MaliActu - Un nouvel « Etat islamique au Nord-Mali » sur le modèle mauritanien ? - MaliActu
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10 juin 2012
Le Temps d'Algérie - Le Mouvement Azawad tient à ne pas déranger l'Algérie
Le Temps d'Algérie - Le Mouvement Azawad tient à ne pas déranger l'Algérie
| Il s'oppose à toute intervention étrangère au nord du Mali Le Mouvement Azawad tient à ne pas déranger l'Algérie Le Mouvement national de libération Azawad (MNLA) a déclaré, dans un communiqué, qu'il ne souhaiterait pas être une source de problèmes aux pays voisins du Mali, notamment l'Algérie. Selon le communiqué, dont le Temps d'Algérie détient une copie, le mouvement Azawad refuse toute intervention étrangère dans le conflit concernant les Azawad. Le communiqué dénonce le fait que certaines parties, notamment les médias qui parlent de relations entre leur organisation et Al Qaïda avant de réaffirmer son objectif d'indépendance afin de mettre fin au conflit avec le Mali. Il est noté dans le communiqué que l'accord de principe entre le mouvement Azawad et le groupe de Ansar Eddine est toujours à l'étude entre les deux parties et qu'une commission a été créée pour suivre et réviser les points de l'accord n'ayant pas encore abouti. Au sujet de la relation d’ Al Qaïda avec les Touaregs, «le MNLA réagit fermement et dénonce les déclarations et articles de la presse qui veulent comparer les enfants du peuple Azawad et les membres d'Al Qaïda». Le problème d'application de la Charia est toujours mis en évidence entre les Touaregs et les Azawad, ce qui pourrait nuire au projet d'union avec les Ansar Eddine. Les deux parties avaient signé, le 26 mai dernier, un accord pour la création d'une union dénommée le conseil transitoire de la République Azawad islamique, ce qui a été rejeté par le pouvoir du Mali et le Groupe économique des pays d'Afrique du Nord. Il faut rappeler qu'Ansar Eddine et son allié Aqmi (Al Qaïda au Maghreb) qui appellent au Djihad dominent la plupart des villes du nord du Mali. Il faut rappeler que l'affaire de la prise d'otages de 7 diplomates algériens, dont le consul à Gao, au nord du Mali, n'a pas trouvé encore son dénouement. Adel R. |
1 juin 2012
» Perspectives géopolitiques des Touaregs
» Perspectives géopolitiques des Touaregs
Par Pierre de Bellerivele 1 juin, 2012 @ 12:34
Par Jean-Sylvestre Mongrenier*
L’offensive de printemps du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et de ses alliés, les islamistes d’Ansar Dine, a permis la conquête du Nord-Mali en quelques jours. Le 6 avril 2012, l’indépendance de l’Azawad était proclamée. Si les revendications des Touaregs s’inscrivent dans la longue durée, elles ne sauraient occulter les inquiétants problèmes géopolitiques de la région. Du point de vue des puissances occidentales, la priorité stratégique est la lutte contre le terrorisme et l’endiguement des logiques de chaos. De fait, le scénario d’une « afghanisation » du Sahara et d’une convergence des lignes dramaturgiques ne doit pas être négligé. Sur un plan plus général, la dislocation du Mali signifie la fin de l’ordre post-colonial en Afrique, alors même que les révoltes et séditions du Grand Moyen-Orient vont déjà en ce sens.
« Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence. » Antoine de Saint Saint-Exupéry, Terre des Hommes
Au printemps 2012, l’offensive du Mouvement national de libération de l’Azawad (le MNLA) et de ses alliés, les islamistes d’Ansar Dine, aura permis la conquête du Nord-Mali en quelques jours. Le 6 avril, le MNLA pouvait proclamer la constitution de « l’État indépendant de l’Azawad ». Cette nouvelle donne dans l’espace sahélo-saharien n’est certainement pas réductible aux effets pervers entraînés par la chute de Kadhafi et le retour au Mali de mercenaires touaregs, après le pillage des arsenaux libyens. La visée doit être plus large. De fait, la revendication d’indépendance des Touaregs, un peuple aux racines historiques anciennes, s’inscrit dans la longue durée. Pour autant, la légitimité que l’Histoire confère au mouvement touareg ne saurait occulter les inquiétantes problématiques géopolitiques qui bousculent les grilles de lecture d’antan : le romantisme des « sables chauds » n’est point de mise.
Des racines longues-vivantes
La question touarègue renvoie à celle des Berbères et au peuplement originel de l’Afrique du Nord dont le peuple touareg constitue une extension nomadisante dans l’espace sahélo-saharien. Du reste, les Berbères ont eux-mêmes de lointaines origines nomades. Ils sont en partie les descendants des Gétules de la proto-histoire – l’existence de ce peuple est évoquée par des textes égyptiens du XIVe siècle avant Jésus-Christ -, l’origine de ce groupement ethnique remontant au IIIe Millénaire. Issus des oasis sahariennes, les Gétules sont des cavaliers et pasteurs se déplaçant vers le nord au fur et à mesure de la désertification. Ils fournissent ensuite des mercenaires aux Carthaginois, et ce dès la première « guerre punique » (264-241 av. J.-C.), puis des auxiliaires à Rome lors de la « guerre de Jugurtha » (111-105 av. J.-C.), avant d’être sédentarisés. Les peuples berbères apparaissent aussi sous d’autres noms dans l’Antiquité – Hérodote mentionne dans son « Enquête» les Garamantes -, et ce sont les Romains qui les qualifient de « Barbares », un terme à l’origine de leur appellation générique. Les Berbères revendiquent aujourd’hui leur dénomination propre, celle d’Imazighen, le terme signifiant « Hommes libres ». Les Touaregs sont donc les descendants de peuples libyco-berbères se repliant depuis le nord de l’Afrique par vagues successives. La dernier mouvement d’ensemble est intervenu il y a un millier d’années, lors des ultimes phases de l’arabisation-islamisation du Maghreb. Ils forment de lâches confédérations de clans et sous-clans dans le Sahara et ses prolongements sahéliens, soit un immense espace entre les « Arabes » (très souvent des Berbères arabisés, en fait) au nord et les populations du Soudan (le « pays des Noirs ») au sud, les Maures à l’ouest et les Toubous à l’est. Ce peuple possède une langue, le tamasheq, ainsi qu’une écriture, le tifinagh. Les Touaregs sont à l’origine de Tombouctou, au nord-ouest de la grande boucle du fleuve Niger, une ville fondée au XIe siècle. Ce comptoir marchand et esclavagiste est alors le point de départ des caravanes qui relient l’Afrique noire au Maghreb et constitue donc une étape essentielle des routes médiévales de l’or. Sila vielle de Tombouctou est un temps incorporée dans l’empire Songhaï (une entité politique centrée sur Gao et des populations de langue nilo-saharienne), puis dans la sphère de domination de « pachas » marocains, elle repasse ensuite sous le contrôle des Touaregs jusqu’à ce que les Français, en 1893, ne s’en emparent.
Une question géopolitique en suspens
C’est depuis l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest que les troupes françaises progressent au Sahara, non sans rivalités de corps et d’ambitions entre la cavalerie d’une part, l’infanterie de marine d’autre part. Un certain temps, les Touaregs bloquent l’accès au Sahara central et la Mission Flatters, en 1881, est anéantie par les Touaregs de l’Ahaggar, dans la région de Tamanrasset. Entre 1898 et 1900, la Mission Foureau-Lamy parvient à réaliser la jonction entre le Tchad et l’Algérie mais c’est vers 1905 que les Touaregs reconnaissent, plus ou moins, la souveraineté française sur le Sahara. Encore les soulèvements sont-ils réguliers, et ce jusqu’au coeur de la Première Guerre mondiale (on se souvient de l’assassinat par un Touareg de Charles de Foucauld, en 1916, et du soulèvement de certaines tribus qui a suivi). Du moins l’imperium français sur ce vaste « territoireitinéraire » ne porte-t-il pas atteinte à leur mode de vie ancestral. La perspective de la décolonisation est autrement plus inquiétante. Aussi les chefs coutumiers touaregs de la boucle du Niger adressent-ils une « supplique » au Président français, le 30 septembre 1958, pour que leur spécificité ethno-culturelle soit prise en compte dans la géographie politique post-coloniale.Vainement.
De fait, la décolonisation est menée dans le cadre des frontières administratives héritées de l’Empire. Le processus transforme le Sahara et ses marges, espaces réticulés et fluides, en une aire morcelée entre les divers États post-coloniaux de la zone. Le peuplement touareg – entre deux et trois millions de personnes aujourd’hui –, est écartelé entre l’Algérie et la Libye au nord, le Mali, le Niger et le Burkina-Faso au sud. Les axes de transhumance sont coupés et les oppositions de type nomade-sédentaire sont aggravées par des tensions ethno-raciales au Sahel. Bien que les Touaregs se soient pour partie mêlés à leur environnement subsaharien, le clivage Noirs/Blancs et le fait esclavagiste sont très prégnants dans les représentations géopolitiques locales. Dès 1962, le nordest du Mali est en proie à un soulèvement qui s’étend au Niger. La répression est aggravée par la sécheresse des années 1970-1980 et le Sahara algérien voit grossir les camps de réfugiés, non sans inquiétudes à Alger. En 1991, le renversement de Moussa Traoré par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré et le passage à un régime civil laissent espérer l’autonomie du Nord-Mali. En dépit des accords de Tamanrasset, en 1991, le conflit s’amplifie. Un accord de paix est signé à Tombouctou, le 27 mars 1996, mais l’autonomie prévue reste lettre morte quant à l’essentiel. Le népotisme, la corruption et l’impuissance de Bamako ne permettent pas un tel saut. Élu président du Mali en 2002, réélu en 2007, Amadou Toumani Touré se désintéresse de la question et il ne s’engage guère plus dans la lutte contre l’islamisme6.
L’hypothèque islamiste
En 2006, malgré les accords d’Alger, l’insurrection reprend dans le nord du Mali et du Niger. Elle n’a cessé depuis sans que pourtant le bouleversement géopolitique de la zone ne soit réellement envisagé, dans toutes ses dimensions. Relancée en janvier 2011, la « guerre des sables » conduit le capitaine Amadou Sango et un groupe d’officiers subalternes, le 22 mars 2012, à se saisir du pouvoir à Bamako. Ce rebondissement accélère les événements au Nord-Mali. Le MNLA et Ansar Dine (les « Partisans de l’Islam ») se saisissent des cercles de Kidal, Gao et Tombouctou. Le 6 avril 2012, le MNLA proclame unilatéralement l’indépendance de l’Azawad (le « Pays des pâturages »), un territoire de plus de 600 000 km². La perspective d’un État touareg, institué et reconnu, menace aussi bien l’Algérie, la Mauritanie et la Libye que les États des régions soudanaises. Appréhendée dans la longue durée, l’aire de peuplement touareg inclut différentes parties des territoires étatiques en question. Quand bien même la question de l’indépendance ne serait pas aussi pressante en Algérie ou dans le nord du Niger, ne négligeons pas les enchaînements de causes et de conséquences qui, bien souvent, mènent au-delà des anticipations initiales.
Plus largement, la percée de forces islamo-touarègues et les connexions d’Ansar Dine avec Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) inquiètent les puissances occidentales qui redoutent l’extension dufront djihadiste régional11. Aiguillés par l’Ivoirien Alassane Ouattara, les gouvernements de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont fait pression sur les militaires maliens pour qu’ils acceptent une « feuille de route », le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, assurant l’intérim d’ici la prochaine élection présidentielle12. Reste que l’appareil d’État malien est miné par la corruption et son armée ne semble pas en mesure de se battre pour récupérer les territoires du nord. Quant à l’intervention militaire de la CDEAO, elle demeure hypothétique. Selon certaines analyses, une éventuelle rupture entre le MNLA et Ansar Dine ouvrirait la voie à une alliance avec l’indépendantisme touareg contre les diverses formes d’islamisme dans la zone sahélo-saharienne. A rebours de ce scénario, les deux mouvements rivaux ont annoncé, le 26 mai 2012, leur autodissolution et la création d’un « Conseil transitoire de l’État islamique de l’Azawad ». Les informations sont contradictoires mais AQMI pourrait être partie prenante de ce rapprochement.
La « somalisation » du Sahara
Du point de vue des puissances occidentales, la priorité stratégique régionale est la lutte contre le terrorisme et l’endiguement des logiques de chaos. Dans l’establishment militaire français, d’aucuns expliquaient ces derniers mois, mezzo voce, qu’il fallait se retirer d’Afghanistan au plus vite pour pouvoir redéployer ses efforts sur le flanc sud de l’Europe. Au vrai, on ne sait si cette évaluation géopolitique a commandé la décision du nouveau président, les raisons mises en avant relevant plus du nihilisme pratique et du « chacun pour soi », tempérés par les réalités géopolitiques et logistiques du territoire afghan, que d’une grande politique d’auto-affirmation et de répartition des théâtres d’engagement entre les principales puissances occidentales. Il est pourtant évident que le scénario d’une « somalisation », voire d’une « afghanisation » du Sahara, et celui d’une convergence des lignes dramaturgiques – depuis la Mauritanie et les côtes atlantiques jusqu’à la mer Rouge et à la Corne de l’Afrique – ne doivent pas être négligés. Sur un plan plus général, la dislocation du Mali pourrait anticiper la fin de l’ordre post-colonial et la remise en cause des découpages frontaliers en Afrique, alors même que les révoltes et séditions du monde arabe jouent déjà en ce sens dans le Grand Moyen-Orient. Une certitude donc : ces diverses régions ne peuvent plus être abordées à travers la thématique d’un « pré-carré » que nul ne reconnaît à la France. Autre certitude : l’invocation du multilatéralisme onusien, en guise de politique étrangère, ne suffira pas à la tâche.
L’implosion du Mali
Le coup de force militaire à Bamako et la perte totale de contrôle du Nord-Mali, proclamé indépendant par le Mouvement national de libération de l’Azawad (le MNLA), ne sont pas des épiphénomènes de l’histoire africaine post-coloniale. Le Mali implose et si la CEDEAO (Communauté des États d’Afrique de l’Ouest) est à la manoeuvre afin de contenir l’onde de choc, il sera difficile de redresser la situation. Ce sont des forces profondes qui travaillent ces espaces comme l’ensemble de la région. Parfois présenté par des éditorialistes hâtifs comme un petit État enclavé, le Mali, dans ses frontières reconnues, correspond à un vaste ensemble géopolitique. Son territoire, disloqué de fait, s’étend sur 1 240 000 km² pour environ 15 000 000 d’habitants d’ethnies très diverses. Le Mali est en situation d’interface entre le Sahara et les régions soudano-guinéennes et ce territoire était autrefois le débouché des grandes routes transsahariennes par lesquelles transitait l’or du Soudan en contrepartie des produits du Bassin méditerranéen, marchands arabes et berbères contrôlant ce commerce. Ainsi l’actuel Mali se veut-il l’héritier de puissantes formations politiques du passé (« empires » du Ghana et du Songhaï). Dès le XIe siècle, ces espaces comme l’ensemble du « blad as-sudan » (le « pays des Noirs ») sont pénétrés par la religion islamique. Les régions soudanaises sont conquises par les Français à la fin du XIXe siècle et regroupées dans la colonie du Haut-Sénégal-Niger (1904), l’une des composantes de l’AOF (Afrique Occidentale Française). Le territoire de la Haute-Volta (actuel Burkina-Faso) est ensuite ôté de cette colonie qui devient le Soudan français (1920). Lors de la décolonisation, en 1960, le Soudan français et le Sénégal sont un bref temps associés au sein d’une « Fédération du Mali » qui se révèle illusoire.
L’ancien Soudan français devient alors la République du Mali. Ce nouvel État est traversé par un important clivage géographique nord/sud, tant sur plan physique qu’humain. Quand le Sud soudano-guinéen, peuplé de Noirs sédentaires, abrite la très grande majorité de la population, des pasteurs berbères, Touaregs et Maures, parcourent les immensités du Nord saharien. La question touarègue et les impasses du socialisme qui prévaut à l’indépendance, sur fond de sous-développement, sont les ressorts de l’histoire et de la géopolitique du Mali actuel. Alors qu’à Bamako sévit le régime dictatorial de Moussa Traoré, de 1968 à 1991, le Nord-Mali connaît plusieurs insurrections touarègues. En 1991, le renversement de Moussa Traoré par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré et le passage à un régime civil laissent espérer l’autonomie du Nord-Mali. Le népotisme, la corruption et l’impuissance de Bamako ne le permettent pas. Élu président en 2002 et réélu en 2007, Amadou Toumani Touré se désintéresse de la question touarègue. Relancée en 2011, la « guerre des sables » au nord conduit un groupe de militaires maliens – le capitaine Amadou Sango et des officiers subalternes -, le 22 mars 2012, à mener un coup d’Etat. Ce rebondissement accélère les événements au Nord-Mali. Le MNLA et Ansar Dine (les « Partisans de l’Islam ») se saisissent des cercles de Kidal, Gao et Tombouctou. Le 6 avril 2012, le MNLA proclame l’indépendance de l’Azawad (le « Pays des pâturages »), un territoire de plus de 600 000 km².
Aiguillés par Alassane Ouattara, le président ivoirien, les gouvernements de la CEDEAO font pression sur les militaires pour qu’ils acceptent une « feuille de route », le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, assurant l’intérim d’ici la prochaine élection présidentielle. Reste que l’appareil d’État malien est miné par la corruption et son armée n’est guère en mesure de se battre pour récupérer les territoires du nord. Quant à l’intervention militaire de la CDEAO, elle est des plus incertaines d’autant plus que cette organisation est aussi aux prises avec les effets du coup d’État intervenu entretemps en Guinée-Bissau.
Le Sud algérien et l’« Etat touareg »
L’indépendance effective de l’Azawad aurait d’importantes retombées pour l’Algérie dont la souveraineté s’étend sur toute la partie nord du Sahara. Aussi la réaction d’Alger consiste-t-elle en un mélange de circonspection, de prétention au rôle d’ « honnête courtier » et de durcissement des frontières.
Il doit être rappelé que le Sahara algérien est une création française, le pouvoir de la régence d’Alger, à l’époque ottomane, ne s’étendant guère en profondeur et moins encore à ces latitudes. C’est pourquoi le sort du Sahara aura été l’un des « points durs » de la négociation entre De Gaulle et le FLN, les gisements d’hydrocarbures et le polygone nucléaire de Reggane rehaussant de surcroît la valeur stratégique et géopolitique de ces immensités. En 1961, Paris finit pourtant par admettre l’inclusion du Sahara dans le futur État algérien indépendant. De ce fait, Alger est partie prenante des conflits géopolitiques sahélo-sahariens. Ces espaces ont d’abord été le champ d’expansion des ambitions algériennes, d’où le conflit avec le Maroc sur le Sahara occidental ainsi que l’opposition au projet d’« États-Unis du Sahara » promu par la Libye de Kadhafi. Au fil du temps, le Sahara est devenu une zone de risques et de menaces pour la sécurité algérienne. Chassés des régions littorales nord-africaines, les islamistes algériens y ont trouvé refuge pour fonder Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Afin de lutter contre l’insécurité, le Centre d’état-major commun opérationnel conjoint (CEMOC) est mis en place à Tamanrasset. Il associe l’Algérie, la Mauritanie, le Mali et le Niger.
Avec la formation d’un État touareg, la problématique d’ensemble prend une autre dimension. Sur le plan historique et ethnographique, l’espace touareg dépasse en effet le Nord-Mali pour englober - outre le Fezzan (Libye), le Niger du Nord et une partie du Burkina-Faso -, le sud du Sahara algérien. Ainsi Tamanrasset et le massif du Hoggar relèvent-ils de l’Azawad. Depuis les années 1970, le poids démographique des Touaregs y est renforcé par l’arrivée de populations ayant fui les sécheresses du Sahel malien (l’Algérie compterait une population de quelque 20 000 Touaregs). Significativement, Iyad ag Ghali, chef du groupe islamo-touareg Ansar Dine, a grandi à Tamanrasset. Si le MNLA limite ses revendications au Nord-Mali, la dynamique touarègue pourrait donc déborder sur le Hoggar. D’ores et déjà, l’enlèvement par un groupe islamiste de diplomates algériens en poste à Gao met en évidence le fait qu’Alger ne saurait s’abstraire de la situation générale.
D’une part, la diplomatie algérienne, tout en rappelant l’intangibilité des frontières du Mali, se pose en intercesseur entre Bamako et le MNLA. D’autre part, les effectifs policiers et militaires à Tamanrasset montent en puissance et les frontières-sud de l’Algérie sont verrouillées. Pourtant, les idées et les flux qui parcourent les immensités sahariennes se jouent des frontières. Alger ne pourra donc se détourner de son hinterland africain où les menaces sont grandissantes. Il semble d’ailleurs qu’une diplomatie secrète et tortueuse soit à l’oeuvre dans les développements de la situation au Nord-Mali.
*Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, il est professeur agrégé d’histoire-géographie et chercheur à l’Institut Français de Géopolitique est chercheur associé à l’Institut Thomas More.
Cet article est publié en accord avec l’Institut Thomas More .
Par Pierre de Bellerivele 1 juin, 2012 @ 12:34
Par Jean-Sylvestre Mongrenier*
L’offensive de printemps du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et de ses alliés, les islamistes d’Ansar Dine, a permis la conquête du Nord-Mali en quelques jours. Le 6 avril 2012, l’indépendance de l’Azawad était proclamée. Si les revendications des Touaregs s’inscrivent dans la longue durée, elles ne sauraient occulter les inquiétants problèmes géopolitiques de la région. Du point de vue des puissances occidentales, la priorité stratégique est la lutte contre le terrorisme et l’endiguement des logiques de chaos. De fait, le scénario d’une « afghanisation » du Sahara et d’une convergence des lignes dramaturgiques ne doit pas être négligé. Sur un plan plus général, la dislocation du Mali signifie la fin de l’ordre post-colonial en Afrique, alors même que les révoltes et séditions du Grand Moyen-Orient vont déjà en ce sens.
« Ce qui sauve, c’est de faire un pas. Encore un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence. » Antoine de Saint Saint-Exupéry, Terre des Hommes
Au printemps 2012, l’offensive du Mouvement national de libération de l’Azawad (le MNLA) et de ses alliés, les islamistes d’Ansar Dine, aura permis la conquête du Nord-Mali en quelques jours. Le 6 avril, le MNLA pouvait proclamer la constitution de « l’État indépendant de l’Azawad ». Cette nouvelle donne dans l’espace sahélo-saharien n’est certainement pas réductible aux effets pervers entraînés par la chute de Kadhafi et le retour au Mali de mercenaires touaregs, après le pillage des arsenaux libyens. La visée doit être plus large. De fait, la revendication d’indépendance des Touaregs, un peuple aux racines historiques anciennes, s’inscrit dans la longue durée. Pour autant, la légitimité que l’Histoire confère au mouvement touareg ne saurait occulter les inquiétantes problématiques géopolitiques qui bousculent les grilles de lecture d’antan : le romantisme des « sables chauds » n’est point de mise.
Des racines longues-vivantes
La question touarègue renvoie à celle des Berbères et au peuplement originel de l’Afrique du Nord dont le peuple touareg constitue une extension nomadisante dans l’espace sahélo-saharien. Du reste, les Berbères ont eux-mêmes de lointaines origines nomades. Ils sont en partie les descendants des Gétules de la proto-histoire – l’existence de ce peuple est évoquée par des textes égyptiens du XIVe siècle avant Jésus-Christ -, l’origine de ce groupement ethnique remontant au IIIe Millénaire. Issus des oasis sahariennes, les Gétules sont des cavaliers et pasteurs se déplaçant vers le nord au fur et à mesure de la désertification. Ils fournissent ensuite des mercenaires aux Carthaginois, et ce dès la première « guerre punique » (264-241 av. J.-C.), puis des auxiliaires à Rome lors de la « guerre de Jugurtha » (111-105 av. J.-C.), avant d’être sédentarisés. Les peuples berbères apparaissent aussi sous d’autres noms dans l’Antiquité – Hérodote mentionne dans son « Enquête» les Garamantes -, et ce sont les Romains qui les qualifient de « Barbares », un terme à l’origine de leur appellation générique. Les Berbères revendiquent aujourd’hui leur dénomination propre, celle d’Imazighen, le terme signifiant « Hommes libres ». Les Touaregs sont donc les descendants de peuples libyco-berbères se repliant depuis le nord de l’Afrique par vagues successives. La dernier mouvement d’ensemble est intervenu il y a un millier d’années, lors des ultimes phases de l’arabisation-islamisation du Maghreb. Ils forment de lâches confédérations de clans et sous-clans dans le Sahara et ses prolongements sahéliens, soit un immense espace entre les « Arabes » (très souvent des Berbères arabisés, en fait) au nord et les populations du Soudan (le « pays des Noirs ») au sud, les Maures à l’ouest et les Toubous à l’est. Ce peuple possède une langue, le tamasheq, ainsi qu’une écriture, le tifinagh. Les Touaregs sont à l’origine de Tombouctou, au nord-ouest de la grande boucle du fleuve Niger, une ville fondée au XIe siècle. Ce comptoir marchand et esclavagiste est alors le point de départ des caravanes qui relient l’Afrique noire au Maghreb et constitue donc une étape essentielle des routes médiévales de l’or. Sila vielle de Tombouctou est un temps incorporée dans l’empire Songhaï (une entité politique centrée sur Gao et des populations de langue nilo-saharienne), puis dans la sphère de domination de « pachas » marocains, elle repasse ensuite sous le contrôle des Touaregs jusqu’à ce que les Français, en 1893, ne s’en emparent.
Une question géopolitique en suspens
C’est depuis l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest que les troupes françaises progressent au Sahara, non sans rivalités de corps et d’ambitions entre la cavalerie d’une part, l’infanterie de marine d’autre part. Un certain temps, les Touaregs bloquent l’accès au Sahara central et la Mission Flatters, en 1881, est anéantie par les Touaregs de l’Ahaggar, dans la région de Tamanrasset. Entre 1898 et 1900, la Mission Foureau-Lamy parvient à réaliser la jonction entre le Tchad et l’Algérie mais c’est vers 1905 que les Touaregs reconnaissent, plus ou moins, la souveraineté française sur le Sahara. Encore les soulèvements sont-ils réguliers, et ce jusqu’au coeur de la Première Guerre mondiale (on se souvient de l’assassinat par un Touareg de Charles de Foucauld, en 1916, et du soulèvement de certaines tribus qui a suivi). Du moins l’imperium français sur ce vaste « territoireitinéraire » ne porte-t-il pas atteinte à leur mode de vie ancestral. La perspective de la décolonisation est autrement plus inquiétante. Aussi les chefs coutumiers touaregs de la boucle du Niger adressent-ils une « supplique » au Président français, le 30 septembre 1958, pour que leur spécificité ethno-culturelle soit prise en compte dans la géographie politique post-coloniale.Vainement.
De fait, la décolonisation est menée dans le cadre des frontières administratives héritées de l’Empire. Le processus transforme le Sahara et ses marges, espaces réticulés et fluides, en une aire morcelée entre les divers États post-coloniaux de la zone. Le peuplement touareg – entre deux et trois millions de personnes aujourd’hui –, est écartelé entre l’Algérie et la Libye au nord, le Mali, le Niger et le Burkina-Faso au sud. Les axes de transhumance sont coupés et les oppositions de type nomade-sédentaire sont aggravées par des tensions ethno-raciales au Sahel. Bien que les Touaregs se soient pour partie mêlés à leur environnement subsaharien, le clivage Noirs/Blancs et le fait esclavagiste sont très prégnants dans les représentations géopolitiques locales. Dès 1962, le nordest du Mali est en proie à un soulèvement qui s’étend au Niger. La répression est aggravée par la sécheresse des années 1970-1980 et le Sahara algérien voit grossir les camps de réfugiés, non sans inquiétudes à Alger. En 1991, le renversement de Moussa Traoré par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré et le passage à un régime civil laissent espérer l’autonomie du Nord-Mali. En dépit des accords de Tamanrasset, en 1991, le conflit s’amplifie. Un accord de paix est signé à Tombouctou, le 27 mars 1996, mais l’autonomie prévue reste lettre morte quant à l’essentiel. Le népotisme, la corruption et l’impuissance de Bamako ne permettent pas un tel saut. Élu président du Mali en 2002, réélu en 2007, Amadou Toumani Touré se désintéresse de la question et il ne s’engage guère plus dans la lutte contre l’islamisme6.
L’hypothèque islamiste
En 2006, malgré les accords d’Alger, l’insurrection reprend dans le nord du Mali et du Niger. Elle n’a cessé depuis sans que pourtant le bouleversement géopolitique de la zone ne soit réellement envisagé, dans toutes ses dimensions. Relancée en janvier 2011, la « guerre des sables » conduit le capitaine Amadou Sango et un groupe d’officiers subalternes, le 22 mars 2012, à se saisir du pouvoir à Bamako. Ce rebondissement accélère les événements au Nord-Mali. Le MNLA et Ansar Dine (les « Partisans de l’Islam ») se saisissent des cercles de Kidal, Gao et Tombouctou. Le 6 avril 2012, le MNLA proclame unilatéralement l’indépendance de l’Azawad (le « Pays des pâturages »), un territoire de plus de 600 000 km². La perspective d’un État touareg, institué et reconnu, menace aussi bien l’Algérie, la Mauritanie et la Libye que les États des régions soudanaises. Appréhendée dans la longue durée, l’aire de peuplement touareg inclut différentes parties des territoires étatiques en question. Quand bien même la question de l’indépendance ne serait pas aussi pressante en Algérie ou dans le nord du Niger, ne négligeons pas les enchaînements de causes et de conséquences qui, bien souvent, mènent au-delà des anticipations initiales.
Plus largement, la percée de forces islamo-touarègues et les connexions d’Ansar Dine avec Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) inquiètent les puissances occidentales qui redoutent l’extension dufront djihadiste régional11. Aiguillés par l’Ivoirien Alassane Ouattara, les gouvernements de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont fait pression sur les militaires maliens pour qu’ils acceptent une « feuille de route », le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, assurant l’intérim d’ici la prochaine élection présidentielle12. Reste que l’appareil d’État malien est miné par la corruption et son armée ne semble pas en mesure de se battre pour récupérer les territoires du nord. Quant à l’intervention militaire de la CDEAO, elle demeure hypothétique. Selon certaines analyses, une éventuelle rupture entre le MNLA et Ansar Dine ouvrirait la voie à une alliance avec l’indépendantisme touareg contre les diverses formes d’islamisme dans la zone sahélo-saharienne. A rebours de ce scénario, les deux mouvements rivaux ont annoncé, le 26 mai 2012, leur autodissolution et la création d’un « Conseil transitoire de l’État islamique de l’Azawad ». Les informations sont contradictoires mais AQMI pourrait être partie prenante de ce rapprochement.
La « somalisation » du Sahara
Du point de vue des puissances occidentales, la priorité stratégique régionale est la lutte contre le terrorisme et l’endiguement des logiques de chaos. Dans l’establishment militaire français, d’aucuns expliquaient ces derniers mois, mezzo voce, qu’il fallait se retirer d’Afghanistan au plus vite pour pouvoir redéployer ses efforts sur le flanc sud de l’Europe. Au vrai, on ne sait si cette évaluation géopolitique a commandé la décision du nouveau président, les raisons mises en avant relevant plus du nihilisme pratique et du « chacun pour soi », tempérés par les réalités géopolitiques et logistiques du territoire afghan, que d’une grande politique d’auto-affirmation et de répartition des théâtres d’engagement entre les principales puissances occidentales. Il est pourtant évident que le scénario d’une « somalisation », voire d’une « afghanisation » du Sahara, et celui d’une convergence des lignes dramaturgiques – depuis la Mauritanie et les côtes atlantiques jusqu’à la mer Rouge et à la Corne de l’Afrique – ne doivent pas être négligés. Sur un plan plus général, la dislocation du Mali pourrait anticiper la fin de l’ordre post-colonial et la remise en cause des découpages frontaliers en Afrique, alors même que les révoltes et séditions du monde arabe jouent déjà en ce sens dans le Grand Moyen-Orient. Une certitude donc : ces diverses régions ne peuvent plus être abordées à travers la thématique d’un « pré-carré » que nul ne reconnaît à la France. Autre certitude : l’invocation du multilatéralisme onusien, en guise de politique étrangère, ne suffira pas à la tâche.
L’implosion du Mali
Le coup de force militaire à Bamako et la perte totale de contrôle du Nord-Mali, proclamé indépendant par le Mouvement national de libération de l’Azawad (le MNLA), ne sont pas des épiphénomènes de l’histoire africaine post-coloniale. Le Mali implose et si la CEDEAO (Communauté des États d’Afrique de l’Ouest) est à la manoeuvre afin de contenir l’onde de choc, il sera difficile de redresser la situation. Ce sont des forces profondes qui travaillent ces espaces comme l’ensemble de la région. Parfois présenté par des éditorialistes hâtifs comme un petit État enclavé, le Mali, dans ses frontières reconnues, correspond à un vaste ensemble géopolitique. Son territoire, disloqué de fait, s’étend sur 1 240 000 km² pour environ 15 000 000 d’habitants d’ethnies très diverses. Le Mali est en situation d’interface entre le Sahara et les régions soudano-guinéennes et ce territoire était autrefois le débouché des grandes routes transsahariennes par lesquelles transitait l’or du Soudan en contrepartie des produits du Bassin méditerranéen, marchands arabes et berbères contrôlant ce commerce. Ainsi l’actuel Mali se veut-il l’héritier de puissantes formations politiques du passé (« empires » du Ghana et du Songhaï). Dès le XIe siècle, ces espaces comme l’ensemble du « blad as-sudan » (le « pays des Noirs ») sont pénétrés par la religion islamique. Les régions soudanaises sont conquises par les Français à la fin du XIXe siècle et regroupées dans la colonie du Haut-Sénégal-Niger (1904), l’une des composantes de l’AOF (Afrique Occidentale Française). Le territoire de la Haute-Volta (actuel Burkina-Faso) est ensuite ôté de cette colonie qui devient le Soudan français (1920). Lors de la décolonisation, en 1960, le Soudan français et le Sénégal sont un bref temps associés au sein d’une « Fédération du Mali » qui se révèle illusoire.
L’ancien Soudan français devient alors la République du Mali. Ce nouvel État est traversé par un important clivage géographique nord/sud, tant sur plan physique qu’humain. Quand le Sud soudano-guinéen, peuplé de Noirs sédentaires, abrite la très grande majorité de la population, des pasteurs berbères, Touaregs et Maures, parcourent les immensités du Nord saharien. La question touarègue et les impasses du socialisme qui prévaut à l’indépendance, sur fond de sous-développement, sont les ressorts de l’histoire et de la géopolitique du Mali actuel. Alors qu’à Bamako sévit le régime dictatorial de Moussa Traoré, de 1968 à 1991, le Nord-Mali connaît plusieurs insurrections touarègues. En 1991, le renversement de Moussa Traoré par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré et le passage à un régime civil laissent espérer l’autonomie du Nord-Mali. Le népotisme, la corruption et l’impuissance de Bamako ne le permettent pas. Élu président en 2002 et réélu en 2007, Amadou Toumani Touré se désintéresse de la question touarègue. Relancée en 2011, la « guerre des sables » au nord conduit un groupe de militaires maliens – le capitaine Amadou Sango et des officiers subalternes -, le 22 mars 2012, à mener un coup d’Etat. Ce rebondissement accélère les événements au Nord-Mali. Le MNLA et Ansar Dine (les « Partisans de l’Islam ») se saisissent des cercles de Kidal, Gao et Tombouctou. Le 6 avril 2012, le MNLA proclame l’indépendance de l’Azawad (le « Pays des pâturages »), un territoire de plus de 600 000 km².
Aiguillés par Alassane Ouattara, le président ivoirien, les gouvernements de la CEDEAO font pression sur les militaires pour qu’ils acceptent une « feuille de route », le président de l’Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, assurant l’intérim d’ici la prochaine élection présidentielle. Reste que l’appareil d’État malien est miné par la corruption et son armée n’est guère en mesure de se battre pour récupérer les territoires du nord. Quant à l’intervention militaire de la CDEAO, elle est des plus incertaines d’autant plus que cette organisation est aussi aux prises avec les effets du coup d’État intervenu entretemps en Guinée-Bissau.
Le Sud algérien et l’« Etat touareg »
L’indépendance effective de l’Azawad aurait d’importantes retombées pour l’Algérie dont la souveraineté s’étend sur toute la partie nord du Sahara. Aussi la réaction d’Alger consiste-t-elle en un mélange de circonspection, de prétention au rôle d’ « honnête courtier » et de durcissement des frontières.
Il doit être rappelé que le Sahara algérien est une création française, le pouvoir de la régence d’Alger, à l’époque ottomane, ne s’étendant guère en profondeur et moins encore à ces latitudes. C’est pourquoi le sort du Sahara aura été l’un des « points durs » de la négociation entre De Gaulle et le FLN, les gisements d’hydrocarbures et le polygone nucléaire de Reggane rehaussant de surcroît la valeur stratégique et géopolitique de ces immensités. En 1961, Paris finit pourtant par admettre l’inclusion du Sahara dans le futur État algérien indépendant. De ce fait, Alger est partie prenante des conflits géopolitiques sahélo-sahariens. Ces espaces ont d’abord été le champ d’expansion des ambitions algériennes, d’où le conflit avec le Maroc sur le Sahara occidental ainsi que l’opposition au projet d’« États-Unis du Sahara » promu par la Libye de Kadhafi. Au fil du temps, le Sahara est devenu une zone de risques et de menaces pour la sécurité algérienne. Chassés des régions littorales nord-africaines, les islamistes algériens y ont trouvé refuge pour fonder Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Afin de lutter contre l’insécurité, le Centre d’état-major commun opérationnel conjoint (CEMOC) est mis en place à Tamanrasset. Il associe l’Algérie, la Mauritanie, le Mali et le Niger.
Avec la formation d’un État touareg, la problématique d’ensemble prend une autre dimension. Sur le plan historique et ethnographique, l’espace touareg dépasse en effet le Nord-Mali pour englober - outre le Fezzan (Libye), le Niger du Nord et une partie du Burkina-Faso -, le sud du Sahara algérien. Ainsi Tamanrasset et le massif du Hoggar relèvent-ils de l’Azawad. Depuis les années 1970, le poids démographique des Touaregs y est renforcé par l’arrivée de populations ayant fui les sécheresses du Sahel malien (l’Algérie compterait une population de quelque 20 000 Touaregs). Significativement, Iyad ag Ghali, chef du groupe islamo-touareg Ansar Dine, a grandi à Tamanrasset. Si le MNLA limite ses revendications au Nord-Mali, la dynamique touarègue pourrait donc déborder sur le Hoggar. D’ores et déjà, l’enlèvement par un groupe islamiste de diplomates algériens en poste à Gao met en évidence le fait qu’Alger ne saurait s’abstraire de la situation générale.
D’une part, la diplomatie algérienne, tout en rappelant l’intangibilité des frontières du Mali, se pose en intercesseur entre Bamako et le MNLA. D’autre part, les effectifs policiers et militaires à Tamanrasset montent en puissance et les frontières-sud de l’Algérie sont verrouillées. Pourtant, les idées et les flux qui parcourent les immensités sahariennes se jouent des frontières. Alger ne pourra donc se détourner de son hinterland africain où les menaces sont grandissantes. Il semble d’ailleurs qu’une diplomatie secrète et tortueuse soit à l’oeuvre dans les développements de la situation au Nord-Mali.
*Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, il est professeur agrégé d’histoire-géographie et chercheur à l’Institut Français de Géopolitique est chercheur associé à l’Institut Thomas More.
Cet article est publié en accord avec l’Institut Thomas More .
28 mai 2012
Mali : le chef d’Aqmi appelle à imposer la charia « graduellement » dans le nord (SYNTHESE) - maliweb.net
Mali : le chef d’Aqmi appelle à imposer la charia « graduellement » dans le nord (SYNTHESE) - maliweb.net
28 mai 2012 Rubrique: Insécurité,Nord-Mali
NIAMEY- Le chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussaab Abdelouadoud, donne une série de conseils à ses combattants qui contrôlent le nord du Mali pour y réussir la création d’un Etat islamique, les appelant à imposer « graduellement » la charia.
Dans un enregistrement sonore de 12 minutes diffusé sur le site internet « Sahara Media », Abdelmalek Droukdel félicite ses combattants pour la victoire « historique » remportée dans le nord du Mali, qu’Aqmi contrôle depuis fin mars.
Pour réussir à créer un Etat islamique, il les exhorte à ne pas faire preuve de « vanité » et à appliquer la charia (loi islamique) « graduellement ».
« L’imposition de la charia ne doit pas seulement être limitée à la juste punition des gens, c’est beaucoup plus large que cela », dit-il, soulignant que « c’est une erreur d’imposer toutes les règles de l’islam d’un seul coup ».
Il conseille à ses « frères », d’apporter la sécurité aux populations des villes contrôlées, notamment Tombouctou, Gao et Kidal et de leur fournir les services essentiels que sont la santé, la nourriture, l’eau, l’électricité, le gaz et le carburant.
A l’égard de la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), il préconise d’éviter « les provocations » et invite Aqmi à coopérer pour établir des « règles communes » et rejeter les conflits.
Concernant le Mouvement islamiste Ansar Dine (défenseurs de l’islam, en arabe), prépondérant dans la région, il conseille à ses militants de le laisser appliquer le projet d’imposition de la charia dans la région de l’Azawad, le nord du Mali, et de s’occuper de leurs propres activités de jihad (guerre sainte) global sur la terre du Maghreb islamique.
Le MNLA et Ansar Dine ont conclu un accord pour créer dans le nord du Mali la République de l’Azawad fondée sur la loi islamique que rejette catégoriquement le gouvernement de Bamako.
Aqmi entre dissidences internes et mécontentement populaire
Cette position plutôt modérée du chef d’Aqmi découle du constat des groupes terroristes opérant dans le nord Mali, de la prise de conscience réelle des populations de cette zone, privées de leurs libertés depuis bientôt trois mois.
Après les dissidences internes au sein des différents groupes terroristes sévissant au Nord Mali, en raison de désaccords sur le partage des « butins de guerre » et des « postes stratégiques », Aqmi doit faire face à la fronde des populations locales.
Les groupes terroristes sont confrontés à une nouvelle forme de résistance avec les manifestations spontanées des 14 et 15 mai à Gao et dans certaines régions limitrophes pour dénoncer la présence des groupes sur le territoire malien avec son lot d’effets dévastateurs que sont notamment les prises d’otages, le crime organisé, la contrebande et le trafic d’armes et de drogues.
Lors de ces manifestation de colère et de ras-le-bol, au moins six personnes ont été blessées, dont une par balle, à Gao.
Des centaines d’habitants ont protesté notamment contre l’interdiction faite à des jeunes par les groupes armés, de jouer au football ou de regarder la télévision.
Le mécontentement populaire conforte la thèse selon laquelle « le citoyen de la sous-région n’adhère pas au terrorisme par conviction mais par peur et/ou nécessité financière ».
D’où l’urgence de mettre en place un plan d’action socio-économique pour la prise en charge des populations exposées directement au discours terroriste.
En janvier, des experts en sécurité, des journalistes et des acteurs de la société civile ont sillonné des régions classées zones d’évolutions de l’Aqmi au Mali.
Un consensus a été dégagé sur la nécessité de fusionner les efforts de lutte contre le terrorisme et d’associer les populations aux actions menées pour affaiblir graduellement les groupes terroristes, en les privant de toute forme de soutien.
Publié le 2012-05-28 17:06:03 | French. News. Cn
Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab Abdelwadoud
Dans un enregistrement sonore de 12 minutes diffusé sur le site internet « Sahara Media », Abdelmalek Droukdel félicite ses combattants pour la victoire « historique » remportée dans le nord du Mali, qu’Aqmi contrôle depuis fin mars.
Pour réussir à créer un Etat islamique, il les exhorte à ne pas faire preuve de « vanité » et à appliquer la charia (loi islamique) « graduellement ».
« L’imposition de la charia ne doit pas seulement être limitée à la juste punition des gens, c’est beaucoup plus large que cela », dit-il, soulignant que « c’est une erreur d’imposer toutes les règles de l’islam d’un seul coup ».
Il conseille à ses « frères », d’apporter la sécurité aux populations des villes contrôlées, notamment Tombouctou, Gao et Kidal et de leur fournir les services essentiels que sont la santé, la nourriture, l’eau, l’électricité, le gaz et le carburant.
A l’égard de la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), il préconise d’éviter « les provocations » et invite Aqmi à coopérer pour établir des « règles communes » et rejeter les conflits.
Concernant le Mouvement islamiste Ansar Dine (défenseurs de l’islam, en arabe), prépondérant dans la région, il conseille à ses militants de le laisser appliquer le projet d’imposition de la charia dans la région de l’Azawad, le nord du Mali, et de s’occuper de leurs propres activités de jihad (guerre sainte) global sur la terre du Maghreb islamique.
Le MNLA et Ansar Dine ont conclu un accord pour créer dans le nord du Mali la République de l’Azawad fondée sur la loi islamique que rejette catégoriquement le gouvernement de Bamako.
Aqmi entre dissidences internes et mécontentement populaire
Cette position plutôt modérée du chef d’Aqmi découle du constat des groupes terroristes opérant dans le nord Mali, de la prise de conscience réelle des populations de cette zone, privées de leurs libertés depuis bientôt trois mois.
Après les dissidences internes au sein des différents groupes terroristes sévissant au Nord Mali, en raison de désaccords sur le partage des « butins de guerre » et des « postes stratégiques », Aqmi doit faire face à la fronde des populations locales.
Les groupes terroristes sont confrontés à une nouvelle forme de résistance avec les manifestations spontanées des 14 et 15 mai à Gao et dans certaines régions limitrophes pour dénoncer la présence des groupes sur le territoire malien avec son lot d’effets dévastateurs que sont notamment les prises d’otages, le crime organisé, la contrebande et le trafic d’armes et de drogues.
Lors de ces manifestation de colère et de ras-le-bol, au moins six personnes ont été blessées, dont une par balle, à Gao.
Des centaines d’habitants ont protesté notamment contre l’interdiction faite à des jeunes par les groupes armés, de jouer au football ou de regarder la télévision.
Le mécontentement populaire conforte la thèse selon laquelle « le citoyen de la sous-région n’adhère pas au terrorisme par conviction mais par peur et/ou nécessité financière ».
D’où l’urgence de mettre en place un plan d’action socio-économique pour la prise en charge des populations exposées directement au discours terroriste.
En janvier, des experts en sécurité, des journalistes et des acteurs de la société civile ont sillonné des régions classées zones d’évolutions de l’Aqmi au Mali.
Un consensus a été dégagé sur la nécessité de fusionner les efforts de lutte contre le terrorisme et d’associer les populations aux actions menées pour affaiblir graduellement les groupes terroristes, en les privant de toute forme de soutien.
Publié le 2012-05-28 17:06:03 | French. News. Cn
Seneweb News : Mali : les rebelles touaregs proclament un État islamiste
Seneweb News : Mali : les rebelles touaregs proclament un État islamiste
Par Tanguy Berthemet | Le Figaro | Lundi 28 mai, 2012 03:04 |
Par Tanguy Berthemet | Le Figaro | Lundi 28 mai, 2012 03:04 |
Les deux mouvements de la rébellion du nord du pays ont annoncé leur fusion.
C'est une union qui ressemble à un mariage de raison. Dimanche les deux principaux groupes rebelles touaregs, le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et Ansar Dine ont annoncé dans un bref communiqué leur fusion.
La dissolution des rébellions et la création du Conseil transitoire de l'État islamique de l'Azawad ne sont pas une surprise. Depuis plusieurs semaines, les états-majors des deux branches de la guérilla touareg menaient des négociations à Gao pour mettre fin à leur division et éviter un affrontement fratricide. «Pour le MNLA comme pour Ansar Dine, un rapprochement était en ce moment dans leur intérêt», analyse Robert Dulas, spécialiste des questions touaregs.
Pourtant, les différends étaient réels entre un MNLA, laïc et indépendantiste, et Ansar Dine, islamiste, allié à al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), avec la volonté d'imposer la charia à tout le Mali. Dans le protocole d'accord révélé dimanche, chacun a fait des concessions, sous la pression des dignitaires touaregs. «Nous sommes pour l'indépendance de l'Azawad», assure ainsi le texte qui précise que «le Coran et la sunna» seront «la source du droit» de l'«État islamique».
La composition du Conseil transitoire était en discussion dimanche. À sa tête devrait se trouver sept membres, dont le secrétaire général de l'ex-MNLA et son dirigeant militaire le colonel Mohammed ag Najim, le chef d'Ansar Dine, Iyad ag Ghaly, ainsi que des représentants des autres communautés du nord du Mali, comme les Songhaïs et les Arabes. L'annonce de la fusion a été accueillie par des tirs de joie à Gao comme à Tombouctou, chacun faisant mine d'ignorer le flou laissé dans l'accord sur bien des points, comme l'absence de choix d'un leader ou les liens du futur État avec Aqmi.
Un allié: l'Aqmi
Proches l'un de l'autre, Ag Najim et ag Ghaly se présentent comme les rivaux à la direction de l'Azawad. Mohammed ag Najim, ancien colonel de l'armée libyenne revenu au pays avec ses troupes en juillet, est l'homme des conquêtes. C'est sous sa direction que le MNLA a mené au printemps une offensive éclair et conquis le nord du Mali et ses villes, Kidal, Gao et Tombouctou. Mais ses troupes ont été immédiatement ou presque évincées de ces cités par ag Ghaly et les combattants d'Ansar Dine.
Cette prise de pouvoir, ce fils d'une grande famille, héros charismatique de la rébellion touareg des années 1990, la doit à son allié, Aqmi. Les salafistes lui ont apporté hommes et finances. À plusieurs reprises, Iyad ag Ghaly, qui s'est radicalisé lors de son séjour comme diplomate en Arabie saoudite, s'est affiché avec les chefs d'Aqmi, notamment l'Algérien Abou Zeid, qui détient une dizaine d'otages occidentaux dont six Français. La proximité avec Aqmi a cependant des inconvénients. À Tombouctou comme à Gao, les populations, habituées à un islam plus modéré, se sont agacées du puritanisme rigide prôné par les nouveaux maîtres. En réponse, Ansar Dine tente depuis de modérer ses éléments les plus fanatiques. Rien ne dit pour autant qu'il ait l'intention de s'éloigner de son «ami», certes encombrant, mais riche et puissant. En se rapprochant du MNLA, Iyad ag Ghaly semble avant tout tenté de restaurer son image écornée sans trop déranger ses alliés, les anciens comme les nouveaux.
De son côté, le MNLA ne pouvait pas non plus imposer ses vues. «Se battre était inenvisageable. Les caisses sont vides au point qu'il est impossible de nourrir les hommes, qui, en conséquence, quittent le mouvement pour celui d'Iyad plus riche», souligne une source. Les promesses de financements discrets du MNLA, notamment par le Qatar, n'ont finalement pas résisté, notamment aux changements politiques en France.
À Bamako, le gouvernement a «rejeté catégoriquement» la création d'un État islamiste dans le nord du Mali. Djibrill Bassolé, le médiateur de Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), s'est voulu plus pragmatique. «La médiation salue toute dynamique allant vers la cohésion entre les différents mouvements armés, l'essentiel étant que ce groupe prenne l'option d'une solution négociée au conflit», a-t-il souligné, tout en rappelant son hostilité à la partition du Mali.
L'Algérie, la puissance militaire régionale, a pour sa part suggéré un dialogue avec les rebelles. La France et l'Union européenne, qui redoutent la création d'un «Aqmiland» dans le nord du Mali et une déstabilisation de la région, sont restées mesurées. «Cela peut être une possibilité d'avancer vers une solution politique et de voir les Touaregs mettre à l'écart Aqmi, veut croire un diplomate. De toute façon, nous n'avons pas d'autres choix car l'armée malienne n'existe plus et personne semble en mesure de la remplacer.»
C'est une union qui ressemble à un mariage de raison. Dimanche les deux principaux groupes rebelles touaregs, le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et Ansar Dine ont annoncé dans un bref communiqué leur fusion.
La dissolution des rébellions et la création du Conseil transitoire de l'État islamique de l'Azawad ne sont pas une surprise. Depuis plusieurs semaines, les états-majors des deux branches de la guérilla touareg menaient des négociations à Gao pour mettre fin à leur division et éviter un affrontement fratricide. «Pour le MNLA comme pour Ansar Dine, un rapprochement était en ce moment dans leur intérêt», analyse Robert Dulas, spécialiste des questions touaregs.
Pourtant, les différends étaient réels entre un MNLA, laïc et indépendantiste, et Ansar Dine, islamiste, allié à al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), avec la volonté d'imposer la charia à tout le Mali. Dans le protocole d'accord révélé dimanche, chacun a fait des concessions, sous la pression des dignitaires touaregs. «Nous sommes pour l'indépendance de l'Azawad», assure ainsi le texte qui précise que «le Coran et la sunna» seront «la source du droit» de l'«État islamique».
La composition du Conseil transitoire était en discussion dimanche. À sa tête devrait se trouver sept membres, dont le secrétaire général de l'ex-MNLA et son dirigeant militaire le colonel Mohammed ag Najim, le chef d'Ansar Dine, Iyad ag Ghaly, ainsi que des représentants des autres communautés du nord du Mali, comme les Songhaïs et les Arabes. L'annonce de la fusion a été accueillie par des tirs de joie à Gao comme à Tombouctou, chacun faisant mine d'ignorer le flou laissé dans l'accord sur bien des points, comme l'absence de choix d'un leader ou les liens du futur État avec Aqmi.
Un allié: l'Aqmi
Proches l'un de l'autre, Ag Najim et ag Ghaly se présentent comme les rivaux à la direction de l'Azawad. Mohammed ag Najim, ancien colonel de l'armée libyenne revenu au pays avec ses troupes en juillet, est l'homme des conquêtes. C'est sous sa direction que le MNLA a mené au printemps une offensive éclair et conquis le nord du Mali et ses villes, Kidal, Gao et Tombouctou. Mais ses troupes ont été immédiatement ou presque évincées de ces cités par ag Ghaly et les combattants d'Ansar Dine.
Cette prise de pouvoir, ce fils d'une grande famille, héros charismatique de la rébellion touareg des années 1990, la doit à son allié, Aqmi. Les salafistes lui ont apporté hommes et finances. À plusieurs reprises, Iyad ag Ghaly, qui s'est radicalisé lors de son séjour comme diplomate en Arabie saoudite, s'est affiché avec les chefs d'Aqmi, notamment l'Algérien Abou Zeid, qui détient une dizaine d'otages occidentaux dont six Français. La proximité avec Aqmi a cependant des inconvénients. À Tombouctou comme à Gao, les populations, habituées à un islam plus modéré, se sont agacées du puritanisme rigide prôné par les nouveaux maîtres. En réponse, Ansar Dine tente depuis de modérer ses éléments les plus fanatiques. Rien ne dit pour autant qu'il ait l'intention de s'éloigner de son «ami», certes encombrant, mais riche et puissant. En se rapprochant du MNLA, Iyad ag Ghaly semble avant tout tenté de restaurer son image écornée sans trop déranger ses alliés, les anciens comme les nouveaux.
De son côté, le MNLA ne pouvait pas non plus imposer ses vues. «Se battre était inenvisageable. Les caisses sont vides au point qu'il est impossible de nourrir les hommes, qui, en conséquence, quittent le mouvement pour celui d'Iyad plus riche», souligne une source. Les promesses de financements discrets du MNLA, notamment par le Qatar, n'ont finalement pas résisté, notamment aux changements politiques en France.
À Bamako, le gouvernement a «rejeté catégoriquement» la création d'un État islamiste dans le nord du Mali. Djibrill Bassolé, le médiateur de Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), s'est voulu plus pragmatique. «La médiation salue toute dynamique allant vers la cohésion entre les différents mouvements armés, l'essentiel étant que ce groupe prenne l'option d'une solution négociée au conflit», a-t-il souligné, tout en rappelant son hostilité à la partition du Mali.
L'Algérie, la puissance militaire régionale, a pour sa part suggéré un dialogue avec les rebelles. La France et l'Union européenne, qui redoutent la création d'un «Aqmiland» dans le nord du Mali et une déstabilisation de la région, sont restées mesurées. «Cela peut être une possibilité d'avancer vers une solution politique et de voir les Touaregs mettre à l'écart Aqmi, veut croire un diplomate. De toute façon, nous n'avons pas d'autres choix car l'armée malienne n'existe plus et personne semble en mesure de la remplacer.»
27 mai 2012
MALI : Les « fadenw sago » face au tribunal de l’Histoire | Les Echos
MALI : Les « fadenw sago » face au tribunal de l’Histoire | Les Echos
Les griots et autres maîtres de la parole nous ont toujours appris que les Maliens sont les descendants des grands hommes qui ont voué leur combat à la libération et au progrès de leur peuple. Des hommes et des femmes qui avaient fait de ce pays une nation estimée, respectée et crainte parce que braves, courageux et téméraires à la limite, honnêtes, intègres et loyaux. Mais, par lâcheté, par complexe, par cupidité et surtout à cause de la mégalomanie nous avons progressivement sacrifié ces valeurs, dilapidé cet héritage pour nous retrouver aujourd’hui dans un pays qui a perdu son âme et qui sombre progressivement dans le chaos !
« Nous voulons être les dignes héritiers de nos ancêtres, les artisans d’un Mali resplendissant de prospérité intérieure et de rayonnement international… En donnant le nom Mali à notre jeune République, nous avons devant l’histoire fait le serment de réhabiliter les valeurs morales qui ont fait la grandeur de l’Afrique » ! C’est ce que disait Modibo Kéita, au lendemain de l’indépendance du Mali.
Le camarade Modibo Daba Kéita est un grand patriote dont nous avons commémoré la disparition (35eanniversaire) le 16 mai dernier. « Vingt années de lutte faites de sacrifices de tous ordres, vingt ans de lutte farouche pour sauvegarder notre dignité et notre indépendance que nous ne devons jamais dissocier de la dignité et de l’indépendance réelle de toute l’Afrique », avait ajouté ce grand panafricaniste.
Naturellement et légitimement, Modibo Kéita et toute sa génération pouvaient se réclamer du Ghana, du Mandé, de Ségou, du Songhoy, du Kénédougou… parce qu’ils cultivaient ces valeurs qui ont fait la fierté de ces peuples à travers de puissants royaumes et de mythiques empires. Ils en avaient les qualités et le prestige. De nombreux témoignages sur par exemple le très regretté Modibo Kéita le prouvent.
« … Le directeur du cours des moniteurs de Sikasso a réussi à avoir une autorité quasi absolue, un ascendant personnel incontestable sur les anciens tirailleurs, sur une partie des fonctionnaires et sur une portion importante de la population. Modibo Kéita emploie cet ascendant à désagréger les chefferies indigènes et à combattre par tous les moyens l’autorité de l’administration française… Continuellement, il provoque ou exploite des incidents pour diminuer l’autorité de notre administration », s’inquiétait ainsi le gouverneur français Louveau dans une correspondance adressée à sa hiérarchie.
Jamais, le destin du pays n’a autant coïncidé avec celui d’un homme. « C’est son charisme naturel qui a eu pour effet de faciliter son identification avec le parti, le peuple et la nation. Indéniablement, Modibo Kéita incarnait l’âme du Mali. Son prestige immense, son autorité incontestable, découlaient principalement de sa conduite irréprochable et de sa croyance profonde, inébranlable dans le destin du Mali. Une nation qui s’identifiait à Modibo Kéita parce qu’il était l’incarnation réelle de la personnalité malienne, de la dignité nationale de ce peuple orgueilleux de son histoire », témoigne Cheick Oumar Diarra, un grand témoin de l’indépendance du Mali.
Qu’avons-nous fait de l’héritage de cet homme exceptionnel, de ce grand patriote ? Nous l’avons dilapidé pour devenir la risée du monde ! Des fadenw sago ! Hélas ! Homme de dialogue, Modibo Kéita le fut. Il était capable de s’élever très haut pour défendre les intérêts de son pays, rien que les intérêts du Mali. Il prenait toujours de la hauteur pour se mettre au-dessus des calculs et des intérêts partisans chaque fois que la nation était menacée dans on honneur, dans sa dignité, dans son existence.
Grâce à ses qualités de leader et son engament patriotique, il nous a laissé en héritage un Mali réconcilié avec son histoire et sa riche culture. Il a redonné au peuple malien sa dignité et son honneur longtemps bafoués par des décennies de colonisation. Des valeurs et des acquis ébranlés par 23 ans de dictature, écrasés par deux décennies de pratique démocratique et aujourd’hui dans un coma profond suite au coup d’Etat du 22 mars 2012 et scission du pays qui en a suivi.
L’héritage patriotique dilapidé
Nous risquons de ne retrouver tous bientôt devant le tribunal de l’Histoire. Motifs ? Lâcheté et surtout trahison ! Oui nous avons trahi l’esprit de nos références historiques (empereurs et résistants, pères de l’indépendance) et les valeurs qu’ils nous ont légués ! Et cela sur l’autel de nos intérêts particuliers. Que sommes-nous aujourd’hui pour ceux qui ont fait la réputation du Mali du Nord au sud, d’Est en ouest ? Des poltrons qui tremblent face aux envahisseurs.
C’est notre frousse qui fait aujourd’hui que le pays s’enfonce chaque jour plus dans le chaos. C’est notre peur qui fait que nous sommes aujourd’hui tous focalisés sur l’après-intérim et non sur la libération des régions du Nord-Mali. Hélas, nous ne sommes pas sortis de l’auberge car, par peur de l’autre, personne ne veut de compromis dans ce pays meurtri par ses supposés serviteurs.
Personne ! Ni les militaires, ni le FDR, ni les opportunistes qui forment l’aile politique de la junte qui nous ont entraînés dans ce chaos à quelques semaines de l’alternance politique. Ceux qui ne pouvaient pas venir au pouvoir par les urnes supportent les militaires et leur proposition d’improbable conférence.
Ceux qui croyaient avoir gagné Koulouba dans les isoloirs rejettent les militaires et leur proposition de Convention nationale, l’ultime pièce de putschistes pour se maintenir, car conscients qu’une telle rencontre n’aboutira jamais à un consensus. Sans compter qu’on peut organiser une Convention, mais elle ne sera pas nationale sans les 2/3 du territoire occupés par des bandits armés, des terroristes déguisés en islamistes.
Entre-temps la population oubliée souffre et se meurt à Gao, Kidal et Tombouctou sous la tyrannie d’Aqmi, d’Ançar Dine, du Mujao et du MNLA ! Et nous nous restons sur notre position d’observateurs indifférents ! Qui est fou pour se mouiller et se condamner aux geôles du capitaine Amadou Haya Sanogo ? Et pourtant, il y a peu, nous aimions nous revendiquer de la descendance de Soundiata, de Tiramakan, de Fakoly, de Kélé Bourama, d’El hadj Omar, de Samory, de Tiéba et Babemba, des Askia, de Modibo Kéita, Fily Dabo Sissoko, Mamadou Konaté, Modibo Kéita, Lumumba, Kwame Nkrumah, Nelson Mandela Thomas Sankara… Visiblement, c’est plus facile à revendiquer qu’à assumer !
Tièfarinw bana Malila ! Le Mali ne vit plus à l’ère des braves hommes fiers et orgueilleux ! Notre orgueil et notre fierté, c’est faire le gros dos devant les belles femmes ou face aux caméras ; c’est nous enrichir aux dépens du contribuable ! Cela ne surprend pas parce que nous sommes dans le pays où la médiocratie l’a toujours emporté sur l’excellence ces dernières décennies, où la partialité domine l’objectivité, où les pauvres et aujourd’hui les populations du Nord ne figurent en bonne place que dans les discours démagogiques !
Qui doivent changer ça ? Les jeunes bien sûr ! Comment ? Qu’ils cessent de perdre leur énergie dans le soutien à tel capitaine, colonel ou à tel leader politique pour se battre pour le Mali, et pour le Mali seul ! Qu’ils cessent d’ouvrir la bouche pour attendre les fruits murs tombés d’un arbre déjà déraciné pour se mettre réellement au travail ! Nul ne détient le destin de son semblable !
Nous nous sommes autoproclamés génération consciente ! Consciente de quoi ? Pas de la réalité de notre devoir à l’égard de notre patrie ! Pas de la nécessité d’être le boulanger de notre propre vie ! Pas de l’insouciance et de l’irresponsabilité. Refusons le destin qu’on veut imposer à notre patrie ! La jeunesse consciente est celle qui a affronté les islamistes et les bandits armés du MNLA presque les mains nues en début de semaine.
Dépités par les exactions qu’on leur imposait, révoltés par les privations de toutes sortes, ils ont pris conscience qu’ils ne devaient compter que sur eux-mêmes pour se libérer. Ils ont pris conscience que le courage et la volonté constituent leurs premières armes quand ont vit l’oppression. Comme ces braves jeunes de la Cité des Askia, battons-nous pour le Mali de nos rêves, ce Mali que nous voulons léguer à la génération éclairée.
Osez lutter, c’est oser affronter la réalité en face quel que soit le prix à payer ! Nous ne sortirons jamais de ce chaos si nous ne surmontons pas nos peurs, si nous ne nous acceptons pas dans nos différences, si nous ne renonçons pas à toutes les autres considérations pour mettre le Mali et son intégrité territoriale au-dessus de tout.
Dan Fodio
Les griots et autres maîtres de la parole nous ont toujours appris que les Maliens sont les descendants des grands hommes qui ont voué leur combat à la libération et au progrès de leur peuple. Des hommes et des femmes qui avaient fait de ce pays une nation estimée, respectée et crainte parce que braves, courageux et téméraires à la limite, honnêtes, intègres et loyaux. Mais, par lâcheté, par complexe, par cupidité et surtout à cause de la mégalomanie nous avons progressivement sacrifié ces valeurs, dilapidé cet héritage pour nous retrouver aujourd’hui dans un pays qui a perdu son âme et qui sombre progressivement dans le chaos !
« Nous voulons être les dignes héritiers de nos ancêtres, les artisans d’un Mali resplendissant de prospérité intérieure et de rayonnement international… En donnant le nom Mali à notre jeune République, nous avons devant l’histoire fait le serment de réhabiliter les valeurs morales qui ont fait la grandeur de l’Afrique » ! C’est ce que disait Modibo Kéita, au lendemain de l’indépendance du Mali.
Naturellement et légitimement, Modibo Kéita et toute sa génération pouvaient se réclamer du Ghana, du Mandé, de Ségou, du Songhoy, du Kénédougou… parce qu’ils cultivaient ces valeurs qui ont fait la fierté de ces peuples à travers de puissants royaumes et de mythiques empires. Ils en avaient les qualités et le prestige. De nombreux témoignages sur par exemple le très regretté Modibo Kéita le prouvent.
« … Le directeur du cours des moniteurs de Sikasso a réussi à avoir une autorité quasi absolue, un ascendant personnel incontestable sur les anciens tirailleurs, sur une partie des fonctionnaires et sur une portion importante de la population. Modibo Kéita emploie cet ascendant à désagréger les chefferies indigènes et à combattre par tous les moyens l’autorité de l’administration française… Continuellement, il provoque ou exploite des incidents pour diminuer l’autorité de notre administration », s’inquiétait ainsi le gouverneur français Louveau dans une correspondance adressée à sa hiérarchie.
Jamais, le destin du pays n’a autant coïncidé avec celui d’un homme. « C’est son charisme naturel qui a eu pour effet de faciliter son identification avec le parti, le peuple et la nation. Indéniablement, Modibo Kéita incarnait l’âme du Mali. Son prestige immense, son autorité incontestable, découlaient principalement de sa conduite irréprochable et de sa croyance profonde, inébranlable dans le destin du Mali. Une nation qui s’identifiait à Modibo Kéita parce qu’il était l’incarnation réelle de la personnalité malienne, de la dignité nationale de ce peuple orgueilleux de son histoire », témoigne Cheick Oumar Diarra, un grand témoin de l’indépendance du Mali.
Qu’avons-nous fait de l’héritage de cet homme exceptionnel, de ce grand patriote ? Nous l’avons dilapidé pour devenir la risée du monde ! Des fadenw sago ! Hélas ! Homme de dialogue, Modibo Kéita le fut. Il était capable de s’élever très haut pour défendre les intérêts de son pays, rien que les intérêts du Mali. Il prenait toujours de la hauteur pour se mettre au-dessus des calculs et des intérêts partisans chaque fois que la nation était menacée dans on honneur, dans sa dignité, dans son existence.
Grâce à ses qualités de leader et son engament patriotique, il nous a laissé en héritage un Mali réconcilié avec son histoire et sa riche culture. Il a redonné au peuple malien sa dignité et son honneur longtemps bafoués par des décennies de colonisation. Des valeurs et des acquis ébranlés par 23 ans de dictature, écrasés par deux décennies de pratique démocratique et aujourd’hui dans un coma profond suite au coup d’Etat du 22 mars 2012 et scission du pays qui en a suivi.
L’héritage patriotique dilapidé
Nous risquons de ne retrouver tous bientôt devant le tribunal de l’Histoire. Motifs ? Lâcheté et surtout trahison ! Oui nous avons trahi l’esprit de nos références historiques (empereurs et résistants, pères de l’indépendance) et les valeurs qu’ils nous ont légués ! Et cela sur l’autel de nos intérêts particuliers. Que sommes-nous aujourd’hui pour ceux qui ont fait la réputation du Mali du Nord au sud, d’Est en ouest ? Des poltrons qui tremblent face aux envahisseurs.
C’est notre frousse qui fait aujourd’hui que le pays s’enfonce chaque jour plus dans le chaos. C’est notre peur qui fait que nous sommes aujourd’hui tous focalisés sur l’après-intérim et non sur la libération des régions du Nord-Mali. Hélas, nous ne sommes pas sortis de l’auberge car, par peur de l’autre, personne ne veut de compromis dans ce pays meurtri par ses supposés serviteurs.
Personne ! Ni les militaires, ni le FDR, ni les opportunistes qui forment l’aile politique de la junte qui nous ont entraînés dans ce chaos à quelques semaines de l’alternance politique. Ceux qui ne pouvaient pas venir au pouvoir par les urnes supportent les militaires et leur proposition d’improbable conférence.
Ceux qui croyaient avoir gagné Koulouba dans les isoloirs rejettent les militaires et leur proposition de Convention nationale, l’ultime pièce de putschistes pour se maintenir, car conscients qu’une telle rencontre n’aboutira jamais à un consensus. Sans compter qu’on peut organiser une Convention, mais elle ne sera pas nationale sans les 2/3 du territoire occupés par des bandits armés, des terroristes déguisés en islamistes.
Entre-temps la population oubliée souffre et se meurt à Gao, Kidal et Tombouctou sous la tyrannie d’Aqmi, d’Ançar Dine, du Mujao et du MNLA ! Et nous nous restons sur notre position d’observateurs indifférents ! Qui est fou pour se mouiller et se condamner aux geôles du capitaine Amadou Haya Sanogo ? Et pourtant, il y a peu, nous aimions nous revendiquer de la descendance de Soundiata, de Tiramakan, de Fakoly, de Kélé Bourama, d’El hadj Omar, de Samory, de Tiéba et Babemba, des Askia, de Modibo Kéita, Fily Dabo Sissoko, Mamadou Konaté, Modibo Kéita, Lumumba, Kwame Nkrumah, Nelson Mandela Thomas Sankara… Visiblement, c’est plus facile à revendiquer qu’à assumer !
Tièfarinw bana Malila ! Le Mali ne vit plus à l’ère des braves hommes fiers et orgueilleux ! Notre orgueil et notre fierté, c’est faire le gros dos devant les belles femmes ou face aux caméras ; c’est nous enrichir aux dépens du contribuable ! Cela ne surprend pas parce que nous sommes dans le pays où la médiocratie l’a toujours emporté sur l’excellence ces dernières décennies, où la partialité domine l’objectivité, où les pauvres et aujourd’hui les populations du Nord ne figurent en bonne place que dans les discours démagogiques !
Qui doivent changer ça ? Les jeunes bien sûr ! Comment ? Qu’ils cessent de perdre leur énergie dans le soutien à tel capitaine, colonel ou à tel leader politique pour se battre pour le Mali, et pour le Mali seul ! Qu’ils cessent d’ouvrir la bouche pour attendre les fruits murs tombés d’un arbre déjà déraciné pour se mettre réellement au travail ! Nul ne détient le destin de son semblable !
Nous nous sommes autoproclamés génération consciente ! Consciente de quoi ? Pas de la réalité de notre devoir à l’égard de notre patrie ! Pas de la nécessité d’être le boulanger de notre propre vie ! Pas de l’insouciance et de l’irresponsabilité. Refusons le destin qu’on veut imposer à notre patrie ! La jeunesse consciente est celle qui a affronté les islamistes et les bandits armés du MNLA presque les mains nues en début de semaine.
Dépités par les exactions qu’on leur imposait, révoltés par les privations de toutes sortes, ils ont pris conscience qu’ils ne devaient compter que sur eux-mêmes pour se libérer. Ils ont pris conscience que le courage et la volonté constituent leurs premières armes quand ont vit l’oppression. Comme ces braves jeunes de la Cité des Askia, battons-nous pour le Mali de nos rêves, ce Mali que nous voulons léguer à la génération éclairée.
Osez lutter, c’est oser affronter la réalité en face quel que soit le prix à payer ! Nous ne sortirons jamais de ce chaos si nous ne surmontons pas nos peurs, si nous ne nous acceptons pas dans nos différences, si nous ne renonçons pas à toutes les autres considérations pour mettre le Mali et son intégrité territoriale au-dessus de tout.
Dan Fodio
SITUATION AU MALI : Cri de cœur d’un écrivain | Les Echos
SITUATION AU MALI : Cri de cœur d’un écrivain | Les Echos
Si nous prônons l’oubli de soi au profit du Mali, ne soyons pas chagrins et revanchards. Oublions notre propre personne et nos problèmes personnels pour sauver le Mali.
Le Mali est à un tournant extrêmement délicat de son histoire. Et pourtant, l’ensemble des Maliens prônent l’oubli de soi au profit du Mali.
A mon humble avis, le récent accord entre le CNERDE et la Cédéao peut être une réelle porte de sortie pour le Mali, quoi qu’on dise. Je reconnais que les patriotes et les nationalistes radicaux sont dans leur bon droit. Ils ont incontestablement l’amour de ce pays auquel ils n’oseraient pas souhaiter la misère.
A mon humble avis, dans ce monde globalisé, un nationalisme trop radical serait contre productif, voire suicidaire. Quel patriote peut être fier d’une prise de position radicale qui aura pour conséquence d’accroître les souffrances d’un peuple déjà éprouvé et extenué ? A ceux qui nous exigent de réunir toutes les garanties de transparence et d’assainissement avant de démarrer, je pose la question suivante : à quand remettent-ils la libération du Nord ?
En signant l’accord de sortie avec la Cédéao, si le capitaine Sanogo et le CNRDRE sont sincères, il faut qu’ils s’assument avec courage et fermeté, dans la sérénité. Qu’ils ne perdent pas de vue les intérêts supérieurs du pays qu’ils ont choisi de préserver. J’invite tous les bords politiques à faire preuve de patriotisme et d’abnégation.
Faisons en sorte que les graves faits qui menacent la sortie de crise soient considérés comme un incident de parcours à dépasser et non à récupérer. Si nous prônons l’oubli de soi au profit du Mali, ne soyons pas chagrins et revanchards. Oublions notre propre personne et nos problèmes personnels pour sauver le Mali.
J’invite le Premier ministre et son gouvernement à ne pas céder au découragement. Ils ont le Mali sur leurs épaules. Dans notre hymne national il est mentionné « la voie est dure, très dure, qui mène au bonheur commun ; courage et dévouement ; vigilance à tout moment ». Chers compatriotes, sauvons le Mali à tout prix. L’ennemi nous regarde et jubile.
Je prie la Cédéao et la communauté internationale d’aider sincèrement le Mali à résoudre sa crise et à recouvrer son intégrité. Il n’est pas nécessaire d’envoyer des troupes à Bamako pour venir nous compliquer la vie. Il faut surtout mettre l’armée malienne dans les conditions et l’appuyer au nord pour la reconquête. Ne perdons pas le temps à dialoguer. Un bandit armé est un malfrat qui ne cède pas à de simples exhortations. Surtout que grâce à un concours de circonstances, il se trouve en position de force.
A moins que l’humanité ne souhaite un retour à la jungle, il faut rappeler les bandits armés à l’ordre et la justice et les contraindre à abandonner leurs positions, sans préalable. Le Mali est un et indivisible.
Je termine en exhortant nos compatriotes à calmer les passions, pour ne pas plonger notre pays dans le précipice au nom d’intérêts personnels.
Ensemble, soutenons notre gouvernement pour aller aux élections. Je suis sûr que ce gouvernement prendra en compte les inquiétudes des uns et des autres en vue d’élections transparentes et crédibles. Faisons preuve de retenue. Faisons confiance au gouvernement de transition.
Soutenons l’accord de sortie de crise obtenu qui est le raccourci le plus bénéfique pour sauver le Mali.
Drissa Doumbia
(écrivain domicilié à Yirimadio
Si nous prônons l’oubli de soi au profit du Mali, ne soyons pas chagrins et revanchards. Oublions notre propre personne et nos problèmes personnels pour sauver le Mali.
Le Mali est à un tournant extrêmement délicat de son histoire. Et pourtant, l’ensemble des Maliens prônent l’oubli de soi au profit du Mali.
A mon humble avis, le récent accord entre le CNERDE et la Cédéao peut être une réelle porte de sortie pour le Mali, quoi qu’on dise. Je reconnais que les patriotes et les nationalistes radicaux sont dans leur bon droit. Ils ont incontestablement l’amour de ce pays auquel ils n’oseraient pas souhaiter la misère.
A mon humble avis, dans ce monde globalisé, un nationalisme trop radical serait contre productif, voire suicidaire. Quel patriote peut être fier d’une prise de position radicale qui aura pour conséquence d’accroître les souffrances d’un peuple déjà éprouvé et extenué ? A ceux qui nous exigent de réunir toutes les garanties de transparence et d’assainissement avant de démarrer, je pose la question suivante : à quand remettent-ils la libération du Nord ?
En signant l’accord de sortie avec la Cédéao, si le capitaine Sanogo et le CNRDRE sont sincères, il faut qu’ils s’assument avec courage et fermeté, dans la sérénité. Qu’ils ne perdent pas de vue les intérêts supérieurs du pays qu’ils ont choisi de préserver. J’invite tous les bords politiques à faire preuve de patriotisme et d’abnégation.
Faisons en sorte que les graves faits qui menacent la sortie de crise soient considérés comme un incident de parcours à dépasser et non à récupérer. Si nous prônons l’oubli de soi au profit du Mali, ne soyons pas chagrins et revanchards. Oublions notre propre personne et nos problèmes personnels pour sauver le Mali.
J’invite le Premier ministre et son gouvernement à ne pas céder au découragement. Ils ont le Mali sur leurs épaules. Dans notre hymne national il est mentionné « la voie est dure, très dure, qui mène au bonheur commun ; courage et dévouement ; vigilance à tout moment ». Chers compatriotes, sauvons le Mali à tout prix. L’ennemi nous regarde et jubile.
Je prie la Cédéao et la communauté internationale d’aider sincèrement le Mali à résoudre sa crise et à recouvrer son intégrité. Il n’est pas nécessaire d’envoyer des troupes à Bamako pour venir nous compliquer la vie. Il faut surtout mettre l’armée malienne dans les conditions et l’appuyer au nord pour la reconquête. Ne perdons pas le temps à dialoguer. Un bandit armé est un malfrat qui ne cède pas à de simples exhortations. Surtout que grâce à un concours de circonstances, il se trouve en position de force.
A moins que l’humanité ne souhaite un retour à la jungle, il faut rappeler les bandits armés à l’ordre et la justice et les contraindre à abandonner leurs positions, sans préalable. Le Mali est un et indivisible.
Je termine en exhortant nos compatriotes à calmer les passions, pour ne pas plonger notre pays dans le précipice au nom d’intérêts personnels.
Ensemble, soutenons notre gouvernement pour aller aux élections. Je suis sûr que ce gouvernement prendra en compte les inquiétudes des uns et des autres en vue d’élections transparentes et crédibles. Faisons preuve de retenue. Faisons confiance au gouvernement de transition.
Soutenons l’accord de sortie de crise obtenu qui est le raccourci le plus bénéfique pour sauver le Mali.
Drissa Doumbia
(écrivain domicilié à Yirimadio
Le Figaro - International : Nord-Mali : la rébellion crée un État islamique
Le Figaro - International : Nord-Mali : la rébellion crée un État islamique
Des rebelles islamistes d'Ansar Dine à Tombouctou, le 24 avril. Crédits photo: ROMARIC OLLO HIEN/ AFP PHOTO Crédits photo : ROMARIC OLLO HIEN/AFPL'un veut faire du nord du Mali un État touareg et laïc, l'autre imposer la charria à tout le pays. Pourtant, samedi, les Touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) ont fusionné avec le groupe islamiste Ansar Dine et proclamé la création de «l'État islamique de l'Azawad».
«Nous sommes tous pour l'indépendance de l'Azawad», «nous acceptons tous l'islam comme religion», le Coran et la Sunna (paroles et actions du prophète Mahomet rapportées par la tradition) sont «la source du droit», indique le protocole d'accord officialisant cette fusion.
Les islamistes ont pris le dessus sur les Touaregs
Depuis le coup d'État militaire du 22 mars qui avait chassé du pouvoir le président Amadou Toumani Touré, les Touaregs du MNLA, Ansar Dine et des milices islamistes liées à Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) se sont emparés de plusieurs villes du nord du pays. À mesure que la rébellion progressait, les islamistes ont pris le pas sur les Touaregs laïcs, et ont imposé la charria dans les villes conquises.
Amnesty International rapporte déjà les premières conséquences de cette politique sur le terrain: «À Gao, tous les bars ont été détruits. À Tombouctou, des membres d'Ansar Dine ont arrêté des personnes accusées de vols et de pillages (qui pourraient) subir des châtiments basés sur la charia». À Kidal, «Ansar Dine a demandé aux femmes de porter le voile et a détruit un night-club», affirme l'ONG.
Bamako impuissant
Le gouvernement malien rejette la création de cet État islamique. Ce nouvel accord et l'incertitude autour de la place d'Aqmi dans «l'Azawad» les fragilisent encore un peu plus. Les autorités maliennes de transition ne cessent de proclamer leur volonté de restaurer l'intégrité territoriale du Mali, dont le Nord s'est déclaré unilatéralement indépendant le 6 avril dernier. Mais elles semblent impuissantes, d'autant qu'elles ont peiné jusque-là à s'imposer à Bamako même face à l'ex-junte du capitaine Amadou Haya Sanogo, qui avait renversé le 22 mars le président Amadou Toumani Touré.
Conjuguée à la crise alimentaire qui sévit au Nord du Mali, la situation chaotique de la région faisait déjà craindre en avril dernier à Amnesty International «un désastre humanitaire majeur». «Toute la nourriture et les médicaments stockés par les grandes agences humanitaires ont été pillés et la plupart des travailleurs humanitaires ont fui (…). Les populations font face à un risque imminent de graves pénuries alimentaire et médicale qui pourraient entraîner de nouvelles pertes humaines».
LIRE AUSSI:
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» Mali: le casse-tête d'une intervention extérieure
26 mai 2012
Fumer le calumet de la paix
Sidwaya
Fumer le calumet de la paix
- Le Quotidien
Editorial
Fumer le calumet de la paix
24 mai 2012, par Webmaster"Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix". Cette phrase pleine de sens est extraite du préambule de l’Acte constitutif de l’UNESCO. A lire entre les lignes, l’on s’aperçoit que cette citation qui est le leitmotiv des clubs UNESCO, vaut son pesant de sagesse. Ces clubs UNESCO au moment de leur rayonnement étaient très présents et très actifs dans nos collèges, lycées et universités et véhiculaient des messages de paix, de solidarité, de cohésion, de développement personnel. Véritables écoles de la vie, la disparition de ces clubs UNESCO aurait-il un rapport avec la recrudescence de la violence constatée aujourd’hui en milieu scolaire et universitaire ?
En tous les cas, se référant à l’extrait du préambule de l’Acte constitutif de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, on peut se permettre certaines affirmations. En effet, la paix, ce n’est pas quelque chose qui vient de l’extérieur. La paix vient de l’intérieur. Elle prend naissance en nous-mêmes. La paix dans la cité n’est pas l’affaire d’un individu ou un groupe d’individus. Pour que la paix soit durable et générale, il est du devoir de chacun de nous, de faire croître et prospérer la paix en lui. "Ce n’est qu’en trouvant la paix en soi, que l’on peut vivre en paix avec les autres", enseigne le Dalaï Lama (Prix Nobel de la paix 1989). Une leçon de vie pour illustrer cette conception des choses : "J’aimerai savoir comment est le paradis et comment est l’enfer", dit un jour un jeune ange au gardien des cieux. Séance tenante, il fut conduit vers deux portes. Le gardien ouvrit la première porte et permit ainsi à l’ange de regarder à l’intérieur. Au milieu de la pièce, une immense table ronde. Au milieu de la table, une grosse marmite contenant un ragoût à l’arôme délicieux... Le jeune ange saliva d’envie. Les personnes assises autour de la table étaient toutes maigres et livides. Elles étaient toutes affamées. Elles tenaient des cuillères aux très longs manches, attachées à leurs bras. Toutes pouvaient atteindre la marmite de ragoût et remplir une cuillerée. Mais comme le manche de la cuillère était long que leur bras, elles ne pouvaient ramener les cuillères à leur bouche.
Le jeune ange frisonna à la vue de leur misère et de leurs souffrances. "Alors c’est ça l’enfer ?" demanda-t-il. Le gardien des cieux, sans répondre, se dirigea vers la seconde porte. Il l’ouvrit. Surprise ! La scène était presque identique à la précédente : la grande table ronde, la marmite de délicieux ragoût, les cuillères aux longs manches attachées aux bras..
Mais à la différence de la première scène, ici les personnes autour de la table ne sont pas faméliques. Les gens étaient bien nourris, replets, souriants et se parlaient en riant.
Et le jeune ange de s’exclamer : "Je ne comprends pas !". "Et bien, c’est simple", dit le gardien des cieux. "C’est juste une question d’habilité. Ils ont appris à se nourrir les uns les autres, tandis que les gloutons et les égoïstes ne pensent qu’à eux-mêmes". On ne construit pas la paix dans l’égoïsme.
"Quand les toiles des araignées se réunissent, elles peuvent lier un lion" , dit un proverbe éthiopien.
Dans sa quête de paix durable, le gouvernement du Burkina Faso a entrepris une tournée pour aller à la rencontre des forces vives des différentes localités et échanger avec elles sur les préoccupations du moment.
Bien que cette initiative ait été organisée dans un bon esprit à savoir communiquer, dialoguer avec les citoyens, il reste que les équipes gouvernementales n’ont pas reçu le même accueil partout. Car, il existe encore au Burkina des gens qui pensent que les mauvais ce sont les autres. Du coup, le bénéfice de la bonne foi ou de la bonne intention n’existe plus.
" Dis-moi qui tu es et je te dirai qui tu n’es pas ou qui tu ne peux être", semble être la consigne. En tous les cas, celui qui est déterminé à construire ne doit pas s’arrêter dès le premier obstacle. Le tout, c’est de toujours œuvrer à aller vers l’objectif visé ou le but à atteindre. Et garder toujours à l’esprit la philosophie de Jean Jaurès selon laquelle, il ne faut jamais séparer la République des idées de justice sociale sans laquelle elle n’est qu’un mot. La recherche de la paix est une œuvre de longue haleine, c’est un choix de vie. Au commencement, l’arbre n’est qu’une graine.
En tous les cas, se référant à l’extrait du préambule de l’Acte constitutif de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, on peut se permettre certaines affirmations. En effet, la paix, ce n’est pas quelque chose qui vient de l’extérieur. La paix vient de l’intérieur. Elle prend naissance en nous-mêmes. La paix dans la cité n’est pas l’affaire d’un individu ou un groupe d’individus. Pour que la paix soit durable et générale, il est du devoir de chacun de nous, de faire croître et prospérer la paix en lui. "Ce n’est qu’en trouvant la paix en soi, que l’on peut vivre en paix avec les autres", enseigne le Dalaï Lama (Prix Nobel de la paix 1989). Une leçon de vie pour illustrer cette conception des choses : "J’aimerai savoir comment est le paradis et comment est l’enfer", dit un jour un jeune ange au gardien des cieux. Séance tenante, il fut conduit vers deux portes. Le gardien ouvrit la première porte et permit ainsi à l’ange de regarder à l’intérieur. Au milieu de la pièce, une immense table ronde. Au milieu de la table, une grosse marmite contenant un ragoût à l’arôme délicieux... Le jeune ange saliva d’envie. Les personnes assises autour de la table étaient toutes maigres et livides. Elles étaient toutes affamées. Elles tenaient des cuillères aux très longs manches, attachées à leurs bras. Toutes pouvaient atteindre la marmite de ragoût et remplir une cuillerée. Mais comme le manche de la cuillère était long que leur bras, elles ne pouvaient ramener les cuillères à leur bouche.
Le jeune ange frisonna à la vue de leur misère et de leurs souffrances. "Alors c’est ça l’enfer ?" demanda-t-il. Le gardien des cieux, sans répondre, se dirigea vers la seconde porte. Il l’ouvrit. Surprise ! La scène était presque identique à la précédente : la grande table ronde, la marmite de délicieux ragoût, les cuillères aux longs manches attachées aux bras..
Mais à la différence de la première scène, ici les personnes autour de la table ne sont pas faméliques. Les gens étaient bien nourris, replets, souriants et se parlaient en riant.
Et le jeune ange de s’exclamer : "Je ne comprends pas !". "Et bien, c’est simple", dit le gardien des cieux. "C’est juste une question d’habilité. Ils ont appris à se nourrir les uns les autres, tandis que les gloutons et les égoïstes ne pensent qu’à eux-mêmes". On ne construit pas la paix dans l’égoïsme.
"Quand les toiles des araignées se réunissent, elles peuvent lier un lion" , dit un proverbe éthiopien.
Dans sa quête de paix durable, le gouvernement du Burkina Faso a entrepris une tournée pour aller à la rencontre des forces vives des différentes localités et échanger avec elles sur les préoccupations du moment.
Bien que cette initiative ait été organisée dans un bon esprit à savoir communiquer, dialoguer avec les citoyens, il reste que les équipes gouvernementales n’ont pas reçu le même accueil partout. Car, il existe encore au Burkina des gens qui pensent que les mauvais ce sont les autres. Du coup, le bénéfice de la bonne foi ou de la bonne intention n’existe plus.
" Dis-moi qui tu es et je te dirai qui tu n’es pas ou qui tu ne peux être", semble être la consigne. En tous les cas, celui qui est déterminé à construire ne doit pas s’arrêter dès le premier obstacle. Le tout, c’est de toujours œuvrer à aller vers l’objectif visé ou le but à atteindre. Et garder toujours à l’esprit la philosophie de Jean Jaurès selon laquelle, il ne faut jamais séparer la République des idées de justice sociale sans laquelle elle n’est qu’un mot. La recherche de la paix est une œuvre de longue haleine, c’est un choix de vie. Au commencement, l’arbre n’est qu’une graine.
Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA
rabankhi@yahoo.fr
rabankhi@yahoo.fr
Chronique du vendredi : Le Mali ou la Somalie, le choix est là. - maliweb.net
Chronique du vendredi : Le Mali ou la Somalie, le choix est là. - maliweb.net
e Mali dépasse toutes les prévisions en ce moment et Dieu sait ce que lui réservent les jours prochains. Pourtant, le chaos-mère est venu du Nord, précipité par la victoire militaire de la rébellion. Pour être exact, il faut dire la victoire des jihadistes d’Aqmi ou de Mujao dot Ansardine n’a été que les lunettes fumées et le Mnla une filière de blanchiment. Pour partie, l’explication de la malédiction nationale se trouve dans l’indifférence nationale à l’égard du chaos d’un Nord sanctuarisé par le crime organisé depuis bien des années et que nous aurions beaucoup plus dénoncé si ça se passait à Sikasso ou Kayes.
Pour partie, la République a été humiliée sur le front du Nord par son armée y compris la chaîne de commandement. Il ne sert à rien de l’occulter si on veut changer la sinistre réalité. Pas plus qu’il ne sert à quelque chose de mettre nos seuls soldats à l’index puisque c’est tout le système lui-même qui est médiocre : la famille s’est désincarnée, la jeunesse a été abandonnée, la morale est dévoyée, la société est corrompue, les non-valeurs et les contre-valeurs dominent, c’est le règne des sauf-conduits et des passe-droits, et les validateurs les plus en vue sont autant de prisonniers de droit commun là où l’imputabilité n’est pas un slogan creux. Seule consolation, l’excellence n’est venue que de nos artistes, curieusement la couche la moins assistée par l’Etat. Et cette médiocrité est telle que nous n’avons même pas pu empêcher le putsch du 22 mars ni encore décidé d’en tirer les leçons. Pour rester le Mali et pas devenir la Somalie. Parce que hélas le Mali a deux des ingrédients qui ont fait de ce pays de la Corne de l’Afrique un ensemble de dominions régis par le canon et la terreur. Premier ingrédient : l’accès aux armes. Celui-ci ne s’est jamais autant démocratisé malgré les projets initiés ces dernières décennies contre leur prolifération. De par sa position géographique, ses faibles capacités et la vénalité de ses systèmes de surveillance, le Mali est une zone de transit des marchands de la mort prestataires de la sous-région. Et puis, il y eut les sorties, pas les rentrées d’armes pour la guerre de l’Azawad qui a éclaté dans l’interrègne, une période propice à la distraction. Deuxième ingrédient : les milices gouvernent au Nord tandis que les troupes au Sud semblent échapper à l’autorité des institutions légales. Cette armée, les masses et même les élites courent, à cet égard, le risque de se « privatiser » entre plusieurs enjeux. Illustration : la consternante violence sur la personne du président de la République en ses locaux et qui en dit plus qu’un livre sur la capacité d’auto-perversion du pays. Or malgré nos offenses à la paix et à la stabilité du pays, le Mali a les ressorts pour rebondir et ne pas sombrer comme des états de triste référence. D’abord, parce que retour à l’ordre constitutionnel, s’il n’est pas linéaire, est en cours. Vrai, la légalité se saurait être effective sans une armée sous le contrôle des institutions légitimes. Vrai, le besoin d’une armée républicaine est maintenant criard. Mais en termes de sortie de crise, nous sommes bien plus proches de la lueur en cette fin mai qu’en fin mars où nous redoutions le raidissement de la junte ou en fin avril où l’ex junte avait écarté la présidence de Dioncounda après les quarante jours. L’espoir est aussi permis par notre capital social, c’est-à-dire le petit liant qui nous tient ensemble. Ce capital a été sur-sollicité par plusieurs crises et contradictions. Mais l’indice de cousinage, la probabilité d’être l’oncle ou le neveu de celui qui doit vous tuer ou que vous devez tuer sont très élevés ici. C’est une des bouches d’incendie contre les pyromanes érigés en idéologues de l’autarcie mais qui savent bien que le Mali de 2012 ne peut pas survivre à la communauté internationale dont elle bénéficie de ressources conséquentes et dont elle menace la sécurité. Le vivre en commun ici n’est pas seulement un projet mais une nécessité pour mutualiser nos solutions individuelles contre la précarité. La formule d’Ousmane Sy n’est pas que belle mais exacte quand elle dit qu’ici c’est la nation qui se cherche un Etat. Et pas l’inverse. Y compris dans l’Azawad dont les populations nomades au lieu d’accueillir les rebelles en libérateurs ont préféré les camps de réfugiés. D’ailleurs ils sont nombreux les militaires loyalistes ou les familles de ceux-ci qui doivent une fière chandelles aux civils touareg au plus fort de la crise. Mais pour que le Mali que nous avons voulu en mars 1991 reste sur orbite, son capital social doit s’appuyer sur un projet évalué et refondé. Car l’appel de sang nouveau et de nouvelles légitimités confusément exprimé par le citoyen lambda est sincère. En dépit de la posture inquiétante de pêcheurs en eaux troubles qui veulent l’instrumentaliser à leur seul profit. Reste que nous devons rejeter la démocratie de façade, refuser les élections-bidon, la gouvernance de dissimulation et les logiques d’exclusion dont l’Afrique est la piteuse vitrine. Et entre Bamako et Kati, le serment pour un Mali grand plutôt que pathétique est une urgence pressante.
Adam Thiam
e Mali dépasse toutes les prévisions en ce moment et Dieu sait ce que lui réservent les jours prochains. Pourtant, le chaos-mère est venu du Nord, précipité par la victoire militaire de la rébellion. Pour être exact, il faut dire la victoire des jihadistes d’Aqmi ou de Mujao dot Ansardine n’a été que les lunettes fumées et le Mnla une filière de blanchiment. Pour partie, l’explication de la malédiction nationale se trouve dans l’indifférence nationale à l’égard du chaos d’un Nord sanctuarisé par le crime organisé depuis bien des années et que nous aurions beaucoup plus dénoncé si ça se passait à Sikasso ou Kayes.
Adam Thiam (Le Républicain)
Adam Thiam
MALI : Au nom de la paix, Cheick Modibo Diarra comme président de la transition - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso
MALI : Au nom de la paix, Cheick Modibo Diarra comme président de la transition - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso
vendredi 25 mai 2012

MALI : Au nom de la paix, Cheick Modibo Diarra comme président de la transition
La raison médicale a été officiellement avancée pour justifier le voyage en France de Dioncounda Traoré, président malien de la transition. Cet argument est d’autant plus convainquant que l’ancien intérimaire a récemment été physiquement victime du courroux des manifestants pro-putschistes qui ne veulent point le sentir. Si ce justificatif d’ennui sanitaire vaut son pesant de logique, l’ex-président de l’Assemblée n’ayant plus la résistance physique d’un
25 mai 2012
Mali : les fantômes de Tombouctou | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique
Mali : les fantômes de Tombouctou | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique
Car depuis le 2 avril, ce sont les islamistes d'Ansar Eddine, le groupe fondé par Iyad Ag Ghali - meneur de la rébellion touarègue de 1990 -, qui règnent en maîtres. Ils ont fait une entrée triomphale dans la cité des Trois Cent Trente-Trois Saints à la suite de leurs alliés du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), la rébellion touarègue au Mali. Puis ils ont rameuté les salafistes d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), avec qui ils ont mis la ville en coupe réglée. Débordé, le MNLA s'est installé à l'aéroport, à 4 km au sud. Et l'alliance Ansar Eddine-Aqmi fonctionne si bien qu'il est impossible de les distinguer. Aujourd'hui, Ansar Eddine s'enorgueillit de compter cinq cents combattants dans la seule Tombouctou alors qu'il n'en revendiquait que trois cents dans tout le Nord au début du conflit.
"Généraliser la charia, ça ne pose pas de problème"
La laïcité défendue par le MNLA a fait long feu. Pressés de constituer « l'État de l'Azawad », les rebelles, en négociation avec Iyad Ag Ghali à Gao, ont consenti à tordre le coup à ce principe. « Après tout, le MNLA et Ansar Eddine sont tous les deux constitués de ressortissants de l'Azawad, explique calmement Ousmane Ag Saïd, chargé des affaires religieuses et révolutionnaires du MNLA à Tombouctou. Nous la pratiquons déjà chez nous, dans nos familles, alors généraliser la charia, ça ne pose pas de problème. » À condition de se détacher des djihadistes d'Aqmi, « qui ternissent notre combat », grince un haut cadre du MNLA depuis Gao.
À Tombouctou, en l'absence d'Ag Ghali - dont le nom de djihad est Abou Fadil -, c'est son bras droit qui prend la relève. Sanda Abou Mohamed est un Maure de la région. Ascétique et peu bavard, il fait un peu office d'administrateur général, supervisant aussi bien le ravitaillement en carburant que le positionnement de missiles défensifs autour de la ville. C'est donc lui qui a donné son accord pour qu'un convoi humanitaire du Haut Conseil islamique du Mali et de la Croix-Rouge entre dans Tombouctou le 14 mai. Il a même diligenté une escouade lourdement armée pour l'escorter de Douentza (région de Mopti) jusqu'à sa destination finale. Les 60 tonnes de vivres et de matériel médical sont plus que bienvenues : la ville manque cruellement de tout.
Les premiers jugements du "tribunal islamique"
À leur tête, le commissaire Khoubey et son adjoint, l'inspecteur Hassan. Rien n'échappe à ces fins limiers, même pas la photographie d'une infirmière qui orne le carnet de notes du journaliste qu'ils reçoivent. Entre deux réponses sur la sécurité de la ville, Hassan finit par s'emparer d'un stylo-bille pour gribouiller sur les bras découverts de l'infirmière. « C'est haram [péché, NDLR] », maugrée-t-il entre deux traits vigoureux, sous le regard approbateur de son supérieur. « Depuis notre arrivée, nous avons fait juger six personnes au tribunal islamique », se réjouit celui-ci. Ledit tribunal n'est pas bien loin, installé dans La Maison, qui était il y a encore quelques mois l'un des hôtels les plus courus par les touristes. Et si aucun bras n'a encore été coupé, « de nombreux coups de fouet ont été administrés aux buveurs de bière », affirme Ben, conservateur du musée municipal.

civilités. L'arrivée d'une équipe de Médecins sans frontières est un vrai soulagement. L'ONG a dépêché sur place trois médecins et a pris en charge le salaire du personnel pédiatrique, gynéco-obstétrique et chirurgical. Mais Bassaloum tient à souligner « la présence très utile » des islamistes, qui ont versé des salaires de 35 000 et 40 000 F CFA aux bénévoles qui ont assuré un service minimum. « Et ils nous ont rendu l'ambulance qui avait été réquisitionnée par le MNLA, explique Bassaloum. Depuis, ils nous ont même donné une deuxième voiture, et ils s'occupent de fournir le carburant. »
La tombe de Cheikh Sidi Mahmoud Ben Amar profanée
L'opération séduction s'est intensifiée après le coup de sang de la population, le 4 mai. Ce jour-là, les islamistes ont profané la tombe de Cheikh Sidi Mahmoud Ben Amar, l'un des Trois Cent Trente-Trois Saints qui font la fierté de Tombouctou. Oubliant leur peur, les habitants ont bruyamment manifesté leur mécontentement. Depuis, les moudjahidine se sont confondus en excuses et ont promis de veiller sur le patrimoine de la ville, dont des milliers de manuscrits, scientifiques, littéraires ou historiques, datant pour certains du XIIe siècle. « Nous les protégerons jalousement, déclare Abou Moussa, chargé, chez Ansar Eddine, de la garde de ces précieux ouvrages. Non seulement ils font partie de notre patrimoine commun, mais les préceptes qu'ils défendent ne sont pas opposés à l'islam. » « Ils vont plus loin dans leur démarche pour s'intégrer : ils cherchent à prendre femme et proposent des dots de 500 000 F CFA », confie un élu déchu.

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Texte et photos Baba Ahmed, envoyé spécial
Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Mali : les fantômes de Tombouctou | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique
25/05/2012 à 14h:35 Par Baba Ahmed, envoyé spécial
Depuis le mois d'avril, les islamistes du mouvement Ansar Eddine règnent en maîtres sur la ville aux Trois Cent Trente-Trois Saints. Acculés à la misère et brimés par la charia, les habitants n'ont plus qu'une idée en tête : fuir. Reportage exclusif à Tombouctou et diaporama photo inédit de notre envoyé spécial.
« Désormais, il n'y a que deux activités possibles à Tombouctou : aller à la mosquée et rester chez soi. » Hallé Ousmane, le maire, cache mal son dépit. Sa ville, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, se meurt à petit feu. Les façades sont éventrées, les archives de l'administration ont été détruites, des bâtiments saccagés servent d'abris aux animaux... Plus douloureux encore, les visages hagards. « Tombouctou est une ville fantôme, et moi, je ne suis qu'un notable parmi tant d'autres », peste-t-il. A Tombouctou, sous le règne des islamistes
Un reportage photo de Baba Ahmed pour Jeune Afrique
Car depuis le 2 avril, ce sont les islamistes d'Ansar Eddine, le groupe fondé par Iyad Ag Ghali - meneur de la rébellion touarègue de 1990 -, qui règnent en maîtres. Ils ont fait une entrée triomphale dans la cité des Trois Cent Trente-Trois Saints à la suite de leurs alliés du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), la rébellion touarègue au Mali. Puis ils ont rameuté les salafistes d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), avec qui ils ont mis la ville en coupe réglée. Débordé, le MNLA s'est installé à l'aéroport, à 4 km au sud. Et l'alliance Ansar Eddine-Aqmi fonctionne si bien qu'il est impossible de les distinguer. Aujourd'hui, Ansar Eddine s'enorgueillit de compter cinq cents combattants dans la seule Tombouctou alors qu'il n'en revendiquait que trois cents dans tout le Nord au début du conflit.
"Généraliser la charia, ça ne pose pas de problème"
La laïcité défendue par le MNLA a fait long feu. Pressés de constituer « l'État de l'Azawad », les rebelles, en négociation avec Iyad Ag Ghali à Gao, ont consenti à tordre le coup à ce principe. « Après tout, le MNLA et Ansar Eddine sont tous les deux constitués de ressortissants de l'Azawad, explique calmement Ousmane Ag Saïd, chargé des affaires religieuses et révolutionnaires du MNLA à Tombouctou. Nous la pratiquons déjà chez nous, dans nos familles, alors généraliser la charia, ça ne pose pas de problème. » À condition de se détacher des djihadistes d'Aqmi, « qui ternissent notre combat », grince un haut cadre du MNLA depuis Gao.
Pendant ce temps à Gao...
Au contraire de Tombouctou, la cohabitation entre la population et les groupes islamistes n'est pas sans heurts à Gao. Le 14 mai, les Gaois, exaspérés par les salafistes et leurs excès, n'ont pas hésité à les affronter. Si le calme est revenu, un humanitaire présent dans la ville estime que « la plus petite étincelle pourrait mettre le feu aux poudres ». Pendant ce temps, le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) a trouvé un terrain d'entente avec Iyad Ag Ghali, le fondateur du groupe islamiste Ansar Eddine. Le MNLA consent à faire de l'islam la religion d'État - pourvu qu'il soit modéré - et Ag Ghali à se séparer de ses alliés d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et du Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao). Ce qui sonne le glas des groupuscules djihadistes. Comment éloigner ces alliés encombrants autrement que par la force ? « Pour l'instant, on va juste leur demander de déposer les armes et d'intégrer la toute nouvelle armée de l'Azawad », confie une source proche des négociations. Malika Groga-Bada
Logiquement, elle se vide peu à peu de ses 50 000 habitants. Ils fuient la pénurie d'argent et de vivres. Mais surtout la charia, la loi islamique, imposée par ceux qu'ils appellent les occupants. Plus de voiles aux couleurs chatoyantes ni de coiffures coquettes. Fini les veillées où l'on se courtise autour d'un verre de thé. Désormais, les sexes opposés doivent se tenir à bonne distance et les femmes se couvrent soigneusement tête, bras et chevilles. La police islamique y veille. Elle a pris ses quartiers au coeur même du vieux Tombouctou, dans les locaux dévastés de la Banque malienne de solidarité. Mi-campement mi-bureaux, le lieu grouille de nouvelles recrues, qui arborent fièrement leur kalachnikov. Ces hommes sont touaregs, songhaïs, parfois bambaras, et communiquent entre eux en arabe. Après une formation sommaire, ils sont envoyés en patrouille ou postés aux points de contrôle installés un peu partout, chargés de faire respecter des principes moraux de l'islam. Premières cibles : les attouchements entre hommes et femmes, et les consommateurs d'alcool.Au contraire de Tombouctou, la cohabitation entre la population et les groupes islamistes n'est pas sans heurts à Gao. Le 14 mai, les Gaois, exaspérés par les salafistes et leurs excès, n'ont pas hésité à les affronter. Si le calme est revenu, un humanitaire présent dans la ville estime que « la plus petite étincelle pourrait mettre le feu aux poudres ». Pendant ce temps, le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) a trouvé un terrain d'entente avec Iyad Ag Ghali, le fondateur du groupe islamiste Ansar Eddine. Le MNLA consent à faire de l'islam la religion d'État - pourvu qu'il soit modéré - et Ag Ghali à se séparer de ses alliés d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et du Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao). Ce qui sonne le glas des groupuscules djihadistes. Comment éloigner ces alliés encombrants autrement que par la force ? « Pour l'instant, on va juste leur demander de déposer les armes et d'intégrer la toute nouvelle armée de l'Azawad », confie une source proche des négociations. Malika Groga-Bada
Les premiers jugements du "tribunal islamique"
À leur tête, le commissaire Khoubey et son adjoint, l'inspecteur Hassan. Rien n'échappe à ces fins limiers, même pas la photographie d'une infirmière qui orne le carnet de notes du journaliste qu'ils reçoivent. Entre deux réponses sur la sécurité de la ville, Hassan finit par s'emparer d'un stylo-bille pour gribouiller sur les bras découverts de l'infirmière. « C'est haram [péché, NDLR] », maugrée-t-il entre deux traits vigoureux, sous le regard approbateur de son supérieur. « Depuis notre arrivée, nous avons fait juger six personnes au tribunal islamique », se réjouit celui-ci. Ledit tribunal n'est pas bien loin, installé dans La Maison, qui était il y a encore quelques mois l'un des hôtels les plus courus par les touristes. Et si aucun bras n'a encore été coupé, « de nombreux coups de fouet ont été administrés aux buveurs de bière », affirme Ben, conservateur du musée municipal.
"Nous protégons jalousement ces manuscrits précieux", promet Abou Moussa, d'Ansar Eddine.
Dans la cour de l'hôpital régional, on décharge cartons de médicaments et matériel de soins. Le soulagement est palpable. Les nouveaux maîtres de la ville ont ordonné la gratuité des actes médicaux et des traitements, oubliant que l'hôpital n'était plus ravitaillé depuis la fin de mars et qu'il tourne avec une petite équipe de volontaires : un généraliste, une sage-femme et deux aides-soignants. « Le nombre des consultations a grimpé en flèche, explique Seydou Bassaloum, le surveillant général. En moyenne 150 consultations par jour, contre 100 avant l'arrivée d'Ansar Eddine et l'instauration de la gratuité des soins. »civilités. L'arrivée d'une équipe de Médecins sans frontières est un vrai soulagement. L'ONG a dépêché sur place trois médecins et a pris en charge le salaire du personnel pédiatrique, gynéco-obstétrique et chirurgical. Mais Bassaloum tient à souligner « la présence très utile » des islamistes, qui ont versé des salaires de 35 000 et 40 000 F CFA aux bénévoles qui ont assuré un service minimum. « Et ils nous ont rendu l'ambulance qui avait été réquisitionnée par le MNLA, explique Bassaloum. Depuis, ils nous ont même donné une deuxième voiture, et ils s'occupent de fournir le carburant. »
La tombe de Cheikh Sidi Mahmoud Ben Amar profanée
L'opération séduction s'est intensifiée après le coup de sang de la population, le 4 mai. Ce jour-là, les islamistes ont profané la tombe de Cheikh Sidi Mahmoud Ben Amar, l'un des Trois Cent Trente-Trois Saints qui font la fierté de Tombouctou. Oubliant leur peur, les habitants ont bruyamment manifesté leur mécontentement. Depuis, les moudjahidine se sont confondus en excuses et ont promis de veiller sur le patrimoine de la ville, dont des milliers de manuscrits, scientifiques, littéraires ou historiques, datant pour certains du XIIe siècle. « Nous les protégerons jalousement, déclare Abou Moussa, chargé, chez Ansar Eddine, de la garde de ces précieux ouvrages. Non seulement ils font partie de notre patrimoine commun, mais les préceptes qu'ils défendent ne sont pas opposés à l'islam. » « Ils vont plus loin dans leur démarche pour s'intégrer : ils cherchent à prendre femme et proposent des dots de 500 000 F CFA », confie un élu déchu.
Le tribunal islamique, installé dans la La Maison, qui était l'un des hôtels les plus courus par les touristes.
Pas sûr que ces civilités parviennent à calmer la frustration générale. La saison agricole est censée débuter cette semaine, mais les agriculteurs ne peuvent acheter ni semences ni engrais. Le carburant se fait rare, alors que les pompes hydrauliques et les goupes électrogènes fonctionnent au fuel, et que les coupures sont de plus en plus fréquentes. Constitués en petites équipes, les habitants désensablent les anciens puits et forages. Cela suffira-t-il ? Ces points d'eau datent des années 1970. À l'époque, la ville était trois fois moins peuplée. « On va droit dans le mur, se lamente Elhadj Mahmoudy, un camionneur. Enfin... j'espère que nos nouveaux patrons sauront nous épargner cela. »__________
Texte et photos Baba Ahmed, envoyé spécial
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24 mai 2012
Je veux comprendre… La crise politique et humanitaire au Mali
Je veux comprendre… La crise politique et humanitaire au Mali
Le Mali fait face à une importante crise politique depuis janvier 2012. Alors que la démocratie s’était peu à peu imposée dans le pays depuis 1991, la rébellion touareg, les groupes armés islamiques et l’armée malienne sont parvenus à déstabiliser dramatiquement le pays.

Au nord s’étend une zone désertique qui fait la transition entre Sahel et Sahara, appelée l’Azawad. Les touaregs, un peuple nomade dont les tribus s’étendent sur 5 États de l’Ouest africain, sont largement majoritaires dans cette région et revendiquent depuis 1958 un droit à l’autodétermination. Le Mouvement National pour la Libération de l’Awazad (MNLA) est un groupe armé laïc créé à la fin de l’année 2011 pour regrouper plusieurs factions touaregs, notamment les combattants qui ont fui le nouveau régime libyen en emportant avec eux les armes léguées par les hommes de Kadhafi.
Cette région faiblement peuplée fait également partie de la zone d’action d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) et sert de plaque tournante à de nombreux trafics illicites. L’État malien est absent de cette contrée difficile d’accès et dont les frontières poreuses offrent aux terroristes une précieuse capacité de mobilité.
D’autres groupes de moindre importance se sont établis dans cette zone de non-droit : le groupe armé islamiste Ansar Dine, qui souhaite imposer la charia dans l’ensemble du pays, et le mouvement islamiste Boko Haram dont la présence dans la ville de Gao (à l’est du pays) ne cesse d’étonner puisque ce groupe extrêmement violent opère d’ordinaire au Nigéria.
En janvier 2012, le MNLA et les islamistes ont lancé des offensives armées contre des installations militaires et ont pris possession de trois villes importantes en commettant de graves violations des Droits de l’Homme. Si ces groupes n’ont en commun que la volonté de supprimer toute représentation (armée ou non) du gouvernement malien au nord du pays, il semble que cette ambition parvienne à faire naître d’éphémères alliances, ce qui explique qu’à ce jour le nord du pays n’a toujours pas été repris par l’armée malienne.
Excédés par « l’incapacité du gouvernement à donner aux forces armées les moyens nécessaires pour défendre l’intégrité du territoire national » contre les groupes armés, les militaires ont renversé le 21 mars le gouvernement du Président Touré à Bamako, à un mois seulement des élections présidentielles. La Constitution a été suspendue et de nombreux opposants politiques ont été arrêtés, certains même assassinés. Quelques jours plus tard, un accord a été trouvé entre les militaires et la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO) pour que le pouvoir soit transmis à un civil, Dioncounda Traoré, pour une période d’un an. Mais la sortie de crise est incertaine, puisque les partisans du putsch ont agressé le Président Traoré dans son bureau lundi dernier avant de nommer le responsable du coup d’État, le capitaine Sanogo, à la tête du pays sans que celui-ci ne réagisse officiellement.
Faute d’interlocuteurs gouvernementaux, les rebelles ont renforcé leur emprise sur le Nord et ont commencé des négociations avec la CÉDÉAO concernant le futur de l’Awazad, mais aucun plan de sortie de crise n’est envisageable sans cohésion au sein des pouvoirs civils et militaires maliens.
Avant même le début de la crise politique, les craintes d’une crise alimentaire au Sahel étaient vives à cause de la faiblesse des intempéries, des mauvaises récoltes et de la hausse des prix que cela induit. Le Sahel est une zone semi-aride sous le Sahara qui traverse l’Afrique d’un océan à l’autre en passant par le Mali. Les ONG estiment que 18 millions de personnes sont aujourd’hui dans une situation d’insécurité alimentaire dans cette région, dont 3,5 millions au Mali. 560 000 enfants maliens de moins de 5 ans souffrent déjà de malnutrition.
Les violences qui se déroulent actuellement au Mali aggravent considérablement la situation. D’après les dernières estimations, près de 335 000 personnes ont été déplacées en raison des conflits, et l’aide humanitaire est difficilement acheminable. Ces mouvements de population ont un impact particulièrement néfaste sur la situation alimentaire déjà critique puisque les déplacés internes (qui restent dans les frontières de leur pays) et les réfugiés (qui quittent leur territoire national) s’établissent dans des régions touchées par la sécheresse.
Dans un rapport publié le 16 mai, Amnesty International relate des violations de Droits de l’Homme qu’elle considère comme les pires ayant été perpétrées au Mali depuis son indépendance en 1960. Il y est question d’exécutions sommaires, de recrutement d’enfants soldats, de violences sexuelles et de détentions arbitraires commises par tous les acteurs du conflit : rebelles touaregs, islamistes mais également militaires.
Après cinq mois de conflits armés, un coup d’État et 3,5 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire, le Mali semble dans l’impasse. Laura vous explique pourquoi.
La République du Mali est un pays enclavé (c’est à dire sans accès à la mer) d’Afrique de l’Ouest qui fait partie des Pays les Moins Avancés. Sa population de 15 millions d’habitants est très jeune puisque plus de la moitié des Maliens ont moins de 16 ans, ce qui s’explique par l’incroyable taux de fécondité (6,3 enfants par femme) et par la faiblesse de l’espérance de vie (53 ans).Le Mali fait face à une importante crise politique depuis janvier 2012. Alors que la démocratie s’était peu à peu imposée dans le pays depuis 1991, la rébellion touareg, les groupes armés islamiques et l’armée malienne sont parvenus à déstabiliser dramatiquement le pays.
Une crise politique qui empire et s’enlise
Les caractéristiques géographiques du Mali ont une importance particulière dans l’explication des événements que traverse aujourd’hui le pays.Au nord s’étend une zone désertique qui fait la transition entre Sahel et Sahara, appelée l’Azawad. Les touaregs, un peuple nomade dont les tribus s’étendent sur 5 États de l’Ouest africain, sont largement majoritaires dans cette région et revendiquent depuis 1958 un droit à l’autodétermination. Le Mouvement National pour la Libération de l’Awazad (MNLA) est un groupe armé laïc créé à la fin de l’année 2011 pour regrouper plusieurs factions touaregs, notamment les combattants qui ont fui le nouveau régime libyen en emportant avec eux les armes léguées par les hommes de Kadhafi.
Cette région faiblement peuplée fait également partie de la zone d’action d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) et sert de plaque tournante à de nombreux trafics illicites. L’État malien est absent de cette contrée difficile d’accès et dont les frontières poreuses offrent aux terroristes une précieuse capacité de mobilité.
D’autres groupes de moindre importance se sont établis dans cette zone de non-droit : le groupe armé islamiste Ansar Dine, qui souhaite imposer la charia dans l’ensemble du pays, et le mouvement islamiste Boko Haram dont la présence dans la ville de Gao (à l’est du pays) ne cesse d’étonner puisque ce groupe extrêmement violent opère d’ordinaire au Nigéria.
A droite : la zone délimitée en rouge est celle revendiquée par les rebelles touareg. Les étoiles rouges sont les villes qu'ils contrôlent.
Excédés par « l’incapacité du gouvernement à donner aux forces armées les moyens nécessaires pour défendre l’intégrité du territoire national » contre les groupes armés, les militaires ont renversé le 21 mars le gouvernement du Président Touré à Bamako, à un mois seulement des élections présidentielles. La Constitution a été suspendue et de nombreux opposants politiques ont été arrêtés, certains même assassinés. Quelques jours plus tard, un accord a été trouvé entre les militaires et la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO) pour que le pouvoir soit transmis à un civil, Dioncounda Traoré, pour une période d’un an. Mais la sortie de crise est incertaine, puisque les partisans du putsch ont agressé le Président Traoré dans son bureau lundi dernier avant de nommer le responsable du coup d’État, le capitaine Sanogo, à la tête du pays sans que celui-ci ne réagisse officiellement.
Faute d’interlocuteurs gouvernementaux, les rebelles ont renforcé leur emprise sur le Nord et ont commencé des négociations avec la CÉDÉAO concernant le futur de l’Awazad, mais aucun plan de sortie de crise n’est envisageable sans cohésion au sein des pouvoirs civils et militaires maliens.
Une crise humanitaire dramatiquement aggravée par la crise politique
Les 15 millions d’habitants vivent essentiellement dans des zones rurales, et 80% d’entre eux travaillent dans le secteur agricole alors que 4% seulement des terres sont cultivables.Avant même le début de la crise politique, les craintes d’une crise alimentaire au Sahel étaient vives à cause de la faiblesse des intempéries, des mauvaises récoltes et de la hausse des prix que cela induit. Le Sahel est une zone semi-aride sous le Sahara qui traverse l’Afrique d’un océan à l’autre en passant par le Mali. Les ONG estiment que 18 millions de personnes sont aujourd’hui dans une situation d’insécurité alimentaire dans cette région, dont 3,5 millions au Mali. 560 000 enfants maliens de moins de 5 ans souffrent déjà de malnutrition.
Les violences qui se déroulent actuellement au Mali aggravent considérablement la situation. D’après les dernières estimations, près de 335 000 personnes ont été déplacées en raison des conflits, et l’aide humanitaire est difficilement acheminable. Ces mouvements de population ont un impact particulièrement néfaste sur la situation alimentaire déjà critique puisque les déplacés internes (qui restent dans les frontières de leur pays) et les réfugiés (qui quittent leur territoire national) s’établissent dans des régions touchées par la sécheresse.
Dans un rapport publié le 16 mai, Amnesty International relate des violations de Droits de l’Homme qu’elle considère comme les pires ayant été perpétrées au Mali depuis son indépendance en 1960. Il y est question d’exécutions sommaires, de recrutement d’enfants soldats, de violences sexuelles et de détentions arbitraires commises par tous les acteurs du conflit : rebelles touaregs, islamistes mais également militaires.
Comment aider ?
Si peu de choses peuvent être faites à notre niveau concernant la crise politique, nous pouvons avoir un impact certain sur la crise alimentaire. Le plus important est d’informer votre entourage sur les tenants et aboutissants de cette crise. L’opération KONY 2012, bien qu’imparfaite, a prouvé que les réseaux sociaux étaient un outil particulièrement efficace pour les opérations humanitaires, et Action contre la faim a lancé une opération sur Twitter la semaine dernière au bénéfice de la population du Sahel à l’aide du hashtag #ActionSahel.
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