ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ

ⴰⵉⵜⵎⴰ ⴰⵍⵃⴰⵙⴰⵏ ⵜⵉⴼⵉⵏⴰⵖ ⵜⵓⵎⴰⵙⵜ ⴰⴽⴰⵍ

BIENVENUE AU SAHARA, AIRE DE LIBERTE

"Le désert est beau, ne ment pas, il est propre." Théodore MONOD.



9 juil. 2007

LA CHEVRE
Béguètement de la chèvre Les chèvres domestiques présentent, selon les races, une grande diversité morphologique, due à des différences d'origine, mais aussi à l'intervention de l'homme. La chèvre domestique européenne dérive probablement de la chèvre ægagre (Capra aegagrus), forme sauvage distribuée en Crète et de la Turquie à l'Iran, caractérisée par des cornes comprimées latéralement. Sont considérés comme des chèvres sauvages le bouquetin (Capra ibex) et le markhor (Capra falconerii), auxquels s'apparentent des chèvres domestiques de Grèce et de Turquie. La plupart des chèvres d'élevage appartiennent à trois grandes races, dont deux d'origine suisse: la Saanen ou Gessenay (blanche), l'Alpine ou Chamoisée (brune, avec dos, jambes et tête noirs), la Mohair. Il existe environ 528 millions de chèvres dans le monde, dont 171 en Afrique (Nigeria, Éthiopie, Maroc, Soudan), 14 en Amérique du Nord (Mexique, Haïti), 22 en Amérique du Sud (Brésil, Argentine), 296 en Asie (Inde, Chine, Viêt‑nam, Pakistan, Iran, Bangladesh), 15 en Europe (Grèce, Espagne, Italie, France), 6 dans l'ex‑URSS et 2 en Océanie.
Élevage Les chèvres sont élevées pour leur lait, leur cuir, leur chair et leur poil (notamment les chèvres angoras d'Asie Mineure, dont la laine peut dépasser 19 cm de long, et la chèvre cachemire d'Himalaya, à poil épais et fin). Les chevrettes peuvent être fécondées dès l'âge de 7 à 8 mois. La durée de gestation est de cinq mois. La chèvre met bas un ou deux chevreaux, mais les naissances triples ne sont pas rares. Il existe une proportion élevée d'animaux intersexués (de 10 à 20 %). Une chèvre produit en moyenne 400 à 800 litres de lait par an, pour une lactation de 8 à 10 mois. La viande est fournie principalement par les chevreaux abattus entre 4 et 8 semaines (de 6 à 12 kg). Leur peau, très souple, est employée en maroquinerie de luxe.
Le fromage de chèvre Le fromage de chèvre est préparé exclusivement à partir de lait de chèvre. Il contient au moins 45 % de matière grasse (475 cal/100 g) après dessiccation, et est connu sous de nombreuses appellations (chevrotin, chevroton, cabecou, etc.). Obtenu par égouttage de lait caillé, il se consomme frais, affiné ou sec
LE SAHEL
Vaste aire semi‑aride qui s'étire de l'Atlantique à la mer Rouge, la bordure méridionale du Sahara est caractérisée par l'irrégularité des pluies et la fragilité des sociétés agricoles. Les sécheresses répétées, la dégradation des sols et du couvert végétal, liée à l'explosion démographique, concourent à la désertification. Éleveurs et cultivateurs migrent en nombre croissant vers les régions plus humides et les villes. Le PIB de l'ensemble du Sahel politique est 1,5 fois inférieur à celui du Bangladesh, alors que l'aide publique au développement est 6 fois supérieure à la moyenne des pays pauvres.
Les limites du Sahel Les terres sahéliennes, «rivage aride d'une mer abandonnée» selon l'heureuse expression du géographe Jean Gallais, ne sont guère faciles à circonscrire. Il reste que c'est de l'incertitude climatique que procèdent, en partie, la fragilité des écosystèmes et la précarité des conditions de vie.
Les différents critères Pour Théodore Monod et les naturalistes, le Sahel est un domaine écologique tropical que caractérisent une longue saison sèche (7 à 10 mois), la concentration estivale de pluies peu abondantes et surtout très irrégulières, l'importance des formations végétales steppiques à plantes herbacées annuelles, le triomphe des acacias et des épineux. Commençant au sud du Sahara avec l'apparition du cramcram (Cenchrus biflorus), graminée vivace, le Sahel prendrait fin aux lisières des forêts claires et des savanes arborées soudaniennes. Ses limites demeurent toutefois floues et mouvantes. Les isohyètes moyennes annuelles oscillent entre 100-150 mm au nord, contre 500-700 mm au sud; leurs positions en latitude varient d'une année à l'autre, parfois considérablement. Des massifs montagneux (Aïr) font office de bastions pluviométriques avancés en zone aride; à l'inverse, des formes typiques du désert, dunes vives et glacis caillouteux, parsèment des étendues dites sahéliennes. La limite des cultures sous pluie, souvent évoquée comme «frontière» septentrionale (400 à 200 mm annuels), n'est pas franche. Pour certains auteurs, les marges méridionales sont étendues jusqu'aux isohyètes 750, voire 1 000 mm, bien au‑delà de Bamako et de Ouagadougou.
L'incertitude climatique Depuis leur expansion sur les marges méridionales du Sahara, les crises de subsistance ont toujours affecté les sociétés d'agriculteurs et de pasteurs. Les groupes humains doivent faire face à la variabilité interannuelle des précipitations, qui peuvent fluctuer du simple au triple, sans compter les décalages de la date correspondant au début des pluies et l'inégale distribution de ces dernières pendant l'hivernage (saison des pluies), qui diminue du sud au nord: 5 mois à Bamako (juin–octobre), 2 mois à Tombouctou (juillet–août). Depuis les mauvais hivernages enregistrés entre 1968 et 1975, les débats lancés au début du XXe siècle à propos de la «sécheresse» au Sahel (dessèchement inéluctable lié à une avancée du désert) ont été ravivés. L'observation du réseau des pluviomètres installés à partir de 1920 montre que c'est moins le total des pluies que leur répartition qui joue sur l'état des formations végétales ou l'ampleur des récoltes. Selon la nature des sols et la fréquence des précipitations, on peut définir des pluies «utiles»: 10 mm par semaine sur un sol gravillonnaire, 3 mm sur un sol sableux (la sécheresse survient lorsque ces valeurs et ces données ne sont pas atteintes).
En termes de répartition, le caractère zonal des sécheresses n'apparaît pas clairement. Le domaine sahélien ne fonctionne pas comme une entité climatique unique: on peut enregistrer, la même année, des pluies conformes aux moyennes au Niger, alors que les déficits se creusent au Mali et au Sénégal. L'opinion des spécialistes est partagée: pour les uns, les sécheresses récentes sont une manifestation périodique des péjorations climatiques qui ont caractérisé le Sahel depuis le Néolithique; pour d'autres, elles témoignent d'un réel processus d'aridification. Quoi qu'il en soit, les dernières sécheresses ont eu des conséquences d'autant plus marquantes qu'elles ont affecté un milieu fragilisé par l'explosion démographique, par l'extension des surfaces cultivées, par le surpâturage et les coupes de bois à destination des marchés urbains pour les besoins ménagers.
Le Sahel politique La définition politique du Sahel n'est guère plus satisfaisante: neuf pays sont réunis, depuis 1971, au sein du Comité inter‑États de lutte contre la sécheresse du Sahel (CILSS). Les plus typiquement sahéliens sont le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad. Le Soudan n'en est pas membre, contrairement à la Guinée‑Bissau, à la Gambie et aux îles du Cap‑Vert, dont les climats, à latitude comparable, sont pourtant plus humides. Ces neuf pays couvrent une superficie de près de 5,3 millions de kilomètres carrés et regroupent 45 millions d'habitants.
La dégradation du milieu Très dépendantes de la production végétale primaire, les sociétés sahéliennes ont toujours cherché à préserver un équilibre entre prélèvement et renouvellement des ressources, notamment par le gel saisonnier d'amples portions de terroirs et de pâturages. Les réponses appropriées étaient multiples: rotation des cultures céréalières à cycle court (mil, sorgho), associée à des systèmes élaborés de jachère (durée liée à l'inégale pression démographique); mobilité des hommes et des troupeaux en fonction de la répartition de l'eau et de l'herbe selon les saisons; utilisation des complémentarités entre bas plateaux secs et plaines inondables du delta intérieur du Niger ou du fleuve Sénégal; cultures par submersion et cultures de décrue, du haut Niger au Logone et au Chari; échanges de biens et de prestations entre peuples d'éleveurs (Peuls, Touareg) et paysanneries sédentaires.
La pression des hommes Le doublement de la population en moins de cinquante ans, la progression des échanges marchands liée à la diffusion des principales cultures de traite (arachide, coton), l'accroissement des besoins en viande lié à l'urbanisation ont transformé les anciens systèmes agraires et pastoraux. Alors que reculaient les jachères et les mises en défens, l'extension spectaculaire des superficies cultivées ou utilisées par les troupeaux a bouleversé les pratiques conservatoires. À la faveur des décennies plus humides, l'occupation agricole a progressé en latitude, le domaine cultivé a empiété sur les aires de parcours des éleveurs. Ces derniers vivent dans des situations d'extrême vulnérabilité, d'autant que les contrôles aux frontières sont une entrave à leurs déplacements.
Le problème écologique C'est dans ce contexte que les fragiles équilibres ont été rompus. Là où les densités de population étaient déjà fortes – pays serer (Sénégal) ou pays mossi (Burkina Faso) –, la saturation des terroirs et leur dégradation sont manifestes: disparition des jachères, épuisement des sols, recul du couvert arboré, en particulier des Acacia albida, arbres qui autrefois permettaient, grâce à leur cycle végétatif inversé, de maintenir la fertilité des sols et de nourrir les bovins en saison sèche. Sur les fronts pionniers, moins peuplés, la couverture végétale des sols sablonneux a été mise à mal par les défrichements expéditifs et le surpâturage. Combinée aux irrégularités pluviométriques, cette détérioration anthropique a aggravé les effets des sécheresses et favorisé la «désertification», terme préférable à celui de «désertisation» caractérisant une avancée naturelle du Sahara vers le sud.
Les aides au développement Pour freiner l'incontestable détérioration de l'environnement et faire face aux disettes de la soudure (de juillet à septembre), parfois aux pénuries de vivres, les opérations de développement se sont multipliées depuis les indépendances. En favorisant le reboisement, les unes tentent de préserver le rôle protecteur du manteau végétal contre l'érosion éolienne et pluviale, privilégiant ainsi la production rapide de bois et la diffusion d'essences qui ne sont d'aucune utilité pour le bétail et les sols (eucalyptus). D'autres visent à intensifier des systèmes paysans (culture attelée, usage d'engrais) et la promotion des cultures de contre‑saison (oignons du pays dogon, au Mali, ou de la région de Tahoua, au Niger). D'autres encore sont fondées sur l'irrigation: grands aménagements hydroagricoles (barrages de Diama et de Manantali, sur le Sénégal), petites installations hydrauliques villageoises (vallées des Volta et du Niger). Encadrées par des ONG (organisations non gouvernementales), ces dernières ont permis une relative diversification des productions (canne à sucre, riz, cultures maraîchères). La rentabilité économique des grands aménagements est, en revanche, loin d'être assurée. Confrontés à la complexité des circuits de collecte et pénalisés, comme les producteurs de céréales, par la concurrence des importations en provenance des pays industrialisés, les éleveurs ne sont guère favorisés. Sans une protection efficace de leurs débouchés urbains en Afrique de l'Ouest, pasteurs et paysans sahéliens sont de plus en plus marginalisés.
Les déplacements de population Pour survivre, éleveurs comme agriculteurs accentuent leur mobilité hors de leurs habituels territoires. Quittant les aires sèches, ils se dirigent vers les marges soudaniennes, mieux arrosées (sud du Mali, sud‑ouest du Burkina Faso, nord de la Côte‑dIvoire et du Nigeria), gagnant les régions forestières et les villes des États littoraux. Les migrations ne sont pas une nouveauté: les anciens échanges précoloniaux de sel et de cola étaient assurés par des caravaniers spécialisés (Touareg, Dioulas) parcourant l'interface entre le Sahara et les forêts méridionales. L'économie de traite imposée au début du XXe siècle mobilisait une main‑dœuvre saisonnière puisée dans les réservoirs démographiques sahéliens. Il reste que l'ampleur des mouvements enregistrés depuis les années 1970 est exceptionnelle. Le sud du Mali, les vallées du Sénégal et des Volta, le delta intérieur du Niger ou le lac Tchad attirent encore des migrants saisonniers, même si ces flux sont sans commune mesure avec les déplacements à destination des pays du golfe de Guinée. La capacité à vivre «à distance» est devenue une singularité sahélienne: il y aurait plus de 2 millions de Burkinabés en Côte‑dIvoire, tandis que plus de 15 million de Maliens vivraient hors de chez eux. Les Peuls du Mali et du Burkina font route vers les pays sénoufo et malinké; les Soninkés, originaires de la vallée du fleuve Sénégal, constituent les deux tiers des Noirs africains salariés en France; leurs réseaux sont très actifs au Gabon, en République démocratique du Congo, au Botswana, en Afrique du Sud et aux États‑Unis. Les Sahéliens, y compris les éleveurs, sont de plus en plus nombreux à gagner les villes côtières.
La croissance urbaine L'une des conséquences les plus spectaculaires des mouvements de populations est la croissance rapide des villes du Sahel, vers lesquelles converge, il est vrai, l'aide alimentaire internationale. En 1920, la zone sahélienne comptait moins de 1 % de citadins; en l'an 2000, il y en aura probablement plus de 40 %. Le fait urbain n'est certes pas récent: souvent fouillées par les archéologues, des cités médiévales, marchandes ou politiques (Tombouctou, Gao, Djenné, Koumbi‑Saleh, Aoudaghost), ont été décrites par les historiens arabes. De leur côté, les colonisateurs avaient posé une trame d'encadrement administratif le long des chemins de fer et des nouvelles routes. Jamais cependant la concentration de population urbaine n'a été aussi marquée: en 1990, le taux d'urbanisation atteignait même 47 % en Mauritanie et 40 % au Sénégal. Devenues de grandes agglomérations, les capitales sont difficiles à gérer: la région urbaine dakaroise compte plus de 1 500 000 h.; Nouakchott, Bamako, Ouagadougou, Niamey et NDjamena ont plus de 500 000, voire 700 000 h. Les tissus bâtis s'étalent démesurément alors que les pouvoirs publics ne sont pas en mesure de maîtriser l'accès au sol et de produire les équipements nécessaires.
Cette urbanisation accélérée, à laquelle participent aussi les petites villes, n'a pas de contrepartie productive: les appareils industriels demeurent peu importants, alors que les rares usines sont menacées par les ajustements structurels. Les activités dites «informelles», qui ont longtemps permis l'insertion des migrants, ne peuvent résoudre le problème essentiel de l'accumulation.
Les perspectives Dépendants de l'aide financière internationale, pénalisés par les distances à la côte et l'enclavement, soumis aux rudes aléas climatiques, les hommes du Sahel peuvent-ils sortir du mal‑développement? À l'aube du XXIe siècle, les États du CILSS approchent les 60 millions d'habitants. On peut raisonnablement s'accorder pour dire qu'ils pourraient échapper aux conséquences directes des sécheresses prévisibles si l'espace sahélien venait à être doté d'un réseau de communications efficace, permettant de faire jouer les complémentarités et d'assurer les solidarités interrégionales. En dépit d'une forte croissance démographique, certains pays, comme le Mali ou le Burkina Faso, sont parvenus à maintenir la production alimentaire par tête au cours des années 1980.

1 juil. 2007

LE NIL DE L'OUEST

Le fleuve Niger
Le fleuve Niger est la pièce maîtresse de l'hydrographie ouest‑africaine. Par sa longueur (4 200 km) et son bassin versant (plus de 2 millions de km2 s'étendant sur huit États), c'est le troisième fleuve du continent après le Nil et le Congo et le neuvième fleuve du monde. Né à 800 m d'altitude, à l'est des monts Loma, grossi du Tinkisso, qui lui apporte l'eau du Fouta‑Djalon, le Niger coule dans une vallée tantôt étroite et encaissée, tantôt élargie dans de vastes cuvettes. Les plateaux mandingues sont sciés à l'aval de Bamako par les rapides de Sotuba, les grès durs sont franchis par des défilés (défilé de Tosaye, « W » incrusté dans les quartzites de l'Atakora), et le fleuve progresse péniblement ou s'enfonce profondément dans les roches cristallines (rapides entre Boussa et Jebba, au Nigeria, en partie submergés par le lac de barrage de Kainji). Inversement, le Niger s'épanouit en belles cuvettes alluviales, par exemple dans les grès tendres de Say et de Kolo. La plus belle de ces cuvettes est formée par le delta intérieur, «Mésopotamie» nigérienne couvrant environ 40 000 km2 sur le territoire malien. Vaste aire d'épandage vers laquelle convergent le Niger et le Bani, la plaine du Macina, autour du lac Debo, est composée d'un inextricable réseau de bras et d'îlots submergés lors de la crue. Cet ancien delta quaternaire (le Niger, endoréique, achevait sa course au nord, dans la région d'Arouane, avant de former son actuelle boucle), est un vaste piège qui favorise l'évaporation et l'infiltration, et étale la crue du fleuve, ainsi retardée de 5 à 6 mois pour les pays situés en aval.
Le régime demeure assez simple, mais le décalage et les différences entre les crues sont considérables: le maximum survient en septembre à Koulikoro (Mali), en janvier seulement à Tombouctou, en février à Niamey, où la crue moyenne (1 700 m3/s) est très inférieure à celle de Bamako (8 000 à 10 000 m3/s). Au‑delà du barrage de Kainji, au Nigeria, le fleuve reçoit le renfort de la Bénoué, son plus important affluent, qui lui apporte 20 000 à 30 000 m3/s lors des crues. Passé Lokoja, il achève majestueusement sa course et s'étale en un vaste delta maritime amphibie, aux vasières couvertes de mangroves, où les eaux gagnent l'Océan par de multiples bouches instables, les oil rivers, mais dont le peuplement demeure ténu, contrairement aux grands deltas asiatiques.

PROVIDENCE EGYPTIENNE

Le Nil
Premier fleuve au monde par sa longueur (6 670 km), le Nil fut aussi l'un des plus mystérieux: sa crue d'été, à l'origine de la civilisation égyptienne antique, est longtemps demeurée un phénomène inexplicable, et sa source n'a été reconnue qu'à la fin du XIXe siècle. S'il évoque d'abord l'Égypte, c'est aussi un fleuve qui s'étire de l'Afrique des Grands Lacs et du massif éthiopien jusqu'aux rivages de la Méditerranée. Son bassin couvre 3 millions de kilomètres carrés, soit un dixième du continent africain, sur dix États: Rwanda, Burundi, République démocratique du Congo, Tanzanie, Kenya, Ouganda, Éthiopie, Érythrée, Soudan et Égypte.
Caractéristiques
ormé par deux artères principales, le Nil Bleu et le Nil Blanc, le fleuve s'écoule du sud vers le nord; il connaît tous les climats de l'Afrique, et constitue la seule voie naturelle de communication entre l'Afrique noire et la Méditerranée, à travers le Sahara. Mais les cataractes qui barrent le fleuve durant sa traversée du désert, les marais du haut Nil et les gorges inaccessibles du Nil Bleu s'ajoutent à la gradation du climat pour le scinder en tronçons distincts.
Le parcours du fleuve Sa source la plus reculée est un ruisseau des collines du Burundi, dont les eaux parviennent à la Kagera en Tanzanie, qui se jette dans le lac Victoria. Traversé par l'équateur, il donne naissance au Nil Blanc, à 1 135 m d'altitude et à 5 611 km de l'embouchure. Appelé Nil Victoria, il pénètre le lac Kioga, avant d'atteindre le lac Albert par les chutes Murchison (aujourd'hui Kabalega), lequel, niché dans la branche occidentale de la Rift Valley, apporte au Nil l'eau du lac Édouard et de la rivière Semliki. Sous le nom de Nil Albert, le fleuve coule dans la plaine du Soudan méridional, plonge dans les rapides Fola, devenant le Bahr el‑Djebel.
Un peu au nord de Juba, le fleuve atteint le niveau de base de son cours supérieur, et s'étale dans toutes les directions, formant les sadd – marécage géant (6 000 km2 en saison sèche) encombré de papyrus; il y perd environ la moitié de son débit (14 milliards de mètres cubes), mais garde une force suffisante pour se frayer un chenal jusqu'au lac No. Il est alors rejoint par le Bahr el‑Ghazal, qui reçoit ses eaux de la dorsale Nil‑Congo, et par le Bahr el‑Arab, et parvient à se dégager des marais. Devenu le Nil Blanc (Bahr el‑Abiad), il reçoit la rivière Sobat descendue d'Éthiopie, et s'oriente plein nord à partir de Malakal. Le fleuve ne reçoit plus d'affluent sur 800 km, jusqu'à Khartoum, située au confluent des deux Nils. Le Nil Bleu (Bahr el‑Azraq) provient du lac Tana, au cœur du massif éthiopien, à près de 1 800 m d'altitude. Dès sa sortie du lac, il plonge dans les chutes Tisissat et s'engouffre dans des gorges profondes et inhabitées, jusqu'à la plaine soudanaise, où il reçoit deux affluents saisonniers, la Rahad et le Dinder.
En aval de Khartoum, sur les 3 000 km qui le séparent de la mer, le Nil unifié ne reçoit plus d'autre affluent que l'Atbara. Il traverse l'aride désert de Nubie en se frayant un chemin à travers cinq défilés rocheux, les cataractes. À partir d'Assouan, le Nil, assagi, irrigue le mince ruban de sa vallée, à laquelle il fournit, par ses eaux et son limon, sa légendaire fertilité. Juste au nord du Caire, le fleuve se ramifie en un delta avec une branche occidentale (Rosette) et une branche orientale (Damiette).
Le régime Son débit moyen annuel, mesuré à Assouan, est de 84 milliards de mètres cubes, c'est‑à‑dire bien peu comparé à ceux de l'Amazone (3 000 milliards de mètres cubes) ou du Congo (1 400 milliards). Ce débit survient à 80 % entre les mois d'août et d'octobre, car il dépend largement des hautes eaux – qui contribuent à 86 % du débit annuel du fleuve et à 95 % en été – du Nil Bleu et des autres affluents éthiopiens, soumis à un climat tropical. C'est la fameuse crue du Nil, dont la hauteur, mesurée grâce à des nilomètres, permettait à l'administration pharaonique de prévoir l'importance des récoltes et le montant de l'impôt. La prédominance du Nil Bleu se fait aussi sentir par l'apport de limon, arraché aux plateaux volcaniques d'Éthiopie, évalué entre 60 et 110 millions de tonnes par an à Assouan.
Le Nil dans l'histoire L'agriculture apparaît dans la basse vallée du Nil il y a environ 7000 ans. Il s'agit tout d'abord de cultures pratiquées dans le limon laissé par la décrue du fleuve; puis, vers 3400 avant notre ère, on note une organisation supravillageoise qui permet de retenir l'eau dans des bassins.
L'Égypte ancienne
L'unification du Delta et de la vallée égyptienne est réalisée vers 3300 av. J.C., et assure la prospérité du pays, grâce au contrôle centralisé de la crue et de l'activité agricole, durant l'Ancien, le Moyen et le Nouvel Empire. En revanche, les périodes de division (première période intermédiaire, fin du Nouvel Empire) ou d'occupation étrangère entraînent désordre et famine.
Au‑delà de la 1re cataracte sont entreprises de fructueuses expéditions, qui aboutissent parfois à une présence égyptienne permanente. Mais dès le IVe millénaire est apparue au Soudan actuel la civilisation koushite, dont la capitale est Kerma, en Nubie. Colonisée au Moyen Empire, la Nubie recouvre son indépendance lors de la deuxième période intermédiaire et de l'occupation de l'Égypte par les Hyksos. Sous le Nouvel Empire, Thoutmosis III la reconquiert; mais elle s'émancipe à nouveau vers l'an 1000. Ce sera pourtant par elle que l'unité sera rétablie sous la XXVe dynastie, dite éthiopienne, des pharaons noirs de Napata; vers 700 av. J.C., ils étendent leur pouvoir jusqu'à la Méditerranée pendant un siècle, puis le royaume de Napata, replié au sud de la 1re cataracte, transfère sa capitale à Méroé, entre l'Atbara et le Nil Bleu. La civilisation méroïtique, où le respect des traditions égyptiennes s'allie au fonds africain, est maintenue jusqu'au IIIe siècle de notre ère, avant de disparaître sous les coups du puissant royaume d'Aksoum, qui contrôle le haut bassin du Nil Bleu.
L'ère chrétienne Des royaumes chrétiens, berceau d'une civilisation florissante, se fondent en Abyssinie à partir du IVe siècle, et en Nubie à partir du VIe siècle. La conquête arabe de l'Égypte, en 641 rend plus difficiles les contacts de ces royaumes avec les centres de la chrétienté. Le royaume d'Aloa, au confluent des deux Nils, subsiste pourtant jusqu'au début du XVIe siècle, et le christianisme éthiopien, demeuré monophysite, comme celui d'Égypte, se maintient jusqu'à nos jours. L'islam ne provoque pas l'unification de la vallée du Nil, même si en 1504 le sultanat noir des Fundji s'établit sur les rives du Nil soudanais, avec sa capitale à Sennar. Dans la région des Grands Lacs, c'est au XIIIe-XIVe siècle que les pasteurs tutsis s'installent au Rwanda, et en soumettent les cultivateurs hutus et les chasseurs pygmées, tandis que l'Ouganda est le siège de quatre royaumes: Bouganda, Toro, Ankolé et Bounyoro, le plus puissant. Mais au XVIe siècle le Bouganda, en s'alliant aux commerçants arabes de la côte, prend le dessus et continue son expansion jusqu'à l'occupation britannique.
Le Nil depuis deux siècles À la fin du XVIIIe siècle, l'expédition militaire de Bonaparte en Égypte ouvre la voie au régime modernisateur de Méhémet‑Ali. Celui-ci envoie en 1821 son fils Ismaïl à la conquête du Soudan. Les conquérants parviendront en 1840 presque à l'équateur, après avoir réussi à percer les sadd. La cuvette nilotique et la région des Grands Lacs seront alors livrées à des razzias d'esclaves dévastatrices, en direction du sultanat de Zanzibar ou des marchés égyptiens et arabes. L'intervention des puissances européennes, dont l'objectif réel est le partage de l'Afrique, les fait cesser. À la suite de l'ouverture du canal de Suez, la Grande‑Bretagne impose son protectorat sur l'Égypte (1882), tandis qu'au Soudan le Mahdi s'empare de Khartoum (1885) et fonde un empire qui durera treize ans. L'Éthiopie est également menacée, mais les troupes italiennes sont écrasées à Adoua en 1890. Les visées françaises et britanniques se heurtent à Fachoda (1898), sur le Nil Blanc: la Grande‑Bretagne a décidé de reconquérir le Soudan pour faire la jonction avec ses possessions d'Afrique orientale, alors que la France espère atteindre la mer Rouge.
Les aménagements hydrauliques La conversion de l'Égypte à l'irrigation pérenne a commencé il y a 150 ans, par l'extension de cultures d'été (coton, riz, maïs) sur des endroits élevés épargnés par la crue, mais irrigables par des systèmes d'élévation. Méhémet‑Ali ouvre une nouvelle étape en érigeant un barrage, en aval du Caire, pour élever le niveau de l'eau dans le Delta.
Les premiers barrages La vallée est ensuite équipée de barrages d'élévation à Assiout (1902), à Esnèh (1909) et à Nag Hamadi (1930). Ces travaux visent surtout à étendre la culture du coton, pour approvisionner les filatures anglaises. Mais l'extension de l'irrigation pérenne est handicapée par le manque d'eau pendant l'étiage, alors que la plus grande partie de l'eau de la crue se perd dans la Méditerranée. Les premiers barrages‑réservoirs en Égypte et au Soudan ont permis d'augmenter le niveau de l'eau disponible pendant l'étiage: le premier barrage d'Assouan (1898-1902) voit sa capacité passer de 1 à 5 milliards de mètres cubes, grâce à deux surélévations; le barrage de Sennar (1925), sur le Nil Bleu, sert à irriguer le vaste périmètre cotonnier de la Gezireh – en échange, le Soudan renonce en 1929 à toute ponction entre janvier et juillet; le barrage du Djebel Aulia (1929-1933) retient les eaux du Nil Blanc durant la crue du Nil Bleu.
Le haut barrage d'Assouan Les besoins augmentant plus vite que les disponibilités, la solution proposée est celle d'un nouveau barrage à Assouan, qui retiendrait toute la crue dans un réservoir d'une capacité maximale de 156 milliards de mètres cubes, à cheval sur l'Égypte et le Soudan. L'eau du Nil est partagée, en 1959, sur la base de 55,5 milliards de mètres cubes pour l'Égypte et 18,5 milliards pour le Soudan (les pertes du lac‑réservoir représentent 10 milliards de mètres cubes), au lieu de 48 et 4 dans l'accord de 1929, où 32 demeuraient inutilisables lors de la crue. Le barrage, construit avec l'aide soviétique, est inauguré en 1970, quelques semaines après la mort du président Nasser, qui en avait été l'initiateur. Cent mille villageois nubiens durent quitter leur foyer submergé. Le haut barrage d'Assouan a permis la régulation pluriannuelle du débit, la production d'électricité, la bonification d'étendues désertiques sur les marges de la vallée et du Delta (400 000 ha), le passage à l'irrigation pérenne des derniers bassins de Haute‑Égypte (300 000 ha), l'extension des cultures grosses consommatrices d'eau, comme la canne à sucre et le riz. Mais le haut barrage a aussi pour effet de retenir le limon de la crue, réduisant à néant la pêche côtière, érodant les berges et le littoral, et privant le sol de sa fertilité. Les paysans arrosent trop, provoquant l'élévation de la nappe phréatique et la salinisation des terres. La mise en valeur du désert n'a pas compensé la perte des meilleurs sols devant la croissance urbaine. Enfin, la croissance démographique et l'augmentation constante des besoins ont contraint l'Égypte à consommer plus que sa part, tandis que le Soudan entreprenait de se doter de ses propres aménagements.
Les nouveaux projets Sur le Nil Blanc, le percement du canal de Jongleï, long de 380 km et destiné à drainer une partie des sadd, commence en 1978. Cofinancé par l'Égypte et le Soudan, il devait fournir à chacun 3,5 milliards de mètres cubes d'eau supplémentaires par an. Mais la reprise de la guerre civile au Soudan a entraîné l'arrêt des travaux en 1983. C'est cependant le Nil Bleu qui détient le plus grand potentiel inexploité: il dispose de sites hydroélectriques prometteurs et donne à l'Éthiopie, qui en a la maîtrise, les clés du destin du Soudan et surtout de celui de l'Égypte. Devant la pression démographique croissante sur les vieilles terres érodées du plateau, le gouvernement éthiopien a mis en chantier de vastes projets agricoles dans les vallées du Nil Bleu, de la Sobat et de l'Atbara. En l'absence d'accord de partage des eaux avec les riverains, ces aménagements risquent de diminuer de façon préoccupante le débit du Nil. L'heure est sans doute venue pour l'Égypte d'améliorer son système d'irrigation, et de modifier le choix de ses cultures, pour réduire sa consommation d'une denrée précieuse qui lui est désormais comptée.

MYTHE OU REALITE?

L'Atlantide
Le continent légendaire, dont les traditions font état depuis l'Antiquité, a donné lieu aux hypothèses les plus variées. Reprenant une légende égyptienne, Platon, dans deux dialogues, le Timée et le Critias, décrit l'Atlantide comme une île fertile et merveilleuse, située dans l'océan Atlantique, à l'ouest du détroit de Gibraltar, et détruite lors d'un cataclysme, qui daterait de 9 500 à 9 000 av. J.C. , (une étude géologique récente évoque la possibilité d'une montée des eaux, qui aurait augmenté de 135 m en 20 000 ans au niveau du détroit). Les écrivains, notamment Pierre Benoit, reprendront ce thème, tandis que des esprits aventureux rechercheront les vestiges du continent fabuleux en des lieux variés: Sahara, Canaries, environs de l'île allemande d'Helgoland, etc.
L'hypothèse méditerranéenne Suite à des découvertes archéologiques récentes, deux régions revendiquent la gloire d'être à l'origine de la légende: la Crète et les Bahamas. C'est l'helléniste anglais J.C., Luce qui accrédita la première hypothèse. En effet, vers 1500 av. J.C., la brillante civilisation crétoise s'écroule subitement. La cause de son effondrement semble avoir été un cataclysme naturel. L'attention des chercheurs s'est portée sur l'île volcanique de Santorin ou Théra, située à 120 km au nord de la Crète. Cette île se présente aujourd'hui comme un cratère (ou plus précisément une caldera) effondré. Les datations qui y furent effectuées montrèrent que le volcan de l'île était entré en éruption à la date de la disparition de la civilisation crétoise. On estime qu'une série de vagues géantes, se propageant à partir de Santorin, ont pu ravager les côtes de Crète, et notamment Cnossos: ces cataclysmes auraient été fatals à l'île, qui, de plus, aurait subi une pluie de cendres; effectivement, une couche de cendres a été découverte au fond de la Méditerranée. Par ailleurs, plusieurs détails de la description de Platon évoquent irrésistiblement la Crète, par exemple les courses de taureaux ou les salles de bains déjà perfectionnées.
Le mur des Bahamas En août 1968, une autre découverte, due à D. Rebikoff, a remis à l'honneur le thème de l'Atlantide. C'est celle d'un mur de pierres, long de plusieurs centaines de mètres, trouvé sous l'Atlantique, près de l'archipel des Bahamas. Ce mur est fait de blocs de pierre d'environ 13 m; il se situe entre un et six mètres sous la surface de l'eau. Cette découverte a alimenté une vive controverse. Le mur est-il naturel ou artificiel? Si la deuxième hypothèse se confirmait, qui aurait pu construire la muraille? Une civilisation amérindienne, mais laquelle? L'affaire du mur des Bahamas est en tout cas significative: elle montre comment une énigme peut être accueillie par des chercheurs ou historiens de tendances diverses. Alors que les uns rejettent d'emblée tout ce qui ne s'accorde pas avec les certitudes solidement établies, d'autres ne refusent pas de s'intéresser à ce genre de découvertes mais ils évitent de confondre hypothèses et certitudes. Les mêmes délicats problèmes se posent à propos de bien d'autres énigmes archéologiques, zoologiques ou astronomiques.

LE VAISSEAU DU SAHARA

Le dromadaire
Il se caractérise par ses longues pattes, son long cou arqué et son unique bosse de graisse. Il existe uniquement à l'état domestique (on trouve aussi quelques troupeaux composés d'individus qui, descendants d'animaux domestiqués, sont retournés à l'état sauvage). Comme les chameaux, les dromadaires (Camelus dromedarius) n'ont pas de couche de gr
aisse sous la peau mais celle-ci est entièrement amassée dans la bosse; cela permet d'augmenter leur température interne et de perdre de la chaleur par irradiation. Le pelage du dromadaire est très épais et permet de former une couche d'air qui évite à la peau d'être directement touchée par les rayons du Soleil dans le désert.


Les dromadaires et les chameaux (tous mammifères artiodactyles) peuvent perdre de l'eau sans être obligés d'utiliser celle du plasma sanguin: cela leur évite de mourir par déshydratation.

ECRITURE SAHARIENNE

Le tifinagh
Système d'écriture des Touareg, le tifinagh tire son origine du vieil alphabet libyque, déjà utilisé avant notre ère par les populations locales et dont les Touareg seraient issus. Forme évoluée de cette écriture, le tifinagh, ou tifinar, peut s'écrire dans tous les sens: de gauche à droite, de bas en haut, ou inversement.

Le tifinagh est constitué d'une suite de signes géométriques simples, points, traits ou cercles. Il est tout naturellement destiné à être gravé sur un rocher, dessiné sur le mur ou la porte de la maison, ciselé sur les bracelets ou les poignards, pour signifier un message très court de bienvenue, indiquer la propriété d'une chose ou se livrer à une déclaration d'amour. Loin d'être une langue morte, le tifinagh, qui a survécu grâce aux femmes qui l'enseignent en l'écrivant dans le sable, a également un usage de correspondance, voire d'information. Paradoxalement, l'informatique assurera peut‑être son expansion: en 1995, un imprimeur a demandé à un créateur de caractères français, Pierre Di Sciullo, de dessiner le tifinagh en vue de sa numérisation. Son travail a consisté, en relation continuelle avec les Touareg, à normaliser l'écriture en prenant en compte la variable du signe comprise par le plus grand nombre, à importer les chiffres, à imaginer une ponctuation, à créer des accents ou de nouvelles voyelles. Il a réalisé plusieurs polices de tifinagh: léger, noir, éclairé, orné (pour les lettrines) et, plus surprenant pour un système qui utilise le carré et le cercle, un condensé.

Un document en tifinagh, en langue tamazight ou tamasheq, a été gravé pour l'Imprimerie nationale en 1858.

TAMASHEQ OU TOUAREG?

Touareg
Nommés ainsi par les Arabes, les Touareg constituent un groupe ethnique (de 700 000 à 1 million d'individus) dont une minorité, un peu plus de 10 %, vit au Sahara central (Ahaggar, Tassili, Aïr, Adrar des Iforas) et la plus grande partie dans le Sahel soudanais et nigérien. Les Touareg sont de race blanche, mais les tribus les plus méridionales sont aujourd'hui fortement métissées. Leur langue constitue le principal facteur d'unité; eux-mêmes se disent des Kel Tamacheq, «ceux qui parlent le tamacheq», dialecte berbère, qui s'écrit en caractères tifinagh et avait déjà été utilisé par les Garamantes, guerriers nomades de Libye, au temps de la domination romaine. Les Européens écrivent des «Touaregs» ou des «Touareg», et disent «un Targui» ou «un Touareg».

Une histoire mal connue D'après des auteurs arabes, on croit savoir que les Touareg descendent de tribus berbères refoulées dans le désert par les invasions des Beni Maqil du XIe siècle. Auparavant, ils habitaient le Sud marocain aux environs du grand centre caravanier de Sigilmassa. Le grand historien arabe Ibn Kaldhun (XIVe siècle) dans sa monumentale Histoire des Berbères, situe géographiquement diverses tribus: les Lemtas au sud‑ouest de la Tunisie, les Lemtounas, au sud du Maroc, d'où sortiront au XIe siècle, les Almoravides, fondateurs d'un immense empire au Maroc et en Espagne, et les Gueddalas plus à l'ouest. Au XVIe siècle, Léon l'Africain retrace les migrations des Touareg vers le sud et leur expansion, soumettant les Haoussas de l'Aïr (XIV e siècle) et cherchant à s'imposer sur la boucle du Niger, à Tombouctou et à Gao, contre le Mali (XIVe-XVe siècle), l'Empire songhaï (XVe-XVIe siècle), les expéditions marocaines (XVIIIe siècle) ou contre les Peuls (XIXe siècle).
Au début de l'expansion coloniale européenne, des explorateurs entrent en contact avec eux (Barth 1850-1855; Duveyrier 1859-1861). Les Français signent des traités commerciaux (1862) qui n'entrent pas en vigueur, les Touareg se refusant à laisser traverser le Sahara. Ainsi toute une série d'actions sanglantes de leur part (1880, massacre de la division Flatters) oriente différemment la politique française. En 1898 part l'expédition Foureau‑Lamy qui, quelques années plus tard, réussit à occuper militairement le Touat et la région du Tidikelt. Une répression très dure, l'action militaire et diplomatique du général Laperrine assurent la prépondérance des Français, qui contrôlent tous les centres vitaux du commerce.
Actuellement les Touareg sont répartis principalement dans les États du Mali, du Niger, de la Libye et de l'Algérie. Leur hiérachie sociale, leur islamisme très mitigé, la remise en question de leur genre de vie nomade, du fait de l'évolution économique ou de la sécheresse, posent des problèmes importants aux gouvernements intérressés; depuis quelques années les Touareg mènent une rébellion armée dans de nombreuses régions du Niger et du Mali.

La hiérachie sociale Les Touareg forment une société très hiérarchisée, dont on retrouve les différentes classes sous des noms divers au Sahara comme dans le Sahel. Au sommet de cette société se trouvent les Imouchar‑Imajeren, nobles, autrefois chargés des guerres et du pillage, vivant des redevances de leurs protégés et de l'élevage des chameaux. Viennent immédiatement après les Ineslimen‑Cheriffen, «Touareg maraboutiques», se définissant comme «non guerriers»; lettrés en langue arabe, instruits en religion et en droit islamiques, ils jouent souvent le rôle d'enseignants et de juges; quelquefois, cette classe n'existe pas, ainsi chez les Touareg ahaggars. La dernière classe est celle des Imraden, hommes libres mais vassaux et tributaires des nobles, à qui ils versent des redevances, aujourd'hui officiellement supprimées; kel oulli, «gens des chèvres», comme la langue berbère les désigne, ils élèvent des moutons, des chèvres et quelques chameaux. Leur civilisation et leurs coutumes distinguent nettement les Touareg. Tandis que les femmes sortent à visage découvert, les hommes portent un long voile, le litham, qui, les protégeant des sables du désert, peut être aussi symbole de pudeur et de dissimulation. Très attachés aux traditions berbères, les Touareg sont dans l'ensemble peu arabisés; superstitieux, ils recouvrent leur corps d'amulettes. Ils sont monogames et la filiation s'établit par les femmes; l'enfant appartient à la tribu et à la classe sociale de sa mère. Une grande liberté semble exister entre les sexes et les réunions poétiques et musicales sont l'occasion de rapports très libres entre hommes et femmes.
Les Touareg forment des confédérations de petites tribus. Les quatre confédérations du Sahara sont au nord celle des Ajjers, petits éleveurs de chèvres et de chameaux dans les vallées tassiliennes et en Libye; au centre celle des Ahaggars; au sud‑ouest celle des Iforas, éleveurs de moutons et commerçants; au sud‑est, dans l'Aïr, celle des Kel Ouis, éleveurs et commerçants de sel (Bilma). Parmi ces confédérations, plus ou moins désorganisées et dont de nombreux membres travaillent aujourd'hui «au pétrole», celle des Kel Ahaggars, dans les vallées bien protégées de l'Atakor, garde plus intacte sa civilisation. C'est chez elle qu'est choisi l'aménokal, chef suprême des Touareg. N'ayant plus les ressources de la razzia ni celles provenant des transports de sel et de mil, les Ahaggars tirent leurs revenus de leurs troupeaux et de l'exploitation des oasis confiées en métayage à des Noirs affranchis, les Harratines; l'époque des récoltes (avril) ramène ainsi chaque année les nomades Touareg au voisinage des oasis.




MONOGRAPHIE DUN PEUPLE SAHARIEN

Les Berbères
On désigne sous le nom de Berbères les populations qui, sur un territoire s'étendant de la Méditerranée au sud du Niger et du Nil aux rivages de l'Atlantique, parlent – ou ont parlé – des dialectes se rattachant à une langue mère: le berbère. D'origine discutée, ce mot, déjà utilisé par les Grecs et les Romains, transmis par les Arabes, désignait pour ces derniers la population autochtone et non romanisée de l'Afrique du Nord. Consacrée par l'usage, cette appellation n'est pas celle que se donnent les intéressés. Les Berbères s'identifient eux-mêmes par le nom de leur groupe (Touareg, Kabyle) et utilisent parfois le mot Imazighen, qui signifie «hommes libres», pour désigner l'ensemble des Berbères. La politique d'arabisation menée par les gouvernements au lendemain de la décolonisation a suscité chez les Berbères le besoin de reconnaissance d'une identité culturelle. Traditionnellement agriculteurs ou pasteurs‑nomades, ils ont cependant été touchés par l'exode rural et leur implantation en zone urbaine a très certainement accentué ce phénomène.
Répartition actuelle des Berbères Le caractère le plus déterminant de la «berbérité» reste la langue, et la répartition actuelle des Berbères peut être esquissée en délimitant les aires géographiques de son usage. On parle berbère, sporadiquement, à l'intérieur d'un espace africain compris entre l'océan Atlantique, la Méditerranée et le tropique du Cancer. D'est en ouest, des populations berbérophones subsistent actuellement:
– en Égypte, dans l'oasis nord‑occidentale de Siouah;
– en Libye, dans le djebel Nefousa et les oasis de Ghadamès, de Sokna, d'Aoudjila, mais également sur la côte à Zouara;
– en Tunisie, sous forme d'enclaves en voie de disparition, notamment dans les villages de l'île de Djerba, à Tamezret au nord de Matmata, à Chenini et à Douiret, à l'est de Tataouine.
– en Algérie. La Kabylie est de loin la plus importante région berbérophone d'Algérie et les deux tiers des Berbères de ce pays sont kabyles; l'Aurès abrite une importante communauté chaouïa et le Mzab un autre groupe berbérophone; quelques îlots subsistent également dans les monts des Ksour du Sud oranais, dans les régions de Gourara et de Ouargla et, au nord, dans les djebel Bissa et Chenoua.
– au Maroc. Trois grandes zones de dialectes berbères couvrent les régions montagneuses de ce pays; au nord du Rif, le dialecte tarifit; au centre, dans le Moyen Atlas ainsi que dans une partie du Haut Atlas, le dialecte tamazight; au sud‑sud‑ouest, dans le Haut Atlas, l'Anti‑Atlas et le Sous – qui forment le pays chleuh –, le tachelhit.
– en Mauritanie, dans une région située au nord du fleuve Sénégal, le parler zenaga est attesté chez des populations du Trarza.

À tous ces espaces de parlers berbères il faut ajouter un grand territoire parcouru par les nomades chameliers touaregs, dont le nombre est évalué à 400 000. Ils constituent un groupe berbérophone important, éparpillé inégalement sur le Niger, le Mali – pour les deux tiers –, l'Algérie (Ahaggar, Ajjer), la Libye (Ajjer), le Burkina Faso (Udalen) et le Nigeria.
Il faut également tenir compte d'une importante diaspora berbère disséminée dans les grandes villes de l'Afrique du Nord, mais aussi en Europe. La France compte environ 600 000 immigrés berbères marocains et algériens, ces derniers étant essentiellement kabyles.
Recensement
En l'absence de recensements linguistiques fiables, toute évaluation numérique des berbérophones reste très approximative. Des trois pays du Maghreb, le Maroc semble de loin celui qui compte le plus de berbérophones; ils y sont estimés à 40 % de la population totale. Pour l'Algérie et la Libye, la proportion de 25 % est souvent retenue. La Tunisie est le pays de l'Afrique du Nord où ils sont les moins nombreux: quelques milliers de personnes seulement parlent encore le berbère. Le groupe zenaga mauritanien est, lui aussi, peu important.

Histoire des Berbères Petite chronologie des Berbères
Abordée dans l'Antiquité, réduite puis gelée par de subtiles spéculations généalogiques à l'époque médiévale, reprise à l'époque coloniale, la question des origines des Berbères, cherchées tantôt dans les sources linguistiques, tantôt dans les rapports ethniques, reste mal résolue.
Les origines Au VIIIe millénaire av. J. C., un type d'homme anthropologiquement proche des habitants actuels du Maghreb fit son apparition. Probablement d'origine orientale, cet Homo sapiens sapiens, appelé «capsien» – de Capsa, nom antique de Gafsa (Tunisie) –, serait l'une des composantes de la souche berbère. Il se serait étendu dabord aux parties orientale et centrale du Maghreb, puis en direction du Sahara. On lui connaît des équivalents dans certains pays méditerranéens (civilisation natoufienne).
Le Maghreb s'enrichit aussi d'autres apports; du nord, par l'est et par l'ouest, à travers les détroits de Messine et de Gibraltar, arrivèrent des populations européennes. Certaines nécropoles et tombes maghrébines témoignent de la présence dès le IIIe millénaire d'une population noire venue du sud, probablement à la suite de l'assèchement du Sahara. Au IIe millénaire, d'autres petits groupes continuèrent à affluer au Maghreb. C'est à ce fonds paléoberbère divers, mais à dominante capsienne (c'est‑à‑dire appartenant à la culture préhistorique de Capsa), que les spécialistes rattachent les Proto‑Libyens, ancêtres des Berbères. Des données physiques mais aussi culturelles – même emploi rituel de l'ocre rouge, même utilisation et décoration de l'œuf d'autruche – sont souvent invoquées pour appuyer la thèse de la parenté entre capsiens et Proto‑Libyens.
Les sources Les Proto‑Berbères, installés à l'ouest du Nil, nous sont connus grâce aux inscriptions et aux documents égyptiens. Les Tehenou et les Temehou au IIIe millénaire, les Libou et les Maschwesch au IIe millénaire y sont souvent décrits comme des peuples belliqueux et puissants. Ces Proto‑Berbères de l'Est parvinrent à se constituer en véritable puissance et réussirent, au début du Ier millénaire, à se rendre maîtres de l'Égypte.
Nous disposons dans l'art préhistorique d'une source relative à l'apparition des Proto‑Berbères dans les massifs centraux sahariens, où des centaines de peintures rupestres ont été recensées. Les fresques du tassili des Ajjer, du IVe millénaire au milieu du IIe, figurent pour la première fois des Proto‑Berbères. L'espace saharien, auparavant peuplé de Noirs, vit l'arrivée de populations blanches, probablement d'origine septentrionale, qui auraient progressé à partir du bas Sahara algérien et tunisien. Au Néolithique final et à l'époque protohistorique, la présence des Proto‑Berbères dans le Sahara s'intensifia. Les fresques les représentent conduisant des chars tirés par des chevaux. L'introduction du cheval dans cette région – probablement à partir de l'Égypte – permit aux Proto‑Berbères de dominer les pasteurs mélanodermes. Au Ve siècle av. J.C., Hérodote signala l'importance des chars sahariens, en précisant que les Garamantes du Fezzan et du tassili des Ajjer s'en servaient encore pour chasser les populations noires. Cette occupation du Sahara se poursuivit au début de l'époque historique.
Du Ier millénaire à la reconquête byzantine Au Ier millénaire av. J.C., les Berbères se répartissaient en une multitude de peuples: Nasamons et Psylles en Tripolitaine et en Cyrénaïque, Garamantes au Sahara oriental, Numides au Maghreb oriental et central, Gétules nomadisant entre le désert et les hauts plateaux, Maures au Maghreb occidental. Divisés en de nombreuses tribus parfois rivales, éparpillés sur une vaste aire géographiquement morcelée, ils ne purent s'unifier face à leurs conquérants carthaginois, romains, vandales ou byzantins.
Les premiers royaumes berbères: Toutefois, à la fin du IIIe siècle av. J‑C, des tentatives d'organisation politique et d'unification virent le jour; trois royaumes firent ainsi leur apparition: les royaumes masaesyle, massyle et maure. Le premier, éphémère, ne survécut pas à son roi Syphax (avant 220-203); le second, au contraire, connut sous le règne de Masinissa (203-148) un grand essor. Après avoir absorbé son voisin et rival masaesyle, il s'étendit à toute la Numidie, l'unifia politiquement et parvint à englober, aux dépens de Carthage, d'autres territoires situés dans la région des Syrtes. Ce grand royaume se maintint sous le règne de Micipsa (148-118); mais Rome, installée depuis 146 sur les dépouilles de Carthage, ne pouvait longtemps s'accommoder de ce voisinage. Malgré la résistance militaire de Jugurtha (111-105), le royaume numide finit par tomber sous la dépendance de Rome. Le royaume maure connut le même sort: les Romains l'annexèrent en 40 apr. J‑C Dès lors et jusqu'en 429, une grande partie de l'Afrique du Nord passa sous leur domination.
La domination romaine: La mainmise de Rome ne se traduisit pas par l'assimilation totale des Berbères. Les Musulames (Numides) sous Tibère, les Nasamons et les Garamantes sous Auguste et Domitien, les Maures sous les règnes d'Hadrien, d'Antonin, de Marc‑Aurèle et de Commode, les Gétules plus tard s'insurgèrent de façon répétée, et parfois durable. Au IIIe siècle de nombreuses tribus fusionnèrent en confédérations et harcelèrent les Romains, au point que Dioclétien finit par renoncer à la Mauritanie Tingitane ainsi qu'à l'ouest de la Mauritanie Césarienne. Au IVe siècle le schisme donatiste donna aux Berbères un moyen de s'opposer à la domination romaine. Le soulèvement des circoncellions, la révolte de Firmus (372-375), celle de Gildon (398) ajoutèrent aux difficultés d'un pouvoir romain déjà affaibli.
Au milieu du Ve siècle, les Vandales s'emparèrent de Carthage et occupèrent une partie de l'Afrique romaine, la Tunisie et l'est de l'Algérie. L'Aurès, la Kabylie, la Mauritanie et la Tripolitaine ne tombèrent pas sous leur domination et des tribus berbères purent se constituer en royaumes indépendants. La reconquête byzantine, entreprise en 533, mit fin à la suprématie vandale et, en quelques mois, l'Afrique du Nord redevint romaine. Néanmoins, les Berbères continuèrent leur mouvement d'autonomie amorcé au siècle précédent.

De la conquête arabe (VIIe siècle) à l'Empire almohade (XIIe siècle)
Dans leur conquête de l'Afrique du Nord, les Arabes, qui triomphèrent des Byzantins, eurent à s'opposer au roi berbère Koçeila (683-686) et à la reine de l'Aurès, el‑Kahéna, (695-700). Malgré cette résistance, les Berbères durent s'incliner et se convertir à la religion de leurs conquérants: l'islam. Ils y trouvèrent matière à une tout autre résistance. Par le biais du kharidjisme, ils entrèrent rapidement en révolte contre les Orientaux.
Le mouvement commença vers 740 à l'ouest puis s'étendit à tout le Maghreb. Son ampleur fut telle que les troupes arabes mirent plus de vingt ans à récupérer la seule Ifriqiya. Ailleurs, des États indépendants – petit État des Barghawata sur le littoral atlantique (744 après 1050), royaumes de Tahert (761-908), de Sidjilmasa (772-997), de Nakkur dans le Rif (809-917), principauté sofrite de Tlemcen (765‑avant 790?) – échappèrent au contrôle du pouvoir central abbasside.
L'agitation reprit au Xe siècle au nom du chiisme, que les Berbères adoptèrent en réaction à l'orthodoxie sunnite de l'islam; l'Ifriqiya aghlabide (800-909), royaume rattaché nominalement aux Abbassides, tomba en 910 entre les mains des chiites fatimides aidés par les Berbères Ketama de Petite Kabylie.
L'introduction du chiisme ismaélien en Afrique du Nord eut pour conséquence l'affaiblissement du kharidjisme puis le retour en force du sunnisme. Après 950, le kharidjisme ne subsista que dans des zones refuges. Une autre conséquence du chiisme fut la division des Berbères en deux groupes rivaux: les Sanhadjas, qui avaient embrassé la cause fatimide, et les Zénètes, qui furent les alliés des Omeyyades d'Espagne. Cette rivalité s'exprima après le départ des Fatimides pour l'Égypte en 973, et, au début du XIe siècle, le Maghreb connut un état de fractionnement politique. Les royaumes berbères se multiplièrent: ziride (973-1060) et hammadide (1015-1163) fondés par les Sanhadjas; ceux de Tlemcen, de Sidjilmasa et de Fès contrôlés par les Zénètes. Au Xe siècle, des invasions de nomades arabes de la tribu des Hilaliens contribuèrent à maintenir ce fractionnement politique jusqu'au moment où, dans l'ouest du Maghreb, un mouvement berbère cohérent se constitua: le mouvement almoravide. Partis du Sahara, les Lamtouna entreprirent une conquête progressive de la partie occidentale du Maghreb. Sous la conduite de leur chef, Youssef ben Tachfin, ils étendirent leur empire, à l'est, jusqu'au massif de la Grande Kabylie (1082-1083). Moins de dix ans après, les Berbères almoravides devinrent maîtres de toute l'Espagne musulmane. L'hégémonie de la dynastie almoravide persista jusqu'en 1147.
Un mouvement religieux, apparu en réaction contre les mœurs des Almoravides jugées trop tolérantes, fut à l'origine de la dynastie almohade. Des tribus du Haut Atlas marocain, sous l'impulsion de Mohammad ibn Toumart, réussirent à unifier tout l'Islam occidental, de la Tripolitaine à l'Espagne. L'Empire almohade connut son apogée à la fin du XIIe siècle.

Du XIIIe siècle à nos jours
À partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, le Maghreb retrouva un état de division: Abdelwadides à Tlemcen, Mérénides à Fès, Hafsides à Tunis se partagèrent la Berbérie. Ni ces dynasties ni les suivantes ne parvinrent à redonner au Maghreb une quelconque unité. Minés de l'intérieur par le retour des grandes confédérations tribales, menacés de l'extérieur par les chrétiens, les États maghrébins de l'Est et du Centre finirent par tomber sous une longue dépendance turque. L'Ouest, gouverné par les Saadiens (1549-1659) puis par les Alaouites, ne connut pas plus de stabilité.
Aux XIXe et XXe siècles, tout le Maghreb passa, pour plusieurs décennies, sous la domination française. Depuis l'instauration de l'indépendance des pays de l'Afrique du Nord et de l'Afrique noire, les populations berbères connaissent souvent une situation difficile, tant politique que culturelle, ainsi les Kabyles en Algérie ou les Touareg en Algérie et au Niger.

Organisation politique des Berbères Les Berbères connurent plusieurs formes d'organisation politique. Le modèle le plus répandu et le plus caractéristique semble avoir été une sorte de petite république villageoise: une assemblée populaire, la djemaa, au sein de laquelle seuls les anciens et les chefs de famille prennent la parole.
Par ailleurs, nous connaissons deux modèles d'organisation politique citadine. Le premier et le plus ancien fut de type municipal; la cité numide de Thugga (Dougga, en Tunisie) connut au IIe siècle av. J.C., un gouvernement municipal réunissant, autour d'un aguellid (magistrat suprême) nommé chaque année, un conseil de citoyens et de magistrats. Le second, beaucoup plus récent, et de type théocratique: chez les Mzabites, qui en fournissent le modèle, l'essentiel du pouvoir est tenu par une assemblée composée de azzaba et de tolba (hommes de religion) et secondée par un conseil des anciens.
Ces unités politiques – village ou cité – n'étaient pas toutefois le fondement du pouvoir; celui-ci était accaparé par des entités plus importantes, tribus et confédérations. L'histoire politique des Berbères est jalonnée par de grands regroupements qui – comme chez les Numides et les Maures dans l'Antiquité – débouchèrent parfois sur des embryons d'États. L'exemple le plus original et le mieux connu d'une organisation politique berbère de type confédéral est celui des Aït Atta, dans le sud‑est du Maroc. Cinq segments, ou khoms, constituaient la confédération; celle-ci avait à sa tête un chef suprême élu chaque année dans un segment différent par des électeurs des quatre autres segments. Chaque tribu conservait cependant son autonomie et élisait son propre chef. Ce système d'organisation segmentaire et quinaire, que les Romains nommaient quinquegentiani, dut être dans l'Antiquité celui des Berbères.

L'exemple touareg À ce modèle d'organisation politique, qui peut être qualifié de démocratique, s'oppose celui, aristocratique, des Touareg. La société des Touareg du Hoggar était, jusqu'à ces dernières années, hiérarchisée en classes distinctes: les imohar, nobles guerriers parmi lesquels était obligatoirement choisi l'aménokal, le chef suprême; les imrad, tributaires des nobles, qui constituaient de nombreuses tribus d'éleveurs, placées chacune sous l'autorité d'un amghar.
Cependant, l'absence d'assise territoriale et de certaines règles politiques élémentaires, notamment celles relatives à la transmission du pouvoir, contribua pour une large part au caractère éphémère des États berbères. Les royaumes – ou ce qui fut qualifié de tel par les auteurs de l'Antiquité – n'étaient souvent que des agrégats de tribus, voire des chefferies.

Organisation sociale des Berbères
L'organisation sociale berbère est de type segmentaire et hiérarchisé. La famille constitue la plus petite unité sociale; au‑dessus se trouve le lignage, groupement de plusieurs foyers liés par une ascendance commune et établis en village, ou en douar pour les nomades. Viennent ensuite la fraction (ensemble de clans et de villages), puis la tribu (groupement de fractions), enfin la confédération (alliance occasionnelle de tribus). À l'intérieur de tous ces segments, les liens du sang – réels au niveau des petites unités, fictifs dans les grandes – constituent le fondement de la cohésion sociale et entretiennent chez les membres du groupe un fort esprit de solidarité (corvées collectives, usage de greniers collectifs, etc.). La vie sociale est régie par un droit coutumier qui veille à la défense du groupe.

Religion
En l'absence de documents écrits, il est difficile d'appréhender les idées religieuses des Berbères de la haute Antiquité. Seules les découvertes de l'archéologie – position des corps, objets d'offrande, animaux de sacrifices – révèlent l'existence de rites funéraires à cette époque. Puis, par contact avec d'autres peuples et civilisations, vinrent s'ajouter aux cultes autochtones – parfois en s'y superposant – ceux de nombreuses divinités. De ces apports étrangers, le phénicien fut le plus durable. Longtemps après la disparition de Carthage, des Berbères continuèrent à adorer sous les noms de Saturne et de Junon Caelestis les divinités phéniciennes Baal Hammon et Tanit.
Sans être mineur, l'apport romain fut sporadique, et se heurta à la résistance culturelle berbère. Tout autre fut l'influence du christianisme. La position de Carthage au carrefour de l'Orient et de l'Occident, l'omnipotence à l'époque romaine du dieu africain Saturne, l'existence précoce en Proconsulaire (Tunisie) et en Numidie (Algérie) de communautés juives prosélytes préparèrent le terrain et frayèrent la voie au monothéisme chrétien.
Le christianisme Le christianisme se développa en Afrique plus tôt que dans les autres provinces occidentales de l'Empire romain. Dès la fin du IIe siècle, il compta de très nombreux adeptes. Un concile tenu à Carthage en 220 réunit 71 évêques; un autre, vingt ans plus tard, en groupa 90. Ce succès alla croissant malgré les persécutions répétées du pouvoir impérial; celle de Dioclétien, en 303-304, fut terrible, et beaucoup de chrétiens africains apostasièrent sous la contrainte. C'est à cette époque que naquit sous l'impulsion de Donat, évêque de Numidie, un mouvement que les historiens ont appelé «donatisme»; celui-ci revendiquait la pureté de l'Église et dénonçait les reniements de certains prêtres. Purement théologique initialement, ce mouvement évolua vers une opposition à la domination romaine.
Cependant, l'évangélisation se poursuivit, dépassant parfois les limites géographiques de l'Empire romain. Toutefois, malgré des conversions tardives – comme celle des Garamantes, au sud de l'Atlas, vers 568-569 –, le christianisme resta une religion principalement urbaine.
L'islam La conversion des Berbères à l'islam fut massive. Implantée dabord dans les cités, la nouvelle religion gagna progressivement les campagnes, les plateaux et le Sahara méridional. En se convertissant à l'islam, les Berbères ne renoncèrent pas à leur esprit d'indépendance. C'est sur le terrain même de la religion qu'ils exprimèrent leur opposition aux Orientaux. Des deux grands courants dissidents nés des discussions à propos de la succession du Prophète, le chiisme et le kharidjisme, c'est ce dernier qui eut auprès des Berbères un grand retentissement. Austère et égalitaire, le kharidjisme ne manqua pas de les séduire. À bien des égards, et bien que né hors d'Afrique, le kharidjisme rappelle dans l'histoire de l'islam maghrébin le donatisme berbère de l'époque chrétienne. Par opposition, les kharidjites berbères, après des révoltes sanglantes, formèrent des royaumes indépendants tels ceux de Tahert et de Sidjilmasa.
Au Xe siècle, les Ketama de Petite Kabylie constituèrent au profit du mahdi Obeid Allah un grand empire chiite (fatimide). L'orthodoxie (le sunnisme) ne triompha qu'à partir du XIe siècle; son succès fut l'œuvre d'autres Berbères: les Sahariens nomades Lamtouna dabord, les montagnards Masmouda ensuite l'imposèrent définitivement. Avec l'avènement au XIIe siècle de l'Empire almohade, la dissidence religieuse ouverte fut bannie du Maghreb. Seul le kharidjisme, dans sa tendance ibadite, survécut au mouvement réformateur almohade. Du djebel Nefousa, en Libye, au Mzab, en Algérie, et à l'île de Djerba, en Tunisie, des communautés ibadites se sont maintenues jusqu'à nos jours.

Langue
La langue berbère constitue aujourdhui un ensemble de parlers locaux éparpillés sur un vaste territoire. En dehors de certaines zones à forte unité géographique – telles que les Kabylies en Algérie ou le pays chleuh au Maroc –, ces parlers ne permettent que rarement l'intercompréhension des différents peuples. L'arabe – comme hier le latin ou le punique – permet la communication d'un groupe à l'autre. Cette situation linguistique n'est pas originelle; malgré leur diversité, ces parlers berbères ont des structures syntaxiques communes.
On suppose qu'une langue berbère homogène a existé avant d'éclater en 4 000 à 5 000 idiomes. L'histoire de la langue berbère reste cependant de reconstruction difficile. Le linguiste dispose de quelques fragments de textes en berbère, des ethniques, des toponymes et anthroponymes conservés par les sources arabes médiévales. C'est peu pour restituer l'évolution d'une langue. Le libyque, dans lequel sont rédigées plus de 1 200 inscriptions d'époque antique, est tenu pour une forme ancienne du berbère, sans que des preuves scientifiques aient été fournies.

L'alphabet libyque – connu d'après certaines inscriptions – s'apparente à celui du touareg actuel, le tifinagh, et les données de l'anthroponymie et de la toponymie militent en faveur de la parenté et de la continuité entre le libyque et le berbère.
Pour mieux connaître la langue berbère et pallier le manque de documentation historique, les spécialistes ont aussi recouru au comparatisme. On a cherché très tôt à apparenter le berbère à d'autres idiomes. Ainsi le guanche, langue parlée jusqu'au XVIIe siècle aux îles Canaries, lui fut-il rattaché. Le berbère fut également rapproché du haoussa et du basque. Ces démarches se sont révélées infructueuses. En fait, la théorie qui place le berbère dans un grand ensemble linguistique à côté de l'égyptien ancien, du couchitique et du sémitique emporte actuellement l'adhésion de la plupart des linguistes.

Littérature
Dès le VIe siècle av. J.C., le berbère fit l'objet d'une écriture: le libyque. De très nombreuses inscriptions attestent l'utilisation par les Berbères, dès l'Antiquité, d'un alphabet consonantique proche de celui utilisé de nos jours chez les Touareg. L'écriture libyque devint usuelle surtout dans les zones sous forte influence punique – Tunisie septentrionale, Nord constantinois et Maroc du Nord –, malgré une certaine évolution; cependant, elle ne put se généraliser et disparut à l'époque romaine.
Les Berbères utilisèrent assez tôt les langues étrangères. C'est en latin qu'écrivirent des auteurs africains aussi illustres qu'Apulée, Tertullien, saint Cyprien ou saint Augustin. Le latin, langue de l'administration dans les provinces romaines d'Afrique, devint aussi, avec le christianisme, langue de religion. L'islamisation entraîna par la suite l'arabisation linguistique des Berbères.
Toutefois, à l'époque islamique, il y eut encore une littérature berbère écrite; peu fournie, et essentiellement de nature religieuse, elle consista en quelques textes et ouvrages transcrits en caractères arabes avec des signes additionnels. À côté de traités ou de commentaires de religion, souvent attribués aux ibadites ou aux Almohades, il faut mentionner deux Coran rédigés en berbère et attribués l'un à Salah ben Tarif (VIIIe siècle), l'autre à Hamim des Ghomara du Maroc septentrional (Xe siècle). Les archives, rares et récentes, consistent pour l'essentiel en textes juridiques. Le droit berbère – de tradition coutumière – fut consigné par écrit à des époques différentes. Ainsi des règlements de nature pénale furent rassemblés en recueils. Certains de ces documents, originaires du pays chleuh, dateraient du XIVe siècle apr. J.C., d'autres furent rédigés à des époques plus tardives. Le corpus des recueils de droit coutumier berbère s'est enrichi récemment de nouveaux documents marocains publiés dans leur langue originale.
Autrement importante fut et demeure la littérature orale berbère. Des contes et des légendes fidèlement conservés par la mémoire féminine constituent une bonne partie de la tradition orale. La poésie est également riche et ne manque pas d'originalité. Les Berbères eurent de grands poètes dont certains – tel le Kabyle Mohand (vers 1845-1906) ou la targuia Daçin – furent de véritables aèdes. D'autres, itinérants et professionnels, tels les amedyaz du Haut Atlas au Maroc ou les ameddahs de Kabylie, surent longtemps entretenir la mémoire collective berbère.

Art L'art berbère s'exprime essentiellement dans l'ornementation d'objets usuels (poteries, meubles, tissus, bijoux, tapis, etc.) et dans l'architecture. Il se caractérise souvent par des décors géométriques linéaires variés. La poterie modelée peinte illustre le mieux la prédilection des Berbères pour ce type de décor dont les origines remonteraient à l'époque protohistorique. Dans toute la Berbérie – à l'exception du Sahara et de l'extrême Ouest marocain –, les femmes ornent vases et plats de motifs géométriques peints en brun ou en noir, soit sur un enduit terreux blanc (Petite Kabylie, Algérie orientale, Tunisie du Nord‑Ouest) ou rouge (Grande Kabylie), soit directement à même la pâte lissée (Tunisie du Sud et Nemencha). Les procédés varient d'une région à l'autre, mais les motifs restent à peu près identiques: losanges, triangles, damiers, chevrons, lignes brisées pectinées ou ciliées. À ces motifs communs à la poterie, au tissage et même aux tatouages s'ajoutent ceux, plus élaborés et presque aussi anciens, des décors sculptés en champlevé dans le bois des coffres à vêtements, des portes, des faîtages et des grands piquets des tentes. La croix boulée et l'hexagramme qui ornent les beaux meubles kabyles reproduisent des motifs berbères déjà utilisés à l'époque chrétienne.
Le géométrisme l'emporte aussi dans l'orfèvrerie touarègue, où les parures aux formes triangulaires ou losangées présentent des contours saillants. L'esthétisme berbère ne s'arrête pas, toutefois, à la stricte expression d'un décor géométrique; la bijouterie du Maghreb septentrional étonne par sa variété – colliers, chevillères, fibules, broches, bracelets, boucles d'oreilles –, par ses techniques – moulage, ajourage, émaillage – et par la richesse de ses motifs animaliers et végétaux.
Les manières d'habiter sont nombreuses en Berbérie et le genre architectural varie d'une région à l'autre. Les réalisations architecturales berbères les plus originales sont les greniers collectifs fortifiés – ighrem, aghadir au Maroc, guelaa en Algérie, ghorfa en Tunisie – et les châteaux tighremt du Sud marocain; ceux-ci se distinguent par la majesté de leurs grandes tours carrées à merlon et par la beauté de leurs façades qu'égayent des arcatures à relief et un décor géométrique obtenu par de savantes dispositions de briques de terre crue. L'architecture domestique du Mzab, en Algérie, celle de Djerba, en Tunisie, offrent encore d'autres exemples d'un bel et original art de bâtir.

SAHARA: TERRE D'HISTOIRE

Histoire du Sahara
Une foule de vestiges archéologiques – silex taillés, peintures rupestres (Fezzan, tassili des Ajjer, Tibesti, Hoggar) – attestent la présence de groupements humains, assez fortement densifiés pendant au moins trois millénaires, de 5000 à 2000 av. J.C. Occupé par l'homme dès le Paléolithique, le Sahara a vu se succéder, au Néolithique, plusieurs civilisations, dont les peintures et gravures rupestres portent témoignage: la civilisation dite des chasseurs ou du bubale (VIe millénaire), celle dite des pasteurs à bovidés (IVe‑IIIe millénaire) et, vers la fin du IIe millénaire, celle du cheval, qui permit aux Garamantes d'affirmer leur supériorité sur les peuples noirs. Au cours du Ier millénaire avant notre ère, la région s'assécha progressivement et, au IIe siècle av. J.C., le dromadaire fut importé d'Arabie. Grâce à lui, le trafic caravanier allait désormais assurer les échanges entre l'Afrique méditerranéenne et le Soudan.
Les Romains, le long de la côte méditerranéenne, établirent en Libye et en Tunisie des colonies dont l'apogée se situe vers le IIe siècle apr. J.C. En l'an 750 se diffuse la religion musulmane depuis le nord du Sahara. Des royaumes berbères ont étendu leur influence sur la ceinture occidentale, du Sénégal au Maroc; ils vont dans un premier temps organiser le commerce soudano‑méditerranéen, fondé sur l'or, l'ivoire, le sel, et l'esclavage. Les Touareg (pluriel de Targui) fondent Tombouctou au XIe siècle. Les Maures, quant à eux, s'emparent de l'empire du Ghana et du Sahara occidental. À la fin du XIe siècle, l'islam est implanté sur la majorité du territoire saharien et le long des axes commerciaux desservant le Sahel. Toujours au Moyen Âge, le royaume songhaï et ceux du Kanem, du Bornou, du Ghana et du Mali prennent le contrôle du sud et du centre du Sahara. L'or du Soudan, qui pénètre en Europe, entretient une active économie d'échanges. Les grands événements politiques sont alors étroitement liés au problème de la maîtrise du commerce. Ainsi, les Sanhadjas du Sahara occidental, maîtres de la route de l'or à l'ouest, interviennent au Maroc puis en Espagne, avant de prendre le Ghana. L'empire du Mali, dont l'apogée se situe au XIVe siècle, s'effondre au XVIIe siècle sous les coups des Toucouleurs et des Bambaras. L'Empire songhaï est anéanti par le sultan du Maroc en 1591. D'autres royaumes importants (Djenné, Kaarta) se forment.
Les explorateurs européens se risquent dans le Sahara aux XVIIIe et XIXe siècles. Le désert fut traversé par le Britannique Clapperton en 1823, puis par René Caillié en 1826-1828. D'autres encore ont effectué de fabuleux périples: Mungo Park, Heinrich Barth, Alexander Gordon Laing, Henri Duveyrier, Paul Flatters, Parfait Louis Monteil, Henri Lhote.
Après la conquête de l'Algérie, les Français poursuivirent l'exploration du Sahara, puis en conquirent la plus grande partie (prise de Laghouat en 1852, de Tombouctou en 1894, d'In‑Salah en 1902); mais la pacification de la Mauritanie ne s'achèvera qu'en 1934. À la conférence de Berlin (1890), l'Europe se partage le continent noir. La France est favorisée dans la zone saharienne. Les Espagnols avaient créé la colonie du Río de Oro en 1884 et les Italiens s'emparèrent de la Libye entre les deux guerres mondiales. Lors de la décolonisation, l'ancien Sahara français alla en majeure partie à l'Algérie; l'ex‑Sahara espagnol fut partagé entre le Maroc et la Mauritanie, puis annexé au Maroc seul.
Les hommes, avec et sans État Vallée du Nil exclue, on estime entre 2 et 3 millions la population disséminée au Sahara, en périphérie et dans les oasis. La densité moyenne, sans signification, s'élève donc aux alentours de 03 h./km2. La souche arabe l'emporte dans la frange septentrionale, alors que la population berbère subsiste au centre. À l'est sont implantés les Toubous du Tibesti et les Nubiens de l'ouest du Soudan. Avec la tendance à la désertification, accentuée par les sévères sécheresses de 1973 et de 1984, progresse le phénomène de sédentarisation. Nombre de troupeaux ont été décimés, entraînant les Touareg à s'entasser dans des camps de réfugiés. Cantonnés entre l'Algérie, le Mali et le Niger, les «hommes bleus» – expression qui vient de la teinte que donne à leur peau leur voile indigo –, qui parlent le tamacheq et se nomment Imazighen («hommes libres»), ont une situation un peu comparable à celle des Maures sur la façade occidentale du désert: pour les Noirs ils sont des Blancs, et inversement.
Si la Libye et la Mauritanie sont presque entièrement sahariennes, c'est le Sahara algérien qui est le plus vaste. Et alors que la Tunisie ne fait qu'effleurer le désert, celui-ci recouvre la majeure partie des territoires du Mali, du Niger et du Tchad. Le Soudan, l'Égypte et le Maroc (Sahara occidental) peuvent quant à eux estimer que la moitié de leur superficie est occupée par le Sahara.
Si le Sahara fut une frontière naturelle entre les populations africaines et celles des rives de la Méditerranée, des contacts s'établirent très tôt entre les deux communautés. Deux grandes voies de communication ont ainsi vu le jour: la voie nord‑est ‑ sud‑ouest, de la Tripolitaine à l'Adrar des Iforas en passant par le tassili des Ajjer et le Hoggar; la route allant du nord‑ouest au sud‑est, de l'Atlas saharien au Soudan central par le tassili des Ajjer et le Tibesti. Le réseau routier est limité à deux routes reliant l'Algérie au Niger et au sud du Mali. Le réseau ferroviaire, pratiquement inexistant, est organisé autour des centres miniers.

TASSILI DES AJJER

Le tassili des Ajjer est un vaste plateau gréseux qui s'étend en bordure nord‑est du Hoggar, au cœur du Sahara algérien (wilayas de Ouargla et de Tamanrasset). Ce plateau gréseux est découpé par l'érosion en d'étroites vallées cernées de hautes falaises: les sommets atteignent 2 254 m dans le massif de l'Adrar.
Inscrit par l'Unesco sur la liste du Patrimoine mondial, c'est l'un des sites préhistoriques les plus importants du continent africain, remarquable surtout par ses peintures et ses gravures rupestres.
Une zone d'occupation très ancienne Cette zone, actuellement désertique, bénéficiait au paléolithique inférieur d'un climat humide. Elle était dotée d'un important réseau hydrographique, et des forêts recouvraient les massifs montagneux où vivait une faune très riche (hippopotames, éléphants, rhinocéros, buffles, girafes, etc.). Plusieurs sites, découverts au milieu du XIXe et au XXe siècle, ont livré des vestiges (des silex principalement) qui attestent la présence de l'homme paléolithique en différents points du Hoggar.

Au paléolithique moyen, le Sahara évolue vers un régime désertique et se couvre d'énormes massifs de dunes. Sans doute la population humaine a-t-elle alors beaucoup diminué, sans toutefois disparaître totalement. Mais la fin du paléolithique est marquée par une seconde phase humide, et les traces de la présence de l'homme deviennent plus nombreuses. Au néolithique enfin, une faune nouvelle (ours, cerfs, mouflons), émigrée de l'Eurasie, occupe cette partie de l'Afrique.
Les peintures et les gravures rupestres: On trouve au Tassili de nombreuses traces de l'homme néolithique; il a laissé des outils, certains objets de la vie quotidienne, et surtout des peintures et des gravures rupestres; les premières sont figurées sur les parois des abris rocheux, tandis que les secondes ont été creusées sur les surfaces lisses et les dalles bordant les lits d'oueds aujourd'hui desséchés.
Ces œuvres, souvent exécutées en grandeur nature, représentent des animaux sauvages (éléphants, girafes, autruches, rhinocéros, etc.) ainsi que des bovidés domestiques. Elles voisinent avec des représentations humaines et décrivent de nombreuses scènes de la vie des peuples primitifs qui se sont succédé dans cette région au cours des millénaires.
La chronologie de ces peintures demeure cependant controversée. Certains n'hésitent pas à faire remonter les plus anciennes d'entre elles à la fin du paléolithique. Henri Lhote, qui s'employa à en faire le relevé, les situe au VIIe et même au VIIIe millénaire. Après avoir noté un certain nombre de styles différents répartis entre des couches superposées, il a établi une chronologie relative, selon laquelle on distingue quatre périodes: celle des chasseurs, celle des pasteurs à bovidés (ou période bovidienne), celle du cheval et celle du chameau.
Les peuples chasseurs Les représentations les plus anciennes seraient dues à des populations de chasseurs: les artistes auraient peint ou gravé sur la roche les animaux qu'ils avaient l'habitude de voir vivre autour d'eux. Ces chasseurs ont certainement utilisé les pointes de flèche que l'on trouve en quantité innombrable à travers tout le Sahara de l'époque néolithique. Outre les animaux sauvages déjà cités, les fresques représentent des êtres humains offrant souvent des caractères raciaux qui les apparentent aux Bochimans et aux Hottentots actuels, ainsi que des personnages schématiques, à tête ronde, armés de bâtons, d'arcs ou de lances. La dernière phase de cette période ancienne est nettement empreinte d'une influence égyptienne.
Les peuples pasteurs Vers le milieu du IVe millénaire apparaissent, à travers tout le Sahara, des peuples pasteurs qui élèvent des troupeaux de bœufs à grandes cornes et de moutons. On leur doit les fresques remarquables qui marquent la période bovidienne du Tassili; ces fresques représentent d'extraordinaires scènes de chasse, des troupeaux de bœufs, tout un bestiaire en mouvement, et de nombreuses compositions où bêtes et gens sont figurés de manière fort vivante et réaliste. C'est à cette époque également qu'apparaît la polychromie; les couleurs utilisées sont le blanc et l'ocre (jaune, bistre, brun et rouge). Certains éléments thématiques – par exemple, la coiffure en cimier des femmes, les vêtements tissés, le modèle des arcs que les personnages tiennent parfois à la main, la forme hémisphérique des huttes représentées – donnent à penser que les auteurs de ces fresques sont les ancêtres des Foulbé. Cette opinion semble confirmée par le fait qu'on reconnaît ici les deux seules races de bœufs (dont le zébu, ou Bos indicus) que les Foulbé élèvent encore de nos jours. Tous ces éléments témoignent des grandes migrations pastorales qui, du IVe millénaire au VIIe siècle après J.C., auraient porté les ancêtres des Foulbés en vagues successives de l'est à l'ouest du continent africain, c’est-à-dire depuis l'Éthiopie (les Foulbés constituent très certainement un rameau du groupe éthiopien) jusqu'au Sénégal.
À la même période bovidienne appartiennent les fresques des stations de Sefar et d'Inaouanrhat. Celles-ci révèlent un art spécifiquement nègre (figures recouvertes de masques négroïdes), et il semble que les peuplades qui habitaient jadis le tassili des Ajjer aient été alors en contact étroit avec d'autres peuples, comme le sont de nos jours les Bororos, une tribu nomade de Foulbés, avec les populations du Tchad et du haut Niger.
La période du cheval La période suivante, dite du cheval, est surtout caractérisée par des fresques représentant des hommes armés, des chevaux ainsi que des chars.
La période du chameau Enfin, les peintures et gravures rupestres semblent indiquer que l'apparition du chameau fut postérieure à celle du cheval; cette période constitue la dernière étape avant le dessèchement progressif du Sahara et la formation du désert.

DUNE OU DUNES

Paysages de la zone aride
Les dunes sont des collines constituées par des amas de sables modelés par le vent. Leur hauteur varie de quelques décimètres à plusieurs dizaines de mètres. Le vent, trop faible pour entraîner des éléments de grande taille comme les graviers, a pour unique action de pousser les grains de sable sur le sol. Aussi l'accumulation initiale de sable nécessaire à la formation des dunes n'est-elle généralement pas due aux vents, mais à d'autres agents de transport: fleuves et courants littoraux pour les dunes littorales, oueds ou ancienne occupation marine pour les dépressions désertiques.
Dans certains cas, le vent peut entraîner, en formant de véritables nuages de poussière, les éléments les plus fins (limons) et les transporter sur de grandes distances. Lorsque les vents faiblissent, ces éléments retombent sur le sol et forment des accumulations de limon fertile à la périphérie des zones désertiques. La formation des dunes est freinée par le couvert végétal, car les racines des plantes fixent les grains de sable. C'est pourquoi les dunes existent surtout dans les régions désertiques ou subdésertiques et dans les régions côtières; dans les zones tempérées, il arrive parfois que des dunes se forment. Pendant les longues périodes de sécheresse, les végétaux dépérissent, le niveau de la nappe phréatique baisse (l'eau qui imbibe le sol lie étroitement les grains de sable) et, de façon saisonnière ou exceptionnelle, se retrouvent ainsi créées les conditions qui régissent les déserts (steppes d'Asie et d'Amérique du Nord). On distingue les dunes littorales des dunes continentales.


Les dunes littorales Les dunes littorales, qui résultent de l'accumulation par le vent du sable apporté par la mer, se forment sur les côtes basses. Elles sont actives, car la mer apporte sans cesse de nouveaux éléments. Le sable, arraché aux vastes étendues découvertes périodiquement à marée basse, s'accumule en arrière des plages; selon la force du vent et l'alimentation en sable, les dunes forment des chaînes parallèles au rivage, ou s'organisent en croissant dont la concavité est tournée face au vent (ces dernières sont dites «paraboliques» et peuvent se souder pour constituer des dunes en râteau). Les grains de sable s'élèvent lentement sur la pente douce qui fait face à la mer, pour retomber par éboulements successifs en un front abrupt. De cette façon les dunes progressent vers l'intérieur des terres. Les dunes côtières se rencontrent sous tous les climats (côtes de Pologne, Landes, côtes du Maroc) et elles ont des formes très variées. Le plus souvent, comme dans les Landes, elles constituent un bourrelet rectiligne parallèle au rivage. Dans les secteurs où les vents sont variables, il se forme parfois des cols (appelés caoudayres dans les Landes) dans les cordons dunaires; on a alors un massif de dunes, qui s'étend souvent vers l'intérieur des terres. Les dunes peuvent, dans ce cas, atteindre des hauteurs très importantes, comme sur les côtes du Nord (Picardie, Flandres) ou de Hollande.
De telles formations, si elles ne sont pas retenues par la végétation, ont tendance à progresser à l'intérieur du continent. La lutte contre l'invasion des dunes littorales a commencé dès la fin du XVIIIe siècle. On dispose des lignes de claies pour protéger les végétaux que l'on plante, le plus souvent des oyats; après cette première fixation, on plante des pins maritimes. C'est l'ingénieur Nicolas Thomas Brémontier (1738-1809) qui entreprit les travaux grâce auxquels les dunes landaises furent ainsi fixées à la fin du XIXe siècle. Un tel arrêt n'est jamais définitif; un incendie, une exploitation intensive de la forêt peuvent entraîner une reprise de la migration des sables.
Les dunes continentales Les dunes continentales sont caractéristiques des paysages désertiques où elles se forment dans d'immenses champs de sable. Leur forme varie en fonction de la force et de la direction des vents. Ceux-ci, porteurs de particules de sable, déposent leur charge lors d'un ralentissement de leur vitesse. La présence d'un obstacle, même faible (caillou, touffe de végétation), provoque ce ralentissement en produisant des remous; le sable se dépose alors en amont et en aval de l'obstacle et l'enfouit sous un amas de forme aérodynamique (nebka), généralement de taille modeste (quelques décimètres), qui ne suscite plus de remous. Dans les zones moins sableuses et où le vent souffle modérément dans une direction unique, il se forme des dunes isolées qui font apparaître largement le soubassement rocheux. Ces dunes, en forme de croissant (barkhanes), sont poussées par les vents, la partie centrale se déplaçant plus rapidement que les extrémités, effilées; érodées sur leur versant amont en pente douce, réalimentées sur leur flanc aval en pente raide, progressent sans cesse.
En revanche, dans les régions riches en sable et où les vents dominants sont réguliers, se constituent d'immenses champs (ergs du Sahara, par exemple, ou koum en Asie centrale) de longs cordons de dunes transversales (sifs), parallèles à la direction des vents dominants, et favorisant la formation de dunes secondaires (ghourds ou rhourds); presque immobiles, ces cordons de dunes sinueuses sont séparés par de longs couloirs étroits, les gassis, où circulent les caravanes. Les dunes longitudinales sont de modestes accumulations (de 1 à 2 m) extrêmement allongées, dans le sens d'un vent très violent. Les ergs peuvent s'étendre sur plus de 1 000 km; leurs limites sont fixes, le sable qui forme les dunes étant modelé sur place.

LA DESERTIFICATION

Le phénomène de désertification
En cours au Sahel, il témoigne du rôle des plantes dans les biotopes. Dans une zone désertique, où la faune et la flore sont très fragiles, la chaleur et les faibles précipitations freinent le développement des populations humaines – seuls les nomades et leurs troupeaux y vivent. L'augmentation constante de la démographie y a entraîné un surpâturage: les végétaux arrachés laissent prise au vent, qui emporte le peu de terre arable existante. Plus grave, les arbres sont coupés, pour un usage domestique, alors qu'auparavant seul le bois mort était ramassé. Cette zone intermédiaire entre le Sahara (véritable désert) et, plus au sud, les zones semi‑arides se transforme en désert, ce qui repousse toujours plus loin les populations.
La désertification par surexploitation des terres se produit aussi dans d'autres espaces, parfois luxuriants. Dans les zones sèches, les solutions sont multiples et consistent principalement à limiter les populations, les troupeaux, à replanter des arbres et à établir des murets pour retenir les faibles pluies. En revanche, en Amazonie, c'est le déboisement intensif qui entraîne la désertification: le sol arable est ténu, et les pluies diluviennes l'emportent, mettant à nu un sol rouge stérile. La sécheresse s'installe ensuite, faisant régresser la forêt. Pourtant, les sylves tropicales fonctionnent comme des éponges et ont un effet régulateur sur les précipitations et les vents. Rentable à court terme, l'exploitation aveugle des forêts tropicales provoque à plus longue échéance la misère des populations – qui voient disparaître leurs terres, leurs pâtures – mais aussi la réduction de l'espace vital de nombreuses espèces animales arboricoles.