essentiellement par un appauvrissement et une dégradation continue, parfois irréversible, du potentiel biologique productif. Ailleurs, dans les zones plus humides, ce sont les déboisements, la savanisation des forêts et la salinisation des zones irriguées qui prédominent. Pourtant, les économies sahéliennes reposent principalement sur l'exploitation des ressources naturelles. Ainsi, il ressort de l'allocution du président en exercice du CILSS, Sidi Mohamed Ould Cheich Abdallahi, également président de la Mauritanie, qu'en milieu rural, 95 % de la population du Sahel exploite des terres vulnérables à la désertification et parmi eux, 62 %, soit plus de 27 millions de personnes, vivant en dessous du seuil de pauvreté. Conséquence : la pauvreté et la dégradation des ressources naturelles forment ensemble un cercle vicieux.Et pourtant, la dégradation des terres a un coût économique de près de 42 milliards de dollars par an et par pays, soit 1 à 9 % par an du PIB agricole. La gestion durable des ressources naturelles et de l'environnement s'impose comme la seule voie possible pour les pays du Sahel qui doivent prévenir la dégradation des terres et restaurer le capital naturel.L'opération pluie provoquée bientôt sous-régionalePour faire face à cette crise, les pays du Sahel et leurs partenaires ont initié d'importants programmes et projets de réhabilitation des terres dégradées. En outre, la plus part d'entre eux ont entrepris des réformes réglementaires qui ont influencé les décisions en matière d'investissement dans la gestion des ressources naturelles. Aujourd'hui, dira le président en exercice du CILSS, les efforts consentis dans la récupération des terres dégradées au cours des trois dernières décennies sont à l'origine de changements positifs, tant du point de vue de la sauvegarde de l'environnement que des conditions socio-économique des populations." Ces résultats montrent qu'il est écologiquement, économiquement, et socialement rentable d'investir dans les terres arides et confortent notre conviction qu'il est possible de vaincre la désertification. Il est temps, aujourd'hui de changer notre discours pessimiste qui occulte tous les importants acquis dans la lutte contre la désertification au Sahel " a-t-il expliqué.Le thème "investir dans la lutte contre la désertification dans les zones arides " a été exposé au cours de la journée par Khassoum Dieye, expert CILSS. Celui-ci a parlé, en long et en large, de la désertification et a mis un accent particulier sur les expériences réussies de restauration de l'environnement dans certains pays comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Au terme des discussions et des échanges, les participants ont souhaité que l'on fasse plus confiance à nos experts en matière de lutte contre la désertification, que nos pays investissent davantage dans la recherche, qu'ils adoptent une approche globale de lutte.L'opération pluie provoquée a été au centre des débats. Certains intervenants ont jugé utile l'utilisation de l'argent investis dans cette opération pour la maîtrise de l'eau alors que d'autres ont jugé l'idée pertinente. C'est le cas de Dr Amadou Moustapha qui dira d'ailleurs que le CILSS est en train de bâtir un grand projet sous-régional autour de l'opération pluie provoquée qui a donné des résultats jugés satisfaisants au Mali et au Burkina Faso.
L'INSAH, une réalité active du paysage sahélien

Lors de sa 8e session ordinaire en décembre 1977, le Conseil des ministres du CILSS a adopté les textes de l'INSAH devant ainsi une de ses institutions spécialisées. Il a pour mandat, de coordonner, d'harmoniser et de promouvoir la recherche scientifique et technique dans les domaines de l'agriculture, l'environnement, les marchés et les questions de population et de développement durable. Devenu une réalité active du paysage sahélien, l'INSAH, selon son Directeur général, a mené diverses activités en vue de garantir la sécurité alimentaire, une meilleure maîtrise de l'eau, une meilleure croissance des milieux humains et la restauration de l'espace sahélien.Actuellement, l'institut mène des activités sur les questions de réglementation de biosécurité, les pesticides, les semences, l'interrelations population et sécurité alimentaire, l'intégration régionale de la recherche agricole et la diffusion de l'information scientifique et technique à travers son site web www.insah.org.Au cours d'une exposition, les responsables de l'INSAH - Mali ont mis un paquet d'informations à travers des affiches et des publications à la disposition des participants. Youssouf CAMARA L'Indépendant - 13/09/2007

Les huit pays membres du Comité permanente inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le sahel (CILSS) - le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad, le Sénégal, la Gambie, la Guinée Bissau et le Cap Vert - ont célébré, hier 12 septembre, la 22e journée de cette organisation et en même temps, le 30e anniversaire de l'Institut du Sahel (INSAH). Cette double célébration placée sous le thème " investir dans la lutte contre la désertification dans les zones arides " a été marquée au Mali par une conférence-débat sur le thème et une journée porte ouverte sur l'INSAH à son siège à Badalabougou.Cette journée porte ouverte sur l'INSAH/CILSS- Mali, présidée par son Directeur général, Dr Amadou Moustapha et le Secrétaire permament du CONACILSS-Mali, Ibrahim Touré, avait pour objet de partager avec les nombreux participants, les résultats de années d'études et de recherches en focalisant sur la thématique de la désertification, mais surtout recueillir les réflexions sur la relance des investissements dans le domaine de la lutte contre la désertification qui constitue le thème de cette 22e journée du CILSS. Une organisation portée sur les fonts baptismaux le CILSS, le 12 septembre 1973, pour faire face à la sécheresse et à la désertification.En effet, la désertification qui se traduit par l'appauvrissement d'écosystème arides, semi-arides ou semi humides sous l'effet combinés d'activités naturelles et anthropiques, est devenue un phénomène mondial qui concerne 5,1 milliards d'hectares à travers le global. Le phénomène menace la survie de plus de 50 millions d'habitants du Sahel allant du Tchad au Cap-Vert. Un chiffre qui doublera dans 25 ans, si la population continue de croître à son rythme actuel et si aucune action vigoureuse n'est entreprise pour freiner ce processus. De plus, cette tendance devrait être accentuée sous l'effet conjugué des migrations, des fluctuations des prix agricoles et surtout, des changements climatiques.Au Sahel, la désertification se traduit essentiellement par un appauvrissement et une dégradation continue, parfois irréversible, du potentiel biologique productif. Ailleurs, dans les zones plus humides, ce sont les déboisements, la savanisation des forêts et la salinisation des zones irriguées qui prédominent. Pourtant, les économies sahéliennes reposent principalement sur l'exploitation des ressources naturelles. Ainsi, il ressort de l'allocution du président en exercice du CILSS, Sidi Mohamed Ould Cheich Abdallahi, également président de la Mauritanie, qu'en milieu rural, 95 % de la population du Sahel exploite des terres vulnérables à la désertification et parmi eux, 62 %, soit plus de 27 millions de personnes, vivant en dessous du seuil de pauvreté. Conséquence : la pauvreté et la dégradation des ressources naturelles forment ensemble un cercle vicieux.Et pourtant, la dégradation des terres a un coût économique de près de 42 milliards de dollars par an et par pays, soit 1 à 9 % par an du PIB agricole. La gestion durable des ressources naturelles et de l'environnement s'impose comme la seule voie possible pour les pays du Sahel qui doivent prévenir la dégradation des terres et restaurer le capital naturel.L'opération pluie provoquée bientôt sous-régionalePour faire face à cette crise, les pays du Sahel et leurs partenaires ont initié d'importants programmes et projets de réhabilitation des terres dégradées. En outre, la plus part d'entre eux ont entrepris des réformes réglementaires qui ont influencé les décisions en matière d'investissement dans la gestion des ressources naturelles. Aujourd'hui, dira le président en exercice du CILSS, les efforts consentis dans la récupération des terres dégradées au cours des trois dernières décennies sont à l'origine de changements positifs, tant du point de vue de la sauvegarde de l'environnement que des conditions socio-économique des populations." Ces résultats montrent qu'il est écologiquement, économiquement, et socialement rentable d'investir dans les terres arides et confortent notre conviction qu'il est possible de vaincre la désertification. Il est temps, aujourd'hui de changer notre discours pessimiste qui occulte tous les importants acquis dans la lutte contre la désertification au Sahel " a-t-il expliqué.Le thème "investir dans la lutte contre la désertification dans les zones arides " a été exposé au cours de la journée par Khassoum Dieye, expert CILSS. Celui-ci a parlé, en long et en large, de la désertification et a mis un accent particulier sur les expériences réussies de restauration de l'environnement dans certains pays comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Au terme des discussions et des échanges, les participants ont souhaité que l'on fasse plus confiance à nos experts en matière de lutte contre la désertification, que nos pays investissent davantage dans la recherche, qu'ils adoptent une approche globale de lutte.L'opération pluie provoquée a été au centre des débats. Certains intervenants ont jugé utile l'utilisation de l'argent investis dans cette opération pour la maîtrise de l'eau alors que d'autres ont jugé l'idée pertinente. C'est le cas de Dr Amadou Moustapha qui dira d'ailleurs que le CILSS est en train de bâtir un grand projet sous-régional autour de l'opération pluie provoquée qui a donné des résultats jugés satisfaisants au Mali et au Burkina Faso.
L'INSAH, une réalité active du paysage sahélien

Lors de sa 8e session ordinaire en décembre 1977, le Conseil des ministres du CILSS a adopté les textes de l'INSAH devant ainsi une de ses institutions spécialisées. Il a pour mandat, de coordonner, d'harmoniser et de promouvoir la recherche scientifique et technique dans les domaines de l'agriculture, l'environnement, les marchés et les questions de population et de développement durable. Devenu une réalité active du paysage sahélien, l'INSAH, selon son Directeur général, a mené diverses activités en vue de garantir la sécurité alimentaire, une meilleure maîtrise de l'eau, une meilleure croissance des milieux humains et la restauration de l'espace sahélien.Actuellement, l'institut mène des activités sur les questions de réglementation de biosécurité, les pesticides, les semences, l'interrelations population et sécurité alimentaire, l'intégration régionale de la recherche agricole et la diffusion de l'information scientifique et technique à travers son site web www.insah.org.Au cours d'une exposition, les responsables de l'INSAH - Mali ont mis un paquet d'informations à travers des affiches et des publications à la disposition des participants. Youssouf CAMARA L'Indépendant - 13/09/2007
12 sept. 2007
Ouverture de la réunion ministérielle contre la Désertification à Madrid
Plusieurs ministres africains en charge de l’environnement sont arrivés au Palais des Congrès de Madrid, où ils prononceront mercredi après-midi leurs allocutions à la tribune de la 8ème conférence des parties à la convention des nations unies sur la lutte contre la désertification (COP8), dont les travaux ont débuté depuis le 3 septembre dernier, dans la capitale espagnole.Le segment de haut niveau de la COP, que constitue la réunion ministérielle,« va se prononcer sur tous les points inscrits à l’ordre du jour de la conférence » indique un communiqué de la COP8.Il s’agit notamment de l’examen du plan stratégique décennal qui doit accélérer la mise en œuvre de la convention sur la lutte contre la désertification ainsi que de la définition d’un plan pour « déterminer les prochaines étapes de son opérationnalisation ».Les ministres examineront et adopteront ensuite le budget du Secrétariat de la convention des nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), les travaux du comité de la science et de la technologie et du groupe de contact sur la révision de la convention.Auparavant les ministres africains ont eu des entretiens informels avec les représentants des organismes du système des Nations unies, des Organisations intergouvernementales sous régionales, ainsi que des délégués de la société civile.Ils se sont également imprégnés des différents rapports issus des travaux de la première semaine de la COP et ont reçu la restitution des discussions liées notamment au plan stratégique décennal, pierre angulaire des débats à cette conférence.La plénière de la COP8 suivra également une allocution du nouveau secrétaire exécutif de l’UNCCD, le béninois Luc-Marie Gnacadja est également à Madrid. (12/09/2007)
Plusieurs ministres africains en charge de l’environnement sont arrivés au Palais des Congrès de Madrid, où ils prononceront mercredi après-midi leurs allocutions à la tribune de la 8ème conférence des parties à la convention des nations unies sur la lutte contre la désertification (COP8), dont les travaux ont débuté depuis le 3 septembre dernier, dans la capitale espagnole.Le segment de haut niveau de la COP, que constitue la réunion ministérielle,« va se prononcer sur tous les points inscrits à l’ordre du jour de la conférence » indique un communiqué de la COP8.Il s’agit notamment de l’examen du plan stratégique décennal qui doit accélérer la mise en œuvre de la convention sur la lutte contre la désertification ainsi que de la définition d’un plan pour « déterminer les prochaines étapes de son opérationnalisation ».Les ministres examineront et adopteront ensuite le budget du Secrétariat de la convention des nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), les travaux du comité de la science et de la technologie et du groupe de contact sur la révision de la convention.Auparavant les ministres africains ont eu des entretiens informels avec les représentants des organismes du système des Nations unies, des Organisations intergouvernementales sous régionales, ainsi que des délégués de la société civile.Ils se sont également imprégnés des différents rapports issus des travaux de la première semaine de la COP et ont reçu la restitution des discussions liées notamment au plan stratégique décennal, pierre angulaire des débats à cette conférence.La plénière de la COP8 suivra également une allocution du nouveau secrétaire exécutif de l’UNCCD, le béninois Luc-Marie Gnacadja est également à Madrid. (12/09/2007)
DESERTIFICATION
22ème journée du CILSS: Environ 40 millions de personnes menacées par la désertification en Afrique
Le ministre du Développement Agricole, M. Mahaman Moussa, a lu, hier matin, au nom du Président de la République Islamique de Mauritanie, SEM Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, en sa qualité de Président en exercice du Comité Permanent Inter Etats de Lutte Contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS), un message à l'occasion de la célébration de la 22ème journée de ce comité. Le thème retenu cette année pour la célébration de cette journée est : “investir dans la lutte contre la désertification dans les zones arides”.Dans son message, le président en exerce du CILSS, a indiqué que la dégradation des terres, communément désignée sous le terme " désertification " est devenue un phénomène mondial, mais elle touche plus particulièrement l'Afrique. On estime qu'il y a environ 40 millions de personnes menacées par la désertification en Afrique ; ce chiffre doublera dans 25 ans, si la population continue à croître à son rythme actuel et si aucune action vigoureuse n'est entreprise pour freiner ce processus. De plus a-t-il ajouté, cette tendance devait être accentuée sous l'effet conjugué des migrations, des fluctuations des prix agricoles et surtout, des changements climatiques. Le président en exercice du CILSS a ensuite précisé qu'au sahel, la désertification se traduit essentiellement par un appauvrissement et une dégradation continue, parfois irréversible, du potentiel biologique productif. Ailleurs dans les zones plus humides, ce sont les déboisements, la savanisation des forêts et la salinisation des zones irriguées qui prédominent. Pourtant, relève-t-il, les économies sahéliennes reposent principalement sur l'exploitation des ressources naturelles. L'activité des hommes (production agricole et alimentaire, satisfaction des besoins énergétiques) et parfois même survie, dépendent en très grande partie des réserves en ressources naturelles. Chez nous au sahel, a ajouté SEM Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, dans le milieu rural, 95% de la population exploitent des terres vulnérables à la désertification, et parmi eux, 62%, soit plus de 27 millions de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté. La dégradation des terres, a selon le président en exercice du CILSS, un coût économique de près de 42 milliards de dollars par an et par pays, c'est-à-dire de l'ordre de 1% à 9% par an du produit intérieur brut agricole. Quant à son coût social, il se manifeste par la pauvreté rurale, l'insécurité, les conflits et l'émigration de nos jeunes vers des horizons hypothétiques au péril de leurs vies. La gestion durable des ressources naturelles et de l'environnement s'impose comme la seule voie possible pour les pays du sahel, tant les atteintes à l'environnement aggravent la pauvreté et l'insécurité alimentaire, précipitent les conflits d'accès et d'usage des ressources et alimentent l'instabilité sociale, politique et économique. Aujourd'hui, devait ajouter SEM Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdoullahi, nous avons la preuve que les efforts consentis par nos gouvernements, nos partenaires au développement et nos populations dans la récupération des terres dégradées au cours des trois dernières décennies sont à l'origine de changements positifs tant du point de vu de la sauvegarde de l'environnement que des conditions socio économiques des populations. Ces résultats, a indiqué le président en exercice du CILSS, montrent qu'il est écologiquement, économiquement et socialement rentable d'investir dans les terres arides, et conforte notre conviction qu'il est possible de vaincre la désertification. " Il est temps aujourd'hui de changer notre discours pessimiste qui occulte tous les importants acquis dans la lutte contre la désertification au sahel. Ces expériences réussies dans la lutte contre la désertification doivent être vulgarisées et portées à la connaissance des décideurs, des bailleurs de fonds et des populations pour les exhorter à poursuivre les efforts d'investissement "; at-il conclu.
Oumarou Moussa Le Sahel Quotidien 12/09/2007
Le ministre du Développement Agricole, M. Mahaman Moussa, a lu, hier matin, au nom du Président de la République Islamique de Mauritanie, SEM Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, en sa qualité de Président en exercice du Comité Permanent Inter Etats de Lutte Contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS), un message à l'occasion de la célébration de la 22ème journée de ce comité. Le thème retenu cette année pour la célébration de cette journée est : “investir dans la lutte contre la désertification dans les zones arides”.Dans son message, le président en exerce du CILSS, a indiqué que la dégradation des terres, communément désignée sous le terme " désertification " est devenue un phénomène mondial, mais elle touche plus particulièrement l'Afrique. On estime qu'il y a environ 40 millions de personnes menacées par la désertification en Afrique ; ce chiffre doublera dans 25 ans, si la population continue à croître à son rythme actuel et si aucune action vigoureuse n'est entreprise pour freiner ce processus. De plus a-t-il ajouté, cette tendance devait être accentuée sous l'effet conjugué des migrations, des fluctuations des prix agricoles et surtout, des changements climatiques. Le président en exercice du CILSS a ensuite précisé qu'au sahel, la désertification se traduit essentiellement par un appauvrissement et une dégradation continue, parfois irréversible, du potentiel biologique productif. Ailleurs dans les zones plus humides, ce sont les déboisements, la savanisation des forêts et la salinisation des zones irriguées qui prédominent. Pourtant, relève-t-il, les économies sahéliennes reposent principalement sur l'exploitation des ressources naturelles. L'activité des hommes (production agricole et alimentaire, satisfaction des besoins énergétiques) et parfois même survie, dépendent en très grande partie des réserves en ressources naturelles. Chez nous au sahel, a ajouté SEM Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, dans le milieu rural, 95% de la population exploitent des terres vulnérables à la désertification, et parmi eux, 62%, soit plus de 27 millions de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté. La dégradation des terres, a selon le président en exercice du CILSS, un coût économique de près de 42 milliards de dollars par an et par pays, c'est-à-dire de l'ordre de 1% à 9% par an du produit intérieur brut agricole. Quant à son coût social, il se manifeste par la pauvreté rurale, l'insécurité, les conflits et l'émigration de nos jeunes vers des horizons hypothétiques au péril de leurs vies. La gestion durable des ressources naturelles et de l'environnement s'impose comme la seule voie possible pour les pays du sahel, tant les atteintes à l'environnement aggravent la pauvreté et l'insécurité alimentaire, précipitent les conflits d'accès et d'usage des ressources et alimentent l'instabilité sociale, politique et économique. Aujourd'hui, devait ajouter SEM Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdoullahi, nous avons la preuve que les efforts consentis par nos gouvernements, nos partenaires au développement et nos populations dans la récupération des terres dégradées au cours des trois dernières décennies sont à l'origine de changements positifs tant du point de vu de la sauvegarde de l'environnement que des conditions socio économiques des populations. Ces résultats, a indiqué le président en exercice du CILSS, montrent qu'il est écologiquement, économiquement et socialement rentable d'investir dans les terres arides, et conforte notre conviction qu'il est possible de vaincre la désertification. " Il est temps aujourd'hui de changer notre discours pessimiste qui occulte tous les importants acquis dans la lutte contre la désertification au sahel. Ces expériences réussies dans la lutte contre la désertification doivent être vulgarisées et portées à la connaissance des décideurs, des bailleurs de fonds et des populations pour les exhorter à poursuivre les efforts d'investissement "; at-il conclu.
Oumarou Moussa Le Sahel Quotidien 12/09/2007
22 août 2007
BERBERES: UNE HISTOIRE MOUVEMENTEE
Des tribus juives des Aurès aux mellahs des villes côtières
Les documents en notre possession permettent de penser que ce fut un judaïsme tribal, parfois sédentaire parfois nomade, ses fidèles furent nombreux parmi les tribus des Aurès, ils guerroyaient comme les autres tribus, et n’ont pas eu besoin de créer une langue judéo-berbère.
Les Juifs Berbères
L’histoire des Juifs Berbères se confond et se croise avec celle des Berbères, pour de multiples raisons que nous allons tenter de vous exposer d’après de nombreux travaux de recherche effectués par des spécialistes éminents. Les bases de cette étude passionnante repose essentiellement sur « Les Berbères » de Jean Servier, éditions PUF Que sais-je ? et sur l’admirable « Histoire des Juifs en Afrique du Nord » de André Chouraqui, éditions Hachette.
Les recherches les plus sérieuses penchent en faveur d’une origine Punique et Proche-Orientale des Berbères, de la Cyrénaïque (Lybie) au Maroc.
La langue proche du Cananéen (langue sémitique-nord), le culte plus proche des mazdéens d’Iran, les poteries et les habitats qui évoquent le Proche Orient. Le culte des saints propre au Maghreb berbère évoque également le rattachement aux lignées de prêtres et des familles sacerdotales. Rien semble-t-il , n’empêchait des populations parentes des Hébreux ou même des Juifs plus tard, de rejoindre et de s’apparenter aux populations autochtones installées dans les Aurès, ni les origines linguistiques, ni les origines culturelles. Tout ce qui touche à l’origine et à l’histoire des Berbères concerne aussi l’origine des populations juives d’Afrique du Nord, que nous sachions que des tribus berbères juives eurent existé en nombre, ne nous donne encore pas toutes les clés de compréhension de l’origine de leur existence, ni surtout de leur conversion hypothétiquement massive. Ce dont nous sommes assurés c’est qu’elles ont existé, résisté farouchement, parfois régné, et persisté sur toute l’Afrique du Nord, de la mer aux confins de l’Afrique, certains nomades, d’autres sédentaires, mais tous berbères.
Aux légendes et aux traditions orales recueillies qui s’attachent en particulier à Josué, coïncident des récits, des évocations qu’ils soient le fait du Talmud évoquant Rabbi Akiba parcourant le Maghreb et appelant à la révolte contre Rome, Hillel , ou Saint Jérôme et Saint Augustin polémiquant à propos du bon entendement de mots hébreux…etc.. André Chouraqui affirme que ce qui atteste de l’ancienneté de l’installation des Juifs en Afrique du Nord, c’est sans doute, « la persistance d’un milieu juif hébréophone, (…) Partis de la Palestine avant que l’araméen n’y supplante l’hébreu, les premiers colons juifs désormais installés en milieu punique conservaient l’usage de leur langue originelle, comprise par leurs nouveaux compatriotes. Subissant l’attirance du semblable (..)" [1] et ajoutons un accueil favorable de la population qui voyaient en eux des cousins proches.
« L’un des premiers documents qui attestent la présence des Juifs en Afrique du Nord se trouve dans la controverse de Josèphe contre Appion : Ptolémée, fils de Laghus (323-285 av. J.C.), aurait déporté cent mille juifs d’Israël en Egypte, d’où ils seraient passés en Cyrénaïque et de là, probablement, dans les autres pays du nord de l’Afrique." [2]
André Chouraqui rapporte que Saint Jérôme affirmait que les communautés juives formaient une chaîne ininterrompue depuis l’Inde jusqu’aux confins de l’Afrique.
Parentés Cananéennes
1) Monuments et épigraphie : A noter, selon Jean Servier [3] , les similarités entre les monuments tumulaires d’Algérie (Djeddars, Tombeau de la « Chrétienne » ou Medghacen) avec le tombeau dit d’Hérode à Jérusalem ou avec les motifs ornementaux préislamiques gravés dans les pierres des villes nabatéennes du Néguev (Abda, Soubeita) et que l’on retrouve en Afrique du Nord.
2) Récits : Ibn Khaldoun, historien né à Tunis en mai 1332 (1er Ramadan 732) et mort le 16 mars 1406 (le 25 du Ramadan 808), constitue la source principale de connaissance de l’origine des Berbères [4] ; après avoir décrit une population diverse, composée de nomades éleveurs de moutons et de bœufs, parfois de chameaux, parmi ces nomades « la haute classe parcourt le pays la lance à la main ; elle s’occupe également à multiplier les troupeaux et à dévaliser les voyageurs. [5]. Après avoir rapporté toutes les légendes qui circulent à leur propos, il tranche ainsi : (…) « Maintenant le fait réel, fait qui nous dispense de toute hypothèse, est ceci : les Berbères sont les enfants de Canaan fils de Cham, fils de Noé…ils reçurent leur judaïsme de leurs puissants voisins, les Israélites de Syrie. [6]. Ainsi que nous l’avons déjà énoncé en traitant des grandes divisions de l’espèce humaine. Leur aïeul se nommait Mazigh, leurs frères étaient les Gergéséens (Agrikech) ; les Philistins, enfants de Casluhim, fils de Misraim, fils de Cham, leur était apparentés. Le roi chez eux, portait le titre de Goliath (Djalout). Il y eut en Syrie, entre les Philistins et les Israélites, des guerres rapportées par l’histoire, et pendant lesquelles les descendants de Canaan et les Gergéséens soutinrent les Philistins contre les enfants d’Israël. Cette dernière circonstance aura probablement induit en erreur celui qui a fait de Goliath un Berbère, alors qu’il faisait partie des Philistins, apparentés aux Berbères . On ne doit admettre aucune autre opinion que la nôtre ; elle est la seule qui soit vraie et de laquelle on ne peut s’écarter." [7] « Cependant, Gsell attribuait l’origine de cette légende à des clercs chrétiens. [8] M. Marcel Simon y voit plus justement une idée qui serait née et se serait développée dans la littérature hébraïque. Selon le Livre des Jubilés, Cham, fils de Noé, aurait partagé l’Afrique du Nord pour l’attribuer à ses enfants. [9] Ainsi, au premier siècle avant l’ère chrétienne, époque à laquelle fut probablement rédigé le Livre des Jubilés, la légende de l’origine cananéenne des Berbères avait déjà une large diffusion. Josèphe, plus catégorique, déclare que les indigènes d’Afrique du Nord sont mieux que des Chamites, des Sémites descendant directement d’Abraham par Médian, fils de Ketura, la seconde femme d’Abraham. [10] Par la suite, la littérature rabbinique se fera à maintes reprises l’écho de cette légende qui resserre si étroitement les liens entre les Berbères et Israël biblique. [11] Un texte talmudique, considéré comme ancien par la Tossephta du II°siècle, parle de la migration en Afrique des Guirgachéens, l’une des sept peuplades cananéennes au temps de Josué. « …Guirgachi s’en alla (de Palestine spontanément à la demande de Josué) et c’est pourquoi il lui fut donné pour pays un beau patrimoine :l’Afrique… » [12] Un autre texte de la Tossephta reprend le même thème : « Il n’y a pas de peuple plus honnête que les Amorrhéens. La tradition rapporte qu’ils eurent foi en Dieu et se retirèrent de plein gré en Afrique (lors de la conquête de Canaan par Josué)." [13]
« Au Moyen Age, la légende encore présente dans la littérature juive s’enrichit ; ce ne seraient pas seulement des Cananéens mais également des descendants d’Esaü qui auraient donné naissance aux populations du nord de l’Afrique. Le Yossiphon, en effet, prétend qu’un descendant d’Esaü s’échappa d’Egypte pour se réfugier à Carthage et y fonder un peuple. [14] Pour revenir à la littérature chrétienne antérieure, un texte de Saint Augustin est particulièrement révélateur : « Demandez à nos paysans ce qu’ils sont ; ils répondent : « Des Chenani. » Dans leur patois corrompu, une lettre est tombée. Il faut entendre des Cananéens." [15] André Chouraqui poursuit ainsi, « Tels sont les divers échos de cette antique tradition. Son importance est considérable pour notre objet puisqu’elle fait des Berbères des frères de race, de langue, et nous le verrons, de religion avec les Juifs. Rapportée à la fois par des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans, elle ne pouvait être purement et simplement rejetée.(…) La vérité de la légende c’est que, dès le VIII° siècle avant notre ère, l’Afrique du Nord subit ses premières influences sémitiques aux débuts de la colonisation phénicienne." [16]
« Notons, écrit Jean Servier [17] que le nom biblique de Goliath, transcrit en arabe par Djalout, paraît proche du berbère agellid - roi - dont l’origine serait, selon moi, la peau : selon les parlers, aigiu ou ailut. Peut-être la peau d’un animal déterminé porté d’une certaine façon était-elle un insigne de fonction. Pausanias dit que l’égide que portait Athéna était un vêtement des femmes libyennes, que son nom venait d’un mot libyque : pourquoi pas Aigios - égide en grec - Aigiu en berbère ? »
3) Deux groupes ethniques selon Ibn Khaldoun : Toujours selon Jean Servier, Ibn Khaldoun propose une division ethnique des Berbères en - Botr de qui descendraient les At Betroun , une confédération de la Grande Kabylie disparue après la répression de la révolte de 1871, - Branès de qui descendraient les Zénètes nomades puis sédentarisés dans les Aurès avec les Beni Snous à la frontière algéro-marocaine, au sud de Tlemcen.
Les deux grands peuples qui habitaient autrefois les Aurès auraient disparu : les Djarawa et les Harawa, dont il ne resterait que des monuments mégalithes près de Batna. On sait que les tribus juives ou judaisées étaient issues des Branès ou Baranès sédentarisées, dont les Djarawa sont une branche essentielle à laquelle appartenait la Kahéna, reine juive berbère qui opposa une résistance farouche aux conquérants arabes. « Les autres tribus juives étaient les Nefouça, Berbères de l’Ifrikya, Les Fendelaoua, les Mediouna, les Behlouda, les Ghratha et les Fazaz, Berbères du Maghreb el-Akça. On sait que c’est chez les Botr nomades que le prosélytisme juif eut le plus grand succès. Il existait des tribus entièrement juives, et des poches ou des clans juifs à l’intérieur d’autres tribus. A travers les patronymes juifs d’Afrique du Nord parfois déformés ou francisés , on retrouve encore aujourd’hui le nom de leur tribu d’origine (Médioni, Bénichou pour Aït Ichou, Darmon pour Djarmen..)
« Analysant les causes de l’expansion du judaïsme, Marcel Simon, en plus des caractères linguistiques et religieux (…), Depuis la guerre contre Rome et les massacres de Cyrénaïque les Juifs se détournent du monde romain et, dispersés dans le continent africain, se rapprochent des Berbères. De cette époque date la première rupture profonde du judaïsme africain avec les éléments hellénistes de la Diaspora. Autre cause relevée par M. Simon : le philosémitisme des Sévères, « dynastie d’origine africaine, et sémitique de culture et d’affinités ». Par eux, les influences juives se font plus réelles dans tout l’Empire. Cette bienveillance renforce ce particularisme né des événements de Cyrène, et accroît ainsi la solidarité judéo-berbère. (…) La colonisation romaine, avec les Sévères, refoule vers le désert les Berbères nomades, et confisque au bénéfice des colons leurs terrains de parcours. (…) Ainsi, deux des principales tribus Botr, dont les terrains de parcours s’étendaient entre les confins de la Tunisie et de la Tripolitaine, avaient été imprégnées d’influences juives. Toujours selon Ibn Khaldoun, on trouve des Juifs parmi les milieux berbères de Tamina (la Chaouïa actuelle) et du Tadla (sur l’Oum er-Rebia). Dans le Touat enfin, à l’extrême nord, au Gourara, entre Tamentit et Sba Guerrara, les historiens arabes nous rapportent l’existence d’un groupement juif, dans un pays où la langue et la race des Zenata berbères se sont conservées intactes jusqu’à nos jours. Ce « royaume » devait survivre au triomphe de l’Islam et se prolonger jusqu’au XVI° siècle. La recrudescence du sentiment religieux musulman après les grandes expulsions d’Espagne devait y mettre fin par un massacre général en 1492. L’existence des Juifs nomades, dont l’importance fut soulignée par Gauthier, expliquerait ainsi la diffusion du judaïsme au-delà des sphères d’influences carthaginoises, jusqu’aux tribus judaïsées du Maghreb el-Akça (Mediouna) que mentionne encore Ibn Khaldoun, et peut-être même jusqu’en Afrique noire ." [18]
La langue berbère
Soyons simples et directs, nous ignorons encore l’origine du Berbère. « Quelques mots dans Corippe, un poète latin du VI° siècle, et seize noms de figures géométriques dans un manuscrit hébreu du IX° siècle provenant sans doute du sud de l’Espagne et qui n’a jamais été publié, et comme le signale André Basset, [19] des phrases de Baidoq du XII° siècle. » Il reste encore à déchiffrer les inscriptions lybiques, dont deux bilingues (à Dougga), Jean Servier mentionne également les inscriptions martelées volontairement par de jeunes berbères en 1953, dans un souci d’effacer toute trace préislamique, hélas cette tendance se retrouve en Libye pour les inscriptions gravées en libyque. Mais aussi ailleurs dans le monde (Afghanistan pour les Buddhas détruits, sur le Mont du Temple à Jérusalem dans sa partie administrée par les musulmans, etc..)
« Depuis longtemps des linguistes ont cherché à les rapprocher (les parlers berbères) des langues qui l’entourent géographiquement : l’égyptien et les langues sémitiques. Il faut mentionner les tentatives de Bertholon selon qui le berbère viendrait du grec. Un grand latiniste, Schuchardt, s’est demandé si le basque n’était pas le résidu de l’ibère. Dans ce cas, basque et berbère viendraient de la même souche. Le basque étant considéré comme le résidu d’un vaste groupe pré-indo-européen s’étendant jusqu’au Caucase, des linguistes allemands [20] ont envisagé une comparaison directe du caucasique et du berbère. " [21]
Chacun en effet peut être surpris de quelques similarités dans les racines basques et berbères comme celle de Aït, que l’on trouve dans les patronymes ou noms de lieux (par exemple : Aït Ichou en berbère, fils de Joseph, qui a donné le patronyme Bénichou.) Et que dire de cette confusion des esprits à propos de la terminologie employée par exemple dans « La chanson de Roland », lorsqu’il s’agit des barbaresques qui attaquent, sont-ils des basques, des berbères, ou des barbares ? tous ne formant peut-être qu’un seul ?
Cependant, le berbère est classé dans la famille des langues chamito-sémitique- nord qui incluent le cananéen, l’araméen, l’hébreu et semble-t-il le libyque. Le sémitique-sud reprend à son compte le syriaque d’où émerge l’arabe.
Mais pour André Chouraqui, nul doute que les Berbères parlèrent encore plusieurs siècles après la chute de Carthage (-813/-146 av. è.c.), le punique. Il rapporte que d’après Gsell, les autochtones du Maghreb, « par leur langue et par leurs mœurs, étaient devenus des Phéniciens ». (…) Chouraqui précise que les documents puniques les plus anciens connus, datent des IV -II° siècles avant è.c, et proviennent de Malte, de Sicile, de Sardaigne, mais il poursuit ainsi : « Saint Augustin, dans ses sermons, recourt volontiers au punique, manifestement familier à ses auditeurs, pour expliquer les termes hébraïques ou araméens de l’Ecriture. M. Simon verse au débat une nouvelle précision. Saint Augustin signale que les Circoncellions ( Les Circoncellions sont les paysans sans terre. A la tête de leur révolte il y avait Saint Donat qui était l'ennemi juré de Saint Augustin représentant les féodaux. Dj. B.) appelaient les gourdins dont ils se servaient pour convertir de force les populations au christianisme du nom d’Israël. Les redoutables sectaires appelaient ainsi les armes de leur propagande d’un nom qui signifie en hébreu « Dieu combat ». De ce détail, M. Simon induit que probablement : « Les Circoncellions et avec eux vraisemblablement de larges masses de la population rurale lisaient et comprenaient la Bible dans sa langue originelle. En cela sans doute réside l’essentiel : l’étroite parenté de l’hébreu et du punique devait, dès les origines, assurer, inévitablement, une profonde interpénétration des Juifs et des Berbères dans le Maghreb. Saint Jérôme, dont l’autorité à elle seule pourrait en la matière emporter la conviction, suivi par Priscien, insiste déjà sur les similitudes des deux langues sœurs. La science moderne confirme l’antique tradition en affirmant l’étroite parenté du punique et de l’hébreu. [22] Ces similitudes, sur lesquelles nul ne saurait trop insister, expliquent l’extraordinaire diffusion d’idées juives en Afrique du Nord préparant la voie au christianisme, puis à l’Islam." [23]
La langue berbère épouse une organisation sociale dans laquelle domine un clan restreint, celui du village, du quartier dans le village, de la famille. Elle ne sera jamais une langue de civilisation, et faute de support écrit favorisant une diffusion homogène, elle se subdivise en une infinité de dialectes (3000 à 5000 selon André Basset [24] ), qui se croisent et s’entremêlent favorisant sa disparition en faveur de l’arabe imposée par une élite citadine. »
Jean Servier note citant André Basset : « Certes, ces parlers, comme bien d’autres langues à l’origine, conviennent à des pasteurs, des arboriculteurs, des cultivateurs. Ils forment une langue concrète (..) d’autant plus fourmillante de mots pour les questions qui les préoccupent qu’ils ont une perception très aiguë des moindres nuances (..), André Basset donnant cet exemple : « un targui emploie deux verbes différents, selon qu’une bête s’accroupit pattes antérieures en avant ou repliées ». Cependant cette appréciation semble réductrice en regard des langues anciennes qui expriment aujourd’hui encore, les concepts du monde moderne (l’hébreu, le grec, le latin, l’arabe..)
La population berbère
Au Maroc, la population est d’origine tamazight - berbère - L’arabe comme langue officielle puis vernaculaire s’est imposée au moment de la conquête par les troupes arabes. Toutefois, deux groupes linguistiques se sont formés, les Irifyen, habitants du Rif dont le territoire s’étend le long de la Méditerranée sur 60 km à l’intérieur des terres et les Imazighen dont les Braber qui habitent les zones montagneuses au centre du Maroc et la partie orientale des chaînes du Haut Atlas, les Shlöh ou Ishelyen qui habitent la partie occidentale du Haut Atlas et la région du Sous, ainsi qu’un territoire limité par Demnat et Mogador, Les Drawa, à l’extrême sud du Maroc, et le dernier groupe regroupant diverses tribus dans les alentours d’Oujda.
Entre les Irifyen et les Imazighen, on ne se comprend pas, il y a une infinité de dialectes à l’intérieur de chaque groupe, due à l’absence d’une langue écrite mais également l’absence de relations sociales entre elles dit Jean Servier.
En Algérie, « une carte de répartition des parlers berbères permet de distinguer environ sept groupes, (…) » qui se sont éteints petit à petit, sur la frontière algéro-marocaine, chez les Beni Snous où en 1954, quelques hommes parlaient encore le Zénète à Beni Zidaz. Disparu aussi celui qui se situait dans la région de Marnia/Tlemcen, alors qu’il était signalé en 1863. A l’est, sur les massifs du Zakkar et de l’Ouarsenis, de la mer à la vallée du Chélif et jusqu’à Miliana, les berbérophones dits Ishenouiyen sont bilingues. Tous les groupes se comprennent. Jean Servier constate l’extinction du Berbère dans les zones isolées ou dans celles dont l’économie dépend des échanges commerciaux avec les villes arabophones, en revanche le maintien du Berbère uniquement en Kabylie en Algérie, « dans les zones de diffusion sur une grande étendue, capables de vivre sur elles mêmes, dont les échanges commerciaux se font avec des villes berbérophones . »
C’est dans la région de la Kabylie Soummam, ou petite Kabylie, au-delà de Bougie, après le Cap Carbon jusqu’au Cap Aokas, sur la côte, une région largement ouverte que le sahara, « qu’autrefois habitaient deux puissantes tribus Zenaga : les Jarawa et les Harawa et les divers groupes jadis convertis au judaïsme comme les Ouläd ‘Aziz ou arabes - venus plus tardivement - comme les Ouläd Ziyan. Ces derniers se sont fixés, venant du sahara où ils nomadisaient. »
En Tunisie, « André Basset a recensé douze villages, six chez les Matmata, (..) caractérisés par leur habitat : des grottes souterraines dans des falaises, un village perché, Tazrit, et cinq villages dans l’île de Djerba. » dans lesquels on parlait le Zénète. Quant au parler de Djerba, disparu de l’île, se retrouverait dans les rues commerçantes de Paris.
« En Libye, les premiers habitants étaient sans doute de souche berbère (..). »
L’opposition berbère aux conquérants
D’une manière générale les citadins en bordure de la côte sont davantage favorables aux conquérants qu’ils furent romains ou arabes, ils apportent stabilité et sécurité, en opposition avec les tribus berbères des massifs montagneux ou en bordure du sahara qui voient leurs activités de pillage et leur indépendance menacées. Lorsque le pouvoir romain s’imposa vers 509 av è.c jusqu’à la conquête vandale en 430, il transforma les propriétés des Puniques et des Berbères en propriété précaire du sol moyennant un tribut des vaincus, le Stipendium. Rome ne se préoccupa pas ni du droit coutumier ni de l’organisation sociale des paysans berbères. Jusqu’en 238, la domination romaine ne fut jamais remise en cause bien que des révoltes éclatèrent vite réprimées, bien qu’un chef berbère Tacfarinas, tint tête aux armées romaines durant sept années (d’après Tacite), c’était en 117 de note ère, sous Tibère). Le sénat romain n’envisagea jamais de centraliser le pouvoir localement et s’appuya sur les igelliden, chefs désignés de village pour une courte durée par le droit coutumier, qui devint un substrat de roi et parfois un chef de guerre. Un problème vint se poser pour la première fois aux Romains, la rencontre de la propriété de colonisation nettement délimitée et individuelle et du terrain de parcours collectif des nomades. La solution devait servir de modèle à toutes les erreurs de l’avenir : l’expropriation des nomades ; Septime Sévère, berbère sédentaire, organisa la lutte ouverte contre le nomadisme. Certains ne se résignèrent pas à la misère sédentaire car, déjà, s’ouvrait le problème des bidonvilles : ceux-là furent rejetés, misérables, aigris et prêts à la révolte, vers le Sahara. » Une insurrection en 253, s’étendit de la Numidie à la Mauritanie césarienne, les terres furent razziées, les villages chrétiens rançonnés, la crise dura dix ans ; les tribus conservèrent alors le « goût de la dissidence ».
C’est un peuple de 80 000 personnes dirigé par Genséric, composé d’Alains, de Vandales et de Goths, dont 15 000 soldats, qui fit irruption en 429, dans l’histoire de l’Afrique du Nord. Il trouva des berbères en révolte, des garnisons romaines en décomposition. On peut s’étonner qu’alors le christianisme ne se fut pas imposé à toute la berbérie, et qu’au moment de la conquête arabe en 642, les troupes trouvèrent des tribus juives d’une certaine importance numérique.
« Les Berbères ont toujours su opposer à leurs conquérants des schismes ou des idéologies issues de la pensée même des vainqueurs. Convertis depuis peu à l’Islam, et après avoir, nous dit Ibn Khaldoun, apostasié douze fois en soixante dix ans, ils n’eurent pas d’autre arme contre l’Islam, que l’Islam lui-même, aussi purent-ils dissimuler la révolte sous le couvert d’un idéal religieux : ce fut le Kharidjisme. » écrit Jean Servier. Au X° siècle, un Imam élu fut placé à la tête du royaume de Tahert qui s’étendait du djebel Nefouça à Tiaret, opposa aux conquérants « un idéal d’ascèse et de dépouillement à une civilisation matérielle trop riche , et considérer l’enrichissement des vainqueurs comme une spoliation, même s’il provient d’une supériorité technique ou d’une organisation sociale plus cohérente. » (…) « Dans l’Aurès au sein des tribus Berghouata. Un de leurs chefs, Salih, revendiquant le titre de Prophète, composa un Coran berbère et édicta une sorte de code religieux. Les historiens arabes ont pieusement passé sous silence ces tentatives sur lesquels nous avons finalement peu de renseignements." [25]
La dynastie Abbasside règne à Bagdad, au Maroc, les Idrissides sont reconnus par toutes les tribus Zénètes de Tanger au Chétif, et de la vallée de la Soummam à Tripoli, règne la dynastie Aghlabide. « En 893, les confédérations de la vallée de la Soummam envoyèrent à La Mecque des délégués pour y étudier l’Islam », ils revinrent accompagnés d’un homme pieux qui se fera leur instructeur, Obaïd-Allah, qui appartenait à une société initiatique chi’ite. « Ainsi, arriva dans les montagnes berbères la croyance de l’Imam caché - la Maître de l’Heure - Le Mahdi, qui devait persister jusqu’à nos jours." [26] Il prit en 910 le titre de Mahdi et de Commandeur des croyants, il fonda sa capitale au sud de Monastir, Mahdiya et la dynastie des Fatimides. La prospérité et la paix régnant, cela déplut, l’austérité étant plus en rapport avec l’idéal berbère développé par un Khardjite intransigeant, qui exhortait à chasser les Fatimides et élire un gouvernement. « Les bandes d’Abou Yazid se montrèrent impitoyables pour les citadins et les propriétaires, essayant de soulever les nomades pour les entraîner à l’assaut des villes. » Fait prisonnier, il mourut en 947.
C’est sous les Zirides issus des Fatimides, qu’un retour à l’orthodoxie apparut, au XI° siècle, et jusqu’en 1602 ils firent face à l’avancée des nomades, ils donnèrent à l’Algérie son cadre citadin et moderne, fondant et développant trois villes : Alger, Miliana et Médéa. Puis de retournement en retournement, venant du Khalife du Caire qui lança les Beni Hillal, terribles tribus nomades sur les villes d’Ifriqiya qu’ils saccagèrent, puis s’insinuèrent parmi les tribus berbères formant des îlots éliminant et supplantant les tribus berbères par les Beni Slyem près de Dellys, les Beni Hosain dans la région de Zekri-Rouma et disparurent les Berbères d’Azeffoun à la Tunisie, le long de la mer. Ce fut le règne des Almoravides, tribu nomade du Sahara, qui étendit son pouvoir jusqu’à l’Espagne, dans un mode de pensée proche du Malékisme absolu. A nouveau, dit Jean Servier, une prospérité matérielle engendra la décadence de l’Islam, et la Berbérie voulut rétablir son ordre premier. Le Mahdi vint de Nedroma, qui finit par écraser les Hillaliens, le pouvoir Almoravide tomba laissant la place aux Almohades.
Les tentatives du Comte normand Roger II de prendre pied en Ifriquya, pour régner sur le commerce maritime échouèrent, il avait mis fin au règne des Zirides. Sur les ruines de l’empire Ziride, une dynastie nouvelle naquit avec les Zenata, avec pour capitale Tlemcen, tout près de la Pomaria romaine. Tlemcen sut résister à tous les sièges.
Les Espagnols occupaient certains ports et en faisaient des places fortes. Alger était un port de corsaires, avec la chute de Grenade en 1492, un afflux de population maure se faisait sentir. En 1513, un corsaire turc, Baba Arroudj, fut appelé à la rescousse, pour les sortir les musulmans des griffes espagnoles. Mais rapidement, les Algérois constatèrent que les turcs n’avaient pas d’état d’âme, la pression fiscale se faisait plus dure encore.
Baba Arroudj se fait proclamé sultan par ses soldats. Les espagnols poursuivent leurs affrontements et s’allient aux Beni Amer de Aïn-Témouchent , « la Source des chacals » et infligent à Arroudj une cinglante défaite, il fut tué en 1518 à Aïn-Témouchent. Barberousse succède à Arroudj, à qui est conféré le titre de pacha et celui de Beylerbey. Seule la Kabylie lui inflige un échec, l’obligeant à abandonner Alger. En 1542, le Turc Hassan Pacha conquiert la région et repousse les Beni Amer vers l’oued Senane, où ils tentent de contenir les tribus provenant du Maroc.
Le pays sombra frappé par la peste, les famines et les pressions turques. « Au cours de l’été 1817, il mourait, à Alger 500 personnes par jour et, au début du XIX° siècle, la population de la ville était inférieure à 30 000 habitants.
La lutte entre la France et l’Angleterre fit envisager à Napoléon de revenir à la politique de Louis XIV. Il commanda au commandant du Génie Boutin des études, sur place, qui aboutirent à un rapport : documentation de base du corps expéditionnaire français envoyé en 1830. (..) [27]
La pensée berbère [28]
Le judaïsme fortement présent dans tout le Maghreb est à remettre dans le contexte sociologique et religieux que connaît toute la région berbère, afin de mieux appréhender les influences berbères sur les coutumes du judaïsme d’Afrique du Nord. Certaines de ces coutumes ou « croyances » subsistent encore, bien qu’elles soient battues en brêche par un judaïsme plus conforme à l’orthodoxie générale qui revient en force. Importées en Israël, le culte des saints reprend vitalité dans certaines couches de la population sépharade, cependant qu’on peut penser qu’il a toujours existé peu ou prou dans la tradition juive ancestrale. La fête de Mimouna qui clôt les huit jours de Pessah, la pâque juive, est un bel exemple de la tradition sépharade, qui trouve son origine très probable au Maroc, qui s’est importée et institutionnalisée en Israël. Qui n’a pas en souvenir des pratiques, des gestes, des postures et des paroles, mais aussi des tombeaux de saints, des pèlerinages, et des recettes de cuisine qui prennent leur racine dans la culture berbère ? la culture juive berbère. Une certaine nostalgie des origines anime cet article. Une certaine volonté de montrer combien les juifs, partout dans le monde, fraternisaient sans se fondre, fusionnaient sans s’effacer. Idéaliser l’histoire, ce n’est pas la rendre fade, mais lui restituer une humanité.
Jean Servier nous dit ceci, à propos des invariants de la pensée berbère avec lesquels les différents groupes qui s’installèrent dans le Maghreb, durent composer : « Dans la pensée méditerranéenne, les morts et les vivants sont tellement mêlés dans la vie quotidienne, associés aux mêmes gestes et aux mêmes rites, qu’il est difficile de dire si les morts sont encore liés à leurs clans terrestres, ou si les vivants participent encore ou déjà au plan des choses de l’Invisible. Les rites de passage marquent les saisons de la vie de l’homme et, comme les rites agraires, sont empreints d’un caractère funéraire venu de la volonté des vivants d’associer les morts au rythme de la vie terrestre. Le deuil, pendant longtemps, n’a pas été une manifestation de tristesse subjective, mais une attitude rituelle prescrite pour que le groupe des vivants rejoigne par la pensée ceux que les paysans appellent les gens de l’Autre vie - At Lakhert Il est impossible d’étudier un seul aspect de la vie des paysans du Maghreb, sans se référer à ce monde des morts toujours présent dans leur pensée, à ces croyances nouées autour des stèles de pierre ou de bois, auxquelles les religions révélées qui se sont implantées çà et là, comme le judaïsme, puis le christianisme avant l’Islam, ont dû, l’une après l’autre se soumettre. Les hommes cramponnés à leurs terres, autour de l’Ancêtre, suzerain invisible, protecteur, n’ont accepté les idées nouvelles que dans la mesure où elles faisaient une place aux mêmes tombeaux. Saint Augustin s’exclamant : « Notre Afrique n’est-elle pas toute semée des corps des saints martyrs » (Epist., LXXVIII, 269), reconnaissait l’existence de ces tombeaux blancs, immuables gardiens des cols, des sommets, des marchés, des villages, qui plus tard devaient devenir, pour la même raison, les saints reconnus de l’Islam maghrébin. Le christianisme a adopté les tombeaux et les hauts lieux comme ailleurs, les pierres, certains arbres et les sources ; le rigide judaïsme puis l’Islam ont accepté les morts comme intermédiaires entre les hommes et l’Invisible, leur ajoutant une couronne de pieuses vertus et de miracles, monotones dans leur répétition. »
Les traditions populaires ont montré leur force tranquille, les tombeaux ont traversé les millénaires, tandis que les différentes civilisations conquérantes sont passées. « Les paysans ont demandé aux morts, à leurs saints protecteurs la fécondité des champs, des étables et des maisons, parce que c’est leur rôle dans l’harmonie de l’univers ; les morts donnent cette fécondité parce qu’ils la doivent aux vivants, leurs alliés par la viande partagée des sacrifices et les repas pris en commun. Ainsi s’équilibrent, dans la pensée méditerranéenne la vie et la mort nécessaires l’une à l’autre. Il n’y a pas de prêtre à cette religion, il ne peut y en avoir. Chaque chef de famille, chaque maîtresse de maison ont seuls le pouvoir d’accomplir - selon leur sexe - les rites particuliers qui affermissent sur la terre, le groupe humain dont ils ont la charge. Les manifestations de ce culte ont pu, pendant longtemps s’accommoder de toutes les religions révélées. » et réciproquement.
« (…) Cette pensée est dualiste (…). Dans les conceptions du nord de l’Afrique, le corps humain à l’image de l’univers est formé de couples. Le mot qui désigne la « personne » avec le sens réfléchi est dans les parlers berbères un masculin pluriel iman. Il est habité par deux âmes : une âme végétative nefs et une âme subtile, ou souffle rruh [29] . A l’âme végétative correspondent les passions et le comportement émotionnel, elle est portée par le sang, son siège est dans le foie. A l’âme subtile ou souffle correspond la volonté, elle circule dans les os, son siège est dans le cœur. De nombreux proverbes illustrent cette conception profondément enracinée dans l’esprit des paysans :
Quand le foie tremble, l’œil pleure Là où le cœur arrive, le pied marche.
Nefs, l’âme végétative est le principe venu de la mère ; erruh l’âme subtile, vient de l’Invisible. Dans l’union sexuelle, l’homme accomplit un acte de possession, analogue à celui du laboureur qui prend possession d’un champ, par le tracé du premier sillon. La terre fournit la matière nécessaire, mais la graine déposée porte en elle la mystérieuse fécondité venue de l’Invisible qui la fait germer, au lieu de pourrir. De là, par exemple, une conséquence importante dans les institutions : la femme ne peut prendre possession de la terre. Elle ne peut labourer ; en conséquence, pendant longtemps, elle n’a pu prétendre à un héritage foncier, ceci à l’encontre des différentes interprétations du droit musulman, aux termes desquelles la femme peut hériter d’une part égale à la moitié, au tiers, ou au quart de la part d’un héritier mâle. (…) Il n’y a à la base, aucun « mépris » pour la femme, simplement la conséquence d’une certaine conception du monde et de la place de l’homme dans le monde. »
« (…). Le rite essentiel du culte des saints est le pèlerinage qui, suivant l’importance de la tombe vénérée, groupe les habitants d’un quartier, les membres d’une tribu ou rassemble une foule de dévots venus par trains spéciaux de tous les coins du Maghreb. L’essentiel du pèlerinage est un sacrifice accompli près du tombeau, suivi d’un repas communiel unissant les vivants entre eux et le groupe des vivants à l’Invisible au nom de l’Intercesseur. Cette alliance peut être rappelée aux moments critiques de l’année agraire ou de la vie humaine. Lorsque le sacrifice a été accompli, le repas terminé, les fidèles emportent avec eux des signes tangibles de la protection du saint : feuilles de l’arbre sacré, poignée de semoule du repas communiel ou de terre prise près du sanctuaire. Des jeux funéraires viennent disperser l’ambiance sacrée : jeux de balle, tir à la cible, jeux équestres. De tous ces jeux se dégage la notion d’agôn, de lutte entre les deux principes sècheresse et humidité - ce qui confère à l’issue de ces jeux une valeur oraculaire : la réponse du Protecteur à ses fidèles. Une particularité s’ajoute à ce contexte musulman : l’autorité morale, spirituelle, des descendants vrais ou supposés - au terme de généalogies impossibles à vérifier - de ces saints personnages sur tout un groupe, parfois très étendu. » donnant naissance à des confréries, ou à des fondateurs de villages, en caste. »
Comment les Juifs s’inscrivent-ils dans l’histoire des Berbères ?
C’est le Judaïsme pour la pensée et le monothéisme selon Jean Servier, et plus tard le Christianisme, fortement présents parmi ces populations des Aurès, qui ont préparé le terrain à l’accueil de l’Islam, qu’il se soit imposé par la force ou par la persuasion, les esprits étaient déjà emprunts de l’Unicité et de l’abstraction de Dieu. L’histoire de la conquête arabe a fait le reste.
1) Comment aborder la judaïsation des Berbères ? a) Une influence juive, première certitude : Selon Marcel Simon les Juifs d’Afrique du Nord qui avaient reflué vers le sud et qui avaient retrouvé une vie patriarcale, exercèrent une influence profonde sur des populations sédentaires qui pratiquèrent un syncrétisme judéo-punique. [30] « Les Abeloniens et les Caelicoles que nous connaissons par ce que nous en disent saint Augustin et le Code théodosien sont des sectes composées de Juifs échappant à l’orthodoxie palestinienne, et de païens judaïsants recrutés principalement parmi les Sémites et, plus spécialement, les Phéniciens. [31] Familiers avec la Bible, ces judéo-puniques pratiquent la circoncision et se situent, selon la remarque de M. Simon, « sur les confins indistincts du judaïsme, du christianisme et paganisme sémitique [32] ». Cependant, les Chrétiens et les Romains sont d’accord pour les considérer comme des Juifs (…) [33] . André Chouraqui observe que la tendance au syncrétisme constitue « un des invariants de l’histoire juive en Afrique du Nord », et Marcel Simon relève que « le judaïsme n’avait, au contraire (du prestige d’un Empire), d’autre moyen que les armes immatérielles de la prédication. » « Ces armes sont l’idée monothéiste, le loi morale, les beautés d’une liturgie tout entière inspirée de la Bible [34] . Et les Berbères, largement sémitisés par des siècles d’influences carthaginoises, auront tendance à délaisser leurs fétiches pour accroître le nombre des fidèles ou des sympathisants de la synagogue. Tertullien, au III° siècle, nous rapporte comment les Berbères observaient le shabbat, les jours de fête et de jeûne, les lois alimentaires juives. Commodien, toujours au III° siècle, combat déjà ces païens hésitants qui n’adhèrent pleinement ni au christianisme ni au judaïsme. Enfin, un témoignage épigraphique confirme encore les traces de l’influence juive sur les populations berbères : dans la nécropole de l’ancienne Hadrumète, on a retrouvé, datant le l’époque romaine, une tablette de plomb qui contenait une invocation au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob pour que se rapprochent deux êtres séparés. Exorcisme, peut-être, confirmant l’invincible goût berbère pour les pratiques magiques, mais révélateur surtout de la place qu’avait prise dans la vie du pays l’influence de la prédication juive . » [35]
b) Les hypothèses à propos de la judaïsation des Berbères : Deux postulats d’historiens s’affrontent, celui de Hirschberg et celui de Marcel Simon.
« Pour Hirschberg, la judaïsation des Berbères de l’Afrique du Nord et des Soudanais de l’Afrique noire (…) repose sur des hypothèses fragiles. [36] (…) et appuie sa thèse sur deux faits principaux : le silence que les historiens arabes gardent à ce sujet jusqu’au XII° siècle et l’absence de tout témoignage écrit dans les sources juives d’Afrique du Nord, d’Espagne ou de Babylonie. Il est difficile d’admettre - toujours selon Hirschberg - que ce phénomène ait eu lieu à l’époque byzantine ou aux premiers siècles de la conquête arabe, à l’apogée de l’islamisation intensive des Berbères, c’est-à-dire à partir des X° et XI° siècles. Théoriquement, cette période de la judaïsation en masse des Berbères, dont parle Ibn Khaldoun, se limiterait à un laps de temps de deux ou de trois cents ans, entre la défaite de la chrétienneté byzantine et l’affermissement de l’Islam, c’est-à-dire du VIII° au X° siècle. A cette époque les docteurs de Babylonie ; il paraît impossible, prétend Hirschberg, que ce phénomène extraordinaire de judaïsation des Berbères n’ait laissé aucune trace chez les auteurs juifs, chez les poètes, ou les auteurs de midraschim postérieurs, pas plus que dans la littérature des Responsa. De même le silence gardé à ce sujet par les historiens arabes durant les premiers siècles de la conquête et de l’islamisation de l’Afrique du Nord serait tout aussi inexplicable. On ne saurait les accuser d’un mutisme voulu puisqu’ils relatent avec beaucoup de détails la judaïsation des tribus du Hmyer au sud de l’Arabie. Un autre argument de Hirschberg est l’absence de toute influence culturelle ou linguistique berbère dans la littérature rabbinique de l’Afrique du Nord. Hirschberg admet cependant les traditions des Berbères et des Soudanais judaïsés : elles convergent de diverses sources, de plusieurs lieux et de différentes époques (…). Aussi essaye-t-il d’expliquer l’existence de ces traditions et de « certains » éléments ethniques berbères parmi les Juifs ». (…) La grande dispersion des communautés juives, …du désert et de l’Afrique noire jusqu’au Niger, le long des voies commerciales, aurait favorisé la transmission de traditions parmi les groupements juifs éloignés. L’intégration ethnique et religieuse des Juifs, dans la population musulmane, de gré ou sous la menace de mort, aurait donné naissance à des légendes sur des prosélytes juifs qui seraient revenus à l’Islam. Il se pourrait, admet pourtant Hirschberg, qu’une influence juive se soit exercée sur des Berbères pendant la période préislamique et durant les premiers siècles de la conquête arabe, avant que la population autochtone et soudanaise n’embrasse la foi musulmane ; cette influence aurait pu aller jusqu’à la judaïsation de certains de leurs groupements. Ces conversions auraient manqué d’ampleur (…) car la mentalité berbère n’est pas favorable aux étrangers . » [37] Sauf à penser que les groupements juifs n’étaient précisément pas exogènes aux Berbères ! Toutefois, Hirschberg attribue aux « séquelles ethniques » une incidence des mariages mixtes davantage qu’à un prosélytisme organisé. Mentionnons également les résultats d’une exploration anthropologique rapportée par André Chouraqui, et « entreprise par Briggs, pendant les années 1954 à 1961, parmi les Juifs de Ghardaïa, au Mzab, dans le sud algérien, selon laquelle les Juifs du Mzab algérien semblent appartenir, du point de vue de la race, à la grande famille méditerranéenne, dans sa forme archaïque, qui conserve les traits sémiologiques des Berbères des régions septentrionales du Maroc et de l’Algérie, fort différents des populations du Sahara ou des autres groupements juifs [38] . »
Hirschberg fort d’un judaïsme traditionnellement peu enclin à convertir, demeure persuadé que la judaïsation massive des Berbères fut improbable. Quant à André Chouraqui dont l’expérience de l’Afrique du Nord n’est pas à démontrer, dit combien les Juifs d’Afrique du Nord offraient un panel très contrasté par « leurs noms et leurs prénoms, leurs dialectes, leurs accents, leurs coutumes, leurs habillements, leurs traditions familiales », j’ajouterais par leurs recettes de cuisine et leurs rivalités. Cela malgré la pratique d’une religion commune. Chouraqui met l’accent avec justesse sur la valeur des traditions orales et coutumières dans ces contrées où l’écrit se fait rare. Notamment, il évoque le récit selon lequel « un groupe d’au moins sept rabbis seraient venus de la Terre Sainte à une époque très ancienne pour judaïser la population berbère. I. Ben Ami situe cette époque aux premiers siècles de l’ère chrétienne, alors que le prosélytisme juif était en pleine expansion en Afrique du Nord, ce qui avait suscité les réactions des Pères de l’Eglise. Citons parmi ces saints vénérés par les Juifs et par les Musulmans, Moulay Inrid à Aït -Tamazer, Moulay Tamaran à Aït-Bouzo, Moul el-Bit à Aït-Chouaïb et rabbi Ihya el-Hlou à Ksar el-Souk »
Si ce récit est avéré, cela suppose une forte demande provoquée par un nombre important de candidats à la conversion, et un besoin de renfort compétent. C’est après le 1er siècle de notre ère, que les candidats doivent répondre à des « épreuves » difficiles, pour pouvoir rejoindre la communauté juive.
Chouraqui évoque également l’attrait particulier qu’exerce sur les païens la science des rabbis, notamment dans l’Empire romain dans lequel les aristocrates ont recours à l’utilisation de talismans , et aux incantations, ils ont aussi recours aux rabbis pour l’utilisation de « noms sacrés » hébreux, comme dans les talismans grecs parmi les chrétiens, les Coptes ou les païens. Une pratique contre laquelle saint Augustin s’élève. « Rabbi Hochaya, un docteur cité dans le Talmud de Jérusalem, contemporain des Sévères, demande si les prosélytes libyens doivent être soumis à un délai de trois générations avant d’être intégrés au sein d’Israël, comme l’exige la loi mosaïque pour le prosélyte égyptien ou iduméen (Deut. XXIII-9). [39] »
Ces récits de sources juives, romaines et chrétiennes, plaident en faveur d’un prosélytisme juif qui concerna particulièrement les sédentaires puniques et libyens, d’après Chouraqui, qui rapporte encore « une consultation de la communauté de Sgelmesse concerne la consommation de sauterelles mortes. D’autres questions relèvent du droit des conjoints, du mode de vie nomade, qui n’est pas toujours compatible avec les prescriptions religieuses de la vie sédentaire.
Le deuxième point de vue plaide en faveur d’un processus de conversion continu, massif mais néanmoins en harmonie culturelle, conséquence naturelle « d’une cohabitation séculaire avec les Hébreux. »Le retentissement limité s’expliquerait par la dispersion des groupements nomades, alors qu’il existe déjà peu de traces écrites des groupements sédentaires. Les questions parvenues aux centres de Babylonie révèlent des pratiques étrangères au judaïsme, et un savoir rudimentaire. Le niveau des questions ne nécessitant pas qu’elles paraissent en jurisprudence, ou bien a-t-il suscité le dédain de « l’aristocratie sacerdotale » de l’époque, pour qu’il soit futile de les mentionner ? ou bien encore, par égard pour les prosélytes et afin de ne pas les diminuer dans leur approche du judaïsme, n’est-il pas fait mention de leur existence.
Enfin, « La force des croyances ancestrales et des usages est telle qu’elle résiste aux mutations religieuses du groupe. L’absence des documents sur l’expansion de l’hébraïsme en milieu berbère s’explique amplement par le fait que nous sommes en milieu de tradition orale. La culture berbère, imprégnée elle-même d’influences sémitiques, depuis la domination carthaginoise, était pauvre (contes, légendes, proverbes, poèmes) ; mais les Juifs berbérophones des pays « Schleuh » et « amazig » avaient en plus de leurs dialectes vivants et de leur folklore une littérature orale et religieuse dont il ne s’est malheureusement conservé que des vestiges. [40] » Chouraqui rapporte que les recherches de Zafrani sur l’enseignement traditionnel juif au Maroc, lui font observer que « parmi les groupes berbérphones l’hébreu reste pour tous la langue principale de la liturgie et de l’enseignement traditionnel. Le berbère est utilisé comme langue d’explication et de traduction des textes sacrés, au même titre que les autres communautés ont recours au judéo-arabe, au judéo-espagnol ou au yiddish. Certaines prières dont les bénédictions de la Torah étaient récitées uniquement en berbère. Hirschberg semble ignorer l’existence de cette littérature juive berbère comprenant des commentaires et des traductions des textes sacrés qui se transmettaient oralement. Zafrani a étudié récemment une version berbère de la Haggadah de Pessah.
Remarquons enfin que le terme de langue judéo-berbère n’existe pas au contraire du judéo-arabe ou du judéo-espagnol, parlés par les Juifs d’Afrique du Nord. Cela ne prouverait-il pas que les Berbères judaïsés ont continué de parler leur dialectes sans éprouver le besoin d’y ajouter un vocabulaire hébreu ?" [41]
Mentionnons pour finir, El-Idrissi, auteur arabe du XII° siècle, originaire de Ceuta, qui signale la présence, au Soudan, de groupements juifs où règnent l’ignorance et l’incroyance et qui se tatouent le visage contrairement aux commandements de la Torah. D’un autre au Soudan occidental, où règne la confusion et l’instabilité de leurs croyances. Quant à Ibn Abi-Zrâ’, chroniqueur des dynasties maghrébines des origines au premier quart du XIV° siècle, rapporte qu’à l’époque d’Idriss, fondateur de Fès, à la fin du VIII° siècle, deux tribus berbères, des Zenata, comprenaient parmi elles des Musulmans, des Chrétiens, des Juifs et des païens. Il signale également la présence aux X° et XI° siècles au Soudan occidental, de tribus noires, de foi juive, qui guerroyaient avec leurs voisins, des Berbères islamisés. L’histoire, encore controversée, de la Kahéna, cette reine que les conquérants arabes eurent tant de mal à vaincre, a été rapportée par l’historien arabe El-Waqdi [42] (mort en 822), par Abd el-Hekam (803-871) et enfin par Ibn Khaldoun (mort en 1406)…
Valentin Fernandès, au début du XVI° siècle, signale également au Soudan occidental une présence de Juifs noirs qui ne savaient rien de la vie des synagogues et n’avaient aucun rapport avec les autres Juifs. Il note encore qu’à Walata vivaient des Juifs riches, persécutés par les musulmans, Léon l’Africain nous rapporte qu’il y avait des Africains juifs qui avaient adhéré au christianisme avant d’embrasser la foi mahométane ? David Ha-Réoubéni nous raconte que pendant son séjour au Portugal, pendant les années 1526-1527, il avait reçu une lettre du roi du Maghreb - probablement le chérif Mohamed el-Cheikh - le priant de le renseigner sur le destin des prisonniers arabes, capturés par des tribus juives de l’Atlas. Il est intéressant de signaler que dans les annales des rois portugais on a trouvé une lettre datant de la même année 1527 envoyée par Yehouda ben Zamero, neveu d’Abraham ben Zamero [43] , à sa famille d’Azemmour ou de Mazagan. Cette lettre relate qu’aux dires d’une caravane, « deux cavaliers, émissaires du chérif, au Sahara, avaient perdu leur route au désert et trouvé refuge dans un grand campement de Juifs nomades. Ceux-ci étaient des riches guerriers, si fiers de leur indépendance qu’ils n’entretenaient aucun rapport avec le monde musulman. Leur roi habitait une tente de soie, sur le mât de laquelle flottait un étendard rouge. Les gens de la tribu s’attendrirent et pleurèrent quand les deux cavaliers leur racontèrent la situation misérable des Juifs, vivant sous le joug musulman…Ces Juifs ne permirent à leurs hôtes de poursuivre leur chemin que le lendemains, après leur avoir démontré leur héroïsme en attaquant une ville. Ils munirent ensuite les deux cavaliers de provisions et d’une lettre destinée au chérif. Ce dernier la fit lire par une certain juif, Ben Cabessa… » On ne peut guère nier un lien entre ces deux lettres, de sources différentes et de la même date, Hirschberg le reconnaît bien. » [44]
On peut encore citer les récits sur les Juifs de Tombouctou gouvernés par sept princes, avant 1497, vivant d’agriculture, qui prétendaient être de la descendance du roi David. Chaque prince était à la tête de douze mille cavaliers. [45] Il y a encore le récit du roi Ben Meshal des environs de Taza assassiné par El-Rashid (1666-1672) fondateur de la dynastie alaouïte, qui avait réussi à imposer son pouvoir aux musulmans qui lui payaient des impôts. La fête des Tolbos célébrée encore à Fès, (‘Id el-Tolab), témoigne de cet épisode. [46] Et le témoignage du XIX° siècle encore, « des Juifs de Sétif affirmant l’existence de Juifs guerriers, parmi les tribus de la Kabylie, et que les Arabes nomment Beni Moshe (fils de Moïse). Binyamin II rapporte que plusieurs de ces Juifs combattant les français, aux côtés des Arabes, sont tombés à la bataille de Laghouat. Le rabbin G . Netter, qui visita ces lieux à cette époque, signala la présence de ces Juifs dans le département de Constantine et attira l’attention des Juifs de France sur le danger d’apostasie qu’ils encouraients. Ils sont nommés Bouhoussim (vivant en dehors) par leurs frères sédentaires, et Yahoud el-Arab (Juifs des Arabes) par les musulmans. Au début de ce siècle, nous voyons leurs descendants dispersés en Kabylie, mais la majorité préfère déjà les grandes villes. Sloush en a rencontré dans plusieurs villes de Tunisie et d’Algérie [47] . »
André Chouraqui rapporte le témoignage écrit de Shlomo Abitbol, un rabbin de Sefrou, qui adressa en 1792 une lettre au rabbin Mordekhaï Abitbol de Dadès, celui-ci s’émeut et s’enthousiasme d’apprendre que « des Juifs guerriers combattent vaillamment par l’épée et la lance.. » .. « Quant à nous, nous vivions parmi eux, pauvres et humiliés…tremblant sans cesse…Quelle joie…d’apprendre la bonne nouvelle…J’ai également lu dans l’introduction du Perah Lebanon que les descendants de la famille Peres avaient traversé la mer…acheté un emplacement nommé Dadès…et bâti une ville..Ils ne se marient pas avec d’autres familles…et détiennent un livre généalogique (qui remonte à Peres, fils de Yehouda, fils de Yaacoub. [48] » Pour Chouraqui, « il s’agit de juifs expulsés d’Espagne, qui sont arrivés au Maroc entre 1391 et 1492, et qui ont acheté, à prix d’or, le territoire de Dadès où ils battirent une ville. Les guerriers juifs concerneraient sans doute, des prosélytes berbères ou des Berbères judaïsés par ceux qui se seraient joints aux nouveaux arrivants. »
2) Vestiges et vie juiveLes vestiges témoignent d’un Judaïsme d’une grande vitalité, et cela malgré la Guerre des Juifs contre Rome aux 1er et II° siècles menée jusqu’à épuisement des forces, de la Palestine jusqu’en Afrique du Nord, puis la Pax Romana revenue, les Romains imposeront une organisation du Judaïsme « qui préfigure celle de l’Eglise, avec son chef suprême, le patriarche ou Nassi, chef spirituel et temporel, résidant en Terre sainte, sa hiérarchie composée de primats à la tête de chacune des provinces et de délégués locaux, présents au sein de chaque communauté. » « (…) La synagogue de Naro, découverte en 1883 sur la plage d’Hammam-Lif [49] avec la richesse de ses décorations [50] , la nécropole juive de Gamart près de Carthage [51] donnent, parmi d’autres sources, les plus précieuses indications sur l’organisation locale du judaïsme africain. Chaque communauté avait à sa tête une assemblée culturelle à laquelle participaient également les Juifs de naissance, les prosélytes et les judaïsants, une assemblée administrative dont les membres, parfois a nombre de neuf, étaient désignés par la communauté. Des inscriptions retrouvées permettent de constater la présence de quelques femmes au sein de ce Conseil. Le Conseil des anciens assure la vie administrative de la communauté. Il gère les finances, veille sur l’organisation religieuse de la cité, représente les intérêts de la communauté en justice et devant les autorités. Il distribue les secours, prend les décisions relatives à la construction des synagogues, des écoles, des bibliothèques. Le Conseil présidé par le gérousiarque, nomme les administrateurs ou achontes. Le secrétaire (grammateus) veille à l’établissement des procès verbaux des réunions et à la conservation des archives. Le rabbin, ou archisynagogue, jouissant d’une large indépendance à l’égard du Conseil, assure le culte divin, la prédication et l’enseignement de la Loi. A ses côtés, nous trouvons ses assistants classiques : les lecteurs, les traducteurs, les chamashim ou sacristains ." [52]
3) Sous l’Empire de Rome
« Selon J.Juster [53] , l’Empire romain, sur un total de 80 millions d’habitants, pouvait comprendre 6 à 7 millions de Juifs, soit une proportion de 7 pour 100. Ce chiffre ne comprend évidemment pas les prosélytes dont le nombre serait par ailleurs impossible à déterminer, encore moins les « sympathisants », ceux qui iront dans les synagogues cueillir quelques idées ou quelques pratiques nouvelles qui s’intégreront tant bien que mal à leurs croyances païennes ." [54]
Toutes les Communautés juives de l’Empire de Rome jouissaient d’un même statut juridique, « (…) les Africains du Nord, Juifs y compris, purent accéder aux plus hautes charges. Pour ces derniers, une législation libérale devait les dispenser de toutes les obligations civiques du culte païen, incompatibles avec leur foi religieuse. Rome établissait là une distinction très nette entre le temporel et le spirituel, admettant qu’un citoyen romain appartienne civiquement sans aucune restriction, à l’Etat romain, et spirituellement à la « nation juive ». A ce titre, les Juifs furent dispensés du devoir (…) d’honorer les dieux protecteurs de la Cité. En ce qui concerne le culte rendu à l’empereur, ils devaient employer les formules usitées par les Romains mais ne pouvaient omettre les qualités et les attributs divins qui lui étaient reconnus ; le jour de la fête impériale et des fêtes nationales, ils devaient, au lieur de se rendre au temple païen, se réunir dans leur synagogue pour implorer la faveur du Dieu sur César. (…) L’observance du shabbat était quasi officielle, puisqu’on ne pouvait obliger le Juif à comparaître en Justice, ni à accomplir aucune corvée, ..ils étaient régis par la même loi pénale…et pouvaient conclure des contrats commerciaux… » [55] C’est avec Antonin le Pieux (138-165) que la Pax Romana rétablit la liberté de culte et la pratique religieuse (Sous Trajan et Hadrien, même la circoncision fut interdite). Ce sont les disciples de Rabbi Akiba qui reconstituent un premier centre spirituel à Uscha, en Galilée, et restaurent le Sanhédrin. Rome en signe d’apaisement, reconnaît l’autorité de l’ethnarque, chef spirituel, qui préside le Sanhédrin, et dont le pouvoir s’étend sur tous les Juifs de l’Empire et dont le siège se situait en Palestine, à Beth-Shearim, au nord-ouest du mont Thabor.
Réflexions et Conclusion
On ne peut pas comprendre comment de nombreuses tribus Berbères furent juives, regroupant des milliers d’individus, pratiquant des dialectes un peu différents, répartis sur le territoire de la Libye au Maroc, et tenant compte des innombrables difficultés inhérentes à la conversion au Judaïsme, sans imaginer un contexte favorable, ou une expérience pré- existante du Judaïsme soit datant de l’époque Cananéenne, au moment où les Philistins quittent Canaan, soit datant de l’époque du 1er Temple à la faveur des comptoirs Phéniciens qui viennent fonder Carthage aux environ de 814-813 av èc, soit de l’époque du second Temple, soit dans le cadre des politiques de peuplement de l’Ifriqia, par l’Empire de Rome (distribution de terres) dans lequel vit une nombreuse population juive ou judéenne dont de nombreux mercenaires, ainsi que cette période préislamique qui va du VIII° au X° siècle favorable au développement d’une influence juive chez les Berbères. Autant d’ époques et de faits historiques qui rendent plausible l’installation de groupes de peuplement juifs en Afrique du Nord, en concomitance avec une judaïsation des populations déjà sensibilisées directement ou indirectement. On peut constater à la lecture des documents que les Berbères ne manifestèrent jamais d’hostilité envers les Juifs, au titre d’ennemis conquérants, et si les Juifs purent se joindre à eux, à différentes époques, s’ils se laissèrent judaïser pour certains, c’est que le Judaïsme ne leur était pas étranger, et les Juifs ne constituaient pas une force menaçante, mais une force morale qu’ils respectaient.
Au moment de la conquête arabe (640), les tribus juives de l’Arabie à la Libye furent soit anéanties soit converties (Médine, Quaibar), quelques groupes épars purent-ils rejoindre ceux des Aurès pour résister ou tout au moins s’y réfugier ? c’est probable. N’oublions pas que les zones montagneuses concernées sont largement ouvertes sur le Sahara, vers le sud, à l’abri des conquérants venant de la mer ou des zones côtières. N’oublions pas que les informations se véhiculent avec les caravanes traversant de grands espaces, et que les Juifs forment une partie essentielle des caravaniers ; ils ne s’ignorent pas d’une contrée à l’autre, ils ont noué des liens, ils se déplacent toujours d’un point à l’autre sachant où trouver et chez qui trouver le gîte et le couvert en conformité avec les lois juives. Ce n’est pas l’effet du hasard si l’on trouve le long des routes caravanières des traces juives (pièces de monnaie, de poteries, parchemins) et de foyers installés, de l’Afrique noire à l’Asie (Chine).
André Chouraqui dans son « Histoire des Juifs en Afrique du Nord" [56], décrit longuement le vêtement porté par ses ancêtres dans lequel se conjuguent toutes les influences espagnoles, turques, algériennes : « (..) ample saroual aux mille plis savamment ordonnés, ceinture d’hidalgo, faite pour renforcer la taille et fortifier l’assise du corps, gilet moulant avantageusement le buste, brodé et fermé par des dizaines de boutons délicatement ornés, boléro visiblement hérité des traditions hispaniques, artistement coupé dans de fortes et nobles étoffes, aux couleurs nuancées, et par surcroît brodées. Surmontant le tout, une coiffure, en forme de chéchia, rouge, fortement serrée dans un turban couleur or, (…) »
Toute l’histoire des Juifs en Afrique du Nord est dans leur vêtement toute résumée : Une formidable présence fusionnelle avec les autochtones et une capacité à persister face à tous les bouleversements historiques.
EN SAVOIR PLUS : André Chouraqui cite les chercheurs dont les travaux comptent parmi les meilleurs : Georges Vajda, H.Z. Hirschberg, Doris Bensimon-Donath, David Corcos, Paul Sebbag, Robert Attal, J.D.Abbou, H. Elkaïm, Paul Flamand, Haïm Zafrani, A. Zagouri, Issakhar Ben Ami…
[1] .Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette. »
[2] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette
[3] "Les Berbères" de Jean Servier, éd. PUF coll. Que sais-je ?
[4] "L’histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale." de Ibn Khaldoun.
[5] Id., op. cit t.I, p. 167.
[6] "Marcel Simon, dans sa magistrale étude "Judaïsme berbère en Afrique ancienne", souligne un certain flottement d’Ibn Khaldoun qui s’élève, quelques pages plus loin, "contre l’idée d’une migration" et considère les Berbères comme des autochtones de l’Afrique, en parlant toutefois des démêlés de leurs ancêtres cananéens en Israël." notes de André Chouraqui dans "Histoire des Juifs en Afrique du Nord", éd. Hachette.
[7] Ibn Khaldoun, op. cit., P. 184.
[8] Gsell : "Histoire ancienne de l’Afrique du Nord, t.I, p 341, n3.
[9] Jubilés, IX,I.
[10] Flavius Josèphe : Antiquités Judaïques, 1, 15,
[11] "Selon Sloush (…) d’anciens textes égyptiens attestent que sous la XIX° dynastie des Pharaons, donc avant l’établissement des Juifs en Palestine, des Hyksos vaincus par les Pharaons émigrèrent au Maghreb, Sloush attribue au Juifs de Cyrène la naissance de l’idée de l’origine cananéenne des Berbères." notes de André Chouraqui..
[12] Midrash Lévitique Rabba, XVII. Cf. Talmud de Jérusalem, Sukkah, 5a, 23 a (…). Notes de André Chouraqui, Histoire des Juifs en Afrique du Nord, éd. Hachette
[13] Tossephta Shabbat, VII, VIII, 25. Sloush : Judéo-Héllènes, p.59. Les Amorrhéens sont encore l’une des tribus cananéennes. Les variations, Guirgachéen, Amorrhéens, confirment l’idée générale d’une origine cananéenne des peuples de l’Afrique. Une chronique chrétienne anonyme datant du II° siècle (Migne : P.L. 3,665) étend cette légende aux habitants des Baléares qui seraient également à l’origine issus des Cananéens en fuite devant "ce bandit de Josué, fils de Noun" pour reprendre l’irrévérencieuse expression transmise par Procope. Cf. Talmud de Jérusalem, Shabbat, VI, 36. Voir Paul Monceaux : " Les colonies juives dans l’Afrique romaines", dans R.E.J., t. XLIV,Paris, 1902, et The Jewish Encyclopedia, t.I. p.225." notes de André Chouraqui.
[14] "Yossiphon, I, 2. Ibn Khaldoun se rattache évidemment à la tradition rapportée par Josèphe et voit dans les Berbères les descendants d’Abraham. (…)"
[15] Saint Augustin : Epistolae ad Romanos inchoata expositio, 13 (P.L. 34, 2096) (…).
[16] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p.49,50.
[17] ("Les Berbères", éd. Puf)
[18] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p.62.
[19] "Le Berbère à l’école nationale des Langues Orientales vivantes" Paris, Imprimerie Nationale de France, 1948, p. 250.
[20] "Ces travaux ont paru en 1893 : Baskisch und Berberisch (in Travaux de l’Académie Royale des Sciences de Prusse, t. XXI, p. 591.613), et Die Verwandtschaft des Baskichen mit der Berbersprachen (Brunschweig, 1894)."
[21] "Les Berbères" de Jean Servier, éd. Puf, p.33.
[22] "E. Renan : Histoire générale des langues sémitiques, Paris, 1878, p. 148. Nahum Sloush (Civilisation hébraïque et phénicienne à Carthage, Tunis, 1911, p.16) fidèle à sa manière, affirme que les seules différences entre l’hébreu et le punique relèvent de l’orthographe et de la prononciation". Notes de André Chouraqui.
[23] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p.50.51.
[24] id., op.cit., p.252.
[25] "Les Berbères" de Jean Servier, éd. Puf coll Que sais-je ?, p 57.58.
[26] Jean Servier "Les Berbères".
[27] Jean Servier, Les Berbères, ed. Puf.
[28] Jean Servier, "Les Berbères", éd. Puf, p70
[29] L’équivalent en hébreu se dit rruah
[30] Marcel Simon : Op. Cit., p. 131. Notes de André Chouraqui dans Histoire des Juifs en Afrique du Nord.
[31] Voir "Le Judaïsme berbère en Afrique ancienne, de Marcel Simon. Notes de André Chouraqui.
[32] M. Simon, p. 109. Les Coelicoles se donnent eux-mêmes le nom de Juifs. Code Théodosien, 16.8.19. Sur les liens entre Coelicoles et adorateurs de Regina Coelestis, cf. Marcel Simon, pp. 111-114. Sur les Abeloniens et les Coelicoles, cf. Mesnage, op cit. p. 537, Mièses, op. cit. P. 146.
[33] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p.63.
[34] "Une inscription découverte à l’ouest de Kairouan, à Henchir-Djouana en Tunisie centrale (cf. Monceaux : "Païens judaïsants. Essai d’explication d’une inscription africaine", dans Revue Africaine, 1902, pp. 208.226), permet de connaître cette influence biblique très précise parmi les païens judaïsants qui, au III° siècle encore, peuvent accéder directement, nous l’avons vu, à la Bible hébraïque. Cf. F. Cumont : " Un fragment de sarcophage judéo-païen", dans Revue archéologique, 1916, II, p.9, n°4 ? QUI analyse une inscription authentiquement juive." notes de André Chouraqui dans "Histoire des Juifs en Afrique du Nord.
[35] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette.
[36] Op. cit., vol. II, p.35..
[37] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette.
[38] L.C. Briggs : " Aperçu préliminaire sur l’anthropologie des Juifs du Mzab", dans Bulletin de la Société d’histoire naturelle de l’Afrique du Nord, t. XLVI, 1955, pp. 135-154 ; L.C.Briggs et N.L.Guede : No more for ever, Cambridge, Mass., 1964. Notes de André Chouraqui.
[39] Cf. Talmud de Jérusalem, Kilaïm, 8, 3. Notes de A. Chouraqui.
[40] Zafrani déplore que ces vestiges n’aient pas été recueillis car tous les mellahs berbères ont disparu après le grand exode des années 1950. Cf. Galand-Pernet et Zafrani : Op. cit., vol I, p.1.
[41] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p.67.
[42] El-Waqdi, "considéré par Hirschberg comme un historien sérieux qui mesure ses propos."
[43] "Abraham ben Zamero était rabbin, médecin et homme politique. Les membres de cette famille avaient rempli au XVI° siècle un rôle important, dans leurs communautés, exerçant des fonctions politiques et diplomatiques dans les comptoirs portugais de la côte atlantique du Maghreb." notes de A. Chouraqui.
[44] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p 67.68.
[45] Cf. Hirschberg : Op., cit., tII, pp. 26.27 ; cf. aussi Houdas et Delafosse : Tarikh al-Fettach de Mahmoud Kati, 1913, pp. 62.64 ; 119-123..
[46] Cf. P. de Cenivol : " La légende du Juif Ibn Mechol et la fête du sultan des Tolba à Fez", dans Hespéris, t.V, pp. 137-218 ; Shlomo Hacohen : Chroniques de Debdou dans Vayahel Shlomo (en hébreu), Casablanca, 1929, pp. 2b-3a ; Hirschberg : Op., cit, t.II, p. 28.
[47] M. Eisenbeth : Le Judaïsme nord-africain, Paris, 1931, Pp. 34640. N. Sloush : Travels in North Africa, Philadelphia, 1927, pp. 295-305 ; Hirschberg : Op. Cit., t.II, pp. 29-30.
[48] Sarid ou Palit, premier recueil, Tel-Aviv, 1945, pp. 30-32. notes de A. Chouraqui.
[49] Cf. Héron de Villefosse : Bull. des Antiquités de France, 1895, p.150. Les inscriptions de la synagogue de Naro sont conservées dans les très riches collections du musée du Bardo. Les mosaïques en sont conservées au musée de Toulouse. notes de A. Chouraqui.
[50] "A côté des chandeliers à sept branches, les éléments figuratifs cependant prohibés par le plus formel commandement de la Bible y sont nombreux, comme d’ailleurs dans les synagogues contemporaines découvertes en Israël : on y trouve des lions, des hyènes, des perdrix, des pintades, des canards, des poissons, des fruits, des arbres, des figures humaines, etc.. Notes de A.Chouraqui. A noter que la synagogue de Doura-Europos en Syrie et Beth Alpha en Israël datées du III° siècle, présentent également des motifs figuratifs.
[51] "Trop peu connue du public, aux portes de Tunis, est l’une des sources les plus précieuses pour la connaissance du judaïsme à Carthage. P. Monceaux : "Les colonies juives dans l’Afrique romaine", dans R.E.J, 1902, t. XLIV, p.16. Pour la description détaillée de la nécropole, voir P. Delattre : La Nécropole juive de Carthage, Lyon, 1895. Cf. A.L. Delattre : l’Epigraphie funéraire chrétienne à Carthage, Tunis 1926. Du même : La Nécropole des Rabs, prêtres et prêtresses de Carthage, Paris, 1905. Id., Paris, 1906. Du même : Une visite à la Nécropole des Rabs, Palerme, 1906." notes de A. Chouraqui.
[52] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette.
[53] Op. cit., I, p. 180.209.
[54] Notes de A. Chouraqui dans Histoire des Juifs en Afrique du Nord, éd.Hachette.
[55] Idem.
[56] Editions Hachette, p.19.
Les documents en notre possession permettent de penser que ce fut un judaïsme tribal, parfois sédentaire parfois nomade, ses fidèles furent nombreux parmi les tribus des Aurès, ils guerroyaient comme les autres tribus, et n’ont pas eu besoin de créer une langue judéo-berbère.
Les Juifs Berbères
L’histoire des Juifs Berbères se confond et se croise avec celle des Berbères, pour de multiples raisons que nous allons tenter de vous exposer d’après de nombreux travaux de recherche effectués par des spécialistes éminents. Les bases de cette étude passionnante repose essentiellement sur « Les Berbères » de Jean Servier, éditions PUF Que sais-je ? et sur l’admirable « Histoire des Juifs en Afrique du Nord » de André Chouraqui, éditions Hachette.
Les recherches les plus sérieuses penchent en faveur d’une origine Punique et Proche-Orientale des Berbères, de la Cyrénaïque (Lybie) au Maroc.
La langue proche du Cananéen (langue sémitique-nord), le culte plus proche des mazdéens d’Iran, les poteries et les habitats qui évoquent le Proche Orient. Le culte des saints propre au Maghreb berbère évoque également le rattachement aux lignées de prêtres et des familles sacerdotales. Rien semble-t-il , n’empêchait des populations parentes des Hébreux ou même des Juifs plus tard, de rejoindre et de s’apparenter aux populations autochtones installées dans les Aurès, ni les origines linguistiques, ni les origines culturelles. Tout ce qui touche à l’origine et à l’histoire des Berbères concerne aussi l’origine des populations juives d’Afrique du Nord, que nous sachions que des tribus berbères juives eurent existé en nombre, ne nous donne encore pas toutes les clés de compréhension de l’origine de leur existence, ni surtout de leur conversion hypothétiquement massive. Ce dont nous sommes assurés c’est qu’elles ont existé, résisté farouchement, parfois régné, et persisté sur toute l’Afrique du Nord, de la mer aux confins de l’Afrique, certains nomades, d’autres sédentaires, mais tous berbères.
Aux légendes et aux traditions orales recueillies qui s’attachent en particulier à Josué, coïncident des récits, des évocations qu’ils soient le fait du Talmud évoquant Rabbi Akiba parcourant le Maghreb et appelant à la révolte contre Rome, Hillel , ou Saint Jérôme et Saint Augustin polémiquant à propos du bon entendement de mots hébreux…etc.. André Chouraqui affirme que ce qui atteste de l’ancienneté de l’installation des Juifs en Afrique du Nord, c’est sans doute, « la persistance d’un milieu juif hébréophone, (…) Partis de la Palestine avant que l’araméen n’y supplante l’hébreu, les premiers colons juifs désormais installés en milieu punique conservaient l’usage de leur langue originelle, comprise par leurs nouveaux compatriotes. Subissant l’attirance du semblable (..)" [1] et ajoutons un accueil favorable de la population qui voyaient en eux des cousins proches.
« L’un des premiers documents qui attestent la présence des Juifs en Afrique du Nord se trouve dans la controverse de Josèphe contre Appion : Ptolémée, fils de Laghus (323-285 av. J.C.), aurait déporté cent mille juifs d’Israël en Egypte, d’où ils seraient passés en Cyrénaïque et de là, probablement, dans les autres pays du nord de l’Afrique." [2]
André Chouraqui rapporte que Saint Jérôme affirmait que les communautés juives formaient une chaîne ininterrompue depuis l’Inde jusqu’aux confins de l’Afrique.
Parentés Cananéennes
1) Monuments et épigraphie : A noter, selon Jean Servier [3] , les similarités entre les monuments tumulaires d’Algérie (Djeddars, Tombeau de la « Chrétienne » ou Medghacen) avec le tombeau dit d’Hérode à Jérusalem ou avec les motifs ornementaux préislamiques gravés dans les pierres des villes nabatéennes du Néguev (Abda, Soubeita) et que l’on retrouve en Afrique du Nord.
2) Récits : Ibn Khaldoun, historien né à Tunis en mai 1332 (1er Ramadan 732) et mort le 16 mars 1406 (le 25 du Ramadan 808), constitue la source principale de connaissance de l’origine des Berbères [4] ; après avoir décrit une population diverse, composée de nomades éleveurs de moutons et de bœufs, parfois de chameaux, parmi ces nomades « la haute classe parcourt le pays la lance à la main ; elle s’occupe également à multiplier les troupeaux et à dévaliser les voyageurs. [5]. Après avoir rapporté toutes les légendes qui circulent à leur propos, il tranche ainsi : (…) « Maintenant le fait réel, fait qui nous dispense de toute hypothèse, est ceci : les Berbères sont les enfants de Canaan fils de Cham, fils de Noé…ils reçurent leur judaïsme de leurs puissants voisins, les Israélites de Syrie. [6]. Ainsi que nous l’avons déjà énoncé en traitant des grandes divisions de l’espèce humaine. Leur aïeul se nommait Mazigh, leurs frères étaient les Gergéséens (Agrikech) ; les Philistins, enfants de Casluhim, fils de Misraim, fils de Cham, leur était apparentés. Le roi chez eux, portait le titre de Goliath (Djalout). Il y eut en Syrie, entre les Philistins et les Israélites, des guerres rapportées par l’histoire, et pendant lesquelles les descendants de Canaan et les Gergéséens soutinrent les Philistins contre les enfants d’Israël. Cette dernière circonstance aura probablement induit en erreur celui qui a fait de Goliath un Berbère, alors qu’il faisait partie des Philistins, apparentés aux Berbères . On ne doit admettre aucune autre opinion que la nôtre ; elle est la seule qui soit vraie et de laquelle on ne peut s’écarter." [7] « Cependant, Gsell attribuait l’origine de cette légende à des clercs chrétiens. [8] M. Marcel Simon y voit plus justement une idée qui serait née et se serait développée dans la littérature hébraïque. Selon le Livre des Jubilés, Cham, fils de Noé, aurait partagé l’Afrique du Nord pour l’attribuer à ses enfants. [9] Ainsi, au premier siècle avant l’ère chrétienne, époque à laquelle fut probablement rédigé le Livre des Jubilés, la légende de l’origine cananéenne des Berbères avait déjà une large diffusion. Josèphe, plus catégorique, déclare que les indigènes d’Afrique du Nord sont mieux que des Chamites, des Sémites descendant directement d’Abraham par Médian, fils de Ketura, la seconde femme d’Abraham. [10] Par la suite, la littérature rabbinique se fera à maintes reprises l’écho de cette légende qui resserre si étroitement les liens entre les Berbères et Israël biblique. [11] Un texte talmudique, considéré comme ancien par la Tossephta du II°siècle, parle de la migration en Afrique des Guirgachéens, l’une des sept peuplades cananéennes au temps de Josué. « …Guirgachi s’en alla (de Palestine spontanément à la demande de Josué) et c’est pourquoi il lui fut donné pour pays un beau patrimoine :l’Afrique… » [12] Un autre texte de la Tossephta reprend le même thème : « Il n’y a pas de peuple plus honnête que les Amorrhéens. La tradition rapporte qu’ils eurent foi en Dieu et se retirèrent de plein gré en Afrique (lors de la conquête de Canaan par Josué)." [13]
« Au Moyen Age, la légende encore présente dans la littérature juive s’enrichit ; ce ne seraient pas seulement des Cananéens mais également des descendants d’Esaü qui auraient donné naissance aux populations du nord de l’Afrique. Le Yossiphon, en effet, prétend qu’un descendant d’Esaü s’échappa d’Egypte pour se réfugier à Carthage et y fonder un peuple. [14] Pour revenir à la littérature chrétienne antérieure, un texte de Saint Augustin est particulièrement révélateur : « Demandez à nos paysans ce qu’ils sont ; ils répondent : « Des Chenani. » Dans leur patois corrompu, une lettre est tombée. Il faut entendre des Cananéens." [15] André Chouraqui poursuit ainsi, « Tels sont les divers échos de cette antique tradition. Son importance est considérable pour notre objet puisqu’elle fait des Berbères des frères de race, de langue, et nous le verrons, de religion avec les Juifs. Rapportée à la fois par des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans, elle ne pouvait être purement et simplement rejetée.(…) La vérité de la légende c’est que, dès le VIII° siècle avant notre ère, l’Afrique du Nord subit ses premières influences sémitiques aux débuts de la colonisation phénicienne." [16]
« Notons, écrit Jean Servier [17] que le nom biblique de Goliath, transcrit en arabe par Djalout, paraît proche du berbère agellid - roi - dont l’origine serait, selon moi, la peau : selon les parlers, aigiu ou ailut. Peut-être la peau d’un animal déterminé porté d’une certaine façon était-elle un insigne de fonction. Pausanias dit que l’égide que portait Athéna était un vêtement des femmes libyennes, que son nom venait d’un mot libyque : pourquoi pas Aigios - égide en grec - Aigiu en berbère ? »
3) Deux groupes ethniques selon Ibn Khaldoun : Toujours selon Jean Servier, Ibn Khaldoun propose une division ethnique des Berbères en - Botr de qui descendraient les At Betroun , une confédération de la Grande Kabylie disparue après la répression de la révolte de 1871, - Branès de qui descendraient les Zénètes nomades puis sédentarisés dans les Aurès avec les Beni Snous à la frontière algéro-marocaine, au sud de Tlemcen.
Les deux grands peuples qui habitaient autrefois les Aurès auraient disparu : les Djarawa et les Harawa, dont il ne resterait que des monuments mégalithes près de Batna. On sait que les tribus juives ou judaisées étaient issues des Branès ou Baranès sédentarisées, dont les Djarawa sont une branche essentielle à laquelle appartenait la Kahéna, reine juive berbère qui opposa une résistance farouche aux conquérants arabes. « Les autres tribus juives étaient les Nefouça, Berbères de l’Ifrikya, Les Fendelaoua, les Mediouna, les Behlouda, les Ghratha et les Fazaz, Berbères du Maghreb el-Akça. On sait que c’est chez les Botr nomades que le prosélytisme juif eut le plus grand succès. Il existait des tribus entièrement juives, et des poches ou des clans juifs à l’intérieur d’autres tribus. A travers les patronymes juifs d’Afrique du Nord parfois déformés ou francisés , on retrouve encore aujourd’hui le nom de leur tribu d’origine (Médioni, Bénichou pour Aït Ichou, Darmon pour Djarmen..)
« Analysant les causes de l’expansion du judaïsme, Marcel Simon, en plus des caractères linguistiques et religieux (…), Depuis la guerre contre Rome et les massacres de Cyrénaïque les Juifs se détournent du monde romain et, dispersés dans le continent africain, se rapprochent des Berbères. De cette époque date la première rupture profonde du judaïsme africain avec les éléments hellénistes de la Diaspora. Autre cause relevée par M. Simon : le philosémitisme des Sévères, « dynastie d’origine africaine, et sémitique de culture et d’affinités ». Par eux, les influences juives se font plus réelles dans tout l’Empire. Cette bienveillance renforce ce particularisme né des événements de Cyrène, et accroît ainsi la solidarité judéo-berbère. (…) La colonisation romaine, avec les Sévères, refoule vers le désert les Berbères nomades, et confisque au bénéfice des colons leurs terrains de parcours. (…) Ainsi, deux des principales tribus Botr, dont les terrains de parcours s’étendaient entre les confins de la Tunisie et de la Tripolitaine, avaient été imprégnées d’influences juives. Toujours selon Ibn Khaldoun, on trouve des Juifs parmi les milieux berbères de Tamina (la Chaouïa actuelle) et du Tadla (sur l’Oum er-Rebia). Dans le Touat enfin, à l’extrême nord, au Gourara, entre Tamentit et Sba Guerrara, les historiens arabes nous rapportent l’existence d’un groupement juif, dans un pays où la langue et la race des Zenata berbères se sont conservées intactes jusqu’à nos jours. Ce « royaume » devait survivre au triomphe de l’Islam et se prolonger jusqu’au XVI° siècle. La recrudescence du sentiment religieux musulman après les grandes expulsions d’Espagne devait y mettre fin par un massacre général en 1492. L’existence des Juifs nomades, dont l’importance fut soulignée par Gauthier, expliquerait ainsi la diffusion du judaïsme au-delà des sphères d’influences carthaginoises, jusqu’aux tribus judaïsées du Maghreb el-Akça (Mediouna) que mentionne encore Ibn Khaldoun, et peut-être même jusqu’en Afrique noire ." [18]
La langue berbère
Soyons simples et directs, nous ignorons encore l’origine du Berbère. « Quelques mots dans Corippe, un poète latin du VI° siècle, et seize noms de figures géométriques dans un manuscrit hébreu du IX° siècle provenant sans doute du sud de l’Espagne et qui n’a jamais été publié, et comme le signale André Basset, [19] des phrases de Baidoq du XII° siècle. » Il reste encore à déchiffrer les inscriptions lybiques, dont deux bilingues (à Dougga), Jean Servier mentionne également les inscriptions martelées volontairement par de jeunes berbères en 1953, dans un souci d’effacer toute trace préislamique, hélas cette tendance se retrouve en Libye pour les inscriptions gravées en libyque. Mais aussi ailleurs dans le monde (Afghanistan pour les Buddhas détruits, sur le Mont du Temple à Jérusalem dans sa partie administrée par les musulmans, etc..)
« Depuis longtemps des linguistes ont cherché à les rapprocher (les parlers berbères) des langues qui l’entourent géographiquement : l’égyptien et les langues sémitiques. Il faut mentionner les tentatives de Bertholon selon qui le berbère viendrait du grec. Un grand latiniste, Schuchardt, s’est demandé si le basque n’était pas le résidu de l’ibère. Dans ce cas, basque et berbère viendraient de la même souche. Le basque étant considéré comme le résidu d’un vaste groupe pré-indo-européen s’étendant jusqu’au Caucase, des linguistes allemands [20] ont envisagé une comparaison directe du caucasique et du berbère. " [21]
Chacun en effet peut être surpris de quelques similarités dans les racines basques et berbères comme celle de Aït, que l’on trouve dans les patronymes ou noms de lieux (par exemple : Aït Ichou en berbère, fils de Joseph, qui a donné le patronyme Bénichou.) Et que dire de cette confusion des esprits à propos de la terminologie employée par exemple dans « La chanson de Roland », lorsqu’il s’agit des barbaresques qui attaquent, sont-ils des basques, des berbères, ou des barbares ? tous ne formant peut-être qu’un seul ?
Cependant, le berbère est classé dans la famille des langues chamito-sémitique- nord qui incluent le cananéen, l’araméen, l’hébreu et semble-t-il le libyque. Le sémitique-sud reprend à son compte le syriaque d’où émerge l’arabe.
Mais pour André Chouraqui, nul doute que les Berbères parlèrent encore plusieurs siècles après la chute de Carthage (-813/-146 av. è.c.), le punique. Il rapporte que d’après Gsell, les autochtones du Maghreb, « par leur langue et par leurs mœurs, étaient devenus des Phéniciens ». (…) Chouraqui précise que les documents puniques les plus anciens connus, datent des IV -II° siècles avant è.c, et proviennent de Malte, de Sicile, de Sardaigne, mais il poursuit ainsi : « Saint Augustin, dans ses sermons, recourt volontiers au punique, manifestement familier à ses auditeurs, pour expliquer les termes hébraïques ou araméens de l’Ecriture. M. Simon verse au débat une nouvelle précision. Saint Augustin signale que les Circoncellions ( Les Circoncellions sont les paysans sans terre. A la tête de leur révolte il y avait Saint Donat qui était l'ennemi juré de Saint Augustin représentant les féodaux. Dj. B.) appelaient les gourdins dont ils se servaient pour convertir de force les populations au christianisme du nom d’Israël. Les redoutables sectaires appelaient ainsi les armes de leur propagande d’un nom qui signifie en hébreu « Dieu combat ». De ce détail, M. Simon induit que probablement : « Les Circoncellions et avec eux vraisemblablement de larges masses de la population rurale lisaient et comprenaient la Bible dans sa langue originelle. En cela sans doute réside l’essentiel : l’étroite parenté de l’hébreu et du punique devait, dès les origines, assurer, inévitablement, une profonde interpénétration des Juifs et des Berbères dans le Maghreb. Saint Jérôme, dont l’autorité à elle seule pourrait en la matière emporter la conviction, suivi par Priscien, insiste déjà sur les similitudes des deux langues sœurs. La science moderne confirme l’antique tradition en affirmant l’étroite parenté du punique et de l’hébreu. [22] Ces similitudes, sur lesquelles nul ne saurait trop insister, expliquent l’extraordinaire diffusion d’idées juives en Afrique du Nord préparant la voie au christianisme, puis à l’Islam." [23]
La langue berbère épouse une organisation sociale dans laquelle domine un clan restreint, celui du village, du quartier dans le village, de la famille. Elle ne sera jamais une langue de civilisation, et faute de support écrit favorisant une diffusion homogène, elle se subdivise en une infinité de dialectes (3000 à 5000 selon André Basset [24] ), qui se croisent et s’entremêlent favorisant sa disparition en faveur de l’arabe imposée par une élite citadine. »
Jean Servier note citant André Basset : « Certes, ces parlers, comme bien d’autres langues à l’origine, conviennent à des pasteurs, des arboriculteurs, des cultivateurs. Ils forment une langue concrète (..) d’autant plus fourmillante de mots pour les questions qui les préoccupent qu’ils ont une perception très aiguë des moindres nuances (..), André Basset donnant cet exemple : « un targui emploie deux verbes différents, selon qu’une bête s’accroupit pattes antérieures en avant ou repliées ». Cependant cette appréciation semble réductrice en regard des langues anciennes qui expriment aujourd’hui encore, les concepts du monde moderne (l’hébreu, le grec, le latin, l’arabe..)
La population berbère
Au Maroc, la population est d’origine tamazight - berbère - L’arabe comme langue officielle puis vernaculaire s’est imposée au moment de la conquête par les troupes arabes. Toutefois, deux groupes linguistiques se sont formés, les Irifyen, habitants du Rif dont le territoire s’étend le long de la Méditerranée sur 60 km à l’intérieur des terres et les Imazighen dont les Braber qui habitent les zones montagneuses au centre du Maroc et la partie orientale des chaînes du Haut Atlas, les Shlöh ou Ishelyen qui habitent la partie occidentale du Haut Atlas et la région du Sous, ainsi qu’un territoire limité par Demnat et Mogador, Les Drawa, à l’extrême sud du Maroc, et le dernier groupe regroupant diverses tribus dans les alentours d’Oujda.
Entre les Irifyen et les Imazighen, on ne se comprend pas, il y a une infinité de dialectes à l’intérieur de chaque groupe, due à l’absence d’une langue écrite mais également l’absence de relations sociales entre elles dit Jean Servier.
En Algérie, « une carte de répartition des parlers berbères permet de distinguer environ sept groupes, (…) » qui se sont éteints petit à petit, sur la frontière algéro-marocaine, chez les Beni Snous où en 1954, quelques hommes parlaient encore le Zénète à Beni Zidaz. Disparu aussi celui qui se situait dans la région de Marnia/Tlemcen, alors qu’il était signalé en 1863. A l’est, sur les massifs du Zakkar et de l’Ouarsenis, de la mer à la vallée du Chélif et jusqu’à Miliana, les berbérophones dits Ishenouiyen sont bilingues. Tous les groupes se comprennent. Jean Servier constate l’extinction du Berbère dans les zones isolées ou dans celles dont l’économie dépend des échanges commerciaux avec les villes arabophones, en revanche le maintien du Berbère uniquement en Kabylie en Algérie, « dans les zones de diffusion sur une grande étendue, capables de vivre sur elles mêmes, dont les échanges commerciaux se font avec des villes berbérophones . »
C’est dans la région de la Kabylie Soummam, ou petite Kabylie, au-delà de Bougie, après le Cap Carbon jusqu’au Cap Aokas, sur la côte, une région largement ouverte que le sahara, « qu’autrefois habitaient deux puissantes tribus Zenaga : les Jarawa et les Harawa et les divers groupes jadis convertis au judaïsme comme les Ouläd ‘Aziz ou arabes - venus plus tardivement - comme les Ouläd Ziyan. Ces derniers se sont fixés, venant du sahara où ils nomadisaient. »
En Tunisie, « André Basset a recensé douze villages, six chez les Matmata, (..) caractérisés par leur habitat : des grottes souterraines dans des falaises, un village perché, Tazrit, et cinq villages dans l’île de Djerba. » dans lesquels on parlait le Zénète. Quant au parler de Djerba, disparu de l’île, se retrouverait dans les rues commerçantes de Paris.
« En Libye, les premiers habitants étaient sans doute de souche berbère (..). »
L’opposition berbère aux conquérants
D’une manière générale les citadins en bordure de la côte sont davantage favorables aux conquérants qu’ils furent romains ou arabes, ils apportent stabilité et sécurité, en opposition avec les tribus berbères des massifs montagneux ou en bordure du sahara qui voient leurs activités de pillage et leur indépendance menacées. Lorsque le pouvoir romain s’imposa vers 509 av è.c jusqu’à la conquête vandale en 430, il transforma les propriétés des Puniques et des Berbères en propriété précaire du sol moyennant un tribut des vaincus, le Stipendium. Rome ne se préoccupa pas ni du droit coutumier ni de l’organisation sociale des paysans berbères. Jusqu’en 238, la domination romaine ne fut jamais remise en cause bien que des révoltes éclatèrent vite réprimées, bien qu’un chef berbère Tacfarinas, tint tête aux armées romaines durant sept années (d’après Tacite), c’était en 117 de note ère, sous Tibère). Le sénat romain n’envisagea jamais de centraliser le pouvoir localement et s’appuya sur les igelliden, chefs désignés de village pour une courte durée par le droit coutumier, qui devint un substrat de roi et parfois un chef de guerre. Un problème vint se poser pour la première fois aux Romains, la rencontre de la propriété de colonisation nettement délimitée et individuelle et du terrain de parcours collectif des nomades. La solution devait servir de modèle à toutes les erreurs de l’avenir : l’expropriation des nomades ; Septime Sévère, berbère sédentaire, organisa la lutte ouverte contre le nomadisme. Certains ne se résignèrent pas à la misère sédentaire car, déjà, s’ouvrait le problème des bidonvilles : ceux-là furent rejetés, misérables, aigris et prêts à la révolte, vers le Sahara. » Une insurrection en 253, s’étendit de la Numidie à la Mauritanie césarienne, les terres furent razziées, les villages chrétiens rançonnés, la crise dura dix ans ; les tribus conservèrent alors le « goût de la dissidence ».
C’est un peuple de 80 000 personnes dirigé par Genséric, composé d’Alains, de Vandales et de Goths, dont 15 000 soldats, qui fit irruption en 429, dans l’histoire de l’Afrique du Nord. Il trouva des berbères en révolte, des garnisons romaines en décomposition. On peut s’étonner qu’alors le christianisme ne se fut pas imposé à toute la berbérie, et qu’au moment de la conquête arabe en 642, les troupes trouvèrent des tribus juives d’une certaine importance numérique.
« Les Berbères ont toujours su opposer à leurs conquérants des schismes ou des idéologies issues de la pensée même des vainqueurs. Convertis depuis peu à l’Islam, et après avoir, nous dit Ibn Khaldoun, apostasié douze fois en soixante dix ans, ils n’eurent pas d’autre arme contre l’Islam, que l’Islam lui-même, aussi purent-ils dissimuler la révolte sous le couvert d’un idéal religieux : ce fut le Kharidjisme. » écrit Jean Servier. Au X° siècle, un Imam élu fut placé à la tête du royaume de Tahert qui s’étendait du djebel Nefouça à Tiaret, opposa aux conquérants « un idéal d’ascèse et de dépouillement à une civilisation matérielle trop riche , et considérer l’enrichissement des vainqueurs comme une spoliation, même s’il provient d’une supériorité technique ou d’une organisation sociale plus cohérente. » (…) « Dans l’Aurès au sein des tribus Berghouata. Un de leurs chefs, Salih, revendiquant le titre de Prophète, composa un Coran berbère et édicta une sorte de code religieux. Les historiens arabes ont pieusement passé sous silence ces tentatives sur lesquels nous avons finalement peu de renseignements." [25]
La dynastie Abbasside règne à Bagdad, au Maroc, les Idrissides sont reconnus par toutes les tribus Zénètes de Tanger au Chétif, et de la vallée de la Soummam à Tripoli, règne la dynastie Aghlabide. « En 893, les confédérations de la vallée de la Soummam envoyèrent à La Mecque des délégués pour y étudier l’Islam », ils revinrent accompagnés d’un homme pieux qui se fera leur instructeur, Obaïd-Allah, qui appartenait à une société initiatique chi’ite. « Ainsi, arriva dans les montagnes berbères la croyance de l’Imam caché - la Maître de l’Heure - Le Mahdi, qui devait persister jusqu’à nos jours." [26] Il prit en 910 le titre de Mahdi et de Commandeur des croyants, il fonda sa capitale au sud de Monastir, Mahdiya et la dynastie des Fatimides. La prospérité et la paix régnant, cela déplut, l’austérité étant plus en rapport avec l’idéal berbère développé par un Khardjite intransigeant, qui exhortait à chasser les Fatimides et élire un gouvernement. « Les bandes d’Abou Yazid se montrèrent impitoyables pour les citadins et les propriétaires, essayant de soulever les nomades pour les entraîner à l’assaut des villes. » Fait prisonnier, il mourut en 947.
C’est sous les Zirides issus des Fatimides, qu’un retour à l’orthodoxie apparut, au XI° siècle, et jusqu’en 1602 ils firent face à l’avancée des nomades, ils donnèrent à l’Algérie son cadre citadin et moderne, fondant et développant trois villes : Alger, Miliana et Médéa. Puis de retournement en retournement, venant du Khalife du Caire qui lança les Beni Hillal, terribles tribus nomades sur les villes d’Ifriqiya qu’ils saccagèrent, puis s’insinuèrent parmi les tribus berbères formant des îlots éliminant et supplantant les tribus berbères par les Beni Slyem près de Dellys, les Beni Hosain dans la région de Zekri-Rouma et disparurent les Berbères d’Azeffoun à la Tunisie, le long de la mer. Ce fut le règne des Almoravides, tribu nomade du Sahara, qui étendit son pouvoir jusqu’à l’Espagne, dans un mode de pensée proche du Malékisme absolu. A nouveau, dit Jean Servier, une prospérité matérielle engendra la décadence de l’Islam, et la Berbérie voulut rétablir son ordre premier. Le Mahdi vint de Nedroma, qui finit par écraser les Hillaliens, le pouvoir Almoravide tomba laissant la place aux Almohades.
Les tentatives du Comte normand Roger II de prendre pied en Ifriquya, pour régner sur le commerce maritime échouèrent, il avait mis fin au règne des Zirides. Sur les ruines de l’empire Ziride, une dynastie nouvelle naquit avec les Zenata, avec pour capitale Tlemcen, tout près de la Pomaria romaine. Tlemcen sut résister à tous les sièges.
Les Espagnols occupaient certains ports et en faisaient des places fortes. Alger était un port de corsaires, avec la chute de Grenade en 1492, un afflux de population maure se faisait sentir. En 1513, un corsaire turc, Baba Arroudj, fut appelé à la rescousse, pour les sortir les musulmans des griffes espagnoles. Mais rapidement, les Algérois constatèrent que les turcs n’avaient pas d’état d’âme, la pression fiscale se faisait plus dure encore.
Baba Arroudj se fait proclamé sultan par ses soldats. Les espagnols poursuivent leurs affrontements et s’allient aux Beni Amer de Aïn-Témouchent , « la Source des chacals » et infligent à Arroudj une cinglante défaite, il fut tué en 1518 à Aïn-Témouchent. Barberousse succède à Arroudj, à qui est conféré le titre de pacha et celui de Beylerbey. Seule la Kabylie lui inflige un échec, l’obligeant à abandonner Alger. En 1542, le Turc Hassan Pacha conquiert la région et repousse les Beni Amer vers l’oued Senane, où ils tentent de contenir les tribus provenant du Maroc.
Le pays sombra frappé par la peste, les famines et les pressions turques. « Au cours de l’été 1817, il mourait, à Alger 500 personnes par jour et, au début du XIX° siècle, la population de la ville était inférieure à 30 000 habitants.
La lutte entre la France et l’Angleterre fit envisager à Napoléon de revenir à la politique de Louis XIV. Il commanda au commandant du Génie Boutin des études, sur place, qui aboutirent à un rapport : documentation de base du corps expéditionnaire français envoyé en 1830. (..) [27]
La pensée berbère [28]
Le judaïsme fortement présent dans tout le Maghreb est à remettre dans le contexte sociologique et religieux que connaît toute la région berbère, afin de mieux appréhender les influences berbères sur les coutumes du judaïsme d’Afrique du Nord. Certaines de ces coutumes ou « croyances » subsistent encore, bien qu’elles soient battues en brêche par un judaïsme plus conforme à l’orthodoxie générale qui revient en force. Importées en Israël, le culte des saints reprend vitalité dans certaines couches de la population sépharade, cependant qu’on peut penser qu’il a toujours existé peu ou prou dans la tradition juive ancestrale. La fête de Mimouna qui clôt les huit jours de Pessah, la pâque juive, est un bel exemple de la tradition sépharade, qui trouve son origine très probable au Maroc, qui s’est importée et institutionnalisée en Israël. Qui n’a pas en souvenir des pratiques, des gestes, des postures et des paroles, mais aussi des tombeaux de saints, des pèlerinages, et des recettes de cuisine qui prennent leur racine dans la culture berbère ? la culture juive berbère. Une certaine nostalgie des origines anime cet article. Une certaine volonté de montrer combien les juifs, partout dans le monde, fraternisaient sans se fondre, fusionnaient sans s’effacer. Idéaliser l’histoire, ce n’est pas la rendre fade, mais lui restituer une humanité.
Jean Servier nous dit ceci, à propos des invariants de la pensée berbère avec lesquels les différents groupes qui s’installèrent dans le Maghreb, durent composer : « Dans la pensée méditerranéenne, les morts et les vivants sont tellement mêlés dans la vie quotidienne, associés aux mêmes gestes et aux mêmes rites, qu’il est difficile de dire si les morts sont encore liés à leurs clans terrestres, ou si les vivants participent encore ou déjà au plan des choses de l’Invisible. Les rites de passage marquent les saisons de la vie de l’homme et, comme les rites agraires, sont empreints d’un caractère funéraire venu de la volonté des vivants d’associer les morts au rythme de la vie terrestre. Le deuil, pendant longtemps, n’a pas été une manifestation de tristesse subjective, mais une attitude rituelle prescrite pour que le groupe des vivants rejoigne par la pensée ceux que les paysans appellent les gens de l’Autre vie - At Lakhert Il est impossible d’étudier un seul aspect de la vie des paysans du Maghreb, sans se référer à ce monde des morts toujours présent dans leur pensée, à ces croyances nouées autour des stèles de pierre ou de bois, auxquelles les religions révélées qui se sont implantées çà et là, comme le judaïsme, puis le christianisme avant l’Islam, ont dû, l’une après l’autre se soumettre. Les hommes cramponnés à leurs terres, autour de l’Ancêtre, suzerain invisible, protecteur, n’ont accepté les idées nouvelles que dans la mesure où elles faisaient une place aux mêmes tombeaux. Saint Augustin s’exclamant : « Notre Afrique n’est-elle pas toute semée des corps des saints martyrs » (Epist., LXXVIII, 269), reconnaissait l’existence de ces tombeaux blancs, immuables gardiens des cols, des sommets, des marchés, des villages, qui plus tard devaient devenir, pour la même raison, les saints reconnus de l’Islam maghrébin. Le christianisme a adopté les tombeaux et les hauts lieux comme ailleurs, les pierres, certains arbres et les sources ; le rigide judaïsme puis l’Islam ont accepté les morts comme intermédiaires entre les hommes et l’Invisible, leur ajoutant une couronne de pieuses vertus et de miracles, monotones dans leur répétition. »
Les traditions populaires ont montré leur force tranquille, les tombeaux ont traversé les millénaires, tandis que les différentes civilisations conquérantes sont passées. « Les paysans ont demandé aux morts, à leurs saints protecteurs la fécondité des champs, des étables et des maisons, parce que c’est leur rôle dans l’harmonie de l’univers ; les morts donnent cette fécondité parce qu’ils la doivent aux vivants, leurs alliés par la viande partagée des sacrifices et les repas pris en commun. Ainsi s’équilibrent, dans la pensée méditerranéenne la vie et la mort nécessaires l’une à l’autre. Il n’y a pas de prêtre à cette religion, il ne peut y en avoir. Chaque chef de famille, chaque maîtresse de maison ont seuls le pouvoir d’accomplir - selon leur sexe - les rites particuliers qui affermissent sur la terre, le groupe humain dont ils ont la charge. Les manifestations de ce culte ont pu, pendant longtemps s’accommoder de toutes les religions révélées. » et réciproquement.
« (…) Cette pensée est dualiste (…). Dans les conceptions du nord de l’Afrique, le corps humain à l’image de l’univers est formé de couples. Le mot qui désigne la « personne » avec le sens réfléchi est dans les parlers berbères un masculin pluriel iman. Il est habité par deux âmes : une âme végétative nefs et une âme subtile, ou souffle rruh [29] . A l’âme végétative correspondent les passions et le comportement émotionnel, elle est portée par le sang, son siège est dans le foie. A l’âme subtile ou souffle correspond la volonté, elle circule dans les os, son siège est dans le cœur. De nombreux proverbes illustrent cette conception profondément enracinée dans l’esprit des paysans :
Quand le foie tremble, l’œil pleure Là où le cœur arrive, le pied marche.
Nefs, l’âme végétative est le principe venu de la mère ; erruh l’âme subtile, vient de l’Invisible. Dans l’union sexuelle, l’homme accomplit un acte de possession, analogue à celui du laboureur qui prend possession d’un champ, par le tracé du premier sillon. La terre fournit la matière nécessaire, mais la graine déposée porte en elle la mystérieuse fécondité venue de l’Invisible qui la fait germer, au lieu de pourrir. De là, par exemple, une conséquence importante dans les institutions : la femme ne peut prendre possession de la terre. Elle ne peut labourer ; en conséquence, pendant longtemps, elle n’a pu prétendre à un héritage foncier, ceci à l’encontre des différentes interprétations du droit musulman, aux termes desquelles la femme peut hériter d’une part égale à la moitié, au tiers, ou au quart de la part d’un héritier mâle. (…) Il n’y a à la base, aucun « mépris » pour la femme, simplement la conséquence d’une certaine conception du monde et de la place de l’homme dans le monde. »
« (…). Le rite essentiel du culte des saints est le pèlerinage qui, suivant l’importance de la tombe vénérée, groupe les habitants d’un quartier, les membres d’une tribu ou rassemble une foule de dévots venus par trains spéciaux de tous les coins du Maghreb. L’essentiel du pèlerinage est un sacrifice accompli près du tombeau, suivi d’un repas communiel unissant les vivants entre eux et le groupe des vivants à l’Invisible au nom de l’Intercesseur. Cette alliance peut être rappelée aux moments critiques de l’année agraire ou de la vie humaine. Lorsque le sacrifice a été accompli, le repas terminé, les fidèles emportent avec eux des signes tangibles de la protection du saint : feuilles de l’arbre sacré, poignée de semoule du repas communiel ou de terre prise près du sanctuaire. Des jeux funéraires viennent disperser l’ambiance sacrée : jeux de balle, tir à la cible, jeux équestres. De tous ces jeux se dégage la notion d’agôn, de lutte entre les deux principes sècheresse et humidité - ce qui confère à l’issue de ces jeux une valeur oraculaire : la réponse du Protecteur à ses fidèles. Une particularité s’ajoute à ce contexte musulman : l’autorité morale, spirituelle, des descendants vrais ou supposés - au terme de généalogies impossibles à vérifier - de ces saints personnages sur tout un groupe, parfois très étendu. » donnant naissance à des confréries, ou à des fondateurs de villages, en caste. »
Comment les Juifs s’inscrivent-ils dans l’histoire des Berbères ?
C’est le Judaïsme pour la pensée et le monothéisme selon Jean Servier, et plus tard le Christianisme, fortement présents parmi ces populations des Aurès, qui ont préparé le terrain à l’accueil de l’Islam, qu’il se soit imposé par la force ou par la persuasion, les esprits étaient déjà emprunts de l’Unicité et de l’abstraction de Dieu. L’histoire de la conquête arabe a fait le reste.
1) Comment aborder la judaïsation des Berbères ? a) Une influence juive, première certitude : Selon Marcel Simon les Juifs d’Afrique du Nord qui avaient reflué vers le sud et qui avaient retrouvé une vie patriarcale, exercèrent une influence profonde sur des populations sédentaires qui pratiquèrent un syncrétisme judéo-punique. [30] « Les Abeloniens et les Caelicoles que nous connaissons par ce que nous en disent saint Augustin et le Code théodosien sont des sectes composées de Juifs échappant à l’orthodoxie palestinienne, et de païens judaïsants recrutés principalement parmi les Sémites et, plus spécialement, les Phéniciens. [31] Familiers avec la Bible, ces judéo-puniques pratiquent la circoncision et se situent, selon la remarque de M. Simon, « sur les confins indistincts du judaïsme, du christianisme et paganisme sémitique [32] ». Cependant, les Chrétiens et les Romains sont d’accord pour les considérer comme des Juifs (…) [33] . André Chouraqui observe que la tendance au syncrétisme constitue « un des invariants de l’histoire juive en Afrique du Nord », et Marcel Simon relève que « le judaïsme n’avait, au contraire (du prestige d’un Empire), d’autre moyen que les armes immatérielles de la prédication. » « Ces armes sont l’idée monothéiste, le loi morale, les beautés d’une liturgie tout entière inspirée de la Bible [34] . Et les Berbères, largement sémitisés par des siècles d’influences carthaginoises, auront tendance à délaisser leurs fétiches pour accroître le nombre des fidèles ou des sympathisants de la synagogue. Tertullien, au III° siècle, nous rapporte comment les Berbères observaient le shabbat, les jours de fête et de jeûne, les lois alimentaires juives. Commodien, toujours au III° siècle, combat déjà ces païens hésitants qui n’adhèrent pleinement ni au christianisme ni au judaïsme. Enfin, un témoignage épigraphique confirme encore les traces de l’influence juive sur les populations berbères : dans la nécropole de l’ancienne Hadrumète, on a retrouvé, datant le l’époque romaine, une tablette de plomb qui contenait une invocation au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob pour que se rapprochent deux êtres séparés. Exorcisme, peut-être, confirmant l’invincible goût berbère pour les pratiques magiques, mais révélateur surtout de la place qu’avait prise dans la vie du pays l’influence de la prédication juive . » [35]
b) Les hypothèses à propos de la judaïsation des Berbères : Deux postulats d’historiens s’affrontent, celui de Hirschberg et celui de Marcel Simon.
« Pour Hirschberg, la judaïsation des Berbères de l’Afrique du Nord et des Soudanais de l’Afrique noire (…) repose sur des hypothèses fragiles. [36] (…) et appuie sa thèse sur deux faits principaux : le silence que les historiens arabes gardent à ce sujet jusqu’au XII° siècle et l’absence de tout témoignage écrit dans les sources juives d’Afrique du Nord, d’Espagne ou de Babylonie. Il est difficile d’admettre - toujours selon Hirschberg - que ce phénomène ait eu lieu à l’époque byzantine ou aux premiers siècles de la conquête arabe, à l’apogée de l’islamisation intensive des Berbères, c’est-à-dire à partir des X° et XI° siècles. Théoriquement, cette période de la judaïsation en masse des Berbères, dont parle Ibn Khaldoun, se limiterait à un laps de temps de deux ou de trois cents ans, entre la défaite de la chrétienneté byzantine et l’affermissement de l’Islam, c’est-à-dire du VIII° au X° siècle. A cette époque les docteurs de Babylonie ; il paraît impossible, prétend Hirschberg, que ce phénomène extraordinaire de judaïsation des Berbères n’ait laissé aucune trace chez les auteurs juifs, chez les poètes, ou les auteurs de midraschim postérieurs, pas plus que dans la littérature des Responsa. De même le silence gardé à ce sujet par les historiens arabes durant les premiers siècles de la conquête et de l’islamisation de l’Afrique du Nord serait tout aussi inexplicable. On ne saurait les accuser d’un mutisme voulu puisqu’ils relatent avec beaucoup de détails la judaïsation des tribus du Hmyer au sud de l’Arabie. Un autre argument de Hirschberg est l’absence de toute influence culturelle ou linguistique berbère dans la littérature rabbinique de l’Afrique du Nord. Hirschberg admet cependant les traditions des Berbères et des Soudanais judaïsés : elles convergent de diverses sources, de plusieurs lieux et de différentes époques (…). Aussi essaye-t-il d’expliquer l’existence de ces traditions et de « certains » éléments ethniques berbères parmi les Juifs ». (…) La grande dispersion des communautés juives, …du désert et de l’Afrique noire jusqu’au Niger, le long des voies commerciales, aurait favorisé la transmission de traditions parmi les groupements juifs éloignés. L’intégration ethnique et religieuse des Juifs, dans la population musulmane, de gré ou sous la menace de mort, aurait donné naissance à des légendes sur des prosélytes juifs qui seraient revenus à l’Islam. Il se pourrait, admet pourtant Hirschberg, qu’une influence juive se soit exercée sur des Berbères pendant la période préislamique et durant les premiers siècles de la conquête arabe, avant que la population autochtone et soudanaise n’embrasse la foi musulmane ; cette influence aurait pu aller jusqu’à la judaïsation de certains de leurs groupements. Ces conversions auraient manqué d’ampleur (…) car la mentalité berbère n’est pas favorable aux étrangers . » [37] Sauf à penser que les groupements juifs n’étaient précisément pas exogènes aux Berbères ! Toutefois, Hirschberg attribue aux « séquelles ethniques » une incidence des mariages mixtes davantage qu’à un prosélytisme organisé. Mentionnons également les résultats d’une exploration anthropologique rapportée par André Chouraqui, et « entreprise par Briggs, pendant les années 1954 à 1961, parmi les Juifs de Ghardaïa, au Mzab, dans le sud algérien, selon laquelle les Juifs du Mzab algérien semblent appartenir, du point de vue de la race, à la grande famille méditerranéenne, dans sa forme archaïque, qui conserve les traits sémiologiques des Berbères des régions septentrionales du Maroc et de l’Algérie, fort différents des populations du Sahara ou des autres groupements juifs [38] . »
Hirschberg fort d’un judaïsme traditionnellement peu enclin à convertir, demeure persuadé que la judaïsation massive des Berbères fut improbable. Quant à André Chouraqui dont l’expérience de l’Afrique du Nord n’est pas à démontrer, dit combien les Juifs d’Afrique du Nord offraient un panel très contrasté par « leurs noms et leurs prénoms, leurs dialectes, leurs accents, leurs coutumes, leurs habillements, leurs traditions familiales », j’ajouterais par leurs recettes de cuisine et leurs rivalités. Cela malgré la pratique d’une religion commune. Chouraqui met l’accent avec justesse sur la valeur des traditions orales et coutumières dans ces contrées où l’écrit se fait rare. Notamment, il évoque le récit selon lequel « un groupe d’au moins sept rabbis seraient venus de la Terre Sainte à une époque très ancienne pour judaïser la population berbère. I. Ben Ami situe cette époque aux premiers siècles de l’ère chrétienne, alors que le prosélytisme juif était en pleine expansion en Afrique du Nord, ce qui avait suscité les réactions des Pères de l’Eglise. Citons parmi ces saints vénérés par les Juifs et par les Musulmans, Moulay Inrid à Aït -Tamazer, Moulay Tamaran à Aït-Bouzo, Moul el-Bit à Aït-Chouaïb et rabbi Ihya el-Hlou à Ksar el-Souk »
Si ce récit est avéré, cela suppose une forte demande provoquée par un nombre important de candidats à la conversion, et un besoin de renfort compétent. C’est après le 1er siècle de notre ère, que les candidats doivent répondre à des « épreuves » difficiles, pour pouvoir rejoindre la communauté juive.
Chouraqui évoque également l’attrait particulier qu’exerce sur les païens la science des rabbis, notamment dans l’Empire romain dans lequel les aristocrates ont recours à l’utilisation de talismans , et aux incantations, ils ont aussi recours aux rabbis pour l’utilisation de « noms sacrés » hébreux, comme dans les talismans grecs parmi les chrétiens, les Coptes ou les païens. Une pratique contre laquelle saint Augustin s’élève. « Rabbi Hochaya, un docteur cité dans le Talmud de Jérusalem, contemporain des Sévères, demande si les prosélytes libyens doivent être soumis à un délai de trois générations avant d’être intégrés au sein d’Israël, comme l’exige la loi mosaïque pour le prosélyte égyptien ou iduméen (Deut. XXIII-9). [39] »
Ces récits de sources juives, romaines et chrétiennes, plaident en faveur d’un prosélytisme juif qui concerna particulièrement les sédentaires puniques et libyens, d’après Chouraqui, qui rapporte encore « une consultation de la communauté de Sgelmesse concerne la consommation de sauterelles mortes. D’autres questions relèvent du droit des conjoints, du mode de vie nomade, qui n’est pas toujours compatible avec les prescriptions religieuses de la vie sédentaire.
Le deuxième point de vue plaide en faveur d’un processus de conversion continu, massif mais néanmoins en harmonie culturelle, conséquence naturelle « d’une cohabitation séculaire avec les Hébreux. »Le retentissement limité s’expliquerait par la dispersion des groupements nomades, alors qu’il existe déjà peu de traces écrites des groupements sédentaires. Les questions parvenues aux centres de Babylonie révèlent des pratiques étrangères au judaïsme, et un savoir rudimentaire. Le niveau des questions ne nécessitant pas qu’elles paraissent en jurisprudence, ou bien a-t-il suscité le dédain de « l’aristocratie sacerdotale » de l’époque, pour qu’il soit futile de les mentionner ? ou bien encore, par égard pour les prosélytes et afin de ne pas les diminuer dans leur approche du judaïsme, n’est-il pas fait mention de leur existence.
Enfin, « La force des croyances ancestrales et des usages est telle qu’elle résiste aux mutations religieuses du groupe. L’absence des documents sur l’expansion de l’hébraïsme en milieu berbère s’explique amplement par le fait que nous sommes en milieu de tradition orale. La culture berbère, imprégnée elle-même d’influences sémitiques, depuis la domination carthaginoise, était pauvre (contes, légendes, proverbes, poèmes) ; mais les Juifs berbérophones des pays « Schleuh » et « amazig » avaient en plus de leurs dialectes vivants et de leur folklore une littérature orale et religieuse dont il ne s’est malheureusement conservé que des vestiges. [40] » Chouraqui rapporte que les recherches de Zafrani sur l’enseignement traditionnel juif au Maroc, lui font observer que « parmi les groupes berbérphones l’hébreu reste pour tous la langue principale de la liturgie et de l’enseignement traditionnel. Le berbère est utilisé comme langue d’explication et de traduction des textes sacrés, au même titre que les autres communautés ont recours au judéo-arabe, au judéo-espagnol ou au yiddish. Certaines prières dont les bénédictions de la Torah étaient récitées uniquement en berbère. Hirschberg semble ignorer l’existence de cette littérature juive berbère comprenant des commentaires et des traductions des textes sacrés qui se transmettaient oralement. Zafrani a étudié récemment une version berbère de la Haggadah de Pessah.
Remarquons enfin que le terme de langue judéo-berbère n’existe pas au contraire du judéo-arabe ou du judéo-espagnol, parlés par les Juifs d’Afrique du Nord. Cela ne prouverait-il pas que les Berbères judaïsés ont continué de parler leur dialectes sans éprouver le besoin d’y ajouter un vocabulaire hébreu ?" [41]
Mentionnons pour finir, El-Idrissi, auteur arabe du XII° siècle, originaire de Ceuta, qui signale la présence, au Soudan, de groupements juifs où règnent l’ignorance et l’incroyance et qui se tatouent le visage contrairement aux commandements de la Torah. D’un autre au Soudan occidental, où règne la confusion et l’instabilité de leurs croyances. Quant à Ibn Abi-Zrâ’, chroniqueur des dynasties maghrébines des origines au premier quart du XIV° siècle, rapporte qu’à l’époque d’Idriss, fondateur de Fès, à la fin du VIII° siècle, deux tribus berbères, des Zenata, comprenaient parmi elles des Musulmans, des Chrétiens, des Juifs et des païens. Il signale également la présence aux X° et XI° siècles au Soudan occidental, de tribus noires, de foi juive, qui guerroyaient avec leurs voisins, des Berbères islamisés. L’histoire, encore controversée, de la Kahéna, cette reine que les conquérants arabes eurent tant de mal à vaincre, a été rapportée par l’historien arabe El-Waqdi [42] (mort en 822), par Abd el-Hekam (803-871) et enfin par Ibn Khaldoun (mort en 1406)…
Valentin Fernandès, au début du XVI° siècle, signale également au Soudan occidental une présence de Juifs noirs qui ne savaient rien de la vie des synagogues et n’avaient aucun rapport avec les autres Juifs. Il note encore qu’à Walata vivaient des Juifs riches, persécutés par les musulmans, Léon l’Africain nous rapporte qu’il y avait des Africains juifs qui avaient adhéré au christianisme avant d’embrasser la foi mahométane ? David Ha-Réoubéni nous raconte que pendant son séjour au Portugal, pendant les années 1526-1527, il avait reçu une lettre du roi du Maghreb - probablement le chérif Mohamed el-Cheikh - le priant de le renseigner sur le destin des prisonniers arabes, capturés par des tribus juives de l’Atlas. Il est intéressant de signaler que dans les annales des rois portugais on a trouvé une lettre datant de la même année 1527 envoyée par Yehouda ben Zamero, neveu d’Abraham ben Zamero [43] , à sa famille d’Azemmour ou de Mazagan. Cette lettre relate qu’aux dires d’une caravane, « deux cavaliers, émissaires du chérif, au Sahara, avaient perdu leur route au désert et trouvé refuge dans un grand campement de Juifs nomades. Ceux-ci étaient des riches guerriers, si fiers de leur indépendance qu’ils n’entretenaient aucun rapport avec le monde musulman. Leur roi habitait une tente de soie, sur le mât de laquelle flottait un étendard rouge. Les gens de la tribu s’attendrirent et pleurèrent quand les deux cavaliers leur racontèrent la situation misérable des Juifs, vivant sous le joug musulman…Ces Juifs ne permirent à leurs hôtes de poursuivre leur chemin que le lendemains, après leur avoir démontré leur héroïsme en attaquant une ville. Ils munirent ensuite les deux cavaliers de provisions et d’une lettre destinée au chérif. Ce dernier la fit lire par une certain juif, Ben Cabessa… » On ne peut guère nier un lien entre ces deux lettres, de sources différentes et de la même date, Hirschberg le reconnaît bien. » [44]
On peut encore citer les récits sur les Juifs de Tombouctou gouvernés par sept princes, avant 1497, vivant d’agriculture, qui prétendaient être de la descendance du roi David. Chaque prince était à la tête de douze mille cavaliers. [45] Il y a encore le récit du roi Ben Meshal des environs de Taza assassiné par El-Rashid (1666-1672) fondateur de la dynastie alaouïte, qui avait réussi à imposer son pouvoir aux musulmans qui lui payaient des impôts. La fête des Tolbos célébrée encore à Fès, (‘Id el-Tolab), témoigne de cet épisode. [46] Et le témoignage du XIX° siècle encore, « des Juifs de Sétif affirmant l’existence de Juifs guerriers, parmi les tribus de la Kabylie, et que les Arabes nomment Beni Moshe (fils de Moïse). Binyamin II rapporte que plusieurs de ces Juifs combattant les français, aux côtés des Arabes, sont tombés à la bataille de Laghouat. Le rabbin G . Netter, qui visita ces lieux à cette époque, signala la présence de ces Juifs dans le département de Constantine et attira l’attention des Juifs de France sur le danger d’apostasie qu’ils encouraients. Ils sont nommés Bouhoussim (vivant en dehors) par leurs frères sédentaires, et Yahoud el-Arab (Juifs des Arabes) par les musulmans. Au début de ce siècle, nous voyons leurs descendants dispersés en Kabylie, mais la majorité préfère déjà les grandes villes. Sloush en a rencontré dans plusieurs villes de Tunisie et d’Algérie [47] . »
André Chouraqui rapporte le témoignage écrit de Shlomo Abitbol, un rabbin de Sefrou, qui adressa en 1792 une lettre au rabbin Mordekhaï Abitbol de Dadès, celui-ci s’émeut et s’enthousiasme d’apprendre que « des Juifs guerriers combattent vaillamment par l’épée et la lance.. » .. « Quant à nous, nous vivions parmi eux, pauvres et humiliés…tremblant sans cesse…Quelle joie…d’apprendre la bonne nouvelle…J’ai également lu dans l’introduction du Perah Lebanon que les descendants de la famille Peres avaient traversé la mer…acheté un emplacement nommé Dadès…et bâti une ville..Ils ne se marient pas avec d’autres familles…et détiennent un livre généalogique (qui remonte à Peres, fils de Yehouda, fils de Yaacoub. [48] » Pour Chouraqui, « il s’agit de juifs expulsés d’Espagne, qui sont arrivés au Maroc entre 1391 et 1492, et qui ont acheté, à prix d’or, le territoire de Dadès où ils battirent une ville. Les guerriers juifs concerneraient sans doute, des prosélytes berbères ou des Berbères judaïsés par ceux qui se seraient joints aux nouveaux arrivants. »
2) Vestiges et vie juiveLes vestiges témoignent d’un Judaïsme d’une grande vitalité, et cela malgré la Guerre des Juifs contre Rome aux 1er et II° siècles menée jusqu’à épuisement des forces, de la Palestine jusqu’en Afrique du Nord, puis la Pax Romana revenue, les Romains imposeront une organisation du Judaïsme « qui préfigure celle de l’Eglise, avec son chef suprême, le patriarche ou Nassi, chef spirituel et temporel, résidant en Terre sainte, sa hiérarchie composée de primats à la tête de chacune des provinces et de délégués locaux, présents au sein de chaque communauté. » « (…) La synagogue de Naro, découverte en 1883 sur la plage d’Hammam-Lif [49] avec la richesse de ses décorations [50] , la nécropole juive de Gamart près de Carthage [51] donnent, parmi d’autres sources, les plus précieuses indications sur l’organisation locale du judaïsme africain. Chaque communauté avait à sa tête une assemblée culturelle à laquelle participaient également les Juifs de naissance, les prosélytes et les judaïsants, une assemblée administrative dont les membres, parfois a nombre de neuf, étaient désignés par la communauté. Des inscriptions retrouvées permettent de constater la présence de quelques femmes au sein de ce Conseil. Le Conseil des anciens assure la vie administrative de la communauté. Il gère les finances, veille sur l’organisation religieuse de la cité, représente les intérêts de la communauté en justice et devant les autorités. Il distribue les secours, prend les décisions relatives à la construction des synagogues, des écoles, des bibliothèques. Le Conseil présidé par le gérousiarque, nomme les administrateurs ou achontes. Le secrétaire (grammateus) veille à l’établissement des procès verbaux des réunions et à la conservation des archives. Le rabbin, ou archisynagogue, jouissant d’une large indépendance à l’égard du Conseil, assure le culte divin, la prédication et l’enseignement de la Loi. A ses côtés, nous trouvons ses assistants classiques : les lecteurs, les traducteurs, les chamashim ou sacristains ." [52]
3) Sous l’Empire de Rome
« Selon J.Juster [53] , l’Empire romain, sur un total de 80 millions d’habitants, pouvait comprendre 6 à 7 millions de Juifs, soit une proportion de 7 pour 100. Ce chiffre ne comprend évidemment pas les prosélytes dont le nombre serait par ailleurs impossible à déterminer, encore moins les « sympathisants », ceux qui iront dans les synagogues cueillir quelques idées ou quelques pratiques nouvelles qui s’intégreront tant bien que mal à leurs croyances païennes ." [54]
Toutes les Communautés juives de l’Empire de Rome jouissaient d’un même statut juridique, « (…) les Africains du Nord, Juifs y compris, purent accéder aux plus hautes charges. Pour ces derniers, une législation libérale devait les dispenser de toutes les obligations civiques du culte païen, incompatibles avec leur foi religieuse. Rome établissait là une distinction très nette entre le temporel et le spirituel, admettant qu’un citoyen romain appartienne civiquement sans aucune restriction, à l’Etat romain, et spirituellement à la « nation juive ». A ce titre, les Juifs furent dispensés du devoir (…) d’honorer les dieux protecteurs de la Cité. En ce qui concerne le culte rendu à l’empereur, ils devaient employer les formules usitées par les Romains mais ne pouvaient omettre les qualités et les attributs divins qui lui étaient reconnus ; le jour de la fête impériale et des fêtes nationales, ils devaient, au lieur de se rendre au temple païen, se réunir dans leur synagogue pour implorer la faveur du Dieu sur César. (…) L’observance du shabbat était quasi officielle, puisqu’on ne pouvait obliger le Juif à comparaître en Justice, ni à accomplir aucune corvée, ..ils étaient régis par la même loi pénale…et pouvaient conclure des contrats commerciaux… » [55] C’est avec Antonin le Pieux (138-165) que la Pax Romana rétablit la liberté de culte et la pratique religieuse (Sous Trajan et Hadrien, même la circoncision fut interdite). Ce sont les disciples de Rabbi Akiba qui reconstituent un premier centre spirituel à Uscha, en Galilée, et restaurent le Sanhédrin. Rome en signe d’apaisement, reconnaît l’autorité de l’ethnarque, chef spirituel, qui préside le Sanhédrin, et dont le pouvoir s’étend sur tous les Juifs de l’Empire et dont le siège se situait en Palestine, à Beth-Shearim, au nord-ouest du mont Thabor.
Réflexions et Conclusion
On ne peut pas comprendre comment de nombreuses tribus Berbères furent juives, regroupant des milliers d’individus, pratiquant des dialectes un peu différents, répartis sur le territoire de la Libye au Maroc, et tenant compte des innombrables difficultés inhérentes à la conversion au Judaïsme, sans imaginer un contexte favorable, ou une expérience pré- existante du Judaïsme soit datant de l’époque Cananéenne, au moment où les Philistins quittent Canaan, soit datant de l’époque du 1er Temple à la faveur des comptoirs Phéniciens qui viennent fonder Carthage aux environ de 814-813 av èc, soit de l’époque du second Temple, soit dans le cadre des politiques de peuplement de l’Ifriqia, par l’Empire de Rome (distribution de terres) dans lequel vit une nombreuse population juive ou judéenne dont de nombreux mercenaires, ainsi que cette période préislamique qui va du VIII° au X° siècle favorable au développement d’une influence juive chez les Berbères. Autant d’ époques et de faits historiques qui rendent plausible l’installation de groupes de peuplement juifs en Afrique du Nord, en concomitance avec une judaïsation des populations déjà sensibilisées directement ou indirectement. On peut constater à la lecture des documents que les Berbères ne manifestèrent jamais d’hostilité envers les Juifs, au titre d’ennemis conquérants, et si les Juifs purent se joindre à eux, à différentes époques, s’ils se laissèrent judaïser pour certains, c’est que le Judaïsme ne leur était pas étranger, et les Juifs ne constituaient pas une force menaçante, mais une force morale qu’ils respectaient.
Au moment de la conquête arabe (640), les tribus juives de l’Arabie à la Libye furent soit anéanties soit converties (Médine, Quaibar), quelques groupes épars purent-ils rejoindre ceux des Aurès pour résister ou tout au moins s’y réfugier ? c’est probable. N’oublions pas que les zones montagneuses concernées sont largement ouvertes sur le Sahara, vers le sud, à l’abri des conquérants venant de la mer ou des zones côtières. N’oublions pas que les informations se véhiculent avec les caravanes traversant de grands espaces, et que les Juifs forment une partie essentielle des caravaniers ; ils ne s’ignorent pas d’une contrée à l’autre, ils ont noué des liens, ils se déplacent toujours d’un point à l’autre sachant où trouver et chez qui trouver le gîte et le couvert en conformité avec les lois juives. Ce n’est pas l’effet du hasard si l’on trouve le long des routes caravanières des traces juives (pièces de monnaie, de poteries, parchemins) et de foyers installés, de l’Afrique noire à l’Asie (Chine).
André Chouraqui dans son « Histoire des Juifs en Afrique du Nord" [56], décrit longuement le vêtement porté par ses ancêtres dans lequel se conjuguent toutes les influences espagnoles, turques, algériennes : « (..) ample saroual aux mille plis savamment ordonnés, ceinture d’hidalgo, faite pour renforcer la taille et fortifier l’assise du corps, gilet moulant avantageusement le buste, brodé et fermé par des dizaines de boutons délicatement ornés, boléro visiblement hérité des traditions hispaniques, artistement coupé dans de fortes et nobles étoffes, aux couleurs nuancées, et par surcroît brodées. Surmontant le tout, une coiffure, en forme de chéchia, rouge, fortement serrée dans un turban couleur or, (…) »
Toute l’histoire des Juifs en Afrique du Nord est dans leur vêtement toute résumée : Une formidable présence fusionnelle avec les autochtones et une capacité à persister face à tous les bouleversements historiques.
EN SAVOIR PLUS : André Chouraqui cite les chercheurs dont les travaux comptent parmi les meilleurs : Georges Vajda, H.Z. Hirschberg, Doris Bensimon-Donath, David Corcos, Paul Sebbag, Robert Attal, J.D.Abbou, H. Elkaïm, Paul Flamand, Haïm Zafrani, A. Zagouri, Issakhar Ben Ami…
[1] .Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette. »
[2] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette
[3] "Les Berbères" de Jean Servier, éd. PUF coll. Que sais-je ?
[4] "L’histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale." de Ibn Khaldoun.
[5] Id., op. cit t.I, p. 167.
[6] "Marcel Simon, dans sa magistrale étude "Judaïsme berbère en Afrique ancienne", souligne un certain flottement d’Ibn Khaldoun qui s’élève, quelques pages plus loin, "contre l’idée d’une migration" et considère les Berbères comme des autochtones de l’Afrique, en parlant toutefois des démêlés de leurs ancêtres cananéens en Israël." notes de André Chouraqui dans "Histoire des Juifs en Afrique du Nord", éd. Hachette.
[7] Ibn Khaldoun, op. cit., P. 184.
[8] Gsell : "Histoire ancienne de l’Afrique du Nord, t.I, p 341, n3.
[9] Jubilés, IX,I.
[10] Flavius Josèphe : Antiquités Judaïques, 1, 15,
[11] "Selon Sloush (…) d’anciens textes égyptiens attestent que sous la XIX° dynastie des Pharaons, donc avant l’établissement des Juifs en Palestine, des Hyksos vaincus par les Pharaons émigrèrent au Maghreb, Sloush attribue au Juifs de Cyrène la naissance de l’idée de l’origine cananéenne des Berbères." notes de André Chouraqui..
[12] Midrash Lévitique Rabba, XVII. Cf. Talmud de Jérusalem, Sukkah, 5a, 23 a (…). Notes de André Chouraqui, Histoire des Juifs en Afrique du Nord, éd. Hachette
[13] Tossephta Shabbat, VII, VIII, 25. Sloush : Judéo-Héllènes, p.59. Les Amorrhéens sont encore l’une des tribus cananéennes. Les variations, Guirgachéen, Amorrhéens, confirment l’idée générale d’une origine cananéenne des peuples de l’Afrique. Une chronique chrétienne anonyme datant du II° siècle (Migne : P.L. 3,665) étend cette légende aux habitants des Baléares qui seraient également à l’origine issus des Cananéens en fuite devant "ce bandit de Josué, fils de Noun" pour reprendre l’irrévérencieuse expression transmise par Procope. Cf. Talmud de Jérusalem, Shabbat, VI, 36. Voir Paul Monceaux : " Les colonies juives dans l’Afrique romaines", dans R.E.J., t. XLIV,Paris, 1902, et The Jewish Encyclopedia, t.I. p.225." notes de André Chouraqui.
[14] "Yossiphon, I, 2. Ibn Khaldoun se rattache évidemment à la tradition rapportée par Josèphe et voit dans les Berbères les descendants d’Abraham. (…)"
[15] Saint Augustin : Epistolae ad Romanos inchoata expositio, 13 (P.L. 34, 2096) (…).
[16] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p.49,50.
[17] ("Les Berbères", éd. Puf)
[18] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p.62.
[19] "Le Berbère à l’école nationale des Langues Orientales vivantes" Paris, Imprimerie Nationale de France, 1948, p. 250.
[20] "Ces travaux ont paru en 1893 : Baskisch und Berberisch (in Travaux de l’Académie Royale des Sciences de Prusse, t. XXI, p. 591.613), et Die Verwandtschaft des Baskichen mit der Berbersprachen (Brunschweig, 1894)."
[21] "Les Berbères" de Jean Servier, éd. Puf, p.33.
[22] "E. Renan : Histoire générale des langues sémitiques, Paris, 1878, p. 148. Nahum Sloush (Civilisation hébraïque et phénicienne à Carthage, Tunis, 1911, p.16) fidèle à sa manière, affirme que les seules différences entre l’hébreu et le punique relèvent de l’orthographe et de la prononciation". Notes de André Chouraqui.
[23] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p.50.51.
[24] id., op.cit., p.252.
[25] "Les Berbères" de Jean Servier, éd. Puf coll Que sais-je ?, p 57.58.
[26] Jean Servier "Les Berbères".
[27] Jean Servier, Les Berbères, ed. Puf.
[28] Jean Servier, "Les Berbères", éd. Puf, p70
[29] L’équivalent en hébreu se dit rruah
[30] Marcel Simon : Op. Cit., p. 131. Notes de André Chouraqui dans Histoire des Juifs en Afrique du Nord.
[31] Voir "Le Judaïsme berbère en Afrique ancienne, de Marcel Simon. Notes de André Chouraqui.
[32] M. Simon, p. 109. Les Coelicoles se donnent eux-mêmes le nom de Juifs. Code Théodosien, 16.8.19. Sur les liens entre Coelicoles et adorateurs de Regina Coelestis, cf. Marcel Simon, pp. 111-114. Sur les Abeloniens et les Coelicoles, cf. Mesnage, op cit. p. 537, Mièses, op. cit. P. 146.
[33] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p.63.
[34] "Une inscription découverte à l’ouest de Kairouan, à Henchir-Djouana en Tunisie centrale (cf. Monceaux : "Païens judaïsants. Essai d’explication d’une inscription africaine", dans Revue Africaine, 1902, pp. 208.226), permet de connaître cette influence biblique très précise parmi les païens judaïsants qui, au III° siècle encore, peuvent accéder directement, nous l’avons vu, à la Bible hébraïque. Cf. F. Cumont : " Un fragment de sarcophage judéo-païen", dans Revue archéologique, 1916, II, p.9, n°4 ? QUI analyse une inscription authentiquement juive." notes de André Chouraqui dans "Histoire des Juifs en Afrique du Nord.
[35] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette.
[36] Op. cit., vol. II, p.35..
[37] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette.
[38] L.C. Briggs : " Aperçu préliminaire sur l’anthropologie des Juifs du Mzab", dans Bulletin de la Société d’histoire naturelle de l’Afrique du Nord, t. XLVI, 1955, pp. 135-154 ; L.C.Briggs et N.L.Guede : No more for ever, Cambridge, Mass., 1964. Notes de André Chouraqui.
[39] Cf. Talmud de Jérusalem, Kilaïm, 8, 3. Notes de A. Chouraqui.
[40] Zafrani déplore que ces vestiges n’aient pas été recueillis car tous les mellahs berbères ont disparu après le grand exode des années 1950. Cf. Galand-Pernet et Zafrani : Op. cit., vol I, p.1.
[41] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p.67.
[42] El-Waqdi, "considéré par Hirschberg comme un historien sérieux qui mesure ses propos."
[43] "Abraham ben Zamero était rabbin, médecin et homme politique. Les membres de cette famille avaient rempli au XVI° siècle un rôle important, dans leurs communautés, exerçant des fonctions politiques et diplomatiques dans les comptoirs portugais de la côte atlantique du Maghreb." notes de A. Chouraqui.
[44] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette, p 67.68.
[45] Cf. Hirschberg : Op., cit., tII, pp. 26.27 ; cf. aussi Houdas et Delafosse : Tarikh al-Fettach de Mahmoud Kati, 1913, pp. 62.64 ; 119-123..
[46] Cf. P. de Cenivol : " La légende du Juif Ibn Mechol et la fête du sultan des Tolba à Fez", dans Hespéris, t.V, pp. 137-218 ; Shlomo Hacohen : Chroniques de Debdou dans Vayahel Shlomo (en hébreu), Casablanca, 1929, pp. 2b-3a ; Hirschberg : Op., cit, t.II, p. 28.
[47] M. Eisenbeth : Le Judaïsme nord-africain, Paris, 1931, Pp. 34640. N. Sloush : Travels in North Africa, Philadelphia, 1927, pp. 295-305 ; Hirschberg : Op. Cit., t.II, pp. 29-30.
[48] Sarid ou Palit, premier recueil, Tel-Aviv, 1945, pp. 30-32. notes de A. Chouraqui.
[49] Cf. Héron de Villefosse : Bull. des Antiquités de France, 1895, p.150. Les inscriptions de la synagogue de Naro sont conservées dans les très riches collections du musée du Bardo. Les mosaïques en sont conservées au musée de Toulouse. notes de A. Chouraqui.
[50] "A côté des chandeliers à sept branches, les éléments figuratifs cependant prohibés par le plus formel commandement de la Bible y sont nombreux, comme d’ailleurs dans les synagogues contemporaines découvertes en Israël : on y trouve des lions, des hyènes, des perdrix, des pintades, des canards, des poissons, des fruits, des arbres, des figures humaines, etc.. Notes de A.Chouraqui. A noter que la synagogue de Doura-Europos en Syrie et Beth Alpha en Israël datées du III° siècle, présentent également des motifs figuratifs.
[51] "Trop peu connue du public, aux portes de Tunis, est l’une des sources les plus précieuses pour la connaissance du judaïsme à Carthage. P. Monceaux : "Les colonies juives dans l’Afrique romaine", dans R.E.J, 1902, t. XLIV, p.16. Pour la description détaillée de la nécropole, voir P. Delattre : La Nécropole juive de Carthage, Lyon, 1895. Cf. A.L. Delattre : l’Epigraphie funéraire chrétienne à Carthage, Tunis 1926. Du même : La Nécropole des Rabs, prêtres et prêtresses de Carthage, Paris, 1905. Id., Paris, 1906. Du même : Une visite à la Nécropole des Rabs, Palerme, 1906." notes de A. Chouraqui.
[52] Histoire des Juifs en Afrique du Nord, de André Chouraqui, éd. Hachette.
[53] Op. cit., I, p. 180.209.
[54] Notes de A. Chouraqui dans Histoire des Juifs en Afrique du Nord, éd.Hachette.
[55] Idem.
[56] Editions Hachette, p.19.
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