ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ

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BIENVENUE AU SAHARA, AIRE DE LIBERTE

"Le désert est beau, ne ment pas, il est propre." Théodore MONOD.



1 juil. 2007

MONOGRAPHIE DUN PEUPLE SAHARIEN

Les Berbères
On désigne sous le nom de Berbères les populations qui, sur un territoire s'étendant de la Méditerranée au sud du Niger et du Nil aux rivages de l'Atlantique, parlent – ou ont parlé – des dialectes se rattachant à une langue mère: le berbère. D'origine discutée, ce mot, déjà utilisé par les Grecs et les Romains, transmis par les Arabes, désignait pour ces derniers la population autochtone et non romanisée de l'Afrique du Nord. Consacrée par l'usage, cette appellation n'est pas celle que se donnent les intéressés. Les Berbères s'identifient eux-mêmes par le nom de leur groupe (Touareg, Kabyle) et utilisent parfois le mot Imazighen, qui signifie «hommes libres», pour désigner l'ensemble des Berbères. La politique d'arabisation menée par les gouvernements au lendemain de la décolonisation a suscité chez les Berbères le besoin de reconnaissance d'une identité culturelle. Traditionnellement agriculteurs ou pasteurs‑nomades, ils ont cependant été touchés par l'exode rural et leur implantation en zone urbaine a très certainement accentué ce phénomène.
Répartition actuelle des Berbères Le caractère le plus déterminant de la «berbérité» reste la langue, et la répartition actuelle des Berbères peut être esquissée en délimitant les aires géographiques de son usage. On parle berbère, sporadiquement, à l'intérieur d'un espace africain compris entre l'océan Atlantique, la Méditerranée et le tropique du Cancer. D'est en ouest, des populations berbérophones subsistent actuellement:
– en Égypte, dans l'oasis nord‑occidentale de Siouah;
– en Libye, dans le djebel Nefousa et les oasis de Ghadamès, de Sokna, d'Aoudjila, mais également sur la côte à Zouara;
– en Tunisie, sous forme d'enclaves en voie de disparition, notamment dans les villages de l'île de Djerba, à Tamezret au nord de Matmata, à Chenini et à Douiret, à l'est de Tataouine.
– en Algérie. La Kabylie est de loin la plus importante région berbérophone d'Algérie et les deux tiers des Berbères de ce pays sont kabyles; l'Aurès abrite une importante communauté chaouïa et le Mzab un autre groupe berbérophone; quelques îlots subsistent également dans les monts des Ksour du Sud oranais, dans les régions de Gourara et de Ouargla et, au nord, dans les djebel Bissa et Chenoua.
– au Maroc. Trois grandes zones de dialectes berbères couvrent les régions montagneuses de ce pays; au nord du Rif, le dialecte tarifit; au centre, dans le Moyen Atlas ainsi que dans une partie du Haut Atlas, le dialecte tamazight; au sud‑sud‑ouest, dans le Haut Atlas, l'Anti‑Atlas et le Sous – qui forment le pays chleuh –, le tachelhit.
– en Mauritanie, dans une région située au nord du fleuve Sénégal, le parler zenaga est attesté chez des populations du Trarza.

À tous ces espaces de parlers berbères il faut ajouter un grand territoire parcouru par les nomades chameliers touaregs, dont le nombre est évalué à 400 000. Ils constituent un groupe berbérophone important, éparpillé inégalement sur le Niger, le Mali – pour les deux tiers –, l'Algérie (Ahaggar, Ajjer), la Libye (Ajjer), le Burkina Faso (Udalen) et le Nigeria.
Il faut également tenir compte d'une importante diaspora berbère disséminée dans les grandes villes de l'Afrique du Nord, mais aussi en Europe. La France compte environ 600 000 immigrés berbères marocains et algériens, ces derniers étant essentiellement kabyles.
Recensement
En l'absence de recensements linguistiques fiables, toute évaluation numérique des berbérophones reste très approximative. Des trois pays du Maghreb, le Maroc semble de loin celui qui compte le plus de berbérophones; ils y sont estimés à 40 % de la population totale. Pour l'Algérie et la Libye, la proportion de 25 % est souvent retenue. La Tunisie est le pays de l'Afrique du Nord où ils sont les moins nombreux: quelques milliers de personnes seulement parlent encore le berbère. Le groupe zenaga mauritanien est, lui aussi, peu important.

Histoire des Berbères Petite chronologie des Berbères
Abordée dans l'Antiquité, réduite puis gelée par de subtiles spéculations généalogiques à l'époque médiévale, reprise à l'époque coloniale, la question des origines des Berbères, cherchées tantôt dans les sources linguistiques, tantôt dans les rapports ethniques, reste mal résolue.
Les origines Au VIIIe millénaire av. J. C., un type d'homme anthropologiquement proche des habitants actuels du Maghreb fit son apparition. Probablement d'origine orientale, cet Homo sapiens sapiens, appelé «capsien» – de Capsa, nom antique de Gafsa (Tunisie) –, serait l'une des composantes de la souche berbère. Il se serait étendu dabord aux parties orientale et centrale du Maghreb, puis en direction du Sahara. On lui connaît des équivalents dans certains pays méditerranéens (civilisation natoufienne).
Le Maghreb s'enrichit aussi d'autres apports; du nord, par l'est et par l'ouest, à travers les détroits de Messine et de Gibraltar, arrivèrent des populations européennes. Certaines nécropoles et tombes maghrébines témoignent de la présence dès le IIIe millénaire d'une population noire venue du sud, probablement à la suite de l'assèchement du Sahara. Au IIe millénaire, d'autres petits groupes continuèrent à affluer au Maghreb. C'est à ce fonds paléoberbère divers, mais à dominante capsienne (c'est‑à‑dire appartenant à la culture préhistorique de Capsa), que les spécialistes rattachent les Proto‑Libyens, ancêtres des Berbères. Des données physiques mais aussi culturelles – même emploi rituel de l'ocre rouge, même utilisation et décoration de l'œuf d'autruche – sont souvent invoquées pour appuyer la thèse de la parenté entre capsiens et Proto‑Libyens.
Les sources Les Proto‑Berbères, installés à l'ouest du Nil, nous sont connus grâce aux inscriptions et aux documents égyptiens. Les Tehenou et les Temehou au IIIe millénaire, les Libou et les Maschwesch au IIe millénaire y sont souvent décrits comme des peuples belliqueux et puissants. Ces Proto‑Berbères de l'Est parvinrent à se constituer en véritable puissance et réussirent, au début du Ier millénaire, à se rendre maîtres de l'Égypte.
Nous disposons dans l'art préhistorique d'une source relative à l'apparition des Proto‑Berbères dans les massifs centraux sahariens, où des centaines de peintures rupestres ont été recensées. Les fresques du tassili des Ajjer, du IVe millénaire au milieu du IIe, figurent pour la première fois des Proto‑Berbères. L'espace saharien, auparavant peuplé de Noirs, vit l'arrivée de populations blanches, probablement d'origine septentrionale, qui auraient progressé à partir du bas Sahara algérien et tunisien. Au Néolithique final et à l'époque protohistorique, la présence des Proto‑Berbères dans le Sahara s'intensifia. Les fresques les représentent conduisant des chars tirés par des chevaux. L'introduction du cheval dans cette région – probablement à partir de l'Égypte – permit aux Proto‑Berbères de dominer les pasteurs mélanodermes. Au Ve siècle av. J.C., Hérodote signala l'importance des chars sahariens, en précisant que les Garamantes du Fezzan et du tassili des Ajjer s'en servaient encore pour chasser les populations noires. Cette occupation du Sahara se poursuivit au début de l'époque historique.
Du Ier millénaire à la reconquête byzantine Au Ier millénaire av. J.C., les Berbères se répartissaient en une multitude de peuples: Nasamons et Psylles en Tripolitaine et en Cyrénaïque, Garamantes au Sahara oriental, Numides au Maghreb oriental et central, Gétules nomadisant entre le désert et les hauts plateaux, Maures au Maghreb occidental. Divisés en de nombreuses tribus parfois rivales, éparpillés sur une vaste aire géographiquement morcelée, ils ne purent s'unifier face à leurs conquérants carthaginois, romains, vandales ou byzantins.
Les premiers royaumes berbères: Toutefois, à la fin du IIIe siècle av. J‑C, des tentatives d'organisation politique et d'unification virent le jour; trois royaumes firent ainsi leur apparition: les royaumes masaesyle, massyle et maure. Le premier, éphémère, ne survécut pas à son roi Syphax (avant 220-203); le second, au contraire, connut sous le règne de Masinissa (203-148) un grand essor. Après avoir absorbé son voisin et rival masaesyle, il s'étendit à toute la Numidie, l'unifia politiquement et parvint à englober, aux dépens de Carthage, d'autres territoires situés dans la région des Syrtes. Ce grand royaume se maintint sous le règne de Micipsa (148-118); mais Rome, installée depuis 146 sur les dépouilles de Carthage, ne pouvait longtemps s'accommoder de ce voisinage. Malgré la résistance militaire de Jugurtha (111-105), le royaume numide finit par tomber sous la dépendance de Rome. Le royaume maure connut le même sort: les Romains l'annexèrent en 40 apr. J‑C Dès lors et jusqu'en 429, une grande partie de l'Afrique du Nord passa sous leur domination.
La domination romaine: La mainmise de Rome ne se traduisit pas par l'assimilation totale des Berbères. Les Musulames (Numides) sous Tibère, les Nasamons et les Garamantes sous Auguste et Domitien, les Maures sous les règnes d'Hadrien, d'Antonin, de Marc‑Aurèle et de Commode, les Gétules plus tard s'insurgèrent de façon répétée, et parfois durable. Au IIIe siècle de nombreuses tribus fusionnèrent en confédérations et harcelèrent les Romains, au point que Dioclétien finit par renoncer à la Mauritanie Tingitane ainsi qu'à l'ouest de la Mauritanie Césarienne. Au IVe siècle le schisme donatiste donna aux Berbères un moyen de s'opposer à la domination romaine. Le soulèvement des circoncellions, la révolte de Firmus (372-375), celle de Gildon (398) ajoutèrent aux difficultés d'un pouvoir romain déjà affaibli.
Au milieu du Ve siècle, les Vandales s'emparèrent de Carthage et occupèrent une partie de l'Afrique romaine, la Tunisie et l'est de l'Algérie. L'Aurès, la Kabylie, la Mauritanie et la Tripolitaine ne tombèrent pas sous leur domination et des tribus berbères purent se constituer en royaumes indépendants. La reconquête byzantine, entreprise en 533, mit fin à la suprématie vandale et, en quelques mois, l'Afrique du Nord redevint romaine. Néanmoins, les Berbères continuèrent leur mouvement d'autonomie amorcé au siècle précédent.

De la conquête arabe (VIIe siècle) à l'Empire almohade (XIIe siècle)
Dans leur conquête de l'Afrique du Nord, les Arabes, qui triomphèrent des Byzantins, eurent à s'opposer au roi berbère Koçeila (683-686) et à la reine de l'Aurès, el‑Kahéna, (695-700). Malgré cette résistance, les Berbères durent s'incliner et se convertir à la religion de leurs conquérants: l'islam. Ils y trouvèrent matière à une tout autre résistance. Par le biais du kharidjisme, ils entrèrent rapidement en révolte contre les Orientaux.
Le mouvement commença vers 740 à l'ouest puis s'étendit à tout le Maghreb. Son ampleur fut telle que les troupes arabes mirent plus de vingt ans à récupérer la seule Ifriqiya. Ailleurs, des États indépendants – petit État des Barghawata sur le littoral atlantique (744 après 1050), royaumes de Tahert (761-908), de Sidjilmasa (772-997), de Nakkur dans le Rif (809-917), principauté sofrite de Tlemcen (765‑avant 790?) – échappèrent au contrôle du pouvoir central abbasside.
L'agitation reprit au Xe siècle au nom du chiisme, que les Berbères adoptèrent en réaction à l'orthodoxie sunnite de l'islam; l'Ifriqiya aghlabide (800-909), royaume rattaché nominalement aux Abbassides, tomba en 910 entre les mains des chiites fatimides aidés par les Berbères Ketama de Petite Kabylie.
L'introduction du chiisme ismaélien en Afrique du Nord eut pour conséquence l'affaiblissement du kharidjisme puis le retour en force du sunnisme. Après 950, le kharidjisme ne subsista que dans des zones refuges. Une autre conséquence du chiisme fut la division des Berbères en deux groupes rivaux: les Sanhadjas, qui avaient embrassé la cause fatimide, et les Zénètes, qui furent les alliés des Omeyyades d'Espagne. Cette rivalité s'exprima après le départ des Fatimides pour l'Égypte en 973, et, au début du XIe siècle, le Maghreb connut un état de fractionnement politique. Les royaumes berbères se multiplièrent: ziride (973-1060) et hammadide (1015-1163) fondés par les Sanhadjas; ceux de Tlemcen, de Sidjilmasa et de Fès contrôlés par les Zénètes. Au Xe siècle, des invasions de nomades arabes de la tribu des Hilaliens contribuèrent à maintenir ce fractionnement politique jusqu'au moment où, dans l'ouest du Maghreb, un mouvement berbère cohérent se constitua: le mouvement almoravide. Partis du Sahara, les Lamtouna entreprirent une conquête progressive de la partie occidentale du Maghreb. Sous la conduite de leur chef, Youssef ben Tachfin, ils étendirent leur empire, à l'est, jusqu'au massif de la Grande Kabylie (1082-1083). Moins de dix ans après, les Berbères almoravides devinrent maîtres de toute l'Espagne musulmane. L'hégémonie de la dynastie almoravide persista jusqu'en 1147.
Un mouvement religieux, apparu en réaction contre les mœurs des Almoravides jugées trop tolérantes, fut à l'origine de la dynastie almohade. Des tribus du Haut Atlas marocain, sous l'impulsion de Mohammad ibn Toumart, réussirent à unifier tout l'Islam occidental, de la Tripolitaine à l'Espagne. L'Empire almohade connut son apogée à la fin du XIIe siècle.

Du XIIIe siècle à nos jours
À partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, le Maghreb retrouva un état de division: Abdelwadides à Tlemcen, Mérénides à Fès, Hafsides à Tunis se partagèrent la Berbérie. Ni ces dynasties ni les suivantes ne parvinrent à redonner au Maghreb une quelconque unité. Minés de l'intérieur par le retour des grandes confédérations tribales, menacés de l'extérieur par les chrétiens, les États maghrébins de l'Est et du Centre finirent par tomber sous une longue dépendance turque. L'Ouest, gouverné par les Saadiens (1549-1659) puis par les Alaouites, ne connut pas plus de stabilité.
Aux XIXe et XXe siècles, tout le Maghreb passa, pour plusieurs décennies, sous la domination française. Depuis l'instauration de l'indépendance des pays de l'Afrique du Nord et de l'Afrique noire, les populations berbères connaissent souvent une situation difficile, tant politique que culturelle, ainsi les Kabyles en Algérie ou les Touareg en Algérie et au Niger.

Organisation politique des Berbères Les Berbères connurent plusieurs formes d'organisation politique. Le modèle le plus répandu et le plus caractéristique semble avoir été une sorte de petite république villageoise: une assemblée populaire, la djemaa, au sein de laquelle seuls les anciens et les chefs de famille prennent la parole.
Par ailleurs, nous connaissons deux modèles d'organisation politique citadine. Le premier et le plus ancien fut de type municipal; la cité numide de Thugga (Dougga, en Tunisie) connut au IIe siècle av. J.C., un gouvernement municipal réunissant, autour d'un aguellid (magistrat suprême) nommé chaque année, un conseil de citoyens et de magistrats. Le second, beaucoup plus récent, et de type théocratique: chez les Mzabites, qui en fournissent le modèle, l'essentiel du pouvoir est tenu par une assemblée composée de azzaba et de tolba (hommes de religion) et secondée par un conseil des anciens.
Ces unités politiques – village ou cité – n'étaient pas toutefois le fondement du pouvoir; celui-ci était accaparé par des entités plus importantes, tribus et confédérations. L'histoire politique des Berbères est jalonnée par de grands regroupements qui – comme chez les Numides et les Maures dans l'Antiquité – débouchèrent parfois sur des embryons d'États. L'exemple le plus original et le mieux connu d'une organisation politique berbère de type confédéral est celui des Aït Atta, dans le sud‑est du Maroc. Cinq segments, ou khoms, constituaient la confédération; celle-ci avait à sa tête un chef suprême élu chaque année dans un segment différent par des électeurs des quatre autres segments. Chaque tribu conservait cependant son autonomie et élisait son propre chef. Ce système d'organisation segmentaire et quinaire, que les Romains nommaient quinquegentiani, dut être dans l'Antiquité celui des Berbères.

L'exemple touareg À ce modèle d'organisation politique, qui peut être qualifié de démocratique, s'oppose celui, aristocratique, des Touareg. La société des Touareg du Hoggar était, jusqu'à ces dernières années, hiérarchisée en classes distinctes: les imohar, nobles guerriers parmi lesquels était obligatoirement choisi l'aménokal, le chef suprême; les imrad, tributaires des nobles, qui constituaient de nombreuses tribus d'éleveurs, placées chacune sous l'autorité d'un amghar.
Cependant, l'absence d'assise territoriale et de certaines règles politiques élémentaires, notamment celles relatives à la transmission du pouvoir, contribua pour une large part au caractère éphémère des États berbères. Les royaumes – ou ce qui fut qualifié de tel par les auteurs de l'Antiquité – n'étaient souvent que des agrégats de tribus, voire des chefferies.

Organisation sociale des Berbères
L'organisation sociale berbère est de type segmentaire et hiérarchisé. La famille constitue la plus petite unité sociale; au‑dessus se trouve le lignage, groupement de plusieurs foyers liés par une ascendance commune et établis en village, ou en douar pour les nomades. Viennent ensuite la fraction (ensemble de clans et de villages), puis la tribu (groupement de fractions), enfin la confédération (alliance occasionnelle de tribus). À l'intérieur de tous ces segments, les liens du sang – réels au niveau des petites unités, fictifs dans les grandes – constituent le fondement de la cohésion sociale et entretiennent chez les membres du groupe un fort esprit de solidarité (corvées collectives, usage de greniers collectifs, etc.). La vie sociale est régie par un droit coutumier qui veille à la défense du groupe.

Religion
En l'absence de documents écrits, il est difficile d'appréhender les idées religieuses des Berbères de la haute Antiquité. Seules les découvertes de l'archéologie – position des corps, objets d'offrande, animaux de sacrifices – révèlent l'existence de rites funéraires à cette époque. Puis, par contact avec d'autres peuples et civilisations, vinrent s'ajouter aux cultes autochtones – parfois en s'y superposant – ceux de nombreuses divinités. De ces apports étrangers, le phénicien fut le plus durable. Longtemps après la disparition de Carthage, des Berbères continuèrent à adorer sous les noms de Saturne et de Junon Caelestis les divinités phéniciennes Baal Hammon et Tanit.
Sans être mineur, l'apport romain fut sporadique, et se heurta à la résistance culturelle berbère. Tout autre fut l'influence du christianisme. La position de Carthage au carrefour de l'Orient et de l'Occident, l'omnipotence à l'époque romaine du dieu africain Saturne, l'existence précoce en Proconsulaire (Tunisie) et en Numidie (Algérie) de communautés juives prosélytes préparèrent le terrain et frayèrent la voie au monothéisme chrétien.
Le christianisme Le christianisme se développa en Afrique plus tôt que dans les autres provinces occidentales de l'Empire romain. Dès la fin du IIe siècle, il compta de très nombreux adeptes. Un concile tenu à Carthage en 220 réunit 71 évêques; un autre, vingt ans plus tard, en groupa 90. Ce succès alla croissant malgré les persécutions répétées du pouvoir impérial; celle de Dioclétien, en 303-304, fut terrible, et beaucoup de chrétiens africains apostasièrent sous la contrainte. C'est à cette époque que naquit sous l'impulsion de Donat, évêque de Numidie, un mouvement que les historiens ont appelé «donatisme»; celui-ci revendiquait la pureté de l'Église et dénonçait les reniements de certains prêtres. Purement théologique initialement, ce mouvement évolua vers une opposition à la domination romaine.
Cependant, l'évangélisation se poursuivit, dépassant parfois les limites géographiques de l'Empire romain. Toutefois, malgré des conversions tardives – comme celle des Garamantes, au sud de l'Atlas, vers 568-569 –, le christianisme resta une religion principalement urbaine.
L'islam La conversion des Berbères à l'islam fut massive. Implantée dabord dans les cités, la nouvelle religion gagna progressivement les campagnes, les plateaux et le Sahara méridional. En se convertissant à l'islam, les Berbères ne renoncèrent pas à leur esprit d'indépendance. C'est sur le terrain même de la religion qu'ils exprimèrent leur opposition aux Orientaux. Des deux grands courants dissidents nés des discussions à propos de la succession du Prophète, le chiisme et le kharidjisme, c'est ce dernier qui eut auprès des Berbères un grand retentissement. Austère et égalitaire, le kharidjisme ne manqua pas de les séduire. À bien des égards, et bien que né hors d'Afrique, le kharidjisme rappelle dans l'histoire de l'islam maghrébin le donatisme berbère de l'époque chrétienne. Par opposition, les kharidjites berbères, après des révoltes sanglantes, formèrent des royaumes indépendants tels ceux de Tahert et de Sidjilmasa.
Au Xe siècle, les Ketama de Petite Kabylie constituèrent au profit du mahdi Obeid Allah un grand empire chiite (fatimide). L'orthodoxie (le sunnisme) ne triompha qu'à partir du XIe siècle; son succès fut l'œuvre d'autres Berbères: les Sahariens nomades Lamtouna dabord, les montagnards Masmouda ensuite l'imposèrent définitivement. Avec l'avènement au XIIe siècle de l'Empire almohade, la dissidence religieuse ouverte fut bannie du Maghreb. Seul le kharidjisme, dans sa tendance ibadite, survécut au mouvement réformateur almohade. Du djebel Nefousa, en Libye, au Mzab, en Algérie, et à l'île de Djerba, en Tunisie, des communautés ibadites se sont maintenues jusqu'à nos jours.

Langue
La langue berbère constitue aujourdhui un ensemble de parlers locaux éparpillés sur un vaste territoire. En dehors de certaines zones à forte unité géographique – telles que les Kabylies en Algérie ou le pays chleuh au Maroc –, ces parlers ne permettent que rarement l'intercompréhension des différents peuples. L'arabe – comme hier le latin ou le punique – permet la communication d'un groupe à l'autre. Cette situation linguistique n'est pas originelle; malgré leur diversité, ces parlers berbères ont des structures syntaxiques communes.
On suppose qu'une langue berbère homogène a existé avant d'éclater en 4 000 à 5 000 idiomes. L'histoire de la langue berbère reste cependant de reconstruction difficile. Le linguiste dispose de quelques fragments de textes en berbère, des ethniques, des toponymes et anthroponymes conservés par les sources arabes médiévales. C'est peu pour restituer l'évolution d'une langue. Le libyque, dans lequel sont rédigées plus de 1 200 inscriptions d'époque antique, est tenu pour une forme ancienne du berbère, sans que des preuves scientifiques aient été fournies.

L'alphabet libyque – connu d'après certaines inscriptions – s'apparente à celui du touareg actuel, le tifinagh, et les données de l'anthroponymie et de la toponymie militent en faveur de la parenté et de la continuité entre le libyque et le berbère.
Pour mieux connaître la langue berbère et pallier le manque de documentation historique, les spécialistes ont aussi recouru au comparatisme. On a cherché très tôt à apparenter le berbère à d'autres idiomes. Ainsi le guanche, langue parlée jusqu'au XVIIe siècle aux îles Canaries, lui fut-il rattaché. Le berbère fut également rapproché du haoussa et du basque. Ces démarches se sont révélées infructueuses. En fait, la théorie qui place le berbère dans un grand ensemble linguistique à côté de l'égyptien ancien, du couchitique et du sémitique emporte actuellement l'adhésion de la plupart des linguistes.

Littérature
Dès le VIe siècle av. J.C., le berbère fit l'objet d'une écriture: le libyque. De très nombreuses inscriptions attestent l'utilisation par les Berbères, dès l'Antiquité, d'un alphabet consonantique proche de celui utilisé de nos jours chez les Touareg. L'écriture libyque devint usuelle surtout dans les zones sous forte influence punique – Tunisie septentrionale, Nord constantinois et Maroc du Nord –, malgré une certaine évolution; cependant, elle ne put se généraliser et disparut à l'époque romaine.
Les Berbères utilisèrent assez tôt les langues étrangères. C'est en latin qu'écrivirent des auteurs africains aussi illustres qu'Apulée, Tertullien, saint Cyprien ou saint Augustin. Le latin, langue de l'administration dans les provinces romaines d'Afrique, devint aussi, avec le christianisme, langue de religion. L'islamisation entraîna par la suite l'arabisation linguistique des Berbères.
Toutefois, à l'époque islamique, il y eut encore une littérature berbère écrite; peu fournie, et essentiellement de nature religieuse, elle consista en quelques textes et ouvrages transcrits en caractères arabes avec des signes additionnels. À côté de traités ou de commentaires de religion, souvent attribués aux ibadites ou aux Almohades, il faut mentionner deux Coran rédigés en berbère et attribués l'un à Salah ben Tarif (VIIIe siècle), l'autre à Hamim des Ghomara du Maroc septentrional (Xe siècle). Les archives, rares et récentes, consistent pour l'essentiel en textes juridiques. Le droit berbère – de tradition coutumière – fut consigné par écrit à des époques différentes. Ainsi des règlements de nature pénale furent rassemblés en recueils. Certains de ces documents, originaires du pays chleuh, dateraient du XIVe siècle apr. J.C., d'autres furent rédigés à des époques plus tardives. Le corpus des recueils de droit coutumier berbère s'est enrichi récemment de nouveaux documents marocains publiés dans leur langue originale.
Autrement importante fut et demeure la littérature orale berbère. Des contes et des légendes fidèlement conservés par la mémoire féminine constituent une bonne partie de la tradition orale. La poésie est également riche et ne manque pas d'originalité. Les Berbères eurent de grands poètes dont certains – tel le Kabyle Mohand (vers 1845-1906) ou la targuia Daçin – furent de véritables aèdes. D'autres, itinérants et professionnels, tels les amedyaz du Haut Atlas au Maroc ou les ameddahs de Kabylie, surent longtemps entretenir la mémoire collective berbère.

Art L'art berbère s'exprime essentiellement dans l'ornementation d'objets usuels (poteries, meubles, tissus, bijoux, tapis, etc.) et dans l'architecture. Il se caractérise souvent par des décors géométriques linéaires variés. La poterie modelée peinte illustre le mieux la prédilection des Berbères pour ce type de décor dont les origines remonteraient à l'époque protohistorique. Dans toute la Berbérie – à l'exception du Sahara et de l'extrême Ouest marocain –, les femmes ornent vases et plats de motifs géométriques peints en brun ou en noir, soit sur un enduit terreux blanc (Petite Kabylie, Algérie orientale, Tunisie du Nord‑Ouest) ou rouge (Grande Kabylie), soit directement à même la pâte lissée (Tunisie du Sud et Nemencha). Les procédés varient d'une région à l'autre, mais les motifs restent à peu près identiques: losanges, triangles, damiers, chevrons, lignes brisées pectinées ou ciliées. À ces motifs communs à la poterie, au tissage et même aux tatouages s'ajoutent ceux, plus élaborés et presque aussi anciens, des décors sculptés en champlevé dans le bois des coffres à vêtements, des portes, des faîtages et des grands piquets des tentes. La croix boulée et l'hexagramme qui ornent les beaux meubles kabyles reproduisent des motifs berbères déjà utilisés à l'époque chrétienne.
Le géométrisme l'emporte aussi dans l'orfèvrerie touarègue, où les parures aux formes triangulaires ou losangées présentent des contours saillants. L'esthétisme berbère ne s'arrête pas, toutefois, à la stricte expression d'un décor géométrique; la bijouterie du Maghreb septentrional étonne par sa variété – colliers, chevillères, fibules, broches, bracelets, boucles d'oreilles –, par ses techniques – moulage, ajourage, émaillage – et par la richesse de ses motifs animaliers et végétaux.
Les manières d'habiter sont nombreuses en Berbérie et le genre architectural varie d'une région à l'autre. Les réalisations architecturales berbères les plus originales sont les greniers collectifs fortifiés – ighrem, aghadir au Maroc, guelaa en Algérie, ghorfa en Tunisie – et les châteaux tighremt du Sud marocain; ceux-ci se distinguent par la majesté de leurs grandes tours carrées à merlon et par la beauté de leurs façades qu'égayent des arcatures à relief et un décor géométrique obtenu par de savantes dispositions de briques de terre crue. L'architecture domestique du Mzab, en Algérie, celle de Djerba, en Tunisie, offrent encore d'autres exemples d'un bel et original art de bâtir.

SAHARA: TERRE D'HISTOIRE

Histoire du Sahara
Une foule de vestiges archéologiques – silex taillés, peintures rupestres (Fezzan, tassili des Ajjer, Tibesti, Hoggar) – attestent la présence de groupements humains, assez fortement densifiés pendant au moins trois millénaires, de 5000 à 2000 av. J.C. Occupé par l'homme dès le Paléolithique, le Sahara a vu se succéder, au Néolithique, plusieurs civilisations, dont les peintures et gravures rupestres portent témoignage: la civilisation dite des chasseurs ou du bubale (VIe millénaire), celle dite des pasteurs à bovidés (IVe‑IIIe millénaire) et, vers la fin du IIe millénaire, celle du cheval, qui permit aux Garamantes d'affirmer leur supériorité sur les peuples noirs. Au cours du Ier millénaire avant notre ère, la région s'assécha progressivement et, au IIe siècle av. J.C., le dromadaire fut importé d'Arabie. Grâce à lui, le trafic caravanier allait désormais assurer les échanges entre l'Afrique méditerranéenne et le Soudan.
Les Romains, le long de la côte méditerranéenne, établirent en Libye et en Tunisie des colonies dont l'apogée se situe vers le IIe siècle apr. J.C. En l'an 750 se diffuse la religion musulmane depuis le nord du Sahara. Des royaumes berbères ont étendu leur influence sur la ceinture occidentale, du Sénégal au Maroc; ils vont dans un premier temps organiser le commerce soudano‑méditerranéen, fondé sur l'or, l'ivoire, le sel, et l'esclavage. Les Touareg (pluriel de Targui) fondent Tombouctou au XIe siècle. Les Maures, quant à eux, s'emparent de l'empire du Ghana et du Sahara occidental. À la fin du XIe siècle, l'islam est implanté sur la majorité du territoire saharien et le long des axes commerciaux desservant le Sahel. Toujours au Moyen Âge, le royaume songhaï et ceux du Kanem, du Bornou, du Ghana et du Mali prennent le contrôle du sud et du centre du Sahara. L'or du Soudan, qui pénètre en Europe, entretient une active économie d'échanges. Les grands événements politiques sont alors étroitement liés au problème de la maîtrise du commerce. Ainsi, les Sanhadjas du Sahara occidental, maîtres de la route de l'or à l'ouest, interviennent au Maroc puis en Espagne, avant de prendre le Ghana. L'empire du Mali, dont l'apogée se situe au XIVe siècle, s'effondre au XVIIe siècle sous les coups des Toucouleurs et des Bambaras. L'Empire songhaï est anéanti par le sultan du Maroc en 1591. D'autres royaumes importants (Djenné, Kaarta) se forment.
Les explorateurs européens se risquent dans le Sahara aux XVIIIe et XIXe siècles. Le désert fut traversé par le Britannique Clapperton en 1823, puis par René Caillié en 1826-1828. D'autres encore ont effectué de fabuleux périples: Mungo Park, Heinrich Barth, Alexander Gordon Laing, Henri Duveyrier, Paul Flatters, Parfait Louis Monteil, Henri Lhote.
Après la conquête de l'Algérie, les Français poursuivirent l'exploration du Sahara, puis en conquirent la plus grande partie (prise de Laghouat en 1852, de Tombouctou en 1894, d'In‑Salah en 1902); mais la pacification de la Mauritanie ne s'achèvera qu'en 1934. À la conférence de Berlin (1890), l'Europe se partage le continent noir. La France est favorisée dans la zone saharienne. Les Espagnols avaient créé la colonie du Río de Oro en 1884 et les Italiens s'emparèrent de la Libye entre les deux guerres mondiales. Lors de la décolonisation, l'ancien Sahara français alla en majeure partie à l'Algérie; l'ex‑Sahara espagnol fut partagé entre le Maroc et la Mauritanie, puis annexé au Maroc seul.
Les hommes, avec et sans État Vallée du Nil exclue, on estime entre 2 et 3 millions la population disséminée au Sahara, en périphérie et dans les oasis. La densité moyenne, sans signification, s'élève donc aux alentours de 03 h./km2. La souche arabe l'emporte dans la frange septentrionale, alors que la population berbère subsiste au centre. À l'est sont implantés les Toubous du Tibesti et les Nubiens de l'ouest du Soudan. Avec la tendance à la désertification, accentuée par les sévères sécheresses de 1973 et de 1984, progresse le phénomène de sédentarisation. Nombre de troupeaux ont été décimés, entraînant les Touareg à s'entasser dans des camps de réfugiés. Cantonnés entre l'Algérie, le Mali et le Niger, les «hommes bleus» – expression qui vient de la teinte que donne à leur peau leur voile indigo –, qui parlent le tamacheq et se nomment Imazighen («hommes libres»), ont une situation un peu comparable à celle des Maures sur la façade occidentale du désert: pour les Noirs ils sont des Blancs, et inversement.
Si la Libye et la Mauritanie sont presque entièrement sahariennes, c'est le Sahara algérien qui est le plus vaste. Et alors que la Tunisie ne fait qu'effleurer le désert, celui-ci recouvre la majeure partie des territoires du Mali, du Niger et du Tchad. Le Soudan, l'Égypte et le Maroc (Sahara occidental) peuvent quant à eux estimer que la moitié de leur superficie est occupée par le Sahara.
Si le Sahara fut une frontière naturelle entre les populations africaines et celles des rives de la Méditerranée, des contacts s'établirent très tôt entre les deux communautés. Deux grandes voies de communication ont ainsi vu le jour: la voie nord‑est ‑ sud‑ouest, de la Tripolitaine à l'Adrar des Iforas en passant par le tassili des Ajjer et le Hoggar; la route allant du nord‑ouest au sud‑est, de l'Atlas saharien au Soudan central par le tassili des Ajjer et le Tibesti. Le réseau routier est limité à deux routes reliant l'Algérie au Niger et au sud du Mali. Le réseau ferroviaire, pratiquement inexistant, est organisé autour des centres miniers.

TASSILI DES AJJER

Le tassili des Ajjer est un vaste plateau gréseux qui s'étend en bordure nord‑est du Hoggar, au cœur du Sahara algérien (wilayas de Ouargla et de Tamanrasset). Ce plateau gréseux est découpé par l'érosion en d'étroites vallées cernées de hautes falaises: les sommets atteignent 2 254 m dans le massif de l'Adrar.
Inscrit par l'Unesco sur la liste du Patrimoine mondial, c'est l'un des sites préhistoriques les plus importants du continent africain, remarquable surtout par ses peintures et ses gravures rupestres.
Une zone d'occupation très ancienne Cette zone, actuellement désertique, bénéficiait au paléolithique inférieur d'un climat humide. Elle était dotée d'un important réseau hydrographique, et des forêts recouvraient les massifs montagneux où vivait une faune très riche (hippopotames, éléphants, rhinocéros, buffles, girafes, etc.). Plusieurs sites, découverts au milieu du XIXe et au XXe siècle, ont livré des vestiges (des silex principalement) qui attestent la présence de l'homme paléolithique en différents points du Hoggar.

Au paléolithique moyen, le Sahara évolue vers un régime désertique et se couvre d'énormes massifs de dunes. Sans doute la population humaine a-t-elle alors beaucoup diminué, sans toutefois disparaître totalement. Mais la fin du paléolithique est marquée par une seconde phase humide, et les traces de la présence de l'homme deviennent plus nombreuses. Au néolithique enfin, une faune nouvelle (ours, cerfs, mouflons), émigrée de l'Eurasie, occupe cette partie de l'Afrique.
Les peintures et les gravures rupestres: On trouve au Tassili de nombreuses traces de l'homme néolithique; il a laissé des outils, certains objets de la vie quotidienne, et surtout des peintures et des gravures rupestres; les premières sont figurées sur les parois des abris rocheux, tandis que les secondes ont été creusées sur les surfaces lisses et les dalles bordant les lits d'oueds aujourd'hui desséchés.
Ces œuvres, souvent exécutées en grandeur nature, représentent des animaux sauvages (éléphants, girafes, autruches, rhinocéros, etc.) ainsi que des bovidés domestiques. Elles voisinent avec des représentations humaines et décrivent de nombreuses scènes de la vie des peuples primitifs qui se sont succédé dans cette région au cours des millénaires.
La chronologie de ces peintures demeure cependant controversée. Certains n'hésitent pas à faire remonter les plus anciennes d'entre elles à la fin du paléolithique. Henri Lhote, qui s'employa à en faire le relevé, les situe au VIIe et même au VIIIe millénaire. Après avoir noté un certain nombre de styles différents répartis entre des couches superposées, il a établi une chronologie relative, selon laquelle on distingue quatre périodes: celle des chasseurs, celle des pasteurs à bovidés (ou période bovidienne), celle du cheval et celle du chameau.
Les peuples chasseurs Les représentations les plus anciennes seraient dues à des populations de chasseurs: les artistes auraient peint ou gravé sur la roche les animaux qu'ils avaient l'habitude de voir vivre autour d'eux. Ces chasseurs ont certainement utilisé les pointes de flèche que l'on trouve en quantité innombrable à travers tout le Sahara de l'époque néolithique. Outre les animaux sauvages déjà cités, les fresques représentent des êtres humains offrant souvent des caractères raciaux qui les apparentent aux Bochimans et aux Hottentots actuels, ainsi que des personnages schématiques, à tête ronde, armés de bâtons, d'arcs ou de lances. La dernière phase de cette période ancienne est nettement empreinte d'une influence égyptienne.
Les peuples pasteurs Vers le milieu du IVe millénaire apparaissent, à travers tout le Sahara, des peuples pasteurs qui élèvent des troupeaux de bœufs à grandes cornes et de moutons. On leur doit les fresques remarquables qui marquent la période bovidienne du Tassili; ces fresques représentent d'extraordinaires scènes de chasse, des troupeaux de bœufs, tout un bestiaire en mouvement, et de nombreuses compositions où bêtes et gens sont figurés de manière fort vivante et réaliste. C'est à cette époque également qu'apparaît la polychromie; les couleurs utilisées sont le blanc et l'ocre (jaune, bistre, brun et rouge). Certains éléments thématiques – par exemple, la coiffure en cimier des femmes, les vêtements tissés, le modèle des arcs que les personnages tiennent parfois à la main, la forme hémisphérique des huttes représentées – donnent à penser que les auteurs de ces fresques sont les ancêtres des Foulbé. Cette opinion semble confirmée par le fait qu'on reconnaît ici les deux seules races de bœufs (dont le zébu, ou Bos indicus) que les Foulbé élèvent encore de nos jours. Tous ces éléments témoignent des grandes migrations pastorales qui, du IVe millénaire au VIIe siècle après J.C., auraient porté les ancêtres des Foulbés en vagues successives de l'est à l'ouest du continent africain, c’est-à-dire depuis l'Éthiopie (les Foulbés constituent très certainement un rameau du groupe éthiopien) jusqu'au Sénégal.
À la même période bovidienne appartiennent les fresques des stations de Sefar et d'Inaouanrhat. Celles-ci révèlent un art spécifiquement nègre (figures recouvertes de masques négroïdes), et il semble que les peuplades qui habitaient jadis le tassili des Ajjer aient été alors en contact étroit avec d'autres peuples, comme le sont de nos jours les Bororos, une tribu nomade de Foulbés, avec les populations du Tchad et du haut Niger.
La période du cheval La période suivante, dite du cheval, est surtout caractérisée par des fresques représentant des hommes armés, des chevaux ainsi que des chars.
La période du chameau Enfin, les peintures et gravures rupestres semblent indiquer que l'apparition du chameau fut postérieure à celle du cheval; cette période constitue la dernière étape avant le dessèchement progressif du Sahara et la formation du désert.

DUNE OU DUNES

Paysages de la zone aride
Les dunes sont des collines constituées par des amas de sables modelés par le vent. Leur hauteur varie de quelques décimètres à plusieurs dizaines de mètres. Le vent, trop faible pour entraîner des éléments de grande taille comme les graviers, a pour unique action de pousser les grains de sable sur le sol. Aussi l'accumulation initiale de sable nécessaire à la formation des dunes n'est-elle généralement pas due aux vents, mais à d'autres agents de transport: fleuves et courants littoraux pour les dunes littorales, oueds ou ancienne occupation marine pour les dépressions désertiques.
Dans certains cas, le vent peut entraîner, en formant de véritables nuages de poussière, les éléments les plus fins (limons) et les transporter sur de grandes distances. Lorsque les vents faiblissent, ces éléments retombent sur le sol et forment des accumulations de limon fertile à la périphérie des zones désertiques. La formation des dunes est freinée par le couvert végétal, car les racines des plantes fixent les grains de sable. C'est pourquoi les dunes existent surtout dans les régions désertiques ou subdésertiques et dans les régions côtières; dans les zones tempérées, il arrive parfois que des dunes se forment. Pendant les longues périodes de sécheresse, les végétaux dépérissent, le niveau de la nappe phréatique baisse (l'eau qui imbibe le sol lie étroitement les grains de sable) et, de façon saisonnière ou exceptionnelle, se retrouvent ainsi créées les conditions qui régissent les déserts (steppes d'Asie et d'Amérique du Nord). On distingue les dunes littorales des dunes continentales.


Les dunes littorales Les dunes littorales, qui résultent de l'accumulation par le vent du sable apporté par la mer, se forment sur les côtes basses. Elles sont actives, car la mer apporte sans cesse de nouveaux éléments. Le sable, arraché aux vastes étendues découvertes périodiquement à marée basse, s'accumule en arrière des plages; selon la force du vent et l'alimentation en sable, les dunes forment des chaînes parallèles au rivage, ou s'organisent en croissant dont la concavité est tournée face au vent (ces dernières sont dites «paraboliques» et peuvent se souder pour constituer des dunes en râteau). Les grains de sable s'élèvent lentement sur la pente douce qui fait face à la mer, pour retomber par éboulements successifs en un front abrupt. De cette façon les dunes progressent vers l'intérieur des terres. Les dunes côtières se rencontrent sous tous les climats (côtes de Pologne, Landes, côtes du Maroc) et elles ont des formes très variées. Le plus souvent, comme dans les Landes, elles constituent un bourrelet rectiligne parallèle au rivage. Dans les secteurs où les vents sont variables, il se forme parfois des cols (appelés caoudayres dans les Landes) dans les cordons dunaires; on a alors un massif de dunes, qui s'étend souvent vers l'intérieur des terres. Les dunes peuvent, dans ce cas, atteindre des hauteurs très importantes, comme sur les côtes du Nord (Picardie, Flandres) ou de Hollande.
De telles formations, si elles ne sont pas retenues par la végétation, ont tendance à progresser à l'intérieur du continent. La lutte contre l'invasion des dunes littorales a commencé dès la fin du XVIIIe siècle. On dispose des lignes de claies pour protéger les végétaux que l'on plante, le plus souvent des oyats; après cette première fixation, on plante des pins maritimes. C'est l'ingénieur Nicolas Thomas Brémontier (1738-1809) qui entreprit les travaux grâce auxquels les dunes landaises furent ainsi fixées à la fin du XIXe siècle. Un tel arrêt n'est jamais définitif; un incendie, une exploitation intensive de la forêt peuvent entraîner une reprise de la migration des sables.
Les dunes continentales Les dunes continentales sont caractéristiques des paysages désertiques où elles se forment dans d'immenses champs de sable. Leur forme varie en fonction de la force et de la direction des vents. Ceux-ci, porteurs de particules de sable, déposent leur charge lors d'un ralentissement de leur vitesse. La présence d'un obstacle, même faible (caillou, touffe de végétation), provoque ce ralentissement en produisant des remous; le sable se dépose alors en amont et en aval de l'obstacle et l'enfouit sous un amas de forme aérodynamique (nebka), généralement de taille modeste (quelques décimètres), qui ne suscite plus de remous. Dans les zones moins sableuses et où le vent souffle modérément dans une direction unique, il se forme des dunes isolées qui font apparaître largement le soubassement rocheux. Ces dunes, en forme de croissant (barkhanes), sont poussées par les vents, la partie centrale se déplaçant plus rapidement que les extrémités, effilées; érodées sur leur versant amont en pente douce, réalimentées sur leur flanc aval en pente raide, progressent sans cesse.
En revanche, dans les régions riches en sable et où les vents dominants sont réguliers, se constituent d'immenses champs (ergs du Sahara, par exemple, ou koum en Asie centrale) de longs cordons de dunes transversales (sifs), parallèles à la direction des vents dominants, et favorisant la formation de dunes secondaires (ghourds ou rhourds); presque immobiles, ces cordons de dunes sinueuses sont séparés par de longs couloirs étroits, les gassis, où circulent les caravanes. Les dunes longitudinales sont de modestes accumulations (de 1 à 2 m) extrêmement allongées, dans le sens d'un vent très violent. Les ergs peuvent s'étendre sur plus de 1 000 km; leurs limites sont fixes, le sable qui forme les dunes étant modelé sur place.

LA DESERTIFICATION

Le phénomène de désertification
En cours au Sahel, il témoigne du rôle des plantes dans les biotopes. Dans une zone désertique, où la faune et la flore sont très fragiles, la chaleur et les faibles précipitations freinent le développement des populations humaines – seuls les nomades et leurs troupeaux y vivent. L'augmentation constante de la démographie y a entraîné un surpâturage: les végétaux arrachés laissent prise au vent, qui emporte le peu de terre arable existante. Plus grave, les arbres sont coupés, pour un usage domestique, alors qu'auparavant seul le bois mort était ramassé. Cette zone intermédiaire entre le Sahara (véritable désert) et, plus au sud, les zones semi‑arides se transforme en désert, ce qui repousse toujours plus loin les populations.
La désertification par surexploitation des terres se produit aussi dans d'autres espaces, parfois luxuriants. Dans les zones sèches, les solutions sont multiples et consistent principalement à limiter les populations, les troupeaux, à replanter des arbres et à établir des murets pour retenir les faibles pluies. En revanche, en Amazonie, c'est le déboisement intensif qui entraîne la désertification: le sol arable est ténu, et les pluies diluviennes l'emportent, mettant à nu un sol rouge stérile. La sécheresse s'installe ensuite, faisant régresser la forêt. Pourtant, les sylves tropicales fonctionnent comme des éponges et ont un effet régulateur sur les précipitations et les vents. Rentable à court terme, l'exploitation aveugle des forêts tropicales provoque à plus longue échéance la misère des populations – qui voient disparaître leurs terres, leurs pâtures – mais aussi la réduction de l'espace vital de nombreuses espèces animales arboricoles.

LE SABLE EN QUESTION

Qu'appelle-t-on sable?
Dans son acception la plus large, mais aussi la plus exacte, le sable est défini suivant des critères granulométriques: c'est une arénite (du latin arena, «sable») ou roche détritique meuble composée de grains dont la taille est comprise entre 2 mm et 63 microns (plus précisément 1/16 de mm = 0, 0625 mm). Dans certaines nomenclatures granulométriques, la limite inférieure est abaissée à 50 microns.
Au‑delà de la limite supérieure définissant les sables, c'est le domaine des graviers, et en deçà de la limite inférieure se situe le domaine des silts.
Origine du sable La nature des grains peut être quelconque, et, suivant l'élément figuré majoritaire ou exclusif, on parlera de sable quartzeux, feldspathique, micacé, coquillier, corallien, de sables noirs (très riches en minéraux lourds, de densité supérieure à 2,7: celle du quartz), etc.
Dans un sens courant, le sable est souvent assimilé à un sable quartzeux; en effet, le quartz est un minéral ubiquiste, résistant mieux à l'altération et à l'usure que les autres constituants qui viennent d'être cités.
Les sables consolidés ultérieurement par cimentation deviennent des grès: quartzeux, calcaires, etc.
Les sables détritiques terrigènes (ou lithoclastiques) Ils se forment par altération météorique et érosion des roches grenues – notamment magmatiques (granite, gneiss...) – puis sont transportés par l'eau dans le réseau hydrographique (ravins, rivières, fleuves). Les sables peuvent être «fabriqués» directement par les éruptions explosives émettant des cendres: ce sont des sables volcaniques, obtenus également par attaque des roches volcaniques massives.
Le sable fluviatile Une partie du sable fluviatile atteint la mer, si la compétence (capacité de transport des particules par les courants) des rivières est forte. Ce sont les apports fluviatiles terrigènes qui contribuent – ou ont contribué – à créer les deltas et les cordons sableux littoraux: plages (ou estrans), flèches qui isolent les lagunes côtières (par exemples celles du Languedoc), tombolos qui relient d'anciennes îles au continent (comme les presquîles de Giens et de Quiberon).
Les sables détritiques reliques On peut retrouver des sables détritiques reliques sur les plateaux continentaux. Ils correspondent en fait à d'anciennes lignes de rivage ayant migré au cours des cycles de descente et de remontée du niveau de la mer lors des fluctuations glaciaires du Quaternaire. On peut retrouver ces sables terrigènes dans les grands fonds marins, en contrebas des marges continentales. Ces sables furent apportés par des sortes d'avalanches sous‑marines appelées «courants de turbidité».
Les sables éoliens Un autre type de dépôt sableux est représenté par les sables éoliens accumulés par le vent en bordure des côtes (par exemple la dune du Pyla, dans le bassin d'Arcachon) et, surtout, dans les zones désertiques (les Grands Ergs Oriental et Occidental, au Sahara).
Morphoscopie
La forme d'usure des grains de quartz (morphoscopie) est caractéristique du milieu qui les a façonnés:
– grains peu usés, anguleux à sub‑anguleux = milieu fluviatile;
– grains usés, émoussés‑luisants = milieu littoral;
– grains usés, ronds‑mats (picotés) = milieu éolien.
Les sables bioclastiques Les sables bioclastiques, plus communément appelés sables coquilliers, proviennent de la fragmentation puis de l'accumulation des restes d'organismes marins (mollusques, bryozoaires, coraux...) ayant sécrété une coquille ou un squelette calcaire (en calcite ou aragonite). De nombreuses plages tropicales, de couleur très claire, sont constituées par ce type de sables. Les sables très bien triés de certaines plates‑formes sous‑marines tropicales (comme celle des Bahamas) sont exploités pour leur grande pureté en carbonate de calcium.
Les diverses utilisations du sable
Les sables sont un élément essentiel du processus sédimentaire et représentent une ressource très importante du point de vue économique: remblais, granulats pour béton, matériaux de construction, sables siliceux pour l'industrie. Ces derniers (appelés autrefois sables industriels) constituent l'essentiel de la matière première de l'industrie du verre, des moules, des noyaux de fonderie; ils entrent aussi dans la fabrication des céramiques et des mortiers spéciaux.
Le sable est aussi le milieu naturel où s'accumulent les minéraux lourds alluvionnaires; ces concentrations minéralisées sableuses sont dénommées placers (un mot espagnol) et l'on y extrait de l'or, des diamants, de la cassitérite (minerai d'étain), de la magnétite (oxyde de fer), de l'ilménite (oxyde de titane et de fer), etc. Les placers d'ilménite, ou «sables noirs», sont importants économiquement pour la fabrication des pigments de la peinture blanche (gisements côtiers en Australie) et comme source du titane‑métal.
Les sables jouent également un grand rôle comme réservoirs potentiels pour les nappes d'eau (aquifères) ou les hydrocarbures. Il importe que l'exploitation du sable, souvent anarchique, soit réglementée pour éviter de perturber de fragiles équilibres naturels: érosion des plages dont l'alimentation naturelle en sable a été coupée; destruction à terre de la nappe phréatique, etc.

LE DESERT: MODE D'EMPLOI

Qu'est qu'un désert?
Un biome : le désert Paysages de désert dans les pays sous-développés Les déserts Les déserts Le milieu aride est hostile: Vallée de la Mort aux États‑Unis, steppe de la Faim en Asie centrale, désert du Désespoir en Iran oriental. Pourtant, le désert fascine; l'homme découvre dans son sous‑sol des richesses, et dans le silence de ses espaces désolés, trouve un lieu propice à la méditation sur l'agitation du monde. Les plus grands déserts du monde sont le Sahara (8 000 000 km2), les déserts d'Australie (3 500 000 km2) et ceux d'Arabie (2 500 000 km2).
L'aridité:L'existence de déserts chauds (Sahara, désert de Simpson en Australie...) et de déserts froids (désert de Gobi, déserts polaires...) démontre, contrairement à l'idée reçue, que la chaleur n'est pas un critère pour définir les milieux désertiques. Le point commun à tous les déserts est le manque d'eau, l'aridité, qui résulte de la combinaison de plusieurs facteurs climatiques.

La notion d'aridité Les déserts reçoivent moins de 250 mm de précipitations par an, ce qui interdit la croissance d'un tapis végétal continu et laisse apparaître la roche à nu sur de vastes étendues.
L'irrégularité des pluies d'une année sur l'autre caractérise les climats désertiques. Ainsi, à Arica, dans le nord du Chili, si la moyenne annuelle des précipitations est de 06 mm, dix‑huit années peuvent s'écouler sans qu'aucune averse se produise, mais lorsque les pluies se déclenchent, elles s'abattent avec violence.
Dans certains déserts, l'absence de précipitations ne signifie pas absence de vapeur d'eau dans l'air, aussi les précipitations occultes (brouillards, rosée) ne sont-elles pas négligeables: elles représentent 50 mm/an dans le désert du Namib, en Namibie.
Les précipitations, quand elles se développent, ne profitent guère aux déserts. Dans les déserts chauds, en raison des températures du sol élevées (30 à 50 °C), l'évaporation est toujours supérieure à 2 000 mm/an et peut atteindre des valeurs très élevées: 5 000 mm/an à Tamanrasset (aujourdhui Tamenghest, en Algérie). Elle est accrue par la fréquence des vents, réguliers et secs (l'harmattan au Sahara). L'absence de tapis végétal réduit l'infiltration et les rétentions de l'eau dans le sol. La faible humidité relative de l'air (généralement inférieure à 50 %) et le ciel le plus souvent dégagé expliquent également les fortes amplitudes thermiques diurnes: alors que les journées sont chaudes (forte insolation), le refroidissement est sensible dès le coucher du Soleil, et il peut geler en hiver.

Les degrés de l'aridité Un géographe français, Emmanuel de Martonne, proposa, en 1923, un indice d'aridité I, grâce auquel différents degrés d'aridité ont été définis (I = P/T+10), où P est la hauteur moyenne des précipitations annuelles, et T la moyenne des températures annuelles. Plus la valeur de I est faible, et plus la station climatique considérée est aride. En fonction de cet indice, il est possible de distinguer trois types de régions désertiques:
Dans les régions hyperarides, où l'indice d'aridité est inférieur à 5, on trouve des déserts absolus (Tanezrouft au Sahara, désert d'Atacama au Chili...); ces régions ne couvrent que 4 % des terres émergées, et la végétation y est éphémère.
Les régions arides sont celles où les valeurs de I sont comprises entre 5 et 10, représentent 14 % des terres émergées (une grande partie du Sahara, déserts d'Iran, de Thar en Inde, de Sonora au Mexique, d'Arizona...); les précipitations, inférieures à 250 mm/an, alimentent une maigre végétation très discontinue; l'irrigation y est indispensable à l'agriculture;
Les régions semi‑arides ont des valeurs de I oscillant entre 10 et 20, sont des espaces de transition entre les régions arides et les régions subhumides voisines; ces espaces couvrent 125 % des terres émergées (Sahel et Kalahari en Afrique, Chaco en Argentine, Nordeste au Brésil...); la végétation, toujours discontinue, se compose d'espèces buissonnantes, de touffes de graminées et de quelques arbres; les précipitations, comprises entre 250 et 500 mm/an, rendent possibles les cultures sèches.
Les types de déserts L'extension des déserts est de 47 millions de kilomètres carrés, soit environ le tiers de la surface des continents. Par‑delà la diversité des causes climatiques ou géographiques qui sont à leur origine, quatre grands types de déserts peuvent être dégagés: subtropicaux, continentaux, d'abris, littoraux.
Les déserts subtropicaux Ils forment deux chapelets de déserts aux latitudes subtropicales (entre 25° et 35° de latitude nord et sud): dans l'hémisphère Nord, le Sahara, les déserts d'Arabie et d'Iran, le Thar et le Sind en Inde, le désert de Sonora au Mexique; dans l'hémisphère Sud, les déserts du Kalahari et d'Australie.
Ils sont dus à des anticyclones subtropicaux permanents, qui engendrent des masses d'air subsidentes, chaudes et sèches. Ce sont des régions ensoleillées, où les hivers sont tièdes et les étés torrides (station de Faya‑Largeau au Tchad: 204 °C en janvier, 342 °C en juin; 16 mm de précipitations par an, en moyenne).
Les déserts continentaux Situés au cœur des continents, leur éloignement par rapport aux océans est un élément déterminant: les masses d'air océanique, chargées d'humidité, ne les atteignent que très rarement. De plus, en hiver, des hautes pressions (liées au froid) repoussent les dépressions océaniques génératrices de précipitations. Ce type de désert est bien représenté dans l'hémisphère Nord (centre‑ouest des États‑Unis, Asie centrale), où les continents sont plus étendus que dans l'hémisphère Sud. Les précipitations se produisent en été, après la disparition des hautes pressions hivernales, et les hivers sont très froids (station de Kazalinsk au Kazakhstan: − 113 °C en février, + 267 °C en juillet; 108 mm de précipitations par an, en moyenne).
Les déserts d'abris Ils se trouvent «sous le vent», abrités derrière des barrières montagneuses élevées qui s'opposent à la pénétration des masses d'air humide. Ainsi, la cordillère des Andes, orientée nord‑sud, fait obstacle aux vents d'ouest chargés d'humidité, et à l'est de cette chaîne de montagnes s'étend le désert de Patagonie. Les bassins intramontagnards des Andes (Altiplano), des Rocheuses et de l'Himalaya correspondent à ce type de déserts. Ainsi, l'Himalaya empêche la mousson indienne d'atteindre le désert tibétain. Les hivers y sont froids et les étés tempérés (station de Maquinchao en Patagonie argentine: + 13 °C en juillet, + 17 °C en janvier; 173 mm de précipitations par an, en moyenne).
Les déserts littoraux L'influence de courants marins froids dans la zone intertropicale explique l'existence de déserts côtiers jusqu'à des latitudes proches de l'équateur. À leur contact l'air refroidi se stabilise, ce qui empêche les précipitations, mais la vapeur d'eau se condense et les brouillards sont fréquents. Ainsi en est-il des déserts du Namib et de Mauritanie en Afrique, d'Atacama au Chili, de Basse‑Californie au Mexique. Ce sont des déserts brumeux, relativement frais, où l'amplitude thermique est faible et l'humidité relative de l'air forte (station de Lima, Pérou: + 151 °C en août, + 223 °C en février; 35 mm de précipitations par an, en moyenne).
Les formes du relief: Bien que les paysages des déserts soient souvent monotones, la couleur des roches, qui n'est pas masquée par la végétation, est ici facteur de diversité: les plateaux de basalte noir des déserts de Syrie contrastent fortement avec l'Ayers Rock en grès rougeâtre du Grand Désert Victoria, en Australie.
L'action des eaux courantes: L'écoulement des eaux dans les déserts reflète les excès du climat dans ces régions: il est à la fois irrégulier et brutal dans le temps, et discontinu dans l'espace.
Quand une averse est assez abondante pour entraîner un écoulement, l'eau, arrivant sur une surface desséchée, ruisselle. Si cette eau parvient à se concentrer dans des rigoles, elle engendre des ravinements. Les écoulements non concentrés qui persistent et balaient le bas des pentes sont responsables de la formation de vastes plans réguliers, légèrement inclinés: glacis en roche tendre et pédiments en roche dure. Ces derniers sont souvent accidentés d'inselbergs, reliefs résiduels constitués de roches résistantes.
Une partie des eaux de ruissellement se concentre et converge vers les oueds. Ceux-ci, secs pendant des mois, voire des années, se remplissent brusquement. Un flot impétueux, écumeux, chargé de sable, de limon et de cailloux, parcourt le lit de l'oued. Paradoxalement, les oueds sont les cours d'eau qui connaissent les crues les plus brutales dans le monde. Ils transportent alors des quantités considérables de matériaux et des débris de grande taille, mais ils n'ont plus assez d'énergie pour creuser leur lit. À l'inverse, le sapement latéral est très actif, ce qui explique l'aspect général d'un oued: un lit démesurément large, encombré d'alluvions de tous calibres, à peine encaissé (2 à 5 m) entre des berges abruptes. Le sapement latéral tend à élargir ainsi de façon démesurée la vallée.
Les eaux atteignent rarement la mer: le drainage est de type endoréique. Les oueds se perdent par infiltration ou évaporation, ou bien leurs eaux vont alimenter des dépressions fermées (sebkhas, playas, salares), inondées temporairement et couvertes d'une croûte de sel le reste du temps.
C'est dans les régions semi‑arides que l'action des eaux contribue le plus au façonnement actuel du relief. Dans les régions arides et hyperarides, les formes dues à l'action des eaux sont le plus souvent des héritages.
Les déserts de pierre Dans les déserts, la fragmentation des roches est due principalement aux processus mécaniques. La cryoclastie est le processus le plus efficace dans les déserts continentaux et froids: la fréquence des alternances de gel et de dégel favorise la désagrégation des roches par éclatement. L'haloclastie, fragmentation par cristallisation du sel dans les fissures des roches, est active dans les déserts côtiers. L'hydroclastie, alternance d'humectation et de dessiccation des roches entraînant leur fragmentation, et la thermoclastie, fragmentation des roches provoquée par les fortes variations de température, ont un rôle plus limité. Comme il n'y a pas d'écoulement permanent pour entraîner les débris, ceux-ci s'accumulent au pied des escarpements en de vastes tabliers d'éboulis.
L'altération chimique des roches est extrêmement limitée, en raison de la rareté de l'eau. Néanmoins, son action n'est pas inconnue dans les déserts. Les vernis à la surface des roches (indurations superficielles) et les encroûtements calcaires ou gypseux proches de la surface du sol sont liés à la remontée des sels sous l'effet de l'évaporation et à leur concentration à la surface des roches ou du sol.
Les fragments rocheux, provenant de la désagrégation mécanique ou des processus d'altération chimique, sont triés par le vent. Celui-ci balaie les étendues désertiques en n'emportant que les particules fines, limons et sables; les éléments plus grossiers, trop lourds, restent au sol: c'est la déflation. Ce vannage aboutit à la formation de vastes plaines pierreuses, les regs, ou de plateaux jonchés de blocs inégaux, les hamadas. Sables et limons sont transportés sur de grandes distances. Ainsi, le sirocco peut transporter jusqu'au nord de la France des particules rouges très fines venant du Sahara. Les grains de sable soulevés par le vent étant plus nombreux à proximité du sol, l'action de mitraillage y est plus intense. C'est pourquoi les roches ainsi sculptées sont modelées en forme de champignon (les gour au Sahara).
Les déserts de sable: Contrairement à une idée répandue, les déserts ne sont pas uniquement des étendues de dunes de sable à l'infini. Seulement 30 % environ des régions désertiques dans le monde sont des déserts de sable.
Les grands massifs de dunes, les ergs, se localisent dans les parties basses de la topographie. Façonnés par les vents les plus réguliers, comme les alizés au Sahara ou en Australie, les ergs forment des alignements de dunes, parallèles à la direction des vents dominants, et séparés par des couloirs (gassis). Les dunes des ergs peuvent aussi avoir la forme de grandes pyramides (ghourds), dépassant souvent 200 m de haut, notamment dans le Grand Erg oriental en Algérie. Avec 200 000 km2 de superficie, l'erg de Libye est l'un des plus grands du monde. Les dunes des ergs ne se déplacent pas.
Il existe des dunes mobiles, généralement isolées à la périphérie des ergs ou sur les plateaux pierreux. Elles se sont constituées à la faveur d'un rocher ou d'une touffe de végétation (nebka) qui fixe le sable. Le vent modèle les dunes isolées en croissants, dont les pointes sont allongées dans le sens du vent. Leur profil est dissymétrique: le versant au vent est en pente douce, le versant sous le vent a une forte pente. Ces dunes sont nombreuses dans le Turkestan, où elles sont appelées «barkhanes».
Un écosystème pauvre: Le milieu désertique impose de nombreuses contraintes aux êtres vivants. La rareté de l'eau en est la principale: plantes et animaux doivent supporter de longues périodes sans pluies. Parallèlement, l'évaporation et la transpiration des plantes, accentuées par la chaleur et le vent, engendrent d'importantes pertes d'eau. Les êtres vivants subissent aussi de fortes contraintes thermiques: l'alternance de fortes chaleurs et de froid nocturne ou saisonnier est hostile à la vie. Quant aux sols, ils sont squelettiques, et certains ont une forte teneur en sel. La vie n'est cependant pas absente des déserts: elle s'y présente sous une forme adaptée.
La végétation: La flore des milieux désertiques est pauvre. Si 1 200 espèces ont été recensées dans le Sahara, seules 400 se trouvent dans les régions arides et 50 vivent dans les régions hyperarides. Le nombre réduit d'espèces n'exclut pas l'originalité: ainsi, certains cactus ne se rencontrent que dans les déserts américains.
Les formes d'adaptation: Les plantes ont développé des formes d'adaptation très variées. La vie implique pour la végétation une résistance à la chaleur, une consommation d'eau très faible et, par conséquent, une transpiration réduite. Aussi, pour puiser l'eau du sol, le système racinaire est-il fortement développé: il représente jusqu'à 80 % de la biomasse de certaines plantes. Les racines, qui peuvent être pivotantes, vont, comme celles du prosopis, chercher l'eau des nappes souterraines à des profondeurs de 20 à 30 m. Les cactées ont en revanche des racines très étalées, à proximité de la surface du sol, pour profiter de la moindre averse avant que l'eau s'infiltre ou s'évapore.
Pour réduire au minimum la transpiration, les végétaux limitent leur surface totale. Les feuilles, de petite taille comme celles de l'armoise, ne sont souvent que des épines, ou que des écailles, comme celles du saxaoul (Haloxylon hammodendrum) de l'Asie centrale. Leur cuticule est épaisse, revêtue de gomme ou de cire comme celle des feuilles du créosotier (Larrea tridentata) du désert du Mexique. Aux heures les plus chaudes de la journée, les stomates se ferment pour limiter les pertes d'eau par transpiration.
La constitution de réserves d'eau est une autre forme d'adaptation. Par la succulence, les plantes «grasses» comme les cactus ou l'agave emmagasinent de grandes quantités d'eau leur permettant de traverser une longue période sans pluies. Dans le nord‑ouest du Mexique, le saguaro (Carnegia gigantea) peut ainsi contenir de 2 à 3 m3 d'eau!

Les éphémères ont élaboré une autre stratégie de survie: leur cycle végétatif est très court. Ainsi, Boehravia repens germe et produit des graines en moins de dix jours. Ces graines peuvent attendre pendant de longues années (jusqu'à cinquante ans) l'averse providentielle qui va provoquer leur germination.
Les biotopes: Les différents biotopes des déserts sont plus ou moins favorables à la végétation. La steppe est la formation végétale la plus répandue dans ces déserts. C'est une végétation basse, discontinue, puisque les plantes ne couvrent pas intégralement le sol, composée d'herbes dures, comme le drinn en Afrique ou l'ichu des punas andines. Dans les régions semi‑arides, la steppe recouvre plus de 50 % de la surface du sol. En direction des régions arides et hyperarides, le taux de recouvrement de la végétation diminue, pouvant s'abaisser à 10 %, voire moins. Les surfaces pierreuses ne sont colonisées que par des touffes de graminées, et les arbustes y sont rares. Les secteurs sableux sont plus favorables à la végétation, et les arbustes comme Retama retama colonisent les dunes; c'est dans le creux de celles-ci, où l'eau des pluies converge, que la végétation est la plus dense. Les oueds sont garnis de petits fourrés d'arbres alimentés par un écoulement d'eau proche de la surface (inféroflux). Dans les montagnes des régions désertiques apparaît un étage forestier clair, suivi d'une steppe d'altitude.
Les oasis constituent des îlots de verdure repérables de loin. Dans les déserts chauds, le palmier‑dattier (Phoenix dactylifera) est par excellence l'arbre des oasis. Dans les déserts à hivers froids, il cède la place aux peupliers et aux saules.
Les sols salés sont peuplés de végétaux spécialisés, dits «halophiles». Certaines espèces, comme l'armoise, l'atriplex ou la salicorne, résistent à des teneurs élevées en sel dans le sol grâce à leur forte pression osmotique.
La faune: Si le nombre d'espèces animales dans les déserts est réduit, la plupart des groupes zoologiques terrestres et d'eau douce y sont représentés. Comme les plantes, les animaux doivent lutter contre le manque d'eau, la chaleur et l'intensité de la lumière.
Dépendance par rapport à l'eau: Cette dépendance est variable selon les espèces: si certains animaux doivent boire tous les jours, et ne s'éloignent pas des points d'eau, d'autres comme l'oryx ou le chameau résistent plusieurs jours sans boire. Ce dernier possède deux bosses de graisse dont l'oxydation métabolique produit une certaine quantité d'eau, redistribuée par le sang dans tout l'organisme; il peut ainsi perdre 30 % de son poids.
Quelques animaux peuvent se passer totalement de boire, en se contentant de l'eau produite par l'oxydation des aliments ingérés. Ainsi, les rongeurs (mérione, gerboise) peuvent vivre sans eau libre en s'alimentant de plantes succulentes ou de plantes à bulbe.
Bien que limitées, les adaptations anatomiques sont parfois remarquables: les grandes oreilles du fennec sont de véritables régulateurs thermiques, et les insectes possèdent de longues pattes qui les tiennent à distance du sol brûlant.
Les adaptations physiologiques et comportementales sont beaucoup plus développées. Certains animaux résistent à la déshydratation en ne transpirant pas; leurs urines sont très concentrées, et leurs excréments très secs. Pour échapper aux fortes chaleurs et au rayonnement solaire intense, la plupart des rongeurs, lézards et serpents ne sortent que la nuit. Les animaux diurnes se perchent ou s'envolent pour se soustraire aux fortes températures au niveau du sol. Pendant la saison la plus chaude, des animaux, comme la tortue terrestre (Testudo horsfieldi), entrent en léthargie. Dans les étangs temporaires, les œufs des amphibiens restent en sommeil lorsque l'étang est à sec.
De même, lorsque la température du sol atteint 52 °C, les sauterelles s'envolent toutes les quatre minutes! La terre constituant un excellent isolant thermique, de nombreux animaux vivent dans des terriers. Les scorpions, les araignées et les insectes, favorisés par leur taille réduite, cherchent l'ombre et l'humidité dans les anfractuosités des rochers.
Les ressources en eau: La connaissance des ressources en eau douce présentes dans les déserts est indispensable à la vie des hommes et à leurs activités. Les fleuves allogènes constituent un premier type de ressources en eau. Ce sont de grands fleuves, comme le Nil en Égypte, le Tigre et l'Euphrate au Moyen‑Orient, ou l'Indus au Pakistan, qui traversent les régions désertiques, atteignent la mer, et dont la zone d'alimentation se trouve dans des régions bien arrosées. Ils apportent de grandes quantités d'eau utilisées par l'homme dès l'Antiquité. Ainsi le Nil, alimenté par les précipitations abondantes des hauts plateaux de l'Afrique orientale et par les eaux du lac Victoria, parcourt-il plus de 6 000 km, dont 2 700 à travers le désert égyptien, grâce à un débit élevé et soutenu (2 590 m3/s de débit à Assouan). Les eaux souterraines sont d'un grand intérêt dans des régions où les eaux de surface font le plus souvent défaut. Dans le lit des oueds, où les alluvions sont épaisses, des nappes d'eau proches de la surface sont alimentées à chaque averse par les eaux d'infiltration. Le long des fleuves allogènes, des nappes phréatiques latérales sont rechargées par des crues régulières comme celles, annuelles, du Nil. L'eau de ces nappes souterraines est aisément accessible par des puits de quelques dizaines de mètres de profondeur. Les nappes d'eau profondes, prisonnières dans des roches magasins, sont des nappes fossiles, héritées de périodes plus humides. Leur exploitation nécessite des moyens plus lourds: seuls des forages profonds, jusqu'à 1 300 m dans les déserts australiens, permettent de ramener l'eau en surface.
L'avancée des déserts Les déserts se sont développés à la fin de l'ère tertiaire, il y a 15 millions d'années. Au début du quaternaire, les déserts actuels sont en place, mais leurs limites ont connu d'importantes variations.
D'anciens dépôts lacustres, des plantes et des animaux fossiles, des vestiges préhistoriques témoignent des changements climatiques passés survenus dans les déserts. Il y a 20 000 ans, le Sahara s'étendait 400 km plus au sud, sur une partie du Sahel, où il laissa des dunes actuellement colonisées par la végétation. Cette phase plus aride a duré jusque vers 12 000 ans BP (before present, la date de référence étant 1950). De 12 000 à 4 000 ans BP, il lui succéda une période plus humide: au Sahara, les pluies d'origine tropicale étaient plus abondantes, et le lac Tchad était beaucoup plus étendu qu'aujourdhui. À partir de 4 000 ans av. J.C. , les déserts ont progressé à nouveau.
L'extension actuelle des déserts au détriment des régions subhumides voisines est rapide. Au cours des cinquante dernières années, le processus de désertification a entraîné au Sahara la perte de 650 000 km2 de terres autrefois productives. Cette désertification est liée à des causes multiples. Les crises climatiques comme la sécheresse au Sahel de 1968 à 1973 ou celle qui affecta le Nordeste du Brésil de 1979 à 1984, en provoquant la destruction du couvert végétal, sont en partie responsables de l'avancée des déserts. L'homme, en intervenant sur l'équilibre fragile des écosystèmes désertiques, est également un agent très actif du processus de désertification. Ainsi, le surpâturage des animaux domestiques entraîne la dégradation de la végétation, aggravée par le piétinement des bêtes, qui tasse le sol, le rendant très sensible à l'érosion. La mauvaise maîtrise de l'eau engendre l'augmentation de la teneur en sels dans les sols, qui deviennent peu à peu stériles. Ainsi, l'oasis de Chinguetti, en Mauritanie, victime de la salinisation des sols, a été abandonnée; elle est aujourd'hui envahie par les sables.
Une meilleure gestion de l'eau et des pâturages, la plantation d'espèces adaptées (acacias, saxaouls, tamaris...) afin de constituer des «barrières vertes» comme dans le nord du Sahara algérien sont les principaux moyens de lutte contre l'avancée des déserts.
L'homme dans les déserts La vie humaine dans les déserts est fondée sur la coexistence de deux modes de vie traditionnels: le nomadisme et la sédentarité.
Les sociétés traditionnelles: Depuis le néolithique, les nomades exploitent de façon extensive les pâturages des régions désertiques. Ils se déplacent avec leurs troupeaux, composés de moutons, de chèvres et d'animaux de bât (chameau, dromadaire, yack, lama), en fonction des points d'eau et des pâturages. Les migrations s'effectuent soit entre le désert et ses marges, au climat moins hostile, soit entre les montagnes, où les nomades passent l'été, et les plaines, où ils cherchent des pâturages d'hiver. Ces nomades sont de redoutables guerriers (Touareg et Peuls au Sahara), qui ont toujours dominé les peuples sédentaires. Le commerce de caravane est associé à l'activité pastorale des nomades. Ces derniers vendent aux sédentaires du sel, des épices et les produits de leur élevage, ce qui leur permet d'acheter des dattes, des céréales et des tissus.
Les sédentaires vivent près des fleuves allogènes (Nil, Euphrate, Indus...) ou des points d'eau. En creusant des puits et en amenant l'eau dans des sites favorables grâce à des conduites souterraines, ils ont créé des espaces aménagés, les oasis, où ils pratiquent une agriculture irriguée. Sur de petites parcelles entourées de rigoles, les cultures présentent trois strates: céréales et légumes poussent sous les arbres fruitiers, à l'ombre des palmiers‑dattiers.
Le mode de vie des nomades semble aujourd’hui menacé. Les gouvernants des pays concernés tentent de sédentariser les nomades, pour mieux contrôler ces populations mouvantes. Le camion et l'avion, qui transportent rapidement les marchandises, ont ruiné le commerce de caravane. Les oasis, qui étaient souvent des étapes pour les caravaniers, souffrent de ce déclin.
La mise en valeur moderne des déserts: Depuis la Seconde Guerre mondiale, les déserts ont connu des transformations importantes. Les forages profonds dans le Néguev, dans le sud d'Israël, la construction du barrage d'Assouan sur le Nil, les aménagements hydrauliques du Syr‑Daria et de l'Amou‑Daria en Asie centrale ont permis d'étendre de façon considérable les périmètres irrigués dans les régions désertiques. La découverte de gisements métallifères – fer de Mauritanie, uranium d'Arlit au Niger –, et surtout de gisements d'hydrocarbures, comme en Arabie Saoudite, dans le Sahara algérien ou encore au Texas, a conduit à la mise en valeur de régions autrefois délaissées. Des villes comme Koweït sont nées de l'extraction pétrolière; d'autres, comme Le Caire, Samarkand ou Tachkent, ont vu leur population augmenter et l'espace bâti gagner sur le désert environnant. L'approvisionnement en eau potable est un problème majeur pour ces villes du désert. Cependant, les étendues désertiques demeurent des espaces où les densités de population sont faibles, ce qui explique que les hommes y installent des bases spatiales (site de Baïkonour au Kazakhstan), ou y réalisent des essais nucléaires (État du Nevada aux États‑Unis).
Une source de vie spirituelle: Monde indécis où les Juifs chassaient un bouc chargé symboliquement de tous les péchés d'Israël, le désert est à la fois un lieu de rejet et de ressourcement. Les grandes religions monothéistes sont nées du désert: Moïse voit Dieu face à face dans le Sinaï, le Christ y jeûne quarante jours, les cavaliers arabes y prennent leur élan pour répandre l'islam. Inversement, les croyants déçus par leurs contemporains s'y retirent: ermites, anachorètes, ascètes s'y trouvent à l'abri des tentations du monde, mais, comme saint Antoine, pas de celles de leur esprit. Les aventuriers y cherchent les vestiges des cités perdues, les philosophes y trouvent, comme dans les ruines de Palmyre ou de Ninive, la preuve de la fragilité des royaumes et des empires, les anthropologues, qui découvrent les peintures rupestres du Sahara représentant prairies et troupeaux, y lisent que la nature, comme les civilisations, est mortelle. Le désert est ainsi le réceptacle des vanités enfuies, comme dans un tableau de Tanguy, de Dalí ou de De Chirico.

LE DESERT DES DESERTS

Le Ténéré
Le Ténéré est ce «désert du désert» situé dans une cuvette, au nord‑est de la république du Niger, bordé par des hauteurs: à l'ouest, le massif de l'Aïr; au nord, le Tassili n'Ajjer; à l'est, le plateau du Djado et le grand escarpement du Kawar.
Le Ténéré est réputé être un désert hyperaride où les précipitations sont absentes pendant plusieurs années consécutives. Sa surface est recouverte par des regs caillouteux et des ergs où le vent a modelé de grandes dunes de sable, comme celles de Temet, au nord‑ouest, qui ont 300 m de haut. Il reste peu d'habitants au Ténéré, moins de 8 000, en majorité des Karounis, qui sont répartis en plusieurs oasis sur les bordures occidentale et orientale, grâce à la présence de l'eau.
Les oasis de Kawar (Bilma, Arrigui) et de Fachi sont des lieux de production de sel, qui fait l'objet d'un commerce encore actif avec les régions avoisinantes par l'intermédiaire des caravanes des Touareg de l'Aïr ou des Toubous du Tibesti.
En 1988, le Niger a créé la réserve naturelle nationale de l'Aïr et du Ténéré, pour protéger la flore, la faune (l'autruche, la gazelle dorcas, l'addax...) et les sites archéologiques (Tamakon, Adrar Bous, Djado...) qui témoignent d'une vie humaine importante au temps où le désert n'était pas désert.

VIE AU SAHARA

Climat:Le climat saharien oppose une région centrale hyperaride aux deux zones semi‑désertiques du Sud et du Nord. La frange nord‑est jouxte un littoral baigné par le climat méditerranéen: en Libye et en Égypte, le Sahara se «jette» dans la Méditerranée. Au sud, le Sahel délimite une large bande de terre où la saison sèche se prolonge pendant huit mois. D'une façon générale, on considère que le désert serait limité, sur le plan climatique, par l'isohyète 150 mm et, sur le plan biogéographique, par l'apparition d'une graminée spécifique au Sahel, le cramcram (Cenchrus biflorus).
Dans la partie centrale du Sahara, les conditions de vie sont extrêmement pénibles: il ne tombe pas plus de 25 mm d'eau dans le Tanezrouft («pays de la soif» en berbère), situé à l'ouest du massif du Hoggar. Certaines régions ne reçoivent pas une goutte d'eau pendant plusieurs années.
La moyenne annuelle des températures s'établit autour de 27 °C. L'été est torride: les températures sont comprises entre 40 et 45 °C, avec des maxima de 55 °C. L'hiver, qui peut être plus ou moins frais, présente des températures oscillant entre 8 et 11 °C, avec parfois des gelées nocturnes (le mercure peut descendre jusqu'à − 18 °C dans le Tibesti). Les amplitudes diurnes (15 à 30 °C) sont plus prononcées que les amplitudes annuelles (10 à 20 °C). Les températures étant très élevées et la nébulosité quasi inexistante, l'évaporation est particulièrement forte, entraînant l'un des taux d'humidité parmi les plus bas du monde (5 %).
En raison de la prépondérance de son action physique, le vent est l'une des données fondamentales du milieu naturel saharien. En hiver, les hautes pressions font souffler l'harmattan, vent de nord‑est s'asséchant au fur et à mesure qu'il progresse vers l'ouest. Le sirocco est un vent très chaud soufflant vers la Méditerranée. Le khamsin, vent sec atteignant des vitesses supérieures à 100 km/h, souffle sur la Libye entre mars et juin. On estime que sur l'ensemble du désert, la force éolienne déplacerait chaque année entre 60 et 200 millions de tonnes de poussières en suspension, arrachées aux sols et aux roches, et de 10 à 20 millions de tonnes de sable.
Faune et flore: Cantonnée aux oasis et aux oueds des régions semi‑désertiques, la végétation se réduit à quelques arbustes xérophiles, des acacias, des jujubiers, et à un maigre tapis temporaire de graminées, d'ombellifères et de crucifères résistants. Dans l'écosystème des oasis, le palmier‑dattier (Phoenix dactylifera) apparaît comme un véritable pivot: le tronc est utilisé pour le chauffage et le bois d'œuvre; les fibres et les feuilles sont employées pour la vannerie; la datte, riche en sucre, sert à l'alimentation (1 kg de dattes représente une ration alimentaire d'environ 2 000 calories); le noyau du fruit sert à l'alimentation du bétail, et la sève à l'élaboration du vin de palme. En plein désert, les espèces qui parviennent à défier l'aridité possèdent des racines jusqu'à 20 fois plus développées que leur tronc: aller chercher l'eau au plus profond et réduire les surfaces exposées à la transpiration sont les conditions de cette forme d'adaptation. Dans les oasis, les possibilités de culture sont assez variées: le blé et l'orge sont produits en Algérie, le mil et le sorgho sont plus courants au Niger.
La vie animale est présente jusque dans les zones les plus arides, où peuvent vivre insectes, petits rongeurs (gerbille), hyènes, parfois gazelles et antilopes. Oryx, chacal, guépard, varan, scorpion, vipère des sables, daman des rochers complètent la liste des hôtes du désert. L'adax, grande antilope présente dans le Ténéré, peut rester plusieurs jours, voire une année entière, sans boire. Parmi les espèces adaptées au milieu aride se trouve aussi la grande gerboise, rongeur passant ses journées à l'abri dans un terrier. Le fennec, petit renard aux grandes oreilles, est bien implanté. Le chameau, appelé ainsi bien qu'il s'agisse en fait d'un dromadaire (il n'a qu'une bosse), est le maître incontestable de l'endurance en milieu aride: il est, depuis qu'il a été importé d'Arabie pour remplacer le cheval, le «moteur» des routes caravanières.

SAHARA: TRAITS PHYSIQUES

« Le Sahara, c’est en nous qu’il se montre. L’aborder ce n’est point visiter l’oasis, c’est faire notre religion d’une fontaine. », Antoine de Saint-Exupéry, «Le Petit Prince »

LE SAHARA: Le plus grand désert du monde – dont le nom vient de l'arabe al‑sahara et signifie «désert» ou «steppe» – prend en écharpe la partie septentrionale de l'Afrique, continent dont il couvre près d'un quart de la superficie. Sur plus de 8 millions de kilomètres carrés, de la Mauritanie à la mer Rouge et de la Méditerranée au fleuve Niger et au lac Tchad, le Sahara, dont la zone sahélienne constitue le prolongement méridional, gagnerait chaque année environ 1 million d'hectares. Ses limites, notamment celles d'ordre biogéographique, fluctuent constamment sous l'influence de facteurs climatiques mais aussi anthropiques (surpâturage, déboisement...). Immensité aride couverte de sable, de pierres et, on l'oublie souvent, de vieilles montagnes disséquées par l'érosion, il fut une zone franchement verdoyante voici dix millénaires. Ténacité de la nature et résistance des hommes sont des atouts nécessaires à la survie dans cette immensité que se partagent dix États.
Éléments du relief Alors que le massif du Hoggar (Algérie) s'élève à 2 918 m au mont Tahat, le point culminant du Sahara est l'Emi Koussi (3 415 m), qui se dresse dans le Tibesti. Le massif de l'Aïr, au Niger, atteint 1 944 m. La partie occidentale du désert, beaucoup moins accidentée, s'élève progressivement depuis la côte atlantique. À l'approche de la vallée du Nil et sur la rive droite de celui-ci, le Sahara se prolonge par le désert Arabique en Égypte et par celui de Nubie au nord du Soudan. On y rencontre les principales formes du relief désertique: les regs sont des surfaces recouvertes de sable ou d'éclats de roches noirâtres; les ergs, massifs sableux constitués de divers types de dunes, développés surtout au nord, tels les Grands Ergs, occidental et oriental (Algérie); les hamadas, plateaux rocheux souvent calcaires ou gréseux, en partie couverts par un reg. Contrairement à une idée répandue, les ergs, ou les dunes en général – paysages symboliques du désert chaud –, ne couvrent pas plus de 20 % de la surface du Sahara; les dunes qui s'y développent sous l'action éolienne prennent parfois des proportions impressionnantes (plus de 250 m de hauteur).
Le réseau hydrographique est formé d'oueds, cours d'eau à l'écoulement spasmodique. Dans la plupart des cas, l'eau de pluie s'infiltre sur place. En Libye, où la population est concentrée le long de la côte méditerranéenne, on utilise les nappes fossiles du sud du pays pour l'alimentation en eau. Les lacs, la plupart du temps salés, apparaissent lorsque le niveau du sol recoupe le niveau aquifère. Au sud de l'Atlas, des rivières s'écoulent des zones montagneuses pour se déverser dans les bassins environnants, où peuvent se trouver des marais salants temporaires: ce sont les sebkhas, dont il existe de beaux exemples en Tunisie. Mais l'écoulement est en général interrompu (endoréisme). Controversé, notamment en raison des dégâts qu'il cause sur les berges, le barrage d'Assouan (construit entre 1964 et 1971), qui régularise les crues du Nil, a permis, grâce aux programmes d'irrigation, de réduire quelque peu la surface des déserts environnants.
Évolution géologique: La plate‑forme saharienne est constituée de roches cristallophylliennes et granitiques datant de la période précambrienne. La mer a pris une première fois possession de l'actuel territoire à l'ère primaire. L'accumulation de sédiments explique la présence de formations gréseuses – comme le tassili des Ajjer, dans le prolongement du Hoggar – ou calcaires. Une importante période de manifestations volcaniques survient au Tertiaire puis au Quaternaire dans certaines parties du Hoggar (Atakor), du Tibesti et de l'Aïr.
Ressources: Le Sahara est riche en richesses minérales. Ainsi la Libye et l'Algérie sont-elles, après le Nigeria, les deuxième et troisième producteurs de pétrole d'Afrique. L'Algérie exploite de riches gisements de manganèse, et la Mauritanie d'importantes réserves de cuivre. Ces deux pays ainsi que la Libye bénéficient de la présence de minerai de fer dans leur sous‑sol. Le Maroc est l'un des premiers producteurs mondiaux de phosphates. Pour sa part, le Niger partage avec l'Australie les réserves mondiales d'uranium les plus fournies.

21 juin 2007

ACADEMIE BERBERE

ALGÉRIE • La langue berbère a son académie
Depuis le mardi 19 juin, deux décrets ont été publiés qui prévoient la création d'une académie et d'un conseil supérieur pour la langue tamazight (berbère). Selon le communiqué du Conseil du gouvernement repris par le quotidien
Liberté, ces textes visent à créer des institutions afin de promouvoir et de développer le berbère "dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national". Le berbère serait ainsi revalorisé ; pour Liberté, "cela constitue sans nul doute une avancée sur le long chemin de la réhabilitation d'une des composantes essentielles de l'identité nationale" algérienne. En d'autres termes, comme le reconnaît le Conseil de gouvernement d'Algérie, ces deux décrets réaffirment "la ferme volonté des pouvoirs publics d'accorder à cette dimension de notre identité nationale toutes les conditions aptes à lui permettre d'occuper la place qui lui revient dans [la] société. Pour de nombreux observateurs, il s'agit surtout d'un geste de plus du président algérien en direction de la population de Kabylie et de l'ensemble de l'Algérie berbérophone. Mais, pour Liberté, "il est prématuré de s'avancer sur ce dossier tant que l'on ne connaît pas encore les détails du projet ainsi que la composante de ces institutions et leurs missions". Le berbère n'a acquis le statut de langue nationale en Algérie que depuis 2002.

http://www.tamazight.biz/

11 mai 2007

SAHARA VISION

LE PRESIDENT WADE SAHARIEN DE CŒUR
« Déclarer la guerre au désert », c’est la proposition que fait Me Abdoulaye WADE, le président de la République du Sénégal. Il a tenu ces propos à l’occasion de la Conférence internationale sur le financement des bassins de rétention tenue à Dakar le 09 mai 2007.

Le Chef de l’Etat sénégalais a, à cet effet, plaidé en faveur d’une mobilisation mondiale, pour un financement conséquent des bassins de rétention, dans le double objectif d’arrêter l’avancée du désert et de changer durablement
les conditions de vie des paysans du Sahel.

Me WADE a, par la même occasion, préconisé la création d’une ligne Maginot de Dakar à Djibouti, pour réaliser des bassins de rétention qui, à côté de la Grande Muraille verte, permettront de s’opposer à l’avancée du désert. Il a également suggéré la création d’une Agence sahélienne des bassins de rétention.
Visionnaire, le président sénégalais s’est interrogé sur la redéfinition de la
notion de guerre aujourd’hui et sur le rôle des armées occidentales dans
un tel combat.

« Pourquoi ne pas déclarer la guerre au désert et au sous-développement » a-t-il martelé devant une assistance acquise à ses suggestions. Les Chefs d’Etat de la CENSAD et des pays couverts par les déserts ont là matière à réflexion. La communauté internationale et les mouvements écologistes peuvent aussi y trouver inspiration.
Le Sahara, enjeu mondial, doit être préservé au profit des génrations futiures.

17 avr. 2007

WEBSCOPIE

EMZAD LE CRIN DE LA NOSTALGIE
J’ai découvert un beau site avec une vocation si noble qu’il veut sauver un instrument cher au cœur des Sahariens : emzad.

Association "sauvez IMZAD
www.imzadanzad.com/